
Le ciel de ce Mardi 19 novembre au
matin ne laissait aucun doute. Il fallait se lever, quoi qu'il arrive ce
matin là afin de partir à la chasse aux étoiles filantes.
Certes, la Lune gibbeuse aurait
fait fuir bon nombre d'astronomes, mais le rendez-vous, prévu par
les ordinateurs, était précis. Et on pouvait les croire en
regard des prévisions de ces dernières années. Et
encore un fois, ils ne se sont pas trompés...
Pour agrémenter le tout,
Jupiter et Saturne étaient là pour égayer le regard.
Mais cette fois-ci, les belles du ciel on été boudées
car les appareils photos braqués en grand champ ne leur ont laissé
qu'une petite place dans un champ stellaire blanchi par la réflection
lunaire.
Vénus et Mars en fin de crépuscule
astronomique sont venues sonner le glas de notre quête, quelque peu
perturbée par la venue de chasseurs matinaux éberlués
de voir des curieux en quête d'un gibier inaccessible et qui ne rentreraient
jamais dans aucune besace.
Petit topo sur les étoiles filantes:
Tout le monde ou presque a déjà entendu parler de la ''nuit des étoiles filantes'', nuit étant censée avoir lieu aux alentours du 12 août et supposée riche en observation d'étoiles filantes dans le ciel. Bien que cette date soit particulièrement intéressante pour l'observation de ce spectacle céleste (grand nombre de bolides chaques années et conditions d'observation estivales agréables et claires), il n'y a pas qu'à cette date, loin s'en faut, que l'on peut entr’apercevoir ces objets fugaces et brefs zébrer le ciel de leurs couleurs vives.
Ça a la couleur d'une étoile
En effet, ce n'est pas pour autant que la Terre s'arrête de tourner autour du Soleil en croisant dans son périple céleste des poussières perdues dans l'espace. Car c'est bien de ce phénomène dont il s'agit quand on parle d'étoile filante. Ce n'est donc pas une âme qui s'envole vers le ciel ni non plus une étoile vagabonde qui frôle la Terre subrepticement en se montrant l'espace d'un instant d'un éclat flamboyant. Je ne vous empêcherai tout de même pas de continuer à faire des vœux lorsque vous serez appelés à en croiser une du regard mais plutôt vous donner les moyens d'en observer tellement que vous aurez tôt fait d'épuiser tous vos souhaits.
Poussière cosmique
Les étoiles filantes sont
la manifestation de la désintégration de poussières
présentes dans l'espace lorsqu'elles se retrouvent précipitées
dans l'atmosphère terrestre par le déplacement de la Terre
autour du Soleil.
Quand on parle de poussière,
c'est bien d'une quantité millimétrique dont il s'agit. Et
le seul fait de s'échauffer dans l'atmosphère, souvent à
des vitesses allant jusqu'à plusieurs dizaines de kilomètres
à la seconde, va la consumer en produisant cette traînée
de lumière si brève, si belle à observer, qui intriguait
nos ancêtres qui ne pouvaient interpréter ce signe ne pensant
pas qu'une chose puisse tomber de ce ciel si pur et si parfait. Nous savons
maintenant que ce n'est pas de l'immatériel qui s'envole (une âme)
mais de la matière qui descend; et qui en plus est mesurable car
la Terre s'alourdit de plus de 30 000 tonnes de matériaux extra-terrestres
par an.
Certes, 30% sont constitués
par des corps plus imposants appartenant à la famille des astéroïdes,
selon les statistiques suivantes :
- Météorites de taille
inférieure à 10 m :
20 par an
- Météorites de taille
comprise entre 10 et 100 m : 1 tous les 10 ou 1000 ans
- Météorites de 150
m :
1 tous les 5000 ans
- Météorites de 1
km :
1 tous les 300 000 ans
- Météorites de 5
km :
1 tous les 10 à 30 millions d’années
On pense qu’il y a environ 2000 objets
de plus de 1 km qui existent à proximité de la Terre et,
en 1992, on en connaissait moins de 10% ; de un quart à la moitié
d’entre eux finiront par rencontrer la Terre et un objet de cette taille
passe entre nous et la Lune tous les 10 à 20 ans.
