
A l'occasion de la Journée Nationale de l'Astronomie, le cercle Astronomie Centre Ardenne a ouvert ses portes à Longlier, pour proposer à tous des conférences plus ou moins pointues sur le sujet. Malgré une météo déplorable, les amateurs étaient au rendez-vous.
Le ciel, une fois de plus, n'était pas de la partie en ce samedi 24 ! Et pourtant, il était l'invité principal. C'était
un jour de novembre humide :
brouillard à tous les étages ! Enfin bref, un de ces jours comme les astronomes ne les aiment pas. Le
but était évidemment d'intéresser le public à l'astronomie. Au programme, il y avait une visite de la salle didactique,
des explications sur les mouvements des astres, des exposés pour tous les publics et l'observation du ciel ! Annulée, comme on s'en
doute. Mais les organisateurs sont philosophes. Pendant une année, seuls soixante jours sont favorables à l'observation et de ceux-ci,
il faut encore enlever ceux de pleine lune. La quantité de lumière qu'elle envoie empêche d'examiner les étoiles ou les planètes.
A défaut de s'orienter vers les étoiles, les auditeurs, plus ou moins avertis, se sont tournés vers les conférenciers et le grand tableau blanc du Centre Nature et Biologie de Longlier. Un docteur en sciences parlait d'interférométrie. Un membre du cercle racontait l'histoire de l'astronomie. Des taches solaires aux micro-météorites, il y en avait pour tous les goûts. La conférence la plus accrocheuse était celle à propos de l'utilisation de caméras web-cam... parce qu'elle est dans le vent. La plupart des gens qui ont un ordinateur, une caméra électronique et aussi une lunette qui traîne dans le grenier peuvent, pour deux mille et demi, trois mille francs, fabriquer un système qui permet de visualiser des images de planètes ou de la lune sur un ordinateur. Avec une caméra ordinaire, il faut au minimum un budget de soixante mille francs. La conférence, animée par Thierry Cambier, le directeur de l'observatoire d'Offaing, consistait à expliquer la marche à suivre pour passer du ciel à l'écran.
Echanges interclubs
Dans les activités normales du Cercle, s'il y a une part de ce que Giles Robert, le président, appelle du tourisme astronomique, il y a aussi des membres qui se penchent sur des sujets poussés. Georges Lassine est chargé d'observer les taches solaires et il transmet ses données à l'observatoire d'Uccle qui récupère des données du monde entier et les traite. Un autre membre coordonne un groupe qui surveille les astéroïdes. Via internet, il échange des données avec d'autres groupes appartenant à d'autres cercles pour suivre de manière la plus constante possible le déplacement des astéroïdes dans le ciel. Un autre encore devrait prochainement animer un groupe d'étoiles variables. Le lien entre ces mordus d'étoiles et les clubs d'astronomie de Belgique, de France ou même du monde entier est Internet. Le câble est le moyen idéal pour échanger, entre astronomes amateurs ou professionnels, des données, des images ou des découvertes célestes.
Les astronomes en herbe
Au cours de journées comme celle-ci, des vocations naissent parfois, mais le public que Giles Robert trouve le plus réceptif est dans la tranche des six à onze ans. «Ils sont curieux de tout et quand on en a un dans la tranche d'âge de douze à quinze ans, on peut être certain que ce sera un acharné !» C'est pour cette raison qu'il aime organiser des stages pour enfants ou même carrément se déplacer dans les écoles pour partager sa passion.
B.H.
Les membres du cercle d'astronomie de Neufchâteau avait fait un voeu : du beau temps pour la onzième nuit des étoiles filantes. Il fut exaucé. Le ciel de ce quatorze août affichait quelques cumulus, mais le soleil était là pour accueillir le public curieux ou intéressé par le phénomène.
Dès quinze heures, l'effervescence était perceptible au Moulin Klepper. Les membres du cercle d'astronomie attendaient les visiteurs pour les inviter à une «marche autour du système solaire» accompagnée d'un concours.
Imaginer la position des planètes, ainsi que les distances qui les séparent, autour du Soleil est un exercice difficile. Afin de permettre à tous de les évaluer, les membres du club ont eu l'idée de créer une promenade jalonnée de panneaux représentant les neuf planètes de notre système. Ceci, en respectant l'échelle par rapport au Soleil. Les promeneurs partaient du Moulin où se situe le panneau «Soleil» rencontraient Mercure, Vénus, la Terre Mars, etc... et ils pouvaient lire les «cartes d'identité» de chaque planète. Par exemple, Jupiter est la plus grande avec un diamètre de 142.984 km. Une façon plaisante de découvrir la commune et de ramener l'espace à une dimension humaine.
Après cet exercice physique, quatre exposés étaient proposés. L'un était spécialement dédié aux enfants. Un second consacré aux étoiles filantes. Un autre aux curiosités célestes et pour terminer, un exposé sur les instruments d'observation pour amateurs. Beaucoup de théorie, mais aussi une ambiance très décontractée autour du barbecue et de l'exposition.
