LA VIE EXTRATERRESTRE ou LA VIE EST ELLE UNIVERSELLE ? (n° 22)

(1ère diffusion le 1er septembre 2004)

 

                Bonjour à toutes et à tous. Aujourd’hui, 22 ème épisode de notre feuilleton astronomique. Tout de suite, nous avons le plaisir d’accueillir notre intervenant du jour, Jean Lachaise, professeur de physique à l’UPPA, c’est-à-dire à la fac de Pau et des pays de l’Adour, et qui est également président de la Société d’Astronomie des Pyrénées Occidentales, la SAPO, qui est à l’origine même de cette émission de radio. Bonjour Jean… Le thème qui va être abordé est majeur et intéressera, sans aucun doute, les petits et les grands : il s’agit de faire le point sur la vie extraterrestre. La vie est-elle universelle ? ou sommes-nous seuls sur notre petite planète ? Pour décrire la naissance de l’espèce humaine, il est classique de le faire en 3 étapes relatives d’abord à l’Univers, ensuite à la vie et enfin à l’espèce humaine. Au cours des émissions précédentes, nous avons longuement expliqué la 1ère étape, l’Univers, sa naissance il y a quelques 14 milliards d’années, et puis l’évolution de cet univers avec la naissance il y a quelques 4,5 milliards de notre système solaire : soleil, et planètes. Aujourd’hui nous nous centrons sur la 2ème étape, celle de la vie, nous allons d’abord nous situer sur notre terre à son tout début pour comprendre comment la vie élémentaire, en bref la cellule vivante est apparue, ce qui nous permettra ensuite d’aller voir ailleurs, au-delà de la terre, ce qu’il en est. Peut-être que dans une émission ultérieure, si les auditeurs insistent, nous raconterons la 3ème étape, c’est-à-dire l’évolution depuis la cellule jusqu’à l’espèce humaine.

Le thème du jour est complexe, parfois quelques clins d’œil seront faits aux scientifiques avec quelques notions ou mots compliqués, mais ne vous inquiétez pas, ce n’est pas très important pour la compréhension générale et, je vous promets, il n’y aura pas d’interrogation écrite surprise…

 

1 - Jean, pour entrer dans notre thème, une question préalable : Qu'entend-on exactement par "vie" ?

Il y a près de 4 milliards d'années sont apparues sur Terre des structures chimiques qui allaient bouleverser l'histoire de la planète car elles permirent à la matière de se mettre à vivre. Du fait de la tectonique des plaques qui a détruit ou altéré la croûte primitive de la Terre, les premières parcelles de terrains préservées remontent seulement à 3,5 milliards d'années. Pourtant ces parcelles contiennent déjà des organismes qui ressemblent beaucoup à des bactéries modernes. Dès lors, les chercheurs s'interrogent sur ce qu'ont pu être les premières étapes de la vie…

Ils pensent qu'un certain nombre de molécules se sont auto-organisées dans l'eau pour former des sortes de petits automates chimiques capables d'assembler d'autres molécules pour générer des structures à leur image. C'est l'auto-reproduction.

Par suite de subtiles différences de montage, des automates plus aptes à se reproduire sont apparus et devinrent les espèces dominantes. C'est l'évolution.

Auto-reproduction et évolution sont les deux conditions qui caractérisent a minima le passage de la matière à la vie.

 

2 – Mais, comment scientifiquement cherche-t-on à résoudre l'énigme de la matière qui se met à vivre, de ce passage à la vie ?

On suppose que les premiers petits automates chimiques apparurent dans l'eau des océans il y a environ 4 milliards d'années. La présence de l'eau ne pose pas de problème majeur car il semble que la Terre en était déjà couverte peu de temps après sa formation, il y a 4,5 milliards d'années.

Dès 1953, date de l'expérience de Miller qui marqua le début de la chimie prébiotique, les chimistes ont cherché à reconstituer, dans leurs tubes à essais, des automates ressemblant à une cellule simplifiée. Pendant des décennies ils se sont évertués à reconstituer les molécules indispensables au fonctionnement d'une cellule, à savoir :

- des molécules de la compartimentation, molécules dites membranaires

- des molécules de l'information, telles que l'acide ribonucléique (ARN) et l'acide desoxyribonucléique (ADN).