Mais 70% de cette masse est constituée
de poussières arrachées par le vent solaire sur des comètes
qui ont la drôle d'idée de croiser l'orbite terrestre. C'est
le cas des Perséïdes qui proviennent de la comète Swift-Tuttle,
qui est périodique, et qui est repassée, il y a quelques
années, à proximité du Soleil. Du coup lorsque notre
bonne vieille Terre croise l'orbite de cette comète, et ce chaque
année à la même date, elle risque de rencontrer plus
ou moins de ces poussières engendrant parfois des ''pluies'' d'étoiles
pendant plusieurs minutes (plusieurs centaines de milliers de corps par
heure lors de grands maxima).
Certaines gravures anciennes témoignent
de ces pluies qui ont marqué leur époque comme par exemple
''les larmes de St Laurent''. D'ailleurs certains se rappellent encore
d'une pluie assez incroyable qui eut lieu en 1966.
Les 30% restants sont constitués
des météorites. Ces météorites, fragments éclatés
d'un astéroïde ou d'un bloc ancien perdu depuis la formation
du système solaire, sont de taille beaucoup moins négligeable.
Ils donnent, lors de leur entrées dans l'atmosphère, un phénomène
appelé ''bolide'', bien plus brillant que leurs consœurs. Elles
sont plus grosses, certes, mais du coup plus rares à être
observées. Elles peuvent parfois dépasser l'éclat
de la Lune dans le ciel et donc être visibles lors de leur chute,
même en pleine journée. Le résidu, la météorite,
peut valoir très cher, mais il est rare de pouvoir la retrouver
au sol parmi les roches terrestres. Il est préférable de
se rendre alors dans un désert si l'on désire prospecter
mais cela revient quand même à chercher une aiguille dans
une botte de foin. Observons les étoiles filantes Ce phénomène
parfois très lumineux (les Perséïdes d'août) et
souvent coloré (les Géminides de Décembre qui sont
orangées) et semblant provenir d'un même point du ciel (que
l'on appelle radiant) situé dans la constellation d'où on
tire son nom de baptême. Ainsi les Perséïdes semblent
provenir de la constellation de Persée, les Aquarides du Verseau,
etc...
Du coup lorsque vous observez un
soir le ciel, si vous voyez plusieurs étoiles filantes, essayez
de repérer leur provenance en dessinant sur une carte du ciel leur
sens et leur direction. Celles qui semblent provenir d'un même lieu
céleste seront probablement du même groupe. Les autres, que
vous aurez dessinées et qui ne coïncideront pas avec les autres,
sont appelées des sporadiques. Certaines de ces étoiles filantes
laissent même derrière elles des traînées de
fumée pouvant persister pendant plusieurs secondes voire plusieurs
minutes. D'autres se scindent en deux et prennent alors des trajectoires
différentes. Et il y en a même qui peuvent émettre
un bruit que l'on peut alors entendre quelque secondes après leur
passage, le temps que le son nous parvienne.
Quelques clichés des Léonides
de 2002 le matin du 19 novembre 2002.
Couleur caractéristique |
Laurent à Riboux |
Le radiant par Lionel |
Traînées persistantes visibles à l'oeil nu laissées par des bolides
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bolide de 4h37TU (3min) |
bolide de 5h02TU (2min) |
bolide de 6h04TU (4min) |
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Le temps indiqué en minutes correspond au temps pendant lequel la traînée est restée visible à l'oeil nu. Les heures sont indiquées en Temps Universel. Il faut donc rajouter une heure afin d'obtenir l'heure de la montre.
Comptabilisation des étoiles filantes
sur un des clichés
Image "brute" |
Image avec les repères |
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Vous pouvez jouer au jeu "je repère toutes les étoiles filantes du cliché" avec le cliché de gauche et vous pourrez valider votre observation détaillée avec l'image de droite. Le résultat à obtenir doit être de 10. Si vous en trouvez plus, prévenez-moi!