Mais pendant que l'agitation régnait autour du Moulin, une équipe d'astronomes était partie installer du matériel sur une butte. Des astronomes amateurs de la région de Spa étaient arrivés à l'improviste avec leurs télescopes. Sous un ciel rougissant, les premiers trépieds s'ouvraient. Les plus costauds installaient les télescopes de grande taille. L'un essayait sa télécommande, l'autre plaçait son petit fauteuil avec une couverture à portée de main. Des sacs avec du ravitaillement et un thermos sortaient des coffres des voitures. On déployait des tables. C'est tout un camp qui se montait ! Les derniers cumulus se sont évaporés avec le soir qui tombait et les astronomes attendaient avec impatience l'arrivée de l'étoile polaire pour mettre leur télescope en station, c'est-à-dire pour caler l'axe de leur appareil parallèlement avec l'axe de la Terre. Parce qu'au cours de la nuit, la Terre n'arrêtent pas sa course et les étoiles donneront l'impression de se déplacer dans le ciel. Il faudra les suivre et afin de réduire le nombre de manoeuvres et de décrire des «escaliers», on réduit les paramètres pour ne décrire qu'une courbe.
La nuit arrive, mais pas encore les étoiles. En fait, il y a trois crépuscules. Le crépuscule «civil» au moment où le Soleil est à moins six degrés par rapport à l'horizon (seules les étoiles les plus brillantes sont visibles, une ou deux). Le crépuscule «nautique» quand le Soleil est à moins douze degrés (on voit les étoiles de magnitude 2 ou 3) et le crépuscule «astronomique» à l'instant où le Soleil est à moins dix-huit degrés (c'est la nuit noire). C'est évidemment le troisième qui est attendu avec impatience par tous. Des chauves-souris survolent l'endroit et un héron, peut-être intrigué, vient effectuer quelques tours. «Véga» signale un astronome en pointant droit au-dessus de lui. «Albiréo» dit un autre. Bientôt l'étoile polaire apparaîtra, tous les télescopes la pointeront. Encore quelques chauves-souris.
On remet tous un pull. L'étoile polaire est là. On va pouvoir observer des étoiles, la Lune... mais pas d'étoiles filantes ! Parce que les étoiles filantes ne sont pas des étoiles... et elles ne filent pas du tout.
Une étoile, c'est comme notre Soleil : une masse gazeuse en combustion. Son diamètre avoisine le million quatre cent mille kilomètres. Or ce que nous pensons être des étoiles filantes sont des petits corps de l'ordre du millième de millimètre, mais il y en a de plus gros aussi. Ils sont aussi proches de nous : entre soixante et cent dix kilomètres d'altitude.
Alors, de quoi s'agit-il exactement ? Et pourquoi y en a-t-il beaucoup le quatorze août, jour... plutôt nuit des étoiles filantes ?
Ce que nous appelons étoiles filantes sont de minuscules poussières en suspension dans l'espace. Ce sont des résidus du passage d'une comète. Ils sont toujours vaguement à la même place. La Terre décrit une ellipse autour du Soleil et vient traverser ce «nuage de poussières» une fois l'an. Ce ne sont donc pas les poussières qui tombent dans l'atmosphère, mais l'atmosphère qui se déplace en direction des poussières. Quand on regarde vers le ciel, on a l'impression qu'elles viennent de Persée aux environ du onze, douze août. On les appelle les Perséïdes. Ce sont des poussières de la comète Swift-Tuttle. Ces dates sont les pics. Il y en a avant et après, mais en moins grande quantité.
Les poussières, en entrant dans l'atmosphère, s'échauffent et se consumment en une fraction de seconde. Comme la Terre avance sans cesse, on voit la trajectoire. L'air s'ionise et il y a production de lumière. Ensuite l'air retrouve son état normal.
En réalité n'importe quel objet qui entre dans l'atmosphère peut donner une étoile filante. Un boulon perdu par un engin spatial donnera aussi une trace lumineuse. Les objets, agrégats de matières de matières rocheuses ou métalliques, peuvent atteindre des vitesses impressionnantes, par rapport à nous. Ils sont aussi appelés météores. Les fragments éventuels qui atteignent le sol sont appelés météorites. Les plus gros ont la taille d'un pois. Les rares météores de taille plus importante, plus d'un kilo, perdent une bonne partie de leur masse lors de l'entrée dans l'atmosphère. Dans ce cas, ils laissent une trace persistant plusieurs secondes. Ce sont des bolides.