- des molécules catalytiques (enzymes protéiques).

Ces trois sortes de molécules, qualifiées de biologiques, sont des molécules organiques. Elles sont construites autour d'une ossature d'atomes de carbone liés entre eux. Ces atomes de carbone peuvent à leur tour être liés à des atomes d'hydrogène, d'oxygène, d'azote, de phosphore, de soufre.

 

3 –Jean, tu nous as dit que ces petits automates chimiques, devaient ressembler à une cellule simplifiée.  Mais quelle est la constitution d’une cellule ?

Dans une cellule vivante, l'intérieur est séparé du milieu extérieur aqueux par une membrane lipidique. Les lipides membranaires sont des molécules possédant une partie hydrophile (qui recherche l'eau) et une partie hydrophobe (qui fuit l'eau). Mises en présence d'eau, ces molécules s'agrégent pour enfouir leurs parties hydrophobes et exposer leurs parties hydrophiles.

 

4 – Et l’auto reproduction, comment est-elle assurée ?

L'auto reproduction est assurée par les enzymes, qui sont des protéines capables d'exercer une activité catalytique, c'est-à-dire qui sont capables d'accélérer certaines réactions chimiques.

Les enzymes sont comme de longs mots écrits à l'aide d'un alphabet de vingt lettres : les acides aminés.

Une enzyme résulte de l'enchaînement de plusieurs centaines d'acides aminés. La chaîne principale, une fois formée, adopte des géométries régulières, hélices droites ou feuillets formés par l'association côte à côte de plusieurs chaînes. L'activité catalytique s'exerce au niveau des chaînes latérales réactives, disposées d'une manière précise dans des poches façonnées par les contraintes exercées par l'eau environnante.

 

5 – Jean, tu nous as aussi parlé de molécules de l’information ARN et ADN. J’imagine que ceux sont elles qui détiennent le plan de montage d'une cellule ?

Le plan de montage d'une cellule est contenu dans les acides nucléiques : ADN et ARN. Ce sont de très longues chaînes constituées par la répétition de maillons élémentaires appelés nucléotides. Chaque nucléotide comporte une base azotée.

ADN et ARN s'écrivent à l'aide de quatre lettres seulement, représentant quatre bases différentes. Mais les mots sont très longs. Par exemple, le mot schématisant l'ADN humain, compte près de cent trente millions de lettres !

ADN et ARN forment des géométries stables en double hélice.

 

6 – Après cette description succincte des éléments incontournables d’une cellule, revenons à nos automates.  Quelle est la matière première de ces automates ?

Par analogie avec le monde vivant contemporain, on considère généralement que la vie primitive utilisait déjà des molécules organiques.

 

7 – Et quels étaient les chemins possibles pour la formation de ces automates, il y a quatre  milliards d'années ?

Les formes de carbone les plus simples, capables de conduire aux molécules organiques, sont gazeuses : dioxyde de carbone et monoxyde de carbone pour les formes oxydées, et méthane pour la forme réduite.

Quand on pense molécules gazeuses, on pense naturellement à atmosphère terrestre. L'idée de composés chimiques fabriqués dans l'atmosphère terrestre fut d'abord émise par le biochimiste russe Oparin en 1924. Oparin pensait que l'atmosphère primitive était dominée par le méthane. L'hypothèse d'Oparin se trouva confortée en 1953 par l'expérience du chimiste américain Stanley Miller. Ce dernier remplit un ballon d'un mélange gazeux de méthane, d'ammoniac, d'hydrogène et de vapeur d'eau et soumit ce mélange à l'action d'un arc électrique simulant les orages de la Terre primitive. Parmi les composés formés, il identifia l'acide cyanhydrique (un poison violent) et le formaldéhyde (le formol des pharmaciens), passages obligés pour conduire aux molécules biologiques. Il isola également plusieurs acides aminés.

Depuis l'expérience de Miller, 17 des 20 acides aminés protéiques ont été isolés, ainsi que certains éléments constitutifs des acides nucléiques.

 

8 - Mais l'atmosphère primitive contenait-elle assez de méthane pour produire ces molécules organiques ?

