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La mort du mythe au sein de la cosmologie moderne |
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Introduction Au même degré où l’orphelin aura un jour l’envie de découvrir ses parents biologiques, l’homme est constamment en quête de ses origines. Darwin nous a révélé depuis peu, que l’homme descendait du singe, mais fondamentalement, cette réponse nous est insuffisante. L’être humain recherche la genèse du monde dans lequel il est né et évolue. Aujourd’hui, la création de l’univers est étalée dans la cosmologie, mais autrefois, elle était perçue d’une tout autre manière à travers le mythe.
Depuis l’avènement des philosophes des lumières tels que Locke et Newton, la pensée mythique s’est vue contrainte d’emprunter la voie du déclin. La dévalorisation du mythe s’est réalisée au profit d’une pensée plus rigoureuse, fondée sur des faits empiriques et susceptibles d’être justifiées par des démonstrations articulées avec le langage mathématique.
Graduellement, l’homme a pris conscience de sa finitude dans le monde. Il s’est senti minuscule face au savoir et insignifiant dans l’Univers. Il est désormais au centre du savoir et non au centre de la nature. Mais peut-on prétendre que le mythe soit mort dans notre conception de la cosmologie moderne ?
Le mythe traduit par les croyances populaires Le mythe est souvent compris, de la même manière dont le traduit l’Oxford English Dictionary, comme étant « un récit purement fictif mettant généralement en jeu des personnages, des actions ou des événements surnaturels et englobant quelque idée populaire concernant l’histoire naturelle ou les phénomènes historiques. » Cette conception du mythe tire ses origines du positivisme et du rationalisme du dix-neuvième siècle. Max Muller ira même jusqu’à suggérer que le mythe soit « une maladie du langage » ou, en d’autres termes, une anomalie de l’esprit humain. Le mythe serait donc l’incapacité de l’entendement d’exprimer des idées abstraites d’une autre manière que par la métaphore.
Néanmoins, le mythe est parmi les rares mots possédant deux acceptions diamétralement opposées, dépendamment des croyances et préjugés de son utilisateur. Mon approche et ma conception de la cosmologie moderne m’amèneront à considérer le mythe d’une façon divergente que l’entendent les croyances populaires.
Le mythe dans la pensée de l’homme archaïque Le mythe pour l’homme archaïque représente une vérité absolue qui lui donne un aperçu des réalités indescriptibles et métaphysiques de l’âme. Traduit à travers le récit, il met en scène les forces de la nature sous la forme de dieux ou de héros et raconte comment grâce aux exploits de ces êtres surnaturels, une réalité est venue à l’existence. Loin d’être fabulation ou invention, la pensée mythique se traduit par une vivante réalité qui est vécue. La fonction de la conscience mythique est de mettre en relation l’homme et l’existence. Elle tisse dans l’imaginaire des assurances pour suppléer au vide des angoisses éternelles et donne des réponses définitives à des questions qui demeurent sans réponses. La force du mythe réside dans sa capacité de présenter d’emblée une vision du monde riche, donnant des réponses aux interrogations de l’esprit humain.
L’appréhension des premières connaissances que l’homme tire de lui-même et du monde dans lequel il vit est étroitement liée à cette pensée. Elle définit l’habitat humain, réalise un équilibre vital et donne un sens ontologique à l’être en lui dictant ce qu’est le réel. Le hasard est inexistant dans la conception du monde archaïque. L’univers est régi par des forces mythiques, transcendantes et divines. Il est donc numineux.
La distinction du mythe des légendes, contes et autres fictions est donc nécessaire pour comprendre la pensée mythique comme une réalité fondamentale. Pour certains, cette pensée sera sociale, alors que pour d’autres, elle occupera un statut psychologique, voire même spirituel et transcendant.
