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La protection du ciel nocturne

Un ciel de moins en moins sombre

Pourrons-nous encore observer les étoiles demain ? La question vaut d'être posée alors que, partout, l'extension des agglomérations a pour conséquence, avec le développement de l'éclairage public, de rendre le ciel nocturne de moins en moins sombre.

Le Soleil luit pour tout le monde, affirme un proverbe. On pourrait dire, de la même façon, que le ciel étoilé fait partie du patrimoine de l'humanité. Or, il n'est plus question aujourd'hui dans les grandes villes de pouvoir contempler la Voie lactée ou distinguer les constellations les moins brillantes. Mais surtout, la situation se dégrade même à l'écart des zones urbaines. En effet, la lumière des agglomérations éclaire les poussières ou les aérosols en suspension dans l'atmosphère et ceux-ci la rediffusent dans toutes les directions. Ainsi, en endroits dégagés et apparemment dépourvus de toute lumière artificielle parasite, l'observation du ciel nocturne est contrariée par des lueurs s'élevant parfois assez haut sur l'horizon dans certaines directions et qui ont pour origine des agglomérations situées à plusieurs kilomètres ou dizaines de kilomètres.

Eclairer mieux

La lutte contre la pollution lumineuse doit être considérée comme un élément de la protection de l'environnement, au même titre que la lutte contre la  pollution de l'air ou de l'eau ! Nul ne pense évidemment à interdire l'éclairage public. Mais celui-ci a pour vocation d'assurer la sécurité des personnes ou de mettre en valeur certains édifices, et non d'éclairer le ciel. La quantité de lumière envoyée en pure perte vers le ciel constitue un gaspillage extrêmement coûteux pour la collectivité. L'astronome américain David Crawford a calculé, par exemple, que ce gaspillage, aux Etats-Unis, s'élève à quelque 2 milliards de dollars par an ! Les architectes urbains pensent-ils à cela lorsqu'ils incitent les municipalités à orner leurs places publiques de globes lumineux illuminant aussi bien le ciel que le sol ?

Ceux qui militent pour la protection du ciel ne sont ni naïfs, ni utopistes (comme moi :o)). Ils ne préconisent pas d'éclairer moins, mais d'éclairer mieux, dans des conditions économiques satisfaisantes. Il faut concentrer les flux lumineux là où ils sont nécessaires et gérer l'éclairage public en l'adaptant aux besoins.

Des mesures à prendre

Voici quelques mesures susceptibles d'être prises pour améliorer la situation actuelle :

  • Choisir, pour éclairage public, les lampes offrant le meilleur rendement ; bannir à ce titre les lampes à vapeur de mercure au profit de celles au sodium (sous basse pression autour des observatoires faisant de la spectroscopie ou de la photométrie, pour que l'on puisse aisément isoler sur les spectres des objets célestes l'émission parasite due au sodium de ces lampes).

  • Equiper tous les luminaires de réflecteurs en aluminium brillanté pour l'éclairage routier, avec abat-jour couvrants ou parapluies à grilles larges pour l'éclairage résidentiel, d'ambiance ou décoratif.

  • Coupler les dispositifs qui assurent la mise en service et l'extinction des lampadaires avec des variateurs d'intensités programmables, afin de réduire la puissance lumineuse à certaines heures et selon les saisons.

  • Focaliser correctement les faisceaux d'illumination sur les édifices à mettre en valeur, sans débordement et, autant que possible, du haut vers le bas !

  • Eteindre ces illuminations (inutiles pour moi), au-delà d'une certaine heure (23h-24h), sauf exception.

La pollution lumineuse ne préoccupe guère, pour le moment, que les astronomes, professionnels ou amateurs. Pourtant, la protection du ciel nocturne doit, une fois de plus, figurer dans le cadre d'une politique globale de protection de l'environnement. C'est dire l'importance du travail d'information à effectuer, en particulier auprès des pouvoirs publics, des collectivités territoriales, des élus et d'organismes. Tous ceux qui apprécient de pouvoir, à l'occasion, jeter un coup d'oeil au ciel étoilé, peuvent contribuer utilement à cette mission d'information.

L'exemple des Etats-Unis

Aux Etats-Unis, où certains grands observatoires subissent de façon dramatique les effets de la pollution lumineuse, les défenseurs du ciel nocturne commence à récolter les fruits de leur action. A la pointe du combat, figure l'International Dark Sky Association, créée en 1988 par David Crawford, astronome à l'observatoire de Kitt Peak, et Tim Hunster, astronome amateur de Tucson (Arizona).

Sous la pression des astronomes, la ville de Tucson a interdit toute illumination et toute publicité lumineuse non diriges en dessous de l'horizontale, entre minuit et le lever du Soleil, pour protéger l'activité des observatoires de Kitt Peakn, du mont Hopkins et du mont Lennon. Des mesures encore plus sévères ont été prises en Californie, avec l'installation de lampes au sodium à basse pression, à San Jose pour préserver l'observatoire Lick et à San Diego pour préserver l'observatoire du mont Palomar.

A Atlanta, en pleine période des préparatifs des Jeux Olympiques, la municipalité, grâce à l'action efficace d'un astronome amateur, Tom Buchanan, a adopté en décembre 1994 une réglementation n'autorisant l'éclairage des nouveaux panneaux d'affichage que du haut vers le bas.

D'autres villes importantes, comme Los Angeles et Denver, sont, elles aussi, engagées dans la lutte contre la pollution lumineuse et un nombre croissant d'Etats américains adoptent des dispositions législatives visant à limiter cette forme de pollution.

 

© Simon V.