Les géochimistes nous disent que l'atmosphère terrestre primitive était essentiellement neutre, formée majoritairement de dioxyde de carbone, d'eau et d'azote, d'origine volcanique ou micrométéoritique, avec des quantités mineures d'autres gaz tels que le méthane, le monoxyde de carbone ou l'hydrogène sulfuré (le gaz des œufs pourris). Lorsqu'on refait l'expérience de Miller en diminuant progressivement la proportion de méthane, la formation d'acides aminés devient de plus en plus difficile. Par conséquent d'autres chemins ont dû contribuer à la production des pièces des automates chimiques : le chemin océanique et le chemin spatial.

 

9 – Jean, nous sommes en plein mécano pour construire nos petits automates ou robots. Nous venons de voir le chemin atmosphérique. Qu'entends-tu par chemin océanique ?

Lorsque deux plaques tectoniques s'écartent, le magma remonte et se solidifie pour former les dorsales océaniques, véritables chaînes de montagne émergeant sous la mer. Au cours de son ascension et de son refroidissement, le magma se contracte et se fissure. L'eau de mer s'infiltre sur plusieurs centaines de mètres de profondeur et se réchauffe au contact du basalte chaud jusqu'à atteindre des températures de l'ordre de 350 °C. L'eau se charge en gaz (hydrogène, azote, oxyde de carbone, dioxyde de carbone, méthane, anhydride sulfureux, hydrogène sulfuré), puis s'échappe du fond de l'océan sous forme de véritables geysers.

Ces sources hydrothermales sous-marines présentent un environnement favorable aux synthèses prébiotiques. Les éléments indispensables à la fabrication des pièces d'automates chimiques y sont présents : hydrogène, azote, monoxyde et dioxyde de carbone, hydrogène sulfuré, méthane et, bien sûr, eau. Le magma fournit en continu l'énergie nécessaire sous forme de chaleur. Le milieu est enfin protégé des effets destructeurs des rayons ultraviolets par la couche d'eau océanique, qui amortit également le bombardement météoritique.

Les sources hydrothermales furent-elles donc le berceau des automates chimiques ? Probablement pas, car leur température était trop élevée pour permettre la survie de ces automates. Mais elles ont très bien pu produire certaines des pièces nécessaires à leur émergence.

 

10 – Poursuivons le mécano, le chemin spatial, cela veut dire quoi ?

L'apport de molécules organiques d'origine extraterrestre. Les différentes sondes qui se sont approchées de la comète de Halley ont trouvé qu'elle était composée à 14 % de matériaux organiques. Parmi les molécules identifiées, on retrouve l'acide cyanhydrique et le formaldéhyde. Ces composés, ainsi que de nombreuses autres molécules d'intérêt prébiotique, on été observés plus récemment dans les comètes Hyakutake en 1996, et Hale-Bopp, en 1997.

Dans les météorites carbonées, de nombreuses molécules proches des composés biologiques ont été identifiées : acides carboxyliques, acides aminés, bases nucléiques, amines, amides, alcools… La météorite de Murchison renferme, à elle seule, plus de 70 acides aminés différents. Au nombre de ceux-ci, on trouve 8 acides aminés protéiques.

 

11 - L'apport du chemin spatial est-il suffisamment conséquent ?

Des collectes de poussières interplanétaires dans les glaces du Groenland et de l'Antarctique permettent d'évaluer à environ 50 à 100 tonnes la quantité de grains interplanétaires arrivant tous les jours actuellement sur la Terre. 99 % de cette masse est apporté par des micrométéorites dont le diamètre est compris entre 50 et 500 micromètres. Une analyse détaillée des teneurs en carbone de différents groupes de micrométéorites permet d'estimer à 100 tonnes le flux global de carbone apporté chaque année à la Terre. La quantité livrée à la Terre pendant la phase active du bombardement terrestre qui remonte à environ 4 milliards d'années et qui s'étale sur 300 000 années, est estimée à 1017 tonnes. Cette valeur représente 100 000 fois la quantité de carbone nécessaire à l'entretien de la vie aujourd'hui à la surface de la Terre.

Ces grains renferment une forte proportion de catalyseurs comme les sulfures métalliques, les oxydes, les argiles. Au contact de l'eau liquide, les grains ont donc pu fonctionner comme des microréacteurs chimiques transformant la matière organique des grains à l'aide des catalyseurs présents.

