LE CANIGOU DANS LA LUNE

Dimanche 3 décembre 2000. Le temps nuageux nous poursuit depuis des mois, et toutes nos tentatives d'observation du Canigou ont lamentablement échoué depuis février.

Il a beaucoup plu les jours précédents, et le ciel est encore chargé le dimanche matin. Pourtant, dans l'après-midi, la perturbation file vers l'est et le soleil revient. Dans le ciel du crépuscule, Vénus et la Lune brillent de tous leurs feux. Le soir, les images de Meteosat montrent un ciel dégagé sur le Golfe du Lion. Et si on essayait encore une fois, au moins pour ne pas avoir de regrets ?

Quelques coups de téléphone plus tard, Lionel RUIZ et Laurent FERRERO se retrouvent chez moi vers 22h. Nous partons pour la route des crêtes, à Cassis. Nous n'avons pas pris la peine d'emporter des instruments dignes de ce nom, juste le Hale-Bopp (90/500) et le "bidule" (une lunette 70/350mm). C'est sans grand espoir...

Arrivés sur place, nous constatons que la Lune devient littéralement orange à l'approche de l'horizon. Elle traverse quelques minces nappes de nuages qui la masquent partiellement. Nous nous installons. La Lune continue à descendre, le croissant devient de plus en plus pâle, mal contrasté, déformé. Et voilà que le bord inférieur prend une drôle de forme : il n'est pas horizontal. Serait-ce le Canigou ? Le profil est très faible, difficile à discerner. L'image finit par devenir trop faible, la Lune disparaît.

Coup d'oeil à la montre : pile poil la bonne heure, 23h52.

Je demande à Laurent et Lionel de dessiner immédiatement ce qu'ils ont vu, à chaud et en aveugle :

Les deux dessins concordent bien, hormis la forme de la Lune que Laurent a machinalement associée à un soleil couchant (réflexe de Pavlov !). Pour ma part, je n'ai pas assez bien vu pour être capable de dessiner quelque chose. Immédiatement, ces deux profils évoquent la partie sud du massif : ondulations des Très Vents et dent du Roc Nègre.

Rentré à la maison, et malgré l'heure tardive (0h30, et une journée de boulot le lendemain...), je recalcule précisément l'azimuth théorique de coucher de la Lune. Banco ! A 5' d'arc près (ce que je considère généralement comme la marge d'erreur de mes calculs), c'est exactement ce que nous avons vu.

Dernière observation de l'année, dernière observation du siècle, dernière observation du millénaire, 13e tentative pour la Lune. Que de symboles ! Il aura fallu 200 ans entre le Baron de Zach et nous pour passer de l'observation héliaque à l'observation sélène.

Mais c'est à Michel APERIO que revient l'honneur de la première photo du phénomène, et quelle photo ! C'est splendide !