Le mythe, une réalité sociale La conscience mythique pour le primitif est l’affirmation d’une réalité originale, supérieure en grandeur et en importance à la vie présente. Elle gouverne la vie, le destin et le travail de l’homme archaïque en le confrontant à des récits qui lui sont facilement compréhensibles. Cette connaissance transmise oralement, dote les hommes de motifs et d’orientation pour leurs actions, rituelles et morales. Le mythe contenait donc également une réalité sociale au sein de la société archaïque.
Le mythe peut également être compris comme une projection d’un aspect de l’âme d’une culture. Dans son complexe, mais révélateur symbolisme, le mythe est à une culture alors que le rêve est à un individu. Il révèle à la société qui le vit, son identité et sa relation avec le cosmos. L’usage de symboles narratifs permet à l’homme archaïque dépourvu de connaissances scientifiques, d’expliquer certains phénomènes de la vie courante en associant un sens accessible à tous.
Une forte conception de causalité transcendante est liée à la conscience mythique. Il n’y a pas d’analyse par l’intellect, mais plutôt une imagination faisant surgir des idées qui ne sont pas des pensées, mais bien des engagements. Le mythe archaïque ne doit pas être perçu comme une allégorie, mais plutôt comme une tautégorie, car il porte en soi sa fin et son commencement. La conscience mythique doit être comprise comme un modèle d’une vie exemplaire en indiquant à l’homme primitif les règles à suivre dans sa société. L’activité mythique, d’une importance primordiale, révèle le sens à l’existence pour l’être qui la vit. Elle oriente l’action humaine en fonction d’un horizon défini solidement.
Genèse de la conscience mythique Le maintien de l’existence, constamment exposée aux dangers, à l’insécurité, à la souffrance et à la mortalité que dissimule la nature est la source de l’émergence d’une pensée mythique. Afin de garantir sa survie, l’homme se regroupera en sociétés. Fragiles et éphémères, ces clans nécessiteront l’établissement d’une structure sociale qui constituera une enveloppe protectrice au sein de laquelle, l’homme saisira le sens de son existence ainsi que son emplacement autant dans le groupe que dans l’univers. Le mythe, perçu comme un modèle, dictera la conduite à suivre afin de conserver l’ordre au sein de la société et du monde mythique.
La prise de conscience de la supériorité de l’esprit humain par rapport aux animaux et plantes de ce monde peut également être une des causes de l’émergence d’une pensée mythique. Sentant son affinité avec les dieux, il crut à leur existence, privilège qu’il est le seul à posséder. Le mythe de Prométhée traduit très bien cette idée.
Erreur d’interprétation Transmis oralement, le mythe ne se soumet pas au contrôle de la raison. Il ne doit pas être compris comme l’oeuvre d’une pensée unitaire, mais plutôt comme un amalgame d’atomes ou un agrégat de concepts distincts. L’erreur d’interprétation de la pensée mythique découle de la volonté de formuler une théorie unifiée dans un domaine où l’initiative ne dépend pas de la raison.
Le passage d’une conception du mythe comme contenu, narration et théorie à celle du mythe comme forme ou structure d’existence, représente l’un des plus grands progrès dans notre compréhension de la pensée mythique. Il doit être compris comme une croyance sentie et vécue avant d’être intelligée et formulée.
Le déclin du mythe La pensée mythique subit un premier déclin avec la création de l’écriture. Initialement transmis oralement, il était difficile de juger et de comparer les divers mythes entre eux. L’écriture permit une analyse plus profonde de chacun d’eux et fit ressortir plusieurs contradictions qui firent planer un doute quant à la validité de cette pensée. Une nouvelle structure de pensée reposant sur la rationalité écartera peu à peu l’influence mythique sur les sociétés. La rationalité de l’époque grecque révolutionnera la perception de l’homme face à la nature. Mais la puissance mythique ne s’estompera pas et perdurera avec force jusqu’au Siècle des Lumières.
