La taille du miroir primaire

Nous voici arrivés dans la partie la plus technique, voire la plus mystérieuse de ce projet ! Mon but n'est pas de décrire par le menu la fabrication d'un miroir de télescope. D'autres l'on fait bien mieux que moi et ceux qui veulent approfondir le sujet liront avec un intérêt certain La construction du télescope d'amateur, par Jean Texereau ainsi que Réalisez votre télescope, par Jean-Marc Lecleire.

Je n'ai pas osé me lancer seul dans l'aventure qu'est la taille d'un miroir. J'ai taillé mon 250 grâce à un stage de taille de miroir organisé par un club de ma région. Dans cette structure, j'ai trouvé un accueil chaleureux, une grande compétence technique, et toutes les facilités pratiques (outillage, gabarit, polissoirs... tout prêt !)

Voici quelques images de cette fantastique expérience :

1. L'ébauchage

Cette étape consiste, à partir d'un disque en pyrex aux faces plates (relativement...), à le creuser pour lui donner une forme sphérique concave dont la courbure correspond à la focale voulue pour le miroir.

Pour ce faire, on frotte le disque miroir sur un disque outil en intercallant des abrasifs grossiers qui permettent de creuser le miroir assez rapidement.

Sur la première photo, vous noterez que ce travail est assez... physique, comme en témoigne ma tenue ! La photo suivante montre le disque brut après quelques heures de travail : le centre, dépoli par l'abrasif, commence à se creuser.

2. doucissage

Lorsque le miroir est creusé à la courbure désirée, il faut doucir sa surface au moyen d'abrasifs de plus en plus fins. En effet, les abrasifs d'ébauche sont rugeux et donnent au verre une surface très granuleuse.

 

A ce stade, le travail devient moins pénible, mais il est également plus stressant : le miroir glisse sur l'outil comme sur des roulements à billes ! Il faut être vigilant pour le pas le laisser partir tout seul !!! Au terme de cette étape, la surface du miroir sera devenue extraordinairement douce au toucher...

3. Polissage

Le polissage consiste à polir le miroir ce qui le rendra légèrement réfléchissant. On ne travaille plus sur l'outil en verre mais sur l'outil garni de carrés de poix d'opticien. Cette phase du travail est à nouveau assez pénible physiquement !

Ci-dessus, à gauche, le coulage de la poix dans un moule. C'est la partie "culinaire" du travail. A droite, les carrés de poix, une fois démoulés, ont durci. On les colle sur l'outil (un outil de 150mm sur cette photo) après avoir réchauffé une face avec une bougie.

Une fois le polissoir fabriqué, et après avoir réalisé un pressage à chaud entre le miroir et le polissoir (afin de donner à ce dernier la même courbure que le miroir), le polissage commence... Il faudra frotter péniblement jusqu'à ce qu'il ne reste plus du tout de "gris" (zones non réfléchissantes) sur le miroir. A droite, j'ai même essayé sans les mains : c'est moins fatigant !... mais à moins de maîtriser le côté obscur de la Force ou encore de s'appeler Yoda, ça ne marche pas !

Lorsque le miroir est poli, il faut encore le paraboliser, c'est à dire lui donner une forme de paraboloïde de révolution. Pour savoir comment on fait évoluer la forme du miroir, il faut faire des mesures avec l'appareil de Foucault (ci-dessus). Ce dispositif permet de mesurer la courbure du miroir sur ses différentes zones, on déduira la forme (et le travail qu'il reste à accomplir encore !) de ces mesures. Lorsque la forme du miroir est suffisamment proche d'une parabole idéale, on considère que le miroir est fini !

Ci-dessous, voici ce qu'on voit à l'appareil de Foucault :

Enfin, le miroir est confié à une entreprise spécialisée, chargé de l'opération d'aluminure, qui consiste à déposer une très fine couche réfléchissante sur la surface optique.

 

     

Je tiens à préciser encore une fois que cette page est très, très loin d'être exhaustive en matière de taille de miroir : je voulais simplement donner un apperçu de ce travail. Ce qui veulent tenter l'expérience devront se documenter bien davantage !

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