Pourquoi y a t'il quelque chose plutôt que rien ?
A la question " pourquoi y a t’il quelque chose plutôt que rien ? " ou encore, plus directement " pourquoi l’univers existe t’il ? ", on entend quelquefois répondre " principe anthropique ! ".
Quel est donc ce principe anthropique (comme anthropos = l’homme, attention, rien à voir avec l’entropie qui est une mesure du désordre) et jusqu’où peut-il constituer une réponse à ces questions, tel est le propos des lignes qui vont suivre.
Nous y verrons que, de constatation logique pure et simple, le principe anthropique est devenu, pour certains et par glissements successifs, une explication quasi métaphysique de l’univers qui n’a plus grand chose à voir avec son énonciation initiale.
Soit A l’affirmation qui s’énonce " l’univers existe " ou encore " je constate qu’il existe quelque chose plutôt que rien ".
Soit B l’affirmation qui s’énonce " l’homme existe " ou encore " il existe dans l’univers une espèce douée de conscience ".
On constate immédiatement que le fait que B soit vraie entraîne logiquement que A est vraie aussi.
En formalisme logique on écrira :
B
Þ AOn notera deux choses :
On sait par contre que la relation B
Þ A est logiquement équivalente à la relation A¯ Þ B¯, dans laquelle A¯ (non-A) s’énonce " l’univers n’existe pas " et B¯ (non-B) s’énonce " l’homme n’existe pas ". En d’autres termes, si l’univers n’existe pas, l’homme n’existe pas non plus.(B
Þ A) Û (A¯ Þ B¯)C’est cette deuxième partie de l’équivalence logique
A¯
Þ B¯qui constitue pour nous le véritable principe anthropique et qui peut simplement s’énoncer : " si l’univers n’existait pas, nous ne serions pas là pour le constater ".
On admettra qu’il n’est guère nécessaire d’avoir un doctorat de physique pour arriver à cette conclusion !…
Par glissements successifs (on parle quelquefois de " principe anthropique fort " pour qualifier ces glissements, par opposition au " principe anthropique faible " qui n’est autre que celui énoncé ci-dessus), certains ont cru pouvoir lui faire dire plus que le simple truisme dont nous venons de parler.
Le premier glissement consiste à juxtaposer la question de l’existence de l’univers avec l’énonciation du principe sans présenter explicitement celui-ci comme une réponse :
" pourquoi l’univers existe t’il ? " - " si l’univers n’existait pas, nous ne serions pas là pour le constater ! ".
Jusque là, rien à redire…
Mais là où ça se gâte, c’est si on présente explicitement le principe anthropique comme une réponse à la question :
" pourquoi l’univers existe t’il ? " - " parce que si l’univers n’existait pas, nous ne serions pas là pour le constater ".
Ce deuxième glissement est aussi le premier que je trouve logiquement condamnable : l’univers n’existe pas parce que s’il n’existait pas, nous ne serions pas là pour le constater ! Simplement, si l’univers n’existait pas, nous ne serions pas là pour en discuter (ce qui est une évidence) !
Faire dire cela au principe anthropique revient à affirmer que la relation A
Þ B (ou plus exactement sa relation conjuguée B¯ Þ A¯) est vraie, ce qui, on l’a vu, n’est permis, ni dans le formalisme logique mathématique ni pour le bon sens courant car le fait que l’univers existe n’entraîne pas obligatoirement que l’espèce humaine existe également !…Ce deuxième glissement constitue une faute de logique, mais rien de plus si celle-ci n’est pas intentionnelle.
Mais il y a pire, lorsque, par un troisième glissement, on ajoute une finalité au principe et qu’on l’énonce ainsi :
" pourquoi l’univers existe t’il ? " - " parce qu‘il fallait qu’il existe pour que l’homme existe également ".
On a parfaitement le droit de penser ça et d’estimer qu’une puissance créatrice a façonné l’univers tel qu’il est rien que pour nous y faire une place.
Mais c’est une question de croyance et non de logique.
La science et la foi peuvent faire bon ménage à condition qu’on laisse à chacune le domaine qui est le sien et qu’on ne cherche pas à utiliser l’une pour justifier l’autre.
Alors, que l’on cesse, sous couvert de " principe anthropique fort ", de faire dire à celui-ci plus que ce qu’il veut dire et de lui donner plus de valeur que celle d’une simple affirmation logique accessible à toute personne douée de bon sens…