 

12 - Mais d'où proviennent ces molécules organiques ?

De l'espace, aussi étrange que cela puisse paraître à première vue. A ce jour, près de 110 molécules différentes ont été identifiées dans les nuages denses de gaz et de poussière du milieu interstellaire. 83 de ces molécules contiennent du carbone. La glycine, l'acide aminé le plus simple, a été identifiée dans le milieu interstellaire, ainsi que les molécules qui conduisent aux acides aminés : acide cyanhydrique, ammoniac, formaldéhyde. Pour vérifier que la synthèse d'acides aminés dans les conditions du milieu interstellaire est possible, un mélange de glaces d'eau, d'ammoniac, de méthanol, de monooxyde et de dioxyde de carbone a été irradié au Laboratoire d'astrophysique de Leyde, aux Pays-Bas, dans des conditions mimant celles du milieu interstellaire (vide poussé à 10 -7 mbar, température de –261 °C). Une fois ramenés à la température ambiante , ces échantillons on été analysés au centre de biophysique moléculaire du CNRS, à Orléans. 16 acides aminés ont été trouvés dont 6 font partie des 20 acides aminés protéiques.

                Enfin, il a été vérifié que la poudre météoritique protège efficacement les acides aminés à partir d'une épaisseur de 5 micromètres. En d'autres termes, toute micrométéorite de taille supérieure à 5 micromètres représente un transporteur potentiel de ces acides dans l'espace.

 

13 - A quoi ressemblaient les premiers automates ?

La grande majorité des travaux de reconstitution d'acides nucléiques prébiotiques porte sur les ARN car ils sont considérés comme plus primitifs, que les ADN. Bien que les résultats obtenus jusqu'ici soient encourageants, la formation prébiotique d'ARN demeure encore inexpliquée.

 

14 – La cellule est souvent considérée comme la vie élémentaire de base, l’ancêtre commun à tout ce qui vit. Mais peut-on envisager une vie primaire encore plus simple que celle de la cellule ?

Dans les années 1980, on a découvert que certains ARN étaient capables non seulement de véhiculer l'information mais aussi d'exécuter une activité catalytique, comme les enzymes protéiques. Très vite s'est développée l'idée d'un monde d'ARN, berceau de la vie sur Terre. Ce monde a vraisemblablement constitué un épisode de l'histoire de la vie.

 

15 - Peut-on espérer un jour trouver des automates fossiles dans les sédiments anciens ?

L'espoir de retrouver de petits automates chimiques fossilisés depuis quatre milliards d'années, ou même les molécules organiques qui constituaient ces automates, est pratiquement nul. En fait, trois facteurs ont contribué à effacer leurs traces sur la Terre : l'histoire géologique mouvementée de la Terre, en particulier la tectonique des plaques, l'érosion due à la présence permanente d'eau liquide et, enfin, la vie elle-même, qui produit d'énormes quantités d'oxygène, un poison pour les molécules organiques réduites. On peut donc craindre que les premières pages du livre de l'histoire de la vie restent blanches à jamais.

 

                Jean, dans un instant, avec les auditeurs, nous allons profiter d’un temps de respiration grâce à Karine et à sa pause musicale coutumière. Juste une remarque pour la méditation avant cette pause, nous sommes pour l’instant restés sur notre terre, mais l’extra terrestre est déjà doublement présent dans ce cheminement vers la vie : d’abord à travers les molécules évoquées (oxygène, carbone, azote, phosphore, soufre, etc..) qui ont été constituées lors de l’évolution et de la mort d’étoiles massives, ensuite grâce au chemin spatial évoqué avec l’arrivée massive de poussières interplanétaires composées de molécules organiques. A toi Karine pour la musique.

 

16 – Merci Karine pour cette pause. Jean, revenons à nos automates, nous sommes restés sur un schéma très simple. Et si ces automates avaient été plus complexes dès l'origine ?

Probablement non, car ils devaient être suffisamment robustes pour pouvoir survivre aux impacts météoritiques et cométaires. Eventuellement même, capables de redémarrer après les plus gros impacts qui ont vraisemblablement évaporé toute l'eau des océans primitifs. Il est donc raisonnable de penser que pour être robuste, la vie primitive devait être relativement simple et apte à être répétée en de nombreux exemplaires.

