L'Aurore Boréale du 6 Avril 2000

 

 

Pour agrandir l'image, cliquez dessus

      L'aurore du 6 avril 2000 a été ma toute première aurore, c'est de cette nuit qu'est né ma passion pour les aurores. Mais revenons plutôt à cette nuit fabuleuse, voilà comment tout a commencé....

     Il est 20h00, je charge mon télescope dans la voiture. J’avais prévu une soirée d’observation dans le collège de ma mère car elle y anime un club, et en plus une belle conjonction entre la Lune, Jupiter, Saturne et Mars devait avoir lieu ce soir. Quelle chance pour les élèves qui viendront à la séance d’observation ! J’emporte donc aussi un appareil photo et un pied ( Heureusement ! ! ). 

     Il est 20h15, je dois partir pour St Saëns ( lieu où se trouve le collège ), à une vingtaine de minutes en voiture. J’arrive donc là bas aux alentours de 20h30, le Soleil est encore à une dizaine de degrés au-dessus de l’horizon, je commence à installer mon matériel ( télescope et appareil photo ) sur le terrain omnisports qui sera pour ce soir notre terrain d’observation. Il fait encore très jour et l’on ne voit ni la Lune ni les planètes. 

     Il est environ 21h00, les parents et leurs enfants sont là, en attendant de voir quelque chose on discute de l’astronomie en général. A peine le Soleil couché il me semble deviner un très fin croissant de lune, et une dizaine de minutes plus tard plus de doute c’est bien lui, je le pointe aussitôt au télescope, et là, premier émerveillement pour les enfants comme pour les parents : les cratères de la lune et un croissant très fin donne de l’image de notre satellite une vue magnifique. Après, Jupiter, Saturne puis Mars apparaissent tour à tour à l’œil nu et provoque le même engouement que pour la lune. Ca y est les premières étoiles commencent à apparaître m’indiquant que je peux commencer mes photos, c’est ce que je fis. J’en réalise une petite dizaine et il m’en reste 9 ( pourquoi n’ai je pas continué et fini la pellicule ? un pressentiment ? Peut-être, en tout cas heureusement ! ! ). La nuit est tombée et je pointe des objets faciles et bien visibles car nous sommes dans une petite ville ( St Saëns ) et le ciel est dégradé par la pollution lumineuse. Les enfants ( et les parents ) découvrent donc avec émerveillement le double amas de Persée, M35, la grande nébuleuse d’Orion, les Pléiades, des étoiles doubles..... Il fait nuit noire et je décide de faire le tour des grandes constellations d’hiver qui se couchent ainsi que celles du printemps qui passent au méridien. 

    Mais maintenant il est tard pour des élèves qui ont entre 10 et 13 ans, les parents décident alors de rentrer. Il est 22h30, il n’y a plus personne, tout en rangeant le matériel dans la voiture, je jette un coup d’œil vers Cassiopée et me rend compte qu’il y a une sorte de voile, je me dis alors que la brume commence à se lever ( bizarre ! la météo n’avait pas prévu cela ! Mais ici les brumes sont fréquentes puisqu’il s’agit d’une région assez humide ), ce n’est que 30 minutes plus tard que je comprendrais la réelle nature de cette brume. Voilà, tout est rangé dans la voiture, j’ai les mains gelées ( il fait quand même 0°C, au mois d’avril ! ! ). A ce moment je ne sais pas encore que la plus belle partie de la nuit est devant moi.

    Nous quittons le collège aux alentours de 22h50. Entre St Saëns et là où j’habite il y a beaucoup de champs à traverser où le ciel est très noir et sans pollution lumineuse. En s’éloignant de la petite agglomération, je regarde par hasard les étoiles par la vitre de la voiture. On se dirige vers le Sud ( puisque l’étoile polaire est derrière nous ), la brume que j’avais vue précédemment est toujours dans Cassiopée et ressemble à une trace laissée par un avion à réaction. De plus en plus bizarre, me dis-je. Et puis je constate qu’elle change de forme elle s’atténue légèrement, plus de doute possible ce n’est pas de la brume, je pense immédiatement à une aurore boréale, je crie alors dans la voiture : " Arrêtes toi Papa ! Arrêtes toi ! Arrêtes toi sur le bas coté ! Sortez de la voiture ! Sortez immédiatement ! ". Dès l’arrêt de la voiture, je sors ainsi que mes parents et là, surprise ( et confirmation ) la fameuse brume est blanchâtre ou bleuâtre, je ne sais pas trop. Je m’écrie de nouveau : " Mais c’est magnifique ! C’est pas possible ! C’est formidable ! C’est pas croyable ! ". Mes parents sont tout aussi stupéfaits que moi. Je me mets à trembler et les larmes remplissent mes yeux, est-ce dû au froid vif ou à l’émotion ? Ou peut-être même au deux ? Je me précipite vers la voiture pour prendre mon appareil photo. Dans l’émotion j’ai du mal à retirer le doubleur de focale que j’avais mis sur le 50 mm pour photographier la conjonction. Je garde un œil sur le phénomène et l’autre sur ce satané doubleur qui ne veut pas s’enlever ( c’est toujours dans ces cas là que ça arrive ! ). 

