Le transit de Vénus du 8 juin 2004

 

 

Prise de vue : Celestron 8 à F/10. Pose 1/1000s sur Provia 100 F. Filtre astrosolar densité 5. Correction des couleurs avec Photoshop. Image réalisée le 8 juin 2004 vers 08H00 à Marseille. Turbulence moyenne. Le film argentique a permis de capturer en une seule vue le Soleil en entier avec une excellente définition. En effet, comme le montre en partie l'agrandissement ci-dessous, la granulation solaire est bien visible sur tout le disque.

 

 

Prise de vue : idem à ci-dessus. Cet agrandissement du cliché précédent montre des détails dans les petites taches solaires (en haut de l'image) ainsi que la granulation photosphérique (grains de riz). A l'heure du tout numérique, il convient de noter que les performances de la photographie argentique sont encore de premier ordre dans plusieurs domaines de l'astronomie.

 

 

Prise de vue : Lunette EDT 105mm à F/24. Pose 1/125s sur Provia 100F. Filtre Coronado SolarMax 40. Le 7 mai 2003 à Marseille. Turbulence moyenne. Chapelet réalisé avec Photoshop.

 

Remarques : Le transit de Vénus, le matin du 8 juin 2004 aura été un vécu comme un grand moment d'émotion. Pour tous les êtres humains vivant sur Terre, c'était une première... Et pour cause : le dernier passage de Vénus devant le soleil remontait au 6 décembre 1882 ! Dans l'hexagone, le temps aura été au beau fixe sur la majorité du territoire, sauf sur l'extrême sud où, comme à Marseille, quelques cirrus sont venu voiler légèrement le ciel. Mais la turbulence, partout modérée, a offert de très belles images. A l'oeil nu, aux jumelles, aux télescopes, en lumière visible ou H-alpha, le spectacle a ravi des milliers de curieux. La surface solaire était très calme, en lumière visible (pratiquement pas de taches) comme en H-alpha (si ce n'est une belle et éphémère protubérance éruptive au tout début du phénomène). Au début du transit, l'atmosphère de Vénus s'est illuminée, mais le phénomène de goutte noire a brillé par sa discrétion... Si bien que l'on se demande aujourd'hui s'il ne serait pas simplement provoqué par des optiques de moindre qualité !

 

Pour vous faire partager l'émotion de ce moment, telle que nous l'avons ressentie sur les hauteurs de Marseille, Nathalie Lajous, observateur aguerri et auteur des superbes photos en lumière visible présentées ci-dessus, a pris sa plume :

Un grain de beauté sur le Soleil

[…] pour mémoire, les derniers transits ont eu lieu en 1874 et 1882. Les prochains sont annoncés le 8 juin 2004 et le 6 juin 2012. Juste le temps nécessaire pour y réfléchir. " Depuis ces quelques lignes écrites sur un vieux cahier d'astronomie, le temps a fait son œuvre. Ce matin, le spectacle est sur le point d'être donné. Pour ceux qui ont leur place depuis belle-lurette, attention les yeux, filtres exigés ! La scène est montée à ciel ouvert, sur les contreforts provençaux de la chaîne de l'Etoile, fière de l'être en ce jour. En contrebas, la rade de Marseille dort encore sous le regard attentif et protecteur de Notre-Dame de la Garde. Seuls quelques bateaux de croisière en provenance de l'île de Beauté voguent vers leur gardienne… Rien ne rompt ce silence quasi-religieux, pas même un souffle marin. Soudain, une vague d'émotion submerge le public: les dernières reines de la nuit se retirent, annonçant le règne de l'astre solaire. Ce 8 juin, il sait que sa cour, la France entière, n'a d'yeux que pour lui et son hôte. L'aube naissante fait revivre à l'unisson le chant des cigales. La Nature se réveille et revêt ses plus belles couleurs pour l'occasion. Rivés à l'oculaire, les impatients retiennent leur souffle. Prêts à immortaliser à jamais dans leur mémoire la rencontre historique de la belle petite Vénus avec la grosse bête Soleil. Le temps se fige. Et lorsque l'attention de certains se relâche, la déesse de l'amour rappelle les infidèles. Premier pas sur le limbe solaire, que le bal commence ! Applaudissement général. Puis, la belle impressionne : avec son complice, elle offre un cadeau inestimable aux plus attentifs: son disque, soudain perceptible sur toute sa circonférence, dévoile désormais son atmosphère ! Gris perle, elle persiste jusqu'au second contact, avant de s'évanouir comme une peau de chagrin. Alors, l'émotion l'emporte: Vénus laisse échapper une larme infime, la goutte noire. Puis avec grâce, la belle glisse sur le Soleil au petit bonheur de tous. La fraîcheur s'y prêtant, des habitués se pressent sur les sentiers pour une marche matinale. Intrigués, certains se déroutent et gagnent le spectacle : " ça a débuté? " ou : "Puis-je regarder ? " Après une mise au point sur les vedettes , les commentaires fusent : " Superbe ! ", pis: " Ce n'est qu'un petit pois ! " Exception faite, tous les maquisards sont conquis: " féerique ! nous les avons vu ! " Lors du maximum de la représentation, alors que le roi Soleil réchauffe de tout son cœur la garrigue, de fortes odeurs de thym et de romarin enivrent la valse du couple céleste. Dorénavant, le Soleil dévoile ses plus belles facettes restées cachées en lumière visible, offrant ses flammes ! Le noir d'encre du disque de Vénus sur le Soleil tout de rouge vêtu donne un contraste grandiose à la virtuose. 13 heures. Dernière danse. Quelques rideaux nébuleux retombent déjà sur la scène. Sous les rappels des spectateurs , ils finissent par se rouvrir pour la sortie des artistes. Dans un ultime contact, le danseur étoile et sa première ballerine annoncent leur prochain gala pour juin 2012, au pays du soleil levant. Juste le temps de la réflexion !

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