L'astronomie : Alimentée par les astrophysiciens, exploitée par les astrologues

Si les premiers explorent le ciel, observent les astres et leurs mouvement avançant de nouvelles théories sur les lois de l'Univers, les seconds tentent de jeter des ponts entre le firmament et la Terre, entre les planètes et le comportement des humains.

Le débat entre astronomes et astrologues est généralement stérile car les mêmes termes - Soleil, Lune et planètes - ont des sens différents pour les uns et pour les autres. L'astronomie et l'astrologie n'ont en réalité pas grand-chose en commun mais les deux mots sont malheureusement très proches phonétiquement, ce qui engendre souvent une confusion malencontreuse. Il est indiscutable que l'étude scientifique des lois qui régissent la nature et l'évolution de l'Univers ne peut qu'enrichir la personnalité d'un être humain alors que la position des planètes à l'instant de la naissance ne peut avoir d'influence sur le caractère et l'avenir de l'individu.

Que certaines personnes aient besoin d'enraciner leur destin dans le cosmos n' en soi rien d'étonnant. Mais ce qui gène dans le cas de cette prédestination qu'est l'astrologie, c'est son aspect mercantile et son utilisation des astres pour construire le portrait psychologique d'un individu. Avoir un caractère influencé par la planète Mars n'a aucun fondement médical ou scientifique : il faut savoir que l'attraction gravitationnelle exercée par la planète sur l'être humain est plus faible que celle exercée par un camion qui passe à côté de lui dans la rue !

Signes zodiacaux :

Pour l'astrophysicien comme pour l'astronome - fut-il amateur - les constellations sont des figures stellaires relativement immuables, seuls les mouvements propres des étoiles qui les composent pouvant y apporter, sur de très grands intervalles de temps, des modifications sensibles à l'oeil. Leur intérêt est de permettre un repérage facile des astres sur la voûte céleste, surtout aux époques lointaines où les systèmes de coordonnées célestes n'étaient pas d'usage comme ils le sont aujourd'hui. Leurs noms proviennent de personnages ou d'objets dont elles paraissent donner une image et les appellations qui sont parvenues jusqu'à nous pour la plupart retenues par Ptolémée (vers 90 - vers 170), astronome, mathématicien et géographe grec.

Les délimitations des constellations étaient à l'origine très imprécises car elles étaient liées au découpage sentimental que les Anciens firent du ciel suivant les personnages et les objets qu'ils croyaient y voir. Toutefois, en 1930, l'Union astronomique internationale adopta des délimitations scientifiques qui respectaient, autant que faire se peut, la nomenclature ancienne et qui permettait en particulier de situer à tout instant le Soleil, la Lune et les autres astres du système solaire dans les constellations qu'ils traversent.

Les constellations traversées par le Soleil au cours de sa ronde apparente annuelle sont appelées constellations écliptiques ou zodiacales (le zodiaque étant la zone céleste entourant l'écliptique de part et d'autre jusqu'à 8°5' de latitude et parcourue par le Soleil, la Lune et les grosses planètes). Elles sont au nombre de treize et découpent la trajectoire en parties évidemment inégales puisque les constellations n'ont pas toutes des étendues et des formes identiques.

Les signes zodiacaux correspondent au contraire à une division conventionnelle de la trajectoire du Soleil en douze parts égales à partir de l'équinoxe de printemps. Ils ne présentent aucun intérêt astronomique et ne constituent finalement qu'une division différente de l'année des saisons, chacune étant elle-même divisée en trois parties d'à peu près égale durée, soit un mois. La suite des signes zodiacaux ne constitue donc rien de plus qu'une sorte de calendrier débutant à l'équinoxe de printemps et dans lequel les noms des mois seraient remplacés par ceux des signes.

Des poissons au Verseau :

Les signes ne coïncident évidemment pas dans le ciel avec les constellations, d'une part à cause des différences existant dans leurs étendues respectives et du fait de la présence d'une constellation - le Serpentaire - à laquelle ne correspond aucun signe, et d'autre part à cause du décalage d'ensemble des signes vis-à-vis des constellations, décalage dû à la précession des équinoxes (voir "Digression 1 : La précession des équinoxes").