    Soudain le voile blanchâtre vire au rouge profond c‘est absolument magnifique, à partir de là tout se précipite, entre 5 et 20° un " nuage " verdâtre et homogène flotte sans évoluer mais semble de plus en plus monter et entre 30 et 40° le ciel est baigné dans un voile rouge profond barré verticalement par des filaments blancs qui tirent vers le jaune et qui se déplacent très vite, il faut faire vite au risque de rater le plus beau moment. J’ai fini de me battre avec mon doubleur et installe maintenant l’appareil sur son pied, je vérifie l’ouverture ( 1,4 ; le maximum car je ne sais pas du tout quelle est la meilleure ouverture ! ) et la mise au point ( là au moins pas de difficulté : l’infini ! ), je déclenche alors la première pose de 20 secondes. Mais je pense que j’ai raté le plus beau moment le rouge s’est déjà atténué et a été remplacé par une faible couleur rouge pâle. Cela fait un bon quart d’heure qu’on est dehors et seul le nuage vert subsiste au-dessus de l’horizon, le rouge s’étant complètement estompé. Malgré tout je fais quelques photos. Et puis on attend peut être un autre sursaut, et puis au loin apparaît une voiture avec ses phares juste dans la même direction de l’aurore, on tourne alors le dos pour éviter d’être éblouie, une fois celle-ci passée on se retourne. Ouf l’aurore n’a pas évolué pendant ce petit laps de temps, on a donc rien raté. Et puis soudain quelques minutes plus tard un jet de 15° environ semble venir de l’aurore, c’est reparti ! Il s’en suit une reprise d’activité ( rouge bien évidemment ! ) générale et légèrement décalée vers l’ouest par rapport à la précédante elle apparaît néanmoins un peu plus pâle mais le rouge se voit très bien ainsi que les rainures verticales plus claires, l’aurore évolue à vu d’œil. Bien évidemment elle n’échappe pas à mon objectif, mais je n’arrive plus à réarmer. La pellicule est terminée ( Quelle poisse ! ! ) et comme je n’en ai pas en rechange je range alors mon appareil sous un ciel multicolore. Ce fond rouge avec ses structures blanches sur fond d’étoiles ( en particulier Cassiopée ) est quelque chose d’absolument magnifique et saisissant. 

    Ce spectacle se poursuivit jusqu’à 11h45, avec des changements de couleur, de structure, de forme,..... Mais à partir de cette heure tout semble se calmer, le rouge à disparu et le nuage vert s’est atténué. 

    La décision est donc prise : on rentre. Dans la voiture on parle encore de cet événement en réalisant la chance qu’on a eue de l’observer et d’avoir de quoi la photographier. On parcoure quelques km, je guette toujours ( au cas où..... ) à travers la vitre de la voiture si ce phénomène réapparaît. Et puis soudain, dans Persée, je discerne un voile rouge qui commence à se reformer. Je recrie : " Arrêtes toi, ça recommence ! ". 

    On s’arrête donc à nouveau sur le bas coté de la route. C’est fantastique Persée est complètement nimbée dans un voile rouge grenat encore plus intense. Celle-ci est uniforme et encore plus rouge qu’avant mais est par contre relativement pauvre en structures filamenteuses et en couleurs. Le phénomène reste bien visible pendant une bonne dizaine de minutes et puis s’estompe progressivement faisant croire à la fin de cet événement magnifique. 

     En effet, nous avons attendu jusqu’à minuit, mais rien ne réapparut. Nous avons donc décidé de rentrer et cette fois-ci, pour de bon. De retour à la maison, un dernier coup d’œil vers le ciel avant de se coucher, mais rien..... La nuit faisait place maintenant aux étoiles, à un ciel noir et au rêve de magnifique aurore en couleur que nous allions faire.......

 

Pour agrandir l'image, cliquez dessus

Pour agrandir l'image, cliquez dessus

Pour agrandir l'image, cliquez dessus

Un résumé de cet article a paru dans le numéro de Mai 2000 de la revue Astronomie Magazine