L’émergence d’une pensée plus rigoureuse de l’interprétation de la nature reposant sur des faits empiriques altérera énormément notre conception du mythe en lui assignant une valeur péjorative. Perçu comme étant dépourvu de fondements éclairés par la raison et impossible à justifier de manière scientifique, le mythe sera contraint d’emprunter le chemin du déclin. La science empirique[1] remplacera peu à peu le mythe dans la conscience humaine en l’impressionnant par son caractère utilitariste, son pouvoir de prédiction et sa capacité de justification rigoureuse.
La cosmologie une science ? La cosmologie demeure l’une des plus anciennes disciplines intellectuelles de l’humanité. Se consacrant à l’étude de l’univers englobant la totalité de ce qui peut nous être révélé par l’expérience sensible, la cosmologie se distingue des autres sciences naturelles. Son intérêt pour les différentes parties composant notre univers réside uniquement dans les relations que celles-ci entretiennent entre-elles. C’est l’ensemble de ces relations qui recouvre le mieux le concept d’univers. Ainsi, la cosmologie n’a pas d’intérêt pour les objets particuliers, telles que les planètes, étoiles ou galaxies, mais son attention réside plutôt au cadre dans lequel ils évoluent et aux lois communes auxquelles ils obéissent. Toutefois, le but ultime de la cosmologie est d’élucider l’histoire du cosmos.
Les cosmogonies La curiosité de l’homme mythique le pousse à s’interroger sur l’univers qui l’environne. Les phénomènes célestes, omniprésents et mystérieux, éveilleront une volonté d’y déceler un certain sens. De ce désir sont nées les diverses cosmogonies, récits mythiques des peuples archaïques concernant la formation de l’univers. Mettre de l’ordre dans le ciel est un besoin humain auquel aucune civilisation n’a pu échapper. La fonction de l’homme au sein de la nature est de la faire parler.
Ce sont d’abord les Sumériens qui ont inventé le mythe de l’origine de l’univers en Mésopotamie, il y a 5500 ans. L’univers Sumérien, à sa genèse était composé de Nammu, la mer primordiale. Cette mer aurait par la suite engendré : An, dieu du ciel et Ki, déesse de la Terre. Les Babyloniens reprendront quelques éléments de cette cosmogonie, mais soutiendront que le monde est né de la Fusion d’Apsou, dieu de l’eau douce et Tiamat, déesse de l’eau salée, représentés sous la forme d’un monstre, symbolisant le chaos primitif, contre lequel lutteront les dieux intelligents et organisateurs. Les Égyptiens croient que l’univers est une œuvre divine, un cosmos. Né d’un œuf, le dieu suprême a surgi du chaos et créa un monde ordonné. Au-delà du cosmos égyptien, il existerait un monde inconnu des hommes et des dieux, opposé au monde connu : le Noun, représentant le chaos originel, l’océan primordial, réservoir de forces destructrices. Le taoïsme considère que l’univers est formé de souffles. Libérant les énergies mêlées du chaos originel qui, peu à peu, prend la forme d’un grand œuf, la loi ou principe suprême de l’équilibre cosmique, organise ces énergies pour former le cosmos.
De toutes ces cosmogonies, il nous est ainsi aisé d’en ressortir les points communs. L’histoire de la création de l’univers semble se produire à partir d’une soupe primordiale de chaos, bassin d’énergies destructrices. Des êtres créateurs ou des forces métaphysiques auraient par la suite, à partir du chaos, fait surgir un ordre : le cosmos.
Est-ce par pure coïncidence ou par influence mythique que la théorie cosmologique la plus acceptée aujourd’hui soit étrangement semblable aux principes fondateurs des cosmogonies ?
