ASTROLOGIE / ASTRONOMIE


[1] Voltaire : les astrologues ne
peuvent pas avoir le privilège
de se tromper tout le temps !




[2] Placebo




[3] Hubert Reeves :
Oui, les savants s'émerveillent




[4] C'était quoi, l'horoscope
d'Armstrong, sur la Lune ???

EST-CE QUE ÇA MARCHE ?

Le problème de la subjectivité

Voltaire disait (à propos des cas particuliers de prédictions qui marchent) :
«Un astrologue ne saurait avoir le privilège de se tromper toujours».

Le problème est que l'opinion des gens, même de bonne foi, sur la véracité de leur profil psychologique, ou d'une prédiction, ne suffira jamais à un scientifique.

Instruit par l'effet placebo [2], il exigera une expérience, sinon en "double-aveugle", pour le moins débarrassée de ses biais les plus évidents.

En outre, le grand public est incroyablement mal informé de ce que j'appellerai "les coïncidences normales" : vous n'avez qu'à me demander une conférence là-dessus !

Le débat risquait de s'éterniser : d'un côté les astronomes avaient beau jeu de faire remarquer qu'aucun astre nouveau n'avait été découvert à la suite de doutes d'astrologues sur la précision de leurs analyses ; de l'autre les astrologues traitaient les premiers de "scientistes étriqués". Il y a eu pourtant deux grandes expériences menées conjointement par des scientifiques et des astrologues (les autres, comme [GSA], où les astrologues sont à la fois juges et parties, ne m'intéressent évidemment pas) :

Restait à expliquer physiquement l'influence des planètes : le camp des astrologues s'est alors scindé en deux : ceux qui ont (sans trop le dire) transféré sur les saisons terrestres la responsabilité des influences auparavant attribuées au Ciel ; ceux qui tiennent aux planètes.

LE CAMP DES SAISONS

Une alternative plus rationnelle ?

L'astrologie tropique (celle qui est utilisée en Europe) utilise des signes qui auraient aussi bien pu, je l'ai déjà fait remarquer, s'appeler "signe du début du printemps", "signe du milieu de l'été" etc. La tentation est donc forte de demander aux astrologues de distinguer entre la part du profil psychologique qui revient aux saisons et la part qui revient aux planètes...

Des psychologues purs et durs cherchent d'ailleurs si la saison de naissance a une influence sur le caractère, les performances sportives, scolaires, etc.


D'après certaines études [Dudink, 1994; Edwards, 1994; Baxer-Jones & Helms, 1994 ; Azevedo et al., 1995; Gotoda, 1995] : la saison de naissance, associée au découpage des tranches d'âge par années scolaires, ferait que les enfants les plus jeunes de chaque groupe sont généralement défavorisés quant à leurs performances sportives par rapport à leurs aînés de quelques mois; dans le cas des performances scolaires. Gotoda [1995] a suggéré que les enfants nés en été bénéficient d'une plus grande ouverture aux stimuli externes pendant les premiers mois de la vie, décisive pour la suite de leur développement cérébral.
Pour le rôle de la Lune -lui aussi pas mal étudié- voir Bianucci [1990].
[SFB-p.110] cite une autre étude : les officiers de l'armée (en Grande-Bretagne et aux USA) semblent naître bien davantage en été et en automne. Même si c'est vrai, on s'éloigne de l'astrologie classique... puisqu'il n'y a plus d'astres à considérer !!!

Mais attention ! même ce repli stratégique n'est guère scientifique :

LE CÔTÉ OBSCUR DE LA FORCE

Une salade anti-scientifique

La plupart des astrologues n'ont pourtant pas désarmé, et restent attachés aux planètes.

Voici un florilège de citations (entre crochets et en italiques : commentaires).

Usage inconsidéré des découvertes récentes des sciences dures (!) :

À propos du choix du système de domification :
«[Chaque astrologue] utilise un référentiel de base, avec un postulat approprié, qui lui convient parfaitement. […] Quand des milliers de personnes partagent et utilisent un référentiel, celui-ci EXISTE et vit dans leur esprit. Cela fait d'ailleurs partie de l'une des découvertes majeures de la physique quantique.» [JUP]

«Les récentes découvertes mettent en évidence que les atomes qui nous composent ont été fabriqués, il y a des milliards d'années, par fusion nucléaire au sein des premières étoiles massives de la Voie Lactée. En quoi les planètes seraient-elles différentes de nous, êtres humains ? Cela prouve que dans notre Univers, tout est lié.» [JUP].

«Depuis quelques années maintenant Jupiter, la plus grosse planète du système solaire, est également fortement soupçonnée d'avoir une influence physique sur la Terre. Ceci, par l'intermédiaire du Soleil, en générant par cycles l'apparition de tâches [sic] solaires dont l'une des conséquences visibles est l'inversion d'un très grand courant, véritable fleuve de l'océan Atlantique. Ce phénomène est plus connu sous le nom donné à ce courant marin inversé : El Niño.» [ChinAstral]
[argument qualifié par l'astronome Philippe Zarka "d'énormité sans aucun fondement scientifique"]

Souvent les scientifiques appelés en renfort sont cités à tort et à travers :

«De tous temps, ceux qui ont osé défier la "raison" et la "logique" ont fait avancer la connaissance, et ce malgré les critiques et les sarcasmes des milieux "scientifiques" (Einstein , qui avait beaucoup de respect pour l'astrologie, par exemple).»