 

17 – Oui, mais comment prouver la simplicité des automates primitifs ?

La découverte d'autres exemples de vies sur d'autres corps célestes conforterait la relative simplicité de l'origine de la vie en apportant la preuve de son caractère répétitif. En ayant identifié à ce jour plus de 80 molécules organiques dans le milieu interstellaire, les radioastronomes ont démontré que la chimie organique est universelle. Il ne reste plus maintenant qu'à rechercher la présence permanente d'eau liquide. Présente en surface, elle signale l'existence d'une atmosphère qui permet l'apport en douceur de molécules organiques par le biais de micrométéorites. Comme les molécules organiques peuvent également se former dans les sources chaudes sous-marines, tout océan extraterrestre présentant les signes d'une activité hydrothermale constitue également un habitat biotique possible.

 

18 – Jean, maintenant nous sommes fins prêts pour aller voir ailleurs. Qu'en est-il de la recherche de traces de vie sur Mars ?

La planète Mars est, bien sûr, l'objet d'une attention toute particulière. Les lits asséchés observés par les missions martiennes indiquent clairement que Mars a connu dans sa jeunesse des écoulements permanents de fluides. Ecoulements d'eau ? de dioxyde de carbone ? La sonde martienne Odyssey placée en orbite martienne en 2001 a détecté de très importantes quantités d'atomes d'hydrogène présents en surface aux pôles mais également dans le proche sous-sol martien. La présence de ces atomes prouve l'existence de glace d'eau, permettant ainsi d'attribuer la formation des lits d'écoulement à la présence d'eau liquide ayant coulé jadis à la surface de Mars. La présence permanente d'eau liquide suppose une température constamment supérieure à 0°C, température atteinte probablement grâce à l'existence d'une atmosphère dense générant un effet de serre important. Grâce à cette atmosphère, la planète a pu accumuler des micrométéorites à sa surface, à l'instar de la Terre. Toutefois, en 1976, les deux sondes Viking ne détectèrent ni molécules organiques, ni vie à la surface de Mars sur une profondeur de quelques centimètres. En fait le sol martien semble renfermer des oxydants puissants produits par le rayonnement solaire dans l'atmosphère et/ou par des processus photochimiques au niveau du sol. La présence d'oxydants exclut toute accumulation de molécules organiques à la surface de la planète. L'absence de matière organique à la surface de Mars pourrait également être due à des processus de dégradation directe par les ultraviolets solaires, l'atmosphère martienne ne possédant pas de couche protectrice d'ozone.

 

19 –On a aussi récemment beaucoup parlé des météorites de Mars ? Que nous apprennent-elles ?

On dispose aujourd'hui de 28 météorites qui proviennent très probablement de Mars. Parmi ces météorites la fameuse ALH 84001, présentée comme renfermant des nanobactéries fossilisées. Cette affirmation est cependant aujourd'hui de plus en plus contestée. Les pseudo microfossiles ont très probablement été formés par des processus minéraux consécutifs à des infiltrations d'eau terrestre. Par ailleurs, la présence de cristaux de magnétite présentée comme preuve de la présence de vie martienne dans la météorite, n'est pas non plus convaincante dans la mesure où des cristaux identiques ont été obtenus en laboratoire, d'une manière non biologique.

Il n'empêche, certaines des météorites recueillies renferment des molécules organiques. Les ingrédients qui ont permis l'apparition de la vie sur Terre étaient donc rassemblés sur Mars. Il est dès lors tentant de penser qu'une vie élémentaire de type terrestre à pu apparaître et se développer sur la planète rouge.

 

20 - La planète Mars est-elle la seule candidate de notre système solaire ?

Non. Europe, le plus petit satellite de Jupiter, pourrait bien présenter des environnements marins ressemblant aux sources sous-marines terrestres. Il orbite à un distance d'environ 600 000 km de Jupiter, donc suffisamment près pour être réchauffé par l'effet de marée dû au champ gravitationnel de la planète géante. Toutes les observations effectuées par les missions Voyager et Galileo plaident en faveur de l'existence d'un océan sous-glaciaire d'eau salée. Il est maintenant important de savoir s'il existe sur Europe un magma capable de transférer la chaleur du cœur planétaire vers le fond océanique pour créer des sources hydrothermales et, par conséquent, des molécules organiques. Sa mise en évidence est l'un des objectifs prioritaires de l'exploration d'Europe actuellement à l'étude. Si Europe a maintenu une activité de marée et une activité hydrothermale sous-glaciaire, une vie bactérienne a pu y apparaître et s'y maintenir. Ainsi, Europe apparaît de plus en plus un lieu privilégié du système solaire pouvant héberger de l'eau et une vie bactérienne en activité.

