
Lancé en 2003, cet instrument est devenu en l'espace de quelques mois un "best-seller", les amateurs ont vite découvert les qualités de cette lunette de fabrication chinoise (Suzhou Synta Optical Technology Co., Ltd., le nouveau propriétaire de Celestron) distribuée essentiellement par les revendeurs Orion et Sky-Watcher. Contrairement aux modèles précédents très pénalisés par les "fausses couleurs" l'objectif incorpore en face arrière un élément en verre ED (Extra Low Dispersion) de référence FPL–53 (fondeur Ohara, Japon) qui minimise les aberrations chromatiques.
De part la conception de l'objectif le prix final est plus élevé qu'à l'habitude pour un produit de ce fabricant mais il reste évidemment très attractif. Les caractéristiques essentielles :
L'appellation commerciale "apochromatique" est plus ou moins contestée suivant les observateurs. Certains préfèrent la qualification "semi-apochromatique", plus juste pour ce type de doublet.
Il n'a jamais été clairement établi qu'il existe des critères de sélection suivant les distributeurs. Une sky-Watcher est identique à une Orion par exemple.
C'est un véritable pavé dans la mare puisque cette lunette peut dans bien des cas rivaliser avec des instruments 4 fois plus chers. Au début de sa commercialisation les astronomes amateurs américains n'ont pas hésités à la comparer aux lunettes Televue 76 et 85, prouvant que l'écart qualitatif avec ces excellents instruments était finalement assez faible, mais à un détail près : les images d'une 80 ED sont plus ternes, les couleurs sont moins fidèles. C'est la conséquence d'un traitement de surface des lentilles bien moins performant.
Autre atout qui fait le succès de la 80 ED : sa disponibilité. Grâce à une fabrication en grande série il n'y a pas de délais d'attente comme pour les instruments artisanaux.
Ce qui est surprenant de prime abord c'est le choix d'une construction identique au modèle 100 ED (100 mm ouvert F/9), seule la longueur du tube change, cette lunette est donc très volumineuse pour son diamètre d'objectif. Le pare-buée n'est pas rétractable (mais démontable), ce qui ajoute encore du volume inutilement. C'est probablement par volonté de réduire les coûts de production.
Bien que la finition optique et mécanique soit très inférieur aux fabrications Televue, William Optics, Stellarvue ou Takahashi la 80 ED se révèle être un excellent instrument d'appoint, une lunette-guide efficace, voire un très bon astrographe pour le ciel profond avec l'ajout d'un correcteur de champ (les modèles William Optics et Televue donnent de bons résultats).
La 80 ED a très vite quitté le cercle fermé de l'astronomie pour être adoptée par les photographes en tant qu'alternative aux téléobjectifs longue focale. Les ornithologues l'apprécient également comme longue-vue performante.

Une Sky-Watcher sur une monture Giro Mini, avec checheur 6X30, renvoi coudé Televue coulant 50 .8
Seul véritable défaut en pratique, la fragilité du porte-oculaire Crayford, il n'est pas conçu pour supporter du poids et a tendance à glisser, il n'existe qu'une vis de réglage de la dureté qui est vite mise à mal, les patins en Teflon laissent des rainures profondes sur le tube porte-oculaire et l'axe des molettes peut se mettre de travers, ce qui provoque un grincement assez désagréable. Certains utilisateurs n'hésitent pas à acquérir un autre porte-oculaire, les sociétés Moon Lite, GSO ou William Optics en fabrique en fabriquent de parfaitement adaptés. Des bricolages sont également possibles, comme l'ajout de patins supplémentaires. Autre petit inconvénient les vis de serrage de la bague coulant 50.8 sont sous-dimensionnées, ce qui oblige là aussi à modérer le poids des accessoires. Il existe également des bagues de remplacement avec serrage annulaire.
Quelques point sont à vérifier avant achat. La finition est très variable d'un exemplaire à un autre. Le centrage de l'optique est parfois approximatif et le montage du Crayford est souvent à revoir. La feutrine qui bloque le pare-bué est aussi à vérifier. Bref, le temps de montage en usine doit être particulièrement court !