La précession des équinoxes entraîne un glissement lent de l'ensemble des signes par rapport aux constellations zodiacales à raison d'une révolution complète en quelque 25 800 ans puisque la suite des signes débute immuablement et par définition à l'équinoxe de printemps - ou au point vernal - en continuel déplacement le long de l'écliptique (plan de l'orbite de la Terre et des autres planètes autour du Soleil). Ainsi, vers 55 avant Jésus-Christ, le point vernal se situait à la limite entre les constellations des Poissons et du Bélier. La suite des constellations traversées en un an par le Soleil à partir de ce point débutait donc par cette dernière et il y avait alors la meilleure coïncidence possible (bien que grossière) avec les signes du zodiaque. C'est à l'origine des noms donnés à ces signes, noms qui comme ceux des constellations auxquelles ils correspondent, ont dès lors une signification purement subjective.

Aujourd'hui, le décalage entre les signes et les constellations est déjà d'un signe environ puisque le point vernal passera en 2600 de la constellation des Poissons à celle du Verseau. Par exemple, en cette année 2005, le Soleil quitte la constellation du Capricorne - dans laquelle il se trouve depuis le 22 janvier - pour entrer dans celle du Verseau le 17 et le 18 février à 14h32' (Temps local) il entrera dans le signe astrologique des Poissons. De même, le 12 mars, le Soleil entrera dans la constellation des Poissons alors que huit jours plus tard, soit le 20 mars à 13h33' (Temps local), il entrera dans le signe astrologique du Bélier. Ce décalage sera de deux signes environ vers les années 4300.

On ne peut dire au juste où l'astrologie prit naissance. D'après les livres hébreux, Adam la connaissait et les mauvais esprits l'enseignèrent à Cham, le fils de Noé. Le poète Latin Manilius, qui écrivait sous Auguste et qui a le premier réuni dans un poème didactique les règles de l'astrologie, nous donne pour son berceau "Les terres partagées par l'Euphrate ou inondées par le Nil" (Astronomicon, livre I, verset 42). Si elle n'est pas née en même temps que l'astronomie, on peut du moins assurer qu'elle a eu avec celle-ci une patrie commune !

Les ouvrages les plus anciens traitant de l'astrologie - ceux relatifs au dieu Thot en Égypte - contenaient toute la doctrine qui passa chez les Grecs sous le nom d'Hermès (voir " Digression 2 : Thot et Hermès"). De là, elle se propagea dans Rome à tel point que le poète satirique latin Juvénal (vers 55 - vers 140) nous décrit les dames romaines usant et abusant à propos de tout des Chaldéens ou Mathématiciens, comme on appelait alors les astrologues, étudiant elles-mêmes le grimoire et ne se décidant à rien sans consulter leur livre.

L'empereur romain Tibère (42 avant J.-C. à 37 après J.-C.) eut plusieurs astrologues. L'histoire nous rapporte que l'un d'entre eux, Thrasyllus, consulté par le futur empereur alors exilé à Rhodes, lui prédit un superbe avenir et son prochain avènement au trône des Césars. "Puisque tu es si habile, lui dit Tibère, pourrais-tu savoir combien il te reste de temps à vivre ?" - "Je crois qu'à cette heure même je suis menacé d'un grand malheur", lui répondit l'astrologue qui connaissait le caractère sanguinaire de son interlocuteur. Sa présence d'esprit le sauva car Tibère, deviné, le considéra dès lors comme un puissant oracle et lui accorda une grande confiance.

Après les Croisades, l'astrologie conservée par les Arabes se répandit dans toute l'Europe et devint à la mode au point que chaque prince, chaque seigneur voulait avoir son astrologue. Louis XII demanda un jour au sien : "Toi qui sais tout, connais-tu l'instant de ma mort ?" - "Je perdrai la vie trois jours avant votre Majesté", lui répondit le rusé bonhomme. On comprend dès lors avec quel soin il fut traité à la cour du supersticieux monarque. Et un de nos princes, Philippe le Bon, comte de Flandre, aimait à consulter les astres pour connaître sa destinée : maîtres Guillaume Hobit en 1443 et Nicolas de Poulaine en 1463 étaient ses astronomiens. (Sources : Les Ducs de Bourgogne, Comtes de Flandre, Moeurs et usages (1384-1477) par MAX. Quantin, Revue catholique, p.464)

L'astrologie à l'honneur

L'astrologie connut ses plus beaux jours du XIIIème au XVIème siècle, période durant laquelle chaque famille riche avait son astrologue, lui servant à la fois de prophèt et de baromètre. Sous le règne de Charles IX, pas moins de trente mille astrologues exerçaient leur "art" et leur industrie dans Paris !