Cosmogonie moderne ? Aujourd’hui, notre conception de la création de l’univers s’est dépourvue des êtres divins pour laisser place à des lois universelles qui régissent l’entièreté du monde. Ces lois, déduites de l’observation des phénomènes physiques, seront ensuite assemblées pour former une théorie. La théorie la plus acceptée de notre époque concernant la formation de notre univers est celle du Big Bang. C’est l’abbé Georges Lemaître qui dans les années 1930 formule cette théorie, suite aux observations de Hubble. L’univers est en expansion, il évolue et aurait donc été créé il y a environ 13,7 milliards d’années[2]. Déjà à l’époque de Lemaître, les arguments les plus directs suggéraient que l’univers se soit trouvé, il y a plusieurs milliards d’années, dans un état extrêmement concentré, très dense et très chaud. Hubert Reeves caractérisera cet état par la soupe primordiale, constituée de quarks ayant des énergies si fortes, qu’aucune structure n’était possible. Pour une raison inconnue, l’univers se serait mis en expansion suite au Big Bang, libérant une énergie titanesque qui en théorie, serait encore observable sous la forme d’un rayonnement fossile. L’expansion de l’univers aurait entraîné une chute de sa température et permit la formation de structures de plus en plus complexes.
Les ressemblances qu’entretiennent la pensée mythique et la science moderne sont nombreuses. L’homme archaïque construisait des monuments mythiques, tel que Stonehenge, pour interpréter le cosmos et leur vouait une croyance. L’homme moderne, construit des instruments pour interpréter l’univers et leur voue une croyance indubitable, même si le télescope de Galilée déformait les images réelles.
Paradoxe de la nuit noire Le paradoxe de la nuit noire rehausse de façon étonnante la portée mythique de la théorie du Big Bang. C’est à l’origine de l’univers que le secret de la nuit noire se révèle. Le temps et l’espace surgissent de cette « explosion » primordiale et induisent une histoire au Cosmos. Dans un univers infini contenant une infinité d’étoiles, peu importe la direction où se porte notre regard, il devrait toujours rencontrer une étoile, tout comme la vue est inévitablement arrêtée à un arbre dans une forêt. La voûte céleste devrait conséquemment être entièrement lumineuse, pourtant l’obscurité domine les cieux. La nuit est noire parce que l’univers temporel a un commencement. Le nombre d’étoiles visibles est donc fini et limité par une sphère ayant un rayon de 13,7 milliards d’années. La lumière émise d’étoile hypothétiquement plus lointaine n’a donc pas eu le temps de nous rejoindre et la fascination des profondes noirceurs nocturnes nous révèle les premiers instants du Cosmos. Tout comme le mythe, on voit ici étalée une histoire qui s’échelonne sur des échelles qui dépassent notre entendement et confèrent à notre univers un caractère transcendant notre expérience sensible.
L’explosion créatrice De l’énergie titanesque déployée à la genèse cosmique, un rayonnement d’une extrême énergie et probablement plus chaud que les enfers de Dante aurait déclenché un processus d’expansion, d’où le Big Bang. Ce rayonnement, serait toujours présent sous forme d’écho. Peu de gens se mirent à la recherche de cette explosion mythique prédite par Gamov car elle tendait à conférer une base scientifique à la notion religieuse de Création. C’est en 1965 que deux astrophysiciens : Penzias et Wilson découvrent par hasard cette chaleur fossile. Ce brusque changement d’état que subit le cosmos, inexpliqué par les forces conventionnelles, laisse présager l’intervention d’une énergie ou d’une entité échappant à nos sens et à notre entendement.
Un mur mystérieux rend inaccessibles les premiers instants de l’univers L’histoire de l’univers primordiale, au moment précis où temps et espace jaillirent, demeure encore et toujours un mystère. Un mur colossal s’élève devant nous, voilant tout accès à la connaissance des origines ultimes de l’univers. Ce mur survient au temps de Planck, soit 10-43 seconde après l’explosion initiale. À cet instant, les deux grandes théories qui servent de colonne vertébrale à la physique contemporaine se confondent. La mécanique quantique, qui nous donne une perspective sur le monde de l’infiniment petit et rend compte du comportement des atomes et de la lumière s’oppose à la relativité qui porte son regard sur l’infiniment grand et rend compte des structures cosmiques. Une solution plutôt mythique et artistique jaillira des cosmologues à cette impasse et s’explicite dans la théorie des cordes. La matière ainsi que la lumière, véhicule de l’énergie, ne seraient que vibrations de cordes infinitésimales. Le monde tel que nous le vivons ne serait que symphonie cosmique où cordes vibrent et chantent produisant les majestueux spectacles de la nature.
