La génèse d'un dessin lunaire

Cette page décrit la réalisation d'un dessin lunaire et fait suite à l'article "Le dessin d'astronomie, pourquoi et comment" que je vous invite à lire en préambule de ce qui va suivre.

J'utilise le même gabarit et les même outils que pour le dessin d'astres du ciel profond. Seule la lampe rouge n'est pas indispensable, la Lune étant très lumineuse. Il faut bien comprendre que la Lune est un astre fortement contrasté et que la quantité de détails que l'on peut percevoir à sa surface est phénoménale ( même dans une optique modeste), pour peu que l'on prenne la peine de bien observer. C'est là tout l'intéret du dessin d'astronomie : il permet de se rendre compte des performances réelles de son instrument car il oblige à observer dtrès attentivement.

Aussi est-il nécessaire de sélectionner une zone assez restreinte à dessiner, sous peine d'y passer toute la nuit ! En choisissant une zone que l'on observe à grossissement assez élevé, on pourra représenter beaucoup plus de détails. En outre, on n'est pas obligé de dessiner tout le champ donné par l'oculaire (dans le cas ci-dessous, j'ai observé avec un SMC Pentax XL 5,2 qui grossit 121 fois ; le champ englobait jusqu'à Clavius...).

On peut choisir la zone à dessiner au moment de l'observation. Pour ma part, je prépare mon observation avec un logiciel gratuit : l'excellent "Atlas virtuel de la Lune" que l'on peut télécharger ici.

Voici la Lune telle qu'on la voyait dans la nuit du 17 décembre 2003 vers 5h30 TU. Le cercle met en évidence la zone choisie pour le dessin. (note : l'image est inversée car j'observe à travers un renvoi coudé)

1. Le croquis

Comme pour le dessin d'objets du ciel profond, je commence par observer un peu afin de saisir la physionomie générale de la zone et je me lance : il faut d'abord placer les principaux éléments, en veillant à respecter leurs positions et dimensions relatives ainsi que leur disposition par rapport aux bords du gabarit. Ensuite je commence à reproduire les détails. Dans l'exemple ci - dessous, il m'a fallu trois quarts d'heure pour dessiner le croquis. Cette durée est relativement longue et j'ai noté des différences dans l'acpect des ombres entre le début et la fin. Il ne faut pas trainer !

J'indique également sur ce croquis la densité de gris par des numéros de 0 (noir pronfond) à 6 (blanc éclatant). Ces traits et numéros seront bien sûr gommés ultérieurement.

Pour les croquis, j'utilise uniquement un critérium portant une mine sèche type 2H. Une mine trop grasse donne des traits trop épais, difficiles à effacer.

2. La version "noir et blanc" (encrage)

A partir de là, le travail se poursuit au chaud, à la maison.

Tout d'abord, on photocopie ou on scanne le croquis afin de garder une trace des indications qu'il contient (chiffres) et qui vont être gommées.

Je repasse ensuite tous les contours en noir et colorie en noir les zones de densité 0 (totalement noires). Pour cela, j'utilise de l'encre de Chine. C'est le meilleur moyen pour obtenir un noir vraiment profond. Pour les détails, j'utilise des mines à encre de Chine Rotring Isograph de différents diamètres pour respecter la finesse de chaque trait (épaisseur des traits : 0,7 / 0,5 / 0,35 / 0,2mm ) et je passe l'encre de Chine au pinceau sur les larges zones d'ombre.

Ci-dessous, les Rotring et le dessin encré N&B.

Une fois le dessin entièrement repassé à l'encre, on peut déjà commencer à apprécier le résultat (et on aurait presque envie de le laisser ainsi...).

3. La "colorisation"

Il s'agit de rendre à chaque zone sa densité de gris. On peut utiliser des crayons mais la surface importante à couvrir rend difficile l'obtention d'un apect uniforme. Ici, j'ai choisi d'appliquer au pinceau de l'encre de Chine plus ou moins diluée. On peut obtenir des teintes plus ou moins foncées en diluant plus ou moins. Il faut bien sur faire des essais sur un brouillon ! On peut aussi créer des ombres...

IMPORTANT : Pour ne pas gacher l'original, je travaille sur photocopies.

Voici donc le résultat final :

Conclusion : A votre tour maintenant ! Je vous invite vraiment à essayer même si vous n'aimez pas dessiner. Vous verrez bien vite que cette activité est très gratifiante. Une fois le dessin fini, on se sent un peu fier et surtout, on connaît très bien la zone dessinée. Certaines personnes observent de façon assez superficielle (un coup d'oeil et on zappe sur autre chose). Si c'est votre cas, faites un dessin (même d'un seul cratère) et vous serez peut-être surpris de la quantité de détails recueillie.

 

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