Charles V, surnommé le Sage (1338 - 1380), faisait de l'astrologie son étude favorite. Il s'était attaché, comme souverain médecin et astrologue, maître Gervais qui dans son collège vulgarisait la science parmi la jeunesse française. Le pape Urbain V (1310 - 1370) combla de bénédictions le collège de maître Gervais et lança l'anathème contre le téméraire qui oserait détourner cet établissement de sa destination. Le théologien et philosophe allemand Albert le Grand (1193 - 1280) s'occupait également d'astrologie et alla même jusqu'à tirer l'horoscope de ... Jésus-Christ.

Louise de Savoie, mère de François Ier, supplia H. Corneille Agrippa d'être son devin en titre mais celui-ci refusa. Nostradamus (1503 - 1566) n'eut pas ces scrupules et occupa momentanément la fonction d'astrologue ordinaire auprès de Catherine de Médicis. Celle-ci étudiait même les astres et s'était fait construire un hôtel consacré à cette destination spéciale.

L'astronome et mathématicien allemand Regiomontanus (1436 - 1476), qui s'occupa principalement des problèmes cométaires, croyait à l'astrologie. Dans ses Éphémérides de 1469, on le voit rechercher quels sont les aspects de la Lune les plus favorables à la saignée et sur quelles parties du corps humain les divers signes du zodiaque influent plus spécifiquement. Le célèbre astronome danois Tycho Brahe (1546 - 1601) crut également à l'alchimie et à l'astrologie surtout que son thème astral lui annoçait une difformité du visage et qu'il perdit la majeure partie de son nez dans un duel avec un de ses compatriotes à propos d'un théorème de géométrie. Kepler, Newton et Cassini, dit-on, croyaient aux horoscopes et ce n'est qu'au XVIIème siècle que l'astrologie cessa d'être favorisée par les rois de France. Et quand Colbert fonda en 1666 l'Académie des Sciences, un des articles du règlement défendait à tous ses membres de s'occuper d'astrologie et de recherche de la pierre philosophale.

Astronomes et astrologues

On s'imagina que l'astrologie cesserait dès lors d'exister mais elle avait fait trop de bruit, elle avait été acceptée par trop d'hommes et de femmes, elle était douée de trop de séductions pour disparaître aussi subitement. Éclipsée par le siècle des Lumières, une astrologie de consolation renaît vers 1930, qui témoignera d'un déclin des idéologies jusqu'à devenir un produit de très grande consommation et nous voyons aujourd'hui ressurgir la passion qu'elle satisfit si longtemps.

Des articles de magazines (féminins principalement) à grand tirage, des débats à la radio ou à la télévision ont lieu régulièrement entre astrologues et astronomes. Avec la sérénité que donnent leurs convictions, les premiers aiment conforter leur position en faisant appel à la "science". Ils le font de trois façons. D'abord, leurs analyses des thèmes astraux sont fondées sur des tables astronomiques (éphémérides). Ils affirment ensuite la réalité des influences astrales soulignant que la physique ne peut s'arroger le droit de tout connaître et qu'il reste bien des domaines à découvrir. Enfin, ils atténuent ou nient l'opposition entre science et astrologie en citant tels ou tels grands hommes de la science qui ont été astrologues. Pour un astrologue, son interlocuteur qui le combat est toujours un rationaliste stupide.

Pour les astronomes, les seules "influences astrales" qu'un astre peut physique exercer sur la Terre sont celles de sn champ gravitationnel, de son champ magnétique et des ondes électromagnétques (lumière) qu'il émet et qui nous parviennent. Des particules sont également émises par le Soleil. Si on passe en revue chacune des influences reconnues pour les étoiles du zodiaque, pour les planètes, pour la Lune et le Soleil, il ne subsiste comme influences acceptables que les marées gravitationnelles de la Lune et du Soleil, la lumière de la Lune mais surtout le rayonnement solaire qui chauffe la Terre et qui produit le rythme des saisons, distribue le climat et détermine nos conditions météorologiques.