Vide quantique : soupe primordiale L’univers depuis 13,7 milliards d’années a emprunté la voie de l’évolution. Imprégné d’une histoire par sa création, il ne cesse de progresser vers une complexité grandissante. Une tumultueuse et mystérieuse agitation induit à la matière une tendance à s’organiser. Pourquoi cette tendance ? Aucune explication, mais elle donne un sens à l’univers. Il serait né du vide. Ce vide bien différent de celui généralement entendu, serait plutôt un vide quantique bouillonnant d’énergie et constitué de particules et d’antiparticules fantômes se dévoilant et s’évaporant à l’intérieur de cycles de 10-43 seconde, inaccessibles à l’entendement. L’expansion de l’univers poussera les dimensions de l’univers et conséquemment, la densité d’énergie diminuera progressivement pour permettre au cosmos de gravir les échelons de la complexité. L’énergie du vide, est imprégnée du mythique, car c’est elle qui enfante l’existence corpusculaire. La formule d’Einstein, probablement la plus célèbre de la physique ; E=mc2, nous révèle que l’énergie peut être convertie en particules de matières et vice-versa. Les premiers instants de l’univers seraient caractérisés par d’incessantes annihilations de particules et d’antiparticules pour devenir lumière. La lumière s’éteint ensuite pour se métamorphoser en paires de particules et d’antiparticules. Comment conférer au vide une puissance créatrice ? Paradoxal cela semble être, mais fort croyant sont les cosmologues qui soutiennent cette thèse.
Une rupture de symétrie créative Cette symétrie particules-antiparticules ne se maintiendra pas, car les mots de ce travail n’auraient jamais existé. Une cause externe, mythique et irrésolue induirait aux annihilations une tendance naturelle à préférer de façon très infime, une génération de matière plutôt que d’antimatière. Pour un milliard d’antiquarks surgissant du vide, un milliard plus un quarks germeraient. C’est à la rupture de symétrie que nous devons l’esprit créatif du cosmos, alors qu’une symétrie parfaite aurait été source de stérilité.
Combats mythiques entre les grandes forces Les premiers atomes naîtront suite à cette brisure de symétrie où hydrogène, hélium, deutérium, lithium et béryllium seront synthétisés. Néanmoins, la croissance de complexité sera très vite stoppée par les conditions cosmiques. Protons et neutrons se retrouvent si éloignés les uns des autres que des fusions vers des noyaux plus complexes deviennent impossibles. Un événement mystérieux marquera l’histoire de l’univers, 300 000 ans après sa naissance. Avant cette époque, le cosmos était plongé dans un brouillard opaque où photons, ne pouvant remplir leur rôle de porteur d’énergie et d’information, se heurtaient constamment sur des électrons libres. 300 000 ans, 3000 degrés, l’univers entame une nouvelle étape dans son évolution et la force électromagnétique vaincs les énergies primordiales qui se sont diluées avec l’expansion. Cette nouvelle ère marque l’apparition de la matière atomique électriquement neutre où noyaux d’hydrogène et d’hélium sont forcés de s’accaparer des électrons jusqu’alors libres. Aussitôt les électrons fait prisonniers, l’univers se dévoile dans toute sa splendeur lumineuse et les brouillards primordiaux se dissolvent. Une épopée d’élévation dans les échelles de la complexité s’entame et bientôt, les premières étoiles jaillissent, suivies des galaxies et des mégastructures. L’infiniment petit engendre l’infiniment grand. Un combat mythique entre forces s’entame dans le cosmos et les victoires engendrent l’apparition de nouvelles entités ; ici la matière telle que nous la connaissons.
