Quand Lille tamise ses lumièresEnvironnement Magazine n° 1618 - Juin 2003Voir le scan de l'article [162 Ko] La ville de Lille prépare son appel d’offres pour l’éclairage public de la ville. Les entreprises devront proposer des solutions économes et non polluantes. Rabattre la lumière vers le sol, réduire l’éclairage des façades, économiser l’énergie ou la choisir renouvelable, quatre axes qui président au choix des lampadaires. Lille profite d’un renouvellement de contrat pour inscrire une exigence supplémentaire dans son appel d’offres sur l’éclairage public: réduire la pollution lumineuse. « Pour nous c’est une priorité, une dimension forte », souligne Danielle Poliautre, adjointe au développement durable et à la qualité de vie de la capitale nordiste. « Nous souhaitons une meilleure maîtrise de la pollution lumineuse et un service de qualité, d’économie et de sobriété ». Une préoccupation que l’association CarI (Club astronomique de la région lilloise) a été la première à exprimer. L’association milite depuis longtemps pour réduire l’intensité de l’éclairage et l’orienter différemment. À l’origine, I’objectif poursuivi était de pouvoir mieux observer les étoiles. « On ne voit plus que les planètes et les étoiles les plus brillantes. On a perdu pratiquement toute la Petite Ourse et la Grande Ourse est très difficile à voir. Il faut aller loin des villes pour admirer les étoiles à plusieurs kilomètres des lampadaires » s’attristait Hubert Reeves, astrophysicien, dans Le Parisien, le 18 novembre dernier. Aujourd’hui, les préoccupations sont devenues sanitaires. Des études récentes démontreraient que l’exposition prolongée et répétée à la lumière artificielle nuit à la santé. La lumière bloquerait ou ralentirait la synthèse de la mélatonine, une hormone liée la pigmentation de la peau et à la production de certains oestrogènes. Éliminer les lampes boules Première mesure à prendre : diriger la lumière vers le sol de façon à réduire le halo lumineux qui entoure les villes et nuit vision du ciel. Les lampadaires boules sont les plus catastrophiques : ils renvoient 50 % de leur lumière vers le ciel. On estime que 30 % de la lumière est ainsi gaspillée. Il s’agit donc de traquer les lumières perdues et de les renvoyer vers le sol. Les lampadaires boules représentent encore 10% du parc lillois. Deuxième mesure : éviter d’éclairer les façades afin de réduire nuisances pour les habitants. Cela consiste à abaisser la hauteur des lampadaires à 8-10 mètres au lieu de 10-12 mètres. « On peut utiliser des grilles de rabattement de flux pour minimiser la lumière renvoyée sur les façades », ajoute Eric Decaillon, responsable de l’éclairage public pour la ville de Lille. Troisième mesure : les économies d’énergie. L’objectif est de diminuer la puissance de chaque point lumineux. Il existe de nouveaux produits. comme les diodes électroluminescentes (DEL) qui consomment moins et ont une durée de vie plus importante. « Une source normale dure entre 8000 et 12000 heures, soit deux à trois ans, alors qu’une DEL atteint 100000 heures. Mais on manque un peu de recul par rapport à ces lampes. Un transformateur est nécessaire, il coûte encore cher et ne dure que dix ans. On verra quelles seront les propositions », poursuit Éric Decaillon. Quatrième mesure: l’utilisation d’énergie renouvelable. « Nous avons déjà mis en place un lampadaire solaire dans un square et nous prévoyons d’équiper les cours d’école où le temps d’utilisation est limité. Partout où c’est possible, nous allons mettre un lampadaire solaire. On économise au niveau de l’énergie et du câble » , indique Danielle Poliautre. Le tout est de trouver un juste milieu pour ne pas compromettre la sécurité des villes. « C’est une démarche à contre-courant de notre époque orientée vers toujours plus de consommation. Il va falloir entamer un dialogue avec la population pour qu’elle comprenne bien notre position », souligne l’adjointe. Cette action s’intègre en effet dans une stratégie globale de développement durable de la ville, qui s’intéresse aussi aux écoachats, aux économies de flux à la durée de vie des produits, à la réduction des déchets à la source, à la baisse du coût de la maintenance et à la diminution des gaz à effet de serre. L’économie solidaire n’est pas en reste et la ville privilégie les contrats avec les PME PMI de la région. Isabelle Nadeau |
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