Dialogue impossible

Or toutes ces influences astrales sont calculables et mesurables. En quoi leurs effets pourraient-ils s'exercer sur le cerveau d'un nouveau-né dans une maternité à l'instant de sa naissance ? À plus forte raison, comment des influences astrales qui se réduisent à des figures géométriques et symboliques sur une feuille d'horoscope pourraient-elles être associées à des vertus, à des défauts, à une réussite professionnelle, à des amours contrariées ou à des revers de santé ?

Nous vivons de nos jours une situation paradoxale à l'égard de l'astrologie et des sciences occultes : malgré les progrès incontestables de la science et de ses applications, "l'art royal des autres" n'a jamais été aussi florissant. Est-ce parce que la majorité des hommes et des femmes est inconsciente de l'existence de l'édifice que la science consolide chaque jour ou est-ce parce que pour le masse des humains le monde est un ensemble chaotique de faits incompréhensibles ?

Il est évident que s'il y avait eu pour des milliers de physiciens, d'astronomes et d'astrophysiciens la moindre trace tangible, la moindre preuve en faveur d'un événement paranormal, des centaines de chercheurs auraient consacré leurs moyens et leurr temps à explorer ce nouveau domaine. Cela ne s'est jamais produit et ne se produira très probablement jamais. Et le refus par la science - et la religion - de donner un sens au "hasard" crée un vide que les "sciences divinatoires" s'empressent de combler. Le dialogue entre astrologie et science est donc impossible !

Article tiré du mensuel Athéna n°208 (Février 2005) et écrit par Paul Devuyst.


Digression 1 : La précession des équinoxes :

La Terre n'étant pas une sphère homogène, les forces exercées par le Soleil et la Lune sur le bourrelet équatorial terrestre font que l'axe de la rotation de la Terre n'a pas une direction fixe dans l'espace. Il en résulte que le noeud ascendant de l'écliptique dans l'équateur - appelé point vernal - n'est pas fixe sur l'écliptique et que l'angle que fait l'équateur avec l'écliptique n'est pas constant. Il y a dans l'ensemble rétrogradation continue de la ligne équinoxiale, ce qui correspond à une avance de l'instant de l'équinoxe de printemps, appelée précession des équinoxes.

C'est l'astronome et mathématicien grec Hipparque, au IIème avant notre ère, qui découvrit la précession des équinoxes en comparant ses observations à celles des astronomes Timocharis et Aristarque de Samos, antérieures d'un siècle environ. Ces mesures furent reprises par l'anglais James Bradley, à Greenwich (en Grande-Bretagne) entre 1742 et 1762, et par l'abbé français La Caille, à Paris et au Cap entre 1746 et 1762. Enfin, Isaac Newton (1642 - 1727) trouva l'explication du phénomène par l'action du Soleil et de la Lune sur le renflement équatorial de la Terre.

Par suite de la précession des équinoxes, il y a, depuis Hipparque, un décalage de l'ordre de 28° sur la position dans laquelle se trouve le point vernal par rapport aux constellations, soit environ un signe du zodiaque (qui correspond à la douzième partie de 360°, soit 30°).

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Digression 2 : Thot et Hermès :

Dieu lunaire égyptien représenté comme un homme à tête d'ibis ou de babouin, Thot fut considéré comme le dieu comptable, la Lune étant l'instrument du comput du temps par excellence. Il fut regardé comme le dieu du savoir, l'inventeur de l'écriture, des langages, le scribe et le conseiller des dieux. Il fut assimilé par les Grecs à Hermès Trismégiste.

Dieu grec, messager des Olympiens, fils de Zeus et de Maia, Hermès Trimégiste, c'est à dire "trois fois le plus grand", est considéré comme le guide des voyageurs mais il est surtout la personnification de l'habileté et de la ruse. Ses attributions sont multiples : dieu du vol et du mensonge, patron des orateurs et des commerçants, inventeur des poids et mesures, des premiers instruments musicaux, il est aussi le dieu berger et de la santé. Grâce à une interprétation de l'époque hellénistique, il fut considéré comme un ancien roi d'Égypte, inventeur de toutes les sciences.

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