Estimation du maximum:
Les relevés effectués sur plusieurs feuilles de repérage d'étoiles filantes entre 3h15TU et 5h45TU ont permis de dresser une estimation du maximum réel, sachant que les prévisionnistes donnaient le maximum théorique à 3h45, 3h48 ou 4h07TU.
De une étoile filante brillante à la minute depuis 3h25TU jusqu'à 3h50TU, le rythme est passé à une activité de plusieurs étoiles filantes en l'espace de quelques secondes, formant des "grappes" d'étoiles filantes, ce qui est l'une des caractéristiques de ce type d'essaim avec leur couleur (vertes côté radiant et rouges côté fuite) comme autre caractéristique principale.
Grappes relevées en un espace de temps maximum de 10 secondes (les étoiles filantes solitaires n'ayant pas été présentées sur ce relevé).
3h50TU - grappe de 8
3h58TU - grappe de 5
4h09TU - grappe de 12
4h13TU - grappe de 10
4h14TU - grappe de 6
4h16TU - grappe de 8
4h22TU - grappe de 6
4h33TU - grappe de 6
4h37TU - grappe de 6
Ce qui amènerait le maximum réel observé aux environs de 4h13TU
Estimation du ZHR:
Là où ça se complique, c'est si vous voulez estimer le nombre d'étoiles filantes moyen. Car si vous voulez le faire dans les règles, il faut tenir compte de plusieurs paramètres:
-Sachez que votre champ de vision ne dépasse guère 1/8 du ciel pour des étoiles filantes moyennes et 1/4 du ciel pour les bolides. Du coup si vous en observez 30 en deux heures vous serez conduits à extrapoler votre moyenne à 30x8 sur deux heures soit 60 par heure.
-Mais ce n'est pas tout! Le radiant, zone d'où semblent provenir les étoiles filantes, est-il situé au zénith? Si ce n'est pas le cas vous en raterez certainement une bonne partie situées sous l'horizon. Imaginez le cas d'une personne ayant observé 20 étoiles filantes au moment où le radiant était seulement situé à 20 degrés au-dessus de l'horizon. Il devra donc majorer son taux horaire d'au moins 50% pour tout prendre en compte. Et si vous faites tous ces calculs assidûment, vous aurez calculé ce que l'on appelle le ZHR (Zenithal Hour Rate), ou taux horaire zénithal. C'est en faisant ces calculs que pour le maximum de l'essaim des Léonides de la nuit du 17 au 18 novembre 1999, on avait pu estimer le ZHR à environ 5000 mais qui correspondait qu'à une étoile filante par seconde voire toutes les deux secondes (ce qui n'est pas si mal que ça!). Certains observateurs, bénéficiant d'un ciel encore plus pur, ayant pu observer de faibles éléments, l'ont estimé quand à eux à six fois plus!
Pour cette session, en prenant 4h13TU
comme maximum et en comptant toutes les étoiles filantes repérées
par un observateur sur 5 minutes avant et après le maximum on obtient
40. En supposant observer que 1/6 du ciel (l'observateur était allongé)
et en supposant que la Lune ait gêné d'un facteur 33%
A l'heure on obtient un ZHR de 2000
environ. Bien sûr, le Lion n'étant pas au Zénith à
ce moment là, il faudrait rajouter au moins la moitié plus
d'étoiles filantes ce qui nous permet à peu rpès de
retomber sur les estimations théoriques de 3300 étoiles filantes
/ heure au moment du maximum.
En guise de conclusion, nous pourrons noter qu'il est bien dommage que les prévisionnistes qui tombent maintenant si justes avec leurs calculs nous annoncent que la prochaine pluie vraiment intéressante pour notre région soit prévue pour dans ... 99 ans. C'est vraiment bête. Surtout que depuis 1999 et cette pluie formidable associée à celle de l'an passée en Chine ou celle de cette année pour nous, on commençait à s'y habituer... et à y prendre goût!