Dossier observations

Feu d'artifice cosmique dans Ngc 969

Denis Christen - Décembre 1997

LE BOUQUET FINAL DU 20e ANNIVERSAIRE SAHR/CAW

 

A la tombée de la nuit du 31 octobre je me rends à Osenbach à l‘observatoire privé (OAF) pour une nuit d‘observation de routine. A mon arrivée les lieux étaient occupés par mes amis de la SAHR pour une séance de formation CCD. Je me joins alors au groupe pour prêter main forte à son animateur Marc Idoux. L‘ambiance était conviviale les stagiaires attentifs, rien ne laissait croire à ce qui va suivre…

 

La routine

Après leur départ et seul face à l‘immensité de l‘univers je décide de faire quelques images de référence pour notre programme de recherche de supernovae. Mon choix se porte sur des régions du ciel pressentant des groupes de galaxies dans un champ de 15'x20' couvert par la camera CCD (une HISIS 22). Premier objet : le groupe de NGC 1060. Une dizaine de petites galaxies se montrent sous des formes et angles différents. L‘image me laisse rêveur quelques instants. Je pointe ensuite le télescope Brendlé de 300mm f/4 sur le groupe de NGC 974 dans la constellation du Triangle. Je lance une pose de 4 minutes au bout de laquelle le premier cliché apparaît à l‘écran de mon ordinateur. Je prends quand même la précaution de l‘examiner en le comparant à l‘image trouvée dans le BT-Atlas.

 

La découverte

J'affiche donc les deux images sur l‘écran du PC, et je lance une seconde pose. C‘est là que j‘aperçois un intrus dans la petite galaxie NGC 969. Il est 2h22 TU. J‘attends le second cliché qui apparaît à l‘écran, et… et…, l‘intrus est toujours là ! La tension monte, le cœur bat plus vite. Tout de suite j'analyse son profil qui ressemble effectivement à ceux des étoiles voisines. Une vérification avec une deuxième image de référence, du Pises-Atlas, confirme également la présence d‘un astre suspect. Maintenant la première chose à faire, se calmer. Ensuite, s‘il s‘agit d‘un asteroïde, d'une comète ou d‘une étoile variable cataloguée, vérifier à l‘aide du logiciel Guide si l‘un de ces astres se trouve à proximité de NGC 969. Et enfin, refaire une pose à au moins une heure d'intervalle de la première, pour détecter un éventuel déplacement. A 3h30mn TU toute tentative d'explication aboutissait à un échec. C‘est alors qu'il fallait que je me rende à mon domicile pour continuer mes recherches via internet.

 

Le jour le plus long

Arrivé chez moi, au lever du jour, je me suis aussitôt branché sur "la grande toile mondiale" à l’adresse de l’Union Astronomique Internationale. A la première page visitée la liste des supernovae récentes. La seconde page le SuperNova-Suspect-Planet Checker (à vos souhaits !), où au bout du fil un ordinateur calcule pour une date et un champ de ciel choisis, la présence d’un astéroïde. Et encore réponses négatives. A 10 heures du matin, le 1er novembre, j’ai envoyé un message d’alerte à l’International Supernovae Network,  après avoir surmonté l‘épreuve de l‘exploitation des images de la nuit c‘est-à-dire :

- la réduction astrométrique pour déterminer les coordonnées de l‘objet suspect,
- la réduction photométrique pour une estimation de la magnitude de l‘objet suspect,
- l‘offset, position de l‘objet suspect par rapport au centre de la galaxie hôte.

Le petit déjeuner consommé, je me permets enfin quelques heures de repos. A 15 heures je consulte ma boîte aux lettres électronique, un message de Stefano Pesci (IT) de l’International Supernovae Network me précisant qu’il avait alerté ses "supernova hunter" afin qu’ils entreprennent des recherches dans leurs archives. La nuit tombée j’étais à nouveau présent à Osenbach pour réaliser une seconde série d’images de NGC 969. L’étoile suspecte était toujours à sa place, sans déplacement apparent. C’est ainsi que la "théorie" de l’astéroïde s’amollit au profit de la supernova !

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