Un serrage excessif de l'objectif peut éventuellement générer un léger astigmatisme. Les étoiles brillantes prennent alors un aspect cruciforme sur les poses photographiques.
Une Orion 80 ED avec chercheur 6X26 et renvoi coudé 2 pouces.
Cette lunette est le plus souvent revendue sans aucun accessoire en dehors d'un sabot de fixation pour pied photo et d'un adaptateur coulant 31,75 mm. Il est nécessaire de la compléter par des anneaux et éventuellement une queue d'aronde qui permettent un équilibrage parfait sur tout type de monture, notamment celles du fabricant (EQ5, EQ6, Sky View Pro) mais aussi des modèles plus haut-de-gammes (Vixen GP-D, Takahashi EM200) orientés astrophotographie. La 80 ED s'accommode très bien d'un chercheur 6X30 ou 9X50, mais un simple viseur point rouge peut suffir. L'adaptateur 31,75 possède à son extrémité un filetage standard 42, ce qui permet de monter de façon rigide des accessoires. L'accès au foyer avec un APN standard ne nécessite aucun tube allonge.
Dans la pratique, il est possible de monter le grossissement à 200 fois au maximum en planétaire. Le contraste sur la Lune est très flatteur, suivant la qualité des oculaires utilisés il y a plus ou moins du chromatisme, un problème surtout lié aux oculaires eux-mêmes. La séparation d'étoiles doubles ne pose aucun problème. En ciel profond les performances sont bonnes mais le petit diamètre de l'instrument limite les observations au très grand champs sous un ciel bien noir. En astrophotographie les résultats sont étonnants, que ce soit avec une webcam modifiée ou un APN . Il n'y a pas les irisations typiques que l'on peut apercevoir avec des objectifs médiocres, la mise au point est très précise, seule la coma est réellement gênante.
Exemple de tâche de diffraction au foyer. La forme est un peu écrasé à cause d'un astigmatisme résiduel.
Au "Star Test" on note une sous-correction de l'aberration de sphéricité ainsi que beaucoup d'irisations à la défocalisation (pourpre au centre en extra-focale, jaune en intra-focale), les verres semblent homogènes pour les 2 modèles (Sky-Watcher) utilisés à l'Association. A 240 fois de grossissement au point focal il n'y a aucune trace d'astigmatisme, pas de chromatisme et la collimation semble correcte, quoiqu'un peu meilleur sur un des 2 modèles.

M 42 - 11 mars 2007 - 6 images de 120 à250 s de pose avec un Canon EOS 300D au foyer d'une Sky-Watcher 80 ED
Synta commercialise également une 120 ED depuis l'été 2005. Des Maksutov-Cassegrain de 150 mm et 180 mm sont aussi disponibles.
Vixen distribue depuis peu une 80 ED de couleur blanche (série "f") avec un pare-buée vissant et des accessoires.
De nouvelles séries (Black Diamond pour Sky-Watcher) sont disponibles depuis début 2008 avec des portes-oculaires plus performants. De nouveaux concurrents en provenance de Taïwan (Long Perng) ou de Chine (Kunming United Optics Corporation) sont à l'origine de cette évolution. Le prix de vente a été par conséquent revu à la baisse. La qualité des verres utilisés (les crown sont d'origine Schott) est aussi en progrès avec encore moins de chromatisme résiduel sur les derniers modèles.
C'est incontestablement un instrument qui a révolutionné l'astronomie d'amateur en mettant à la portée du plus grand nombre les avantages des optiques ED de qualité réservées autrefois à une élite. Ce n'est d'ailleurs pas par hasard si d'autres fabricants se sont engoufrés dans la brêche, favorisant la baisse des prix et un bond spectaculaire de la qualité des lunettes ED, même pour les fabricants hauts de gamme.
Texte : Sylvain Greffier
Photos : Laurent Gaillard