 

21 - Et si nous parlions un peu de Titan ?

Titan, le plus gros satellite de Saturne, possède une atmosphère dense de 1,5 bar constituée d'azote à plus de 90%, mais aussi de méthane et d'un peu d'hydrogène. L'atmosphère renferme également d'épais brouillards organiques. Les observations recueillies par la mission Voyager et les mesures faites à partir de la Terre indiquent clairement la présence de nombreux hydrocarbures et de nitriles. Parmi ces composés organiques figurent l'acide cyanhydrique, l'acétylène, le cyanoacétylène, passages obligés de la chimie prébiotique. La modélisation des processus physico-chimiques supposés se dérouler à la surface de Titan envisage la présence d'océans de méthane et d'éthane liquide en équilibre avec les constituants de l'atmosphère. Titan représente donc un véritable laboratoire de production de composés prébiotiques à l'échelle planétaire. Bien que des traces de vapeur d'eau aient été récemment détectées par le satellite Iso dans sa haute atmosphère, la température très basse, - 180°C, régnant près de sa surface interdit la présence d'eau liquide. Les molécules ne peuvent donc pas évoluer vers une vie de type terrestre. Vers quels systèmes complexes évoluent-elles en l'absence d'eau ? La sonde Cassini-Huygens, qui s'est placée en orbite autour de Saturne le 1er juillet dernier, devrait apporter des éléments de réponse à la fin de l'année lors d'une approche programmée de Titan.

 

22 – Après cette trilogie, Mars, Europe et Titan autour de notre soleil, si nous allions voir un peu plus loin des planètes autour d’autres soleils ?

Depuis septembre 1995, date de la découverte de la première planète extrasolaire par Michel Mayor et Didier Queloz à l'observatoire de Haute-Provence, 122 autres planètes extrasolaires ont été trouvées. Ce sont toutes des planètes géantes car les moyens de détection actuels ne permettent pas de mettre en évidence des planètes telluriques, comme la Terre, qui sont beaucoup plus petites.

La confirmation de l'existence jusqu'alors supposée de planètes extrasolaires plaide pour étendre la recherche de la vie hors du système solaire.

 

23 - Comment peut-on détecter la vie sur ces planètes lointaines ?

La recherche de la vie sur les planètes  extrasolaires ne peut se faire que par l'analyse spectrale de ses éventuelles manifestations : singularités dans la composition de l'atmosphère et/ou messages électromagnétiques "intelligents".

L'atmosphère terrestre renferme en permanence 21 % d'oxygène alors que les atmosphères des autres planètes du système solaire n'en renferment que des traces. Cette surabondance est liée à l'existence d'une vie intense à la surface de notre planète. Détectée dans l'atmosphère d'une planète extrasolaire, elle indiquerait la présence d'une vie à sa surface…

L'oxygène atmosphérique pourrait être décelé dans le spectre visible par la raie caractéristique de cette molécule à 760 nm. Mais pour des raisons pratiques, il est plus facile de rechercher la signature de l'ozone (O3) dans le spectre infrarouge à 9,6 mm. La présence simultanée d'ozone (donc d'oxygène), de vapeur d'eau et de dioxyde de carbone apparaît aujourd'hui comme une signature probante d'une vie planétaire exploitant largement la photosynthèse.

Vers 2020, deux projets seront dédiés à la recherche d'exoplanètes de type terrestre. Le projet américain TPF et le projet européen Darwin/Irsi. Ce dernier consistera à placer dans l'espace une flottille de six télescopes spatiaux qui seront coordonnés pour analyser les atmosphères planétaires par interférométrie et y rechercher des singularités dues à une activité biologique.