La matière sensible, une exception dans l’univers Mais qu’adviendra-t-il de ce monde en constante évolution. La cosmologie ne se prononce pas fermement sur cette question, mais nous suggère quelques possibilités. Ou bien l’univers continuera sa course folle à la démesure pour finir ses jours dans un froid glacial ou bien la force gravitationnelle finira par vaincre l’énorme élan d’expansion pour amorcer un effondrement se terminant dans une chaleur infernale. Ces divers scénarios ne dépendent que de la masse présente au sein du cosmos. Pour que la gravité gagne le combat, il suffit que la densité de matière soit supérieure à la densité critique. Les étoiles et galaxies observées à ce jour contribuent à 0,5 % à la densité critique. Mais certaines observations, telles que la dynamique des étoiles au sein des galaxies, nous révèlent qu’il existerait de la « matière sombre », invisible, qui contribuerait pour environ 4,5 % de la densité critique. Sous quelle forme se cache cette matière ? Le mystère demeure irrésolu après 70 ans de recherche. De plus, lorsque nous portons notre regard sur les structures à grande échelle de l’univers, un nouveau problème se pose. Les galaxies au sein des amas ne contiennent pas assez de matière pour maintenir l’amas en cohésion gravitationnelle. Pourtant, les amas de galaxies peuplent notre cosmos. Il y aurait donc de la matière dont la nature nous échappe et qui contribuerait pour 25 % de la densité critique. Cette matière exotique errerait dans l’espace intergalactique. Bien que cette matière n’ait jamais été observée, elle subsiste dans l’imagination débridée des physiciens qui croient fermement en son existence. Le combat mythique se poursuit et, invisibles et fantômes sont les combattants les plus susceptibles de remporter la victoire.
L’univers-iceberg Notre conception du monde se fait à partir d’un « univers-iceberg », ou 99,5 % de son contenu nous échappe. Seule distinction, notre savoir connaît la matière des icebergs enfouie sous l’eau, mais demeure dans l’ignorance face à la nature de la masse fantôme. Le renard dans le Petit Prince ne se trompait guère en affirmant : « L’essentiel est invisible pour les yeux ». La matière qui constitue notre corps et fonde les bases de notre connaissance empiriste ne constitue que 5 % de la masse de notre univers. Nous sommes donc une exception au sein d’un univers dissimulant bien des secrets.
À la recherche de la masse fantôme De nos observations, nous atteignons 30 % de la densité critique. Conséquemment, la gravité ne parviendra jamais à remporter son combat qui perdure depuis déjà 13,7 milliards d’années et notre monde est condamné à une expansion éternelle. Néanmoins, ces prédictions entrent en contradiction avec les fondements du Big Bang, soit la théorie inflationnaire. Un univers ayant subi une folle phase inflationnaire dès les premières secondes de son existence serait géométriquement plat. Jusqu’à maintenant, nos recherches pour déterminer la courbure de l’espace-temps aboutissent à un rayon infini, donc un univers plat. Alors, où donc sont passés les 70 % restant de la densité critique ? De récentes observations semblent valider l’existence de cette matière manquante qui subsisterait sous une forme mystérieuse « d’énergie noire ». En observant des supernovae, les astronomes furent stupéfaits d’admettre que le mouvement de fuite des galaxies n’était pas en ralentissement, mais plutôt en accélération. Une force énigmatique existerait dans notre cosmos sous une forme d’antigravité. Une telle force avait été introduite en 1917 par Einstein sous l’influence de convictions en un univers statique, mais fut écartée après les observations d’Hubble. Cette force rejaillit aujourd’hui sous une forme de densité d’énergie du vide quantique. Le taux d’accélération de l’univers mesuré avec les supernovae nous révèle que sa contribution se situerait autour de 70 % de la densité critique. Une autre méthode confirme l’existence de cette énergie par les fluctuations de densité au sein du rayonnement fossile et confirme les 70 % manquant de la densité critique.