Le cas Einstein : vous lirez peut-être sur un site astrologique une citation attribuée à Einstein : "L'astrologie est une science illuminatrice en soi...". Sommés de dire d'où ils tiraient cette citation, les astrologues ont renoncé : «cette phrase n'est sans doute pas d'Einstein mais de Kepler, comme me l'a suggéré Solange de Mailly Nesle qui a dû la retirer de son livre paru chez Nathan pour ne plus avoir d'histoire» [JUP]. En revanche on dispose d'un texte dûment publié en 1951, dans son introduction à la biographie et à la correspondance de Kepler publiée en 1951 par Carola Baumgardt, dans lequel Einstein assimilait chez Kepler "l'astrologie à un ennemi intérieur neutralisé mais non complètement mort."

«Lisez les ouvrages d'Hubert Reeves, et plus spécialement "Malicorne" : cet auteur met en exergue le danger pour le scientifique de tout ramener au rationnel. Devant la beauté d'un coucher de soleil, peut-on parler de simples agencements de molécules ou de particules sans faire affront aux forces créatrices de l'Univers ?» [Patrick GIANI]

Hubert Reeves [3], répondant à une interviex de l'école de management de Bordeaux, disait surtout :
«Je ne pense pas que l'astrologie soit une science. Je considère qu'elle ressemble plutôt à une forme religieuse primitive. L'idée que ce qui se passe dans le ciel influence notre existence était tout à fait crédible avant la découverte des dimensions de l'Univers. Personnellement, l'astrologie ne m'intéresse pas beaucoup.»


Voir aussi la litanie des délires sur Pluton.

ET LES JUMEAUX ?

Un test possible

Même dans une grande ville comme Paris, il ne naît que 200 enfants environ par jour !

Une partie du thème ne tient compte que des positions des astres dans les signes et entre eux ("aspects"), et ne dépend donc pas du lieu, mais seulement de la date. Ses variations sont lentes : le mouvement le plus rapide est celui de la Lune qui met 2,5 jours à traverser un signe.

Une autre partie fait intervenir l'horizon, via le système des "maisons" détaillé ci-dessous, et va donc dépendre du lieu. Elle varie beaucoup plus vite, le ciel se déplaçant d'un signe en 2 heures.

La distribution des 8 planètes, du Soleil et de la Lune dans les 12 maisons peut donc changer jusqu'à 120 fois par jour : il serait donc intéressant de savoir ce qu'il en est des FAUX jumeaux, les seuls à avoir un thème astral identique (la précision des tables ne va pas au-delà de 10 minutes), sans avoir de patrimoine génétique identique. Il faudrait aussi qu'ils aient été séparés à la naissance (sinon l'éducation pourrait être l'explication d'éventuelles ressemblances).

Malheureusement, l'étude n'a pas encore été menée... même si Suzel FUZEAU-BRAESCH a publié une étude appelée "Astrologie : la preuve par deux" chez Lafont en 1992.

CONCLUSION

Encore des citations !

Eh oui ! je crois aux beaux textes. Car ils sont les mieux à mêmes d'enrayer le paradoxe incroyable qui voit, au tournant du XX° siècle :

Alain Bonnier, revue Québec sceptique n°35, 1995 :
«Après des années, que dis-je, des siècles, d'allégations de toutes sortes, nous en sommes toujours à la recherche d'un premier petit fait qui pourrait confirmer, ne serait-ce que partiellement, une seule d'entre elles. D'où une certaine lassitude qui finit par s'installer. Lassitude que ressentait déjà Jean Rostand, il y a trente ans. Après avoir passé lui-même une vingtaine d'années à vérifier les prétentions qu'on lui soumettait, le célèbre biologiste déclarait : "il m'a été impossible, au long de ces persévérants essais, de recueillir le moindre fait, je ne dirai pas démonstratif, mais seulement un peu troublant, singulier, invitant à poursuivre la recherche. […] Certes, nous avons tout à attendre des progrès de la pensée humaine, et jusqu'au bouleversement des notions que nous tenons présentement pour établies. De ces nouveautés révolutionnaires, la venue est assurée, mais, si nous ne savons pas d'où elles viendront, du moins savons-nous qu'elles ne viendront pas de ces lassantes vieilleries qui, depuis le temps qu'elles se proclament vérités, auraient bien trouvé le moyen de se faire reconnaître".»

Je rappelle que des sociétés rationalistes offrent un prix conséquent (1 million d'euros) à toute personne qui pourrait donner tort au texte ci-dessus.

André Compte-Sponville, philosophe, l'Express du 30/5/1996 :
«[Il est vrai] qu'aucune connaissance n'est possible sans un certain nombre de croyances bien établies. Nul ne peut tout vérifier, tout contrôler, tout examiner. Comment la biologie pourrait-elle se développer si chaque biologiste devait refaire lui-même toutes les expériences dont il se sert, s'il devait démontrer chacun des théorèmes mathématiques qu'il utilise ? La "cité des savants", comme disait Bachelard, ne peut progresser que par la convergence de plusieurs disciplines, chacune complétant l'autre, en amont ou en aval, et l'ensemble produisant -à coups de rectifications permanentes- ce consensus si remarquable des scientifiques d'abord, puis, autour d'eux, grâce à eux, des esprits informés. C'est ainsi que nous savons que la Terre tourne autour du Soleil ou que l'eau est constituée de deux atomes d'hydrogène pour un atome d'oxygène. Connaissance ? Croyance ? L'une et l'autre - c'est ce que j'appelle une croyance bien établie, et qui distingue le savoir de la religion. Celui qui voudrait revenir au géocentrisme de Ptolémée ou aux éléments des anciens alchimistes, ce n'est pas la foi qui lui manquerait : c'est la culture, et c'est le sérieux


Au fait...
quel était l'horoscope de Neil Armstrong quand il marchait sur la Lune ?
...



Retourner au début de la page.
© Sophie MUGNIER