La Terre est bombardée en permanence de débris cosmiques. Lors d'une nuit claire, sans pollution lumineuse, il est possible d'observer, en moyenne, sept étoiles filantes à l'heure, quel que soit le moment de l'année. L'ennui, c'est qu'on ne sait pas les observer à l'aide de matériel optique. C'est trop rapide. Le temps de la voir, de pointer... c'est trop tard ! Lorsqu'il en apparaît une sur une photo, c'est qu'on photographie un autre élément et que, par hasard, une étoile a traversé le champ à ce moment-là.
Poussière ou morceau de tôle ? On peut toujours faire un voeu. Il y en a qui disent que chaque étoile représente l'âme d'un défunt. Un voeu formulé au moment de l'observation suivra la traînée : le chemin effectué par l'âme pour porter le voeu au paradis. Ça me coûte rien d'essayer !
Fort de son expérience et du succès qu’il rencontre, le club d’astronomie Centre-Ardenne, conduit par l’énergique
Giles ROBERT,
se lance dans un nouveau projet ambitieux : construire un observatoire digne de ce nom. Le projet est à l’étude depuis de
nombreux mois déjà. Mais d’ici peu, Giles Robert et son équipe vont donner les premiers coups de pioches.
L’astronomie est une science qui passionne une foule grandissante. L’avancée technologique permet à l’homme de multiplier ses découvertes, plus captivantes les unes que les autres. L’univers recèle des richesses inépuisables et sa conquête est sans nul doute un grand projet qui nous fait rêver.
Malheureusement, l’observation du ciel devient de plus en plus difficile. La pollution lumineuse est croissante et oblige amateurs et passionnés à s’éloigner des métropoles pour étudier notre voûte céleste. Partant de ce constat, le club d’astronomie qui compte déjà seize ans d’activité et qui s’est forgé une belle expérience dans l’organisation de stages, a imaginé la construction d’une station d’observation implantée au cœur de l’Ardenne, là où le ciel offre des conditions idéales d’observation.
Le Centre-Ardenne, la région spadoise et celle de Mariembourg, sont les trois dernières régions belges où l’observation du ciel reste correcte. Forts de cet atout, Giles Robert et son club d’astronomie ont convaincu la commune de Neufchâteau d’investir dans leur projet.
« La première difficulté qu’il a fallu surmonter, explique Giles Robert, était de trouver un site répondant aux exigences pratiques. Finalement, nous l’avons trouvé à Grapfontaine, non loin du château d’eau. La commune a accordé la mise à notre disposition d’un grand terrain qui bénéficie d’un dégagement à 360°. Il est éloigné des habitations, accessible par la route, le parking y est aisé et nous aurons l’avantage du confort électrique », souligne Giles Robert.
Le nouvel observatoire pourra accueillir jusqu’à cinquante personnes à la fois. Le bâtiment abritera une salle de conférences, un grand espace d’accueil comprenant un coin bar, un guichet, des sanitaires et un local de rangement. « Jusqu’à maintenant, notre coupole installée à Mon Idée n’offre aucun confort. Il y a juste la place pour deux ou trois personnes, celles qui jettent un œil dans la lunette. Les autres doivent patienter dehors, dans la nuit et le froid. L’attente est quelquefois longue et ennuyeuse. Lorsque nous disposerons de ce nouvel observatoire, nous aurons des locaux permettant à nos visiteurs de patienter intelligemment, au chaud avec la possibilité de prendre une tasse de café ! » commente le président des astronomes ardennais. Et mieux, ajoute-t-il, nous pourrons présenter, en temps réel, sur grand écran, l’image du ciel observé par celui qui sera dans la coupole. »
L’observatoire sera équipé de deux coupoles mesurant chacune quatre mètres de diamètre. Elles sont volontairement construites à des niveaux différents pour permettre une observation à 360°. La plus basse des deux sera accessible aux visiteurs amateurs, groupes et autres touristes. La coupole la plus haute sera réservée aux observations scientifiques. Seul petit bémol, Giles Robert regrette qu’aucune des deux ne soit accessible aux personnes à mobilité réduite. « Pourtant, nous y avons été attentifs dans notre projet, mais ce sont les contraintes de l’urbanisme qui nous ont obligés à abandonner l’idée de rehausser la base de la coupole ».
Deux autres coupoles, indépendantes de l’observatoire, seront également construites sur le site de Grapfontaine. L’une d’entre elles sera aménagée en veillant à son accessibilité pour personnes handicapées. L’autre sera vide et permettra ainsi à ses utilisateurs d’observer le ciel avec leur propre matériel.
Au point de vue du financement, le club d’astronomie peut compter sur une aide communale à hauteur de 10000 Euros et une subvention provinciale de 5000 Euros. Le projet Interreg III est aussi sollicité. En ce qui concerne la logistique, le Forem offre une aide appréciable au projet. Le début des travaux est prévu ce printemps. L’objectif est d’entrer dans le nouvel observatoire d’ici deux ans.
Rendez-vous donc à Grapfontaine au printemps 2006 pour jeter un oeil sur notre voûte céleste !
Ol. Weyrich