L’apparition de l’humanité au même moment De cette nouvelle force, une question se pose : pourquoi la force répulsive due à l’énergie noire se manifeste-t-elle seulement aujourd’hui, 13,7 milliards d’années après la naissance du cosmos ? Elle aurait été oubliée dans l’ombre faute d’une amplitude trop faible pour intervenir sur le déroulement de l’évolution de l’univers. Le temps joue néanmoins en sa faveur, puisqu’elle finit par occuper le devant de la scène au moment où la dilution de l’univers atteint une dimension critique. À mesure que la distance entre galaxies augmente, la force attractive diminue inversement au carré. Au contraire, la force répulsive croit à mesure que la distance entre galaxies augmente. Est-ce une coïncidence que la force répulsive soit réglée de manière à ce que l’univers passe d’un régime de décélération à un d’accélération à l’instant précis où l’humanité entre en scène, il y a quelques millions d’années, soit un clin d’œil dans l’histoire universelle ? Certaines doctrines de type anthropique soutiennent que notre univers serait un parmi une multitude d’autres inaccessibles. Chacun de ceux-ci aurait une force répulsive propre. Ceux ayant une force répulsive trop forte se dilueraient trop vite pour permettre aux étoiles, galaxies et vie de se former, alors que d’autres ayant une force répulsive trop faible seraient trop rares pour exister. Seul notre univers posséderait une force répulsive optimale, et nous vivrions dans le meilleur des mondes possibles.
Conclusion La cosmologie moderne ne s’est pas entièrement dépourvue du mythe, mais ce serait une erreur de la confondre avec la pensée mythique. Néanmoins, parce qu’elle tend vers une unification totale des lois, forces et énergies constituant notre cosmos, elle n’est conséquemment pas entièrement une science empirique, qui elle doit se concentrer sur le particulier. Seule science encore pourvue d’une influence mythique profonde, la cosmologie demeure étroitement liée aux conceptions archaïques de la nature. Est-ce de manière inconsciente que les scientifiques induisent une dimension mythique aux théories cosmologiques ? Le mythe est-il une réalité en soi ou est-il introduit dans la cosmologie afin de rendre compte de phénomènes dépassant notre compréhension ? Plusieurs cosmologues croient qu’une entité métaphysique transcenderait notre monde et conférerait à l’univers un sens. Je crois pour ma part que bon nombre de cosmologues utilisent le mythe afin d’ajouter une valeur qui rend leurs théories plus attrayantes. L’homme se complaît dans la pensée mythique qui le fascine et l’émerveille. La science, pour occuper le statut de vérité, doit être endossée par le plus grand nombre. Conséquemment, elle est un phénomène social et il est avantageux pour le théoricien de la rendre la plus séduisante et accessible possible. Le mythe n’est pas mort dans nos conceptions cosmologiques de l’univers et perdure depuis plusieurs millénaires.
Annexe A La science empirique L’empirisme est une doctrine épistémologique selon laquelle, toute connaissance est le résultat de notre expérience sensible. Elle est une démarche qui s’appuie uniquement sur les données de l’observation concrète, de l’expérience immédiate, sans essayer de définir une règle d’ensemble, systématisant ces données. Souvent associé au matérialisme et au positivisme, l’empirisme est opposé au rationalisme des philosophes continentaux.
L’empirisme est un mouvement philosophique qui prend naissance d’abord en Angleterre au XVIe siècle. Ses fondateurs sont Francis Bacon, Thomas Hobes, John Locke, Georges Berkeley et David Hume.
L’empirisme considère que le fondement premier de la connaissance se trouve dans l’expérience sensible révélée par les objets singuliers et les phénomènes qui sont réels. Il admet l’existence de concepts a posteriori, images ou synthèses d’images issues de l’expérience sensible. Il ne reconnaît pas l’existence de concepts a priori ou d’idées innées et l’esprit est alors perçu comme une « tabula rasa » sur laquelle s’impriment des impressions sensibles. La connaissance humaine est donc a posteriori et la raison n’est qu’un assemblage de perceptions.
La science moderne est un corpus de connaissances ayant un objet déterminé et reconnu, et une méthode propre. Elle repose sur l’empirisme et se fonde sur l’expérience sensible.
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