                Enfin, la détection par radioastronomie d'un signal électromagnétique "intelligent" provenant d'une civilisation extraterrestre ayant atteint un niveau suffisant de développement technologique, apporterait la preuve indéniable de l'existence d'une vie extraterrestre. Ce programme d'étude mérite d'être soutenu même si, a priori, la probabilité pour qu'une vie bactérienne extrasolaire évolue vers des systèmes vivants exploitant la technologie électromagnétique est extrêmement faible.

 

24 – Jean, et s’il fallait tirer une conclusion de tout cela ?

En démontrant qu'il était possible de former des acides aminés à partir de méthane, Miller suscita un énorme espoir : les chimistes allaient pouvoir reconstituer une vie primitive en tube à essais. Mais après cinquante ans d'efforts soutenus, force est de constater que le rêve n'a pas encore été réalisé.

Les chimistes se sont efforcés de reconstituer en laboratoire les trois familles de molécules indispensables au fonctionnement de la cellule : les molécules de l'information ARN et ADN, les molécules catalytiques et les molécules de compartimentation. Ils ont réussi à reconstituer des précurseurs de membranes et des miniprotéines. En revanche, ils n'ont pas réussi à reconstituer des molécules d'ARN, ni a fortiori des molécules d'ADN. Même si la vie cellulaire a été précédée par un monde vivant d'ARN capable de fournir à la fois le "plan de montage" et l'outil nécessaires à l'auto reproduction, le problème reste entier car la synthèse des ARN primitifs reste problématique.

Les chances de succès vont dépendre de la simplicité des automates à construire. Aussi, serait-il important de découvrir un deuxième exemple de vie qui conforterait cette idée de simplicité en démontrant le caractère ubiquitaire de la vie. Ce nouveau rêve peut-il devenir réalité ? Les biologistes ont montré que la vie bactérienne peut survivre en s'adaptant à des conditions extrêmes et à des environnements très diversifiés, ce qui élargit considérablement l'éventail des niches biologiques extraterrestres. Planétologues et astronomes nous ont fait découvrir des habitats possibles dans le système solaire et même au-delà…

                Mais à ce jour, la vie n'est connue que sur Terre et tant que l'on ne dispose que d'un seul exemplaire de vie, on ne peut pas exclure l'idée que la vie terrestre résulte de la rencontre, extraordinaire et unique, d'un très grand nombre de molécules spécialisés Si, d'ici, plusieurs décennies, aucun autre exemple de vie n'était découvert dans les nombreux habitats extraterrestres répertoriés, si aucun signal intelligent n'était  perçu, si aucune vie ne pouvait être reconstituée en tube à essais, alors il faudra accepter l'idée que la vie terrestre pourrait bien être unique, que nous sommes peut-être seuls dans le vaste univers et que nous ne saurons probablement jamais comment la matière devint vivante, voilà quatre milliards d'années sur notre belle planète bleue…

 

 

24 bis – Jean, avant mon ultime question, peut-être souhaiterais-tu communiquer aux auditeurs les références des ouvrages qui t’ont été utiles dans ton intervention :

André BRACK, Et la matière devint vivante…

Editions Le Pommier (2004), 64 pages.

André BRACK, Bénédicte LECLERCQ, La vie est-elle universelle ?

EDP Sciences (2003), 200 pages.

 

25 – Cette ultime question, Jean, elle n’est pas simple, elle mériterait une émission à elle toute seule  « et Dieu dans tout cela » ?

Ne faisons pas comme Gagarine qui lors de son vol spatial historique annonçait malicieusement qu'il n'avait pas trouvé Dieu dans le ciel. Nous ne le trouverons pas chevauchant un automate chimique. Acceptons simplement de le voir dans les merveilles qui nous entourent.

J'ajouterai pour terminer que la vie est un superbe cadeau que nous ont offert notre papa et notre maman. Un cadeau auquel il nous faut donner un sens avant que la mort ne nous l'enlève. Pour les croyants, Dieu aide à trouver ce sens. Ce qui n'est pas rien dans le monde déboussolé dans lequel nous vivons.

 

Merci infiniment Jean pour ton intervention qui abordait un sujet complexe et passionnant. Merci pour l’énergie dépensée, pour les recherches effectuées et pour le temps passé au service totalement gratuit des auditeurs. J’ai été très heureux d’être ton partenaire en cette circonstance.