Club dAstronomie de Lyon-Ampère
thizy@alpes-net.fr
http://www.alpes-net.fr/~thizy/cala.htm
Cet article décrit les étapes suivies pour mettre en évidence, ce de manière visuelle, la parallaxe de lastéroïde 6037 (1988EG) à partir dobservations simultanées entre la France et le Canada. La manip a été initialisée sur la liste électronique AUDE par Christophe Demeautis (http://perso.wanadoo.fr/christophe.demeautis/6037.htm) et Alain Klotz (http://irsamc1.ups-tlse.fr/~klotz/6037.htm).
Découvert le 12 Mars 1988 à Palomar par J. Alu, les dimensions de 6037 (1988EG) ne doivent pas excéder le kilomètre. Les astéroïdes de cette taille (100m à 1km) ne tombent sur la Terre quenviron tout les 5000 ans, et creusent des cratères denviron 3km de diamètre. Dexcentricité 0.5 et dinclinaison 3 degrés, 6037 ou 1988EG est un géocroiseur de type Apollo. On en dénombre environ 200 à ce jour, dont 65 ont une numérotation définitive. Leur orbite entrecoupe celle de la Terre. 1988EG passait en Mars 1998 à 0.03UA de la Terre (la Lune étant à 0.0026UA).
Les images de lastéroïde ont été prises en France à lobservatoire du CALA avec un télescope de 300mm (CDM300) et une caméra CCD Hisis22 en binning 2x2 au foyer, avec des temps de pose de 15 secondes. Côté Canada, elles ont été prises par Claude Boivin avec un télescope de type SCT de 250mm de diamètre et une caméra Cookbook245 au foyer.
La première série de 13 images prises entre 23h09 et 23h48 TU le 6 Mars 1998 par le CALA fût traitée pour montrer le déplacement de lastéroïde sur le fond de ciel. Pour cela, le logiciel Qmips32 v1.81 a été utilisé. Dans un premier temps, les images ont été pré-traitées, puis automatiquement allignées avec la commande REGISTER. La commande WINDOW2 a permit de fenêtrer les images pour enlever les noirs autour. Une animation (http://www.alpes-net.fr/~thizy/ast6037.gif) en a été faite avec le programme FitsAnimator.
Une simple addition (ADD2) des images ainsi obtenues ne conviendrait pas car les étoiles apparaitraient beaucoup trop lumineuses car plusieurs fois additionnées alors que lastéroïde en mouvement serait plus faible. Lidée est dobtenir tout dabord une image de référence en faisant la médiane des 13 images (SMEDIAN). Cette image est alors soustraite (SUB2) à chaque image de lastéroïde, puis les 13 images ainsi obtenues sont additionnées. On y voit lastéroïde en mouvement dans un ciel sans étoile. Il suffit alors dajouter limage de référence pour obtenir limage du déplacement de lastéroïde 6037 sur la voute céleste. Le déplacement en moins de 40 minutes est assez impressionnant !
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Deux images de Claude Boivin ont ensuite été utilisées : la première prise à 23h40TU, la deuxième à 23h50. Chaque image a été réalignée par rapport aux images prises par le CALA grâce à la fonction COREGISTER. Elles ont été normalisées (NOFFSET 0 et MULT 50) pour avoir une dynamique proche de limage du CALA. Ensuite, la fonction MOSA (pour mosaique) a permis de combiner les trois images :
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On voit ainsi nettement les trajectoires apparentes différentes du même astéroïde, aux mêmes instants, mais prises à des endroits différents de la Terre.
Le calcul de la distance Terre-Asteroïde fut alors effectué par Alain Klotz qui a coordonné ce projet. Elle fait appel à la méthode du produit scalaire décrite dans Pulsar No715 (196) pp4-7. Un programme, PARADIST.EXE, a été écrit en langage C pour faciliter les analyses. L'erreur de mesure est calculée par la formule (mesure-éphéméride)/éphéméride, ce qui permet d'estimer la qualité des mesures.
Sur 36 observateurs potentiels (francophones ou abonné à la liste électronique AUDE), 10 ont fournit 136 observations sur 5 nuits. Les résultats complets sont mis à disposition sur internet par Alain Klotz. Les mesures entre Claude Boivin du Canada et l'observatoire du CALA, sur une base de 5458km, donnent une distance entre 0.0592 UA et 0.0637 UA, avec des écarts entre -6% et 1% ce qui est relativement correct. La parallaxe atteint les 2 minutes d'arc ! Même les mesures entre René Roy et l'observatoire du CALA, soit une base de 165km seulement, donnent des résultats intéressants.
Cette observation montre la puissance de loutil CCD qui se banalise en astronomie amateur, mais aussi celle du réseau internet et de la liste électronique AUDE qui permettent à des observateurs éloignés géographiquement les uns des autres de coordonner leurs observations.