Claude Ptolémée était un astronome érudit qui vivait à Alexandrie au II° siècle de notre ère.
Déjà auteur d'une Géographie et d'un traité d'astronomie (l'Almageste [3]) qui firent longtemps
autorité, il rassembla dans le Tetrabiblos [4], vers +140, les connaissances astrologiques de son
temps.
Il distingue lui-même entre astronomie et astrologie, en reconnaissant en outre que la
deuxième «n'atteint pas à la même certitude que la première».
Il reprend et affine l'idée selon laquelle le Ciel répand ses "vertus" sur la Terre [...]
Dans le livre II, il détaille les idées de l'époque sur les pays connus, en leur associant des signes du zodiaque, du genre :
«la Bretagne, la Belge et la Germanie ont plus d'affinités avec la nature du Bélier et de Mars, c'est pourquoi dans ces pays les hommes sont souvent cruels et sanguinaires» [SFB 42]
Le livre III affirme nettement l'importance de l'Ascendant, ou position de l'horizon de naissance.
Le livre IV associe les âges de l'homme et les orbites des astres (de la Lune pour l'enfance, à Saturne pour la vieillesse).
Après sa mort, le fatalisme astral est à la mode à Rome, y compris, et c'est nouveau, pour les femmes, mais certains empereurs, comme Domitien, pourchassent les "Chaldéens".
A eux se joignent la plupart des Pères de l'Église. Le concile de Laodicée, en 381,
et d'autres conciles à sa suite, interdisent aux ecclésiastiques de s'intéresser à l'astrologie.
Et pourtant une tradition tenace associe aux quatre évangélistes des symboles astrologiques :
| Luc | Taureau |
| Marc | Lion |
| Mathieu | Verseau / Homme |
| Jean | Scorpion / Aigle |
Au fur et à mesure qu'on redécouvre les auteurs anciens, un débat s'ouvre sur l'influence des astres : pour Saint Albert le Grand (XIII° siècle) les corps célestes influencent (voire provoquent) les événements sur Terre, mais non les destins individuels, car l'homme est capable de libre-arbitre. Pour Saint Thomas d'Aquin, son élève, les astres n'exercent qu'une influence indirecte sur les âmes, et il ne faut pas chercher à prévoir l'avenir avec certitude.
Durant le même siècle, mais en Angleterre, Roger Bacon considère astrologie,
alchimie et magie comme des sciences naturelles, mais croit aussi que l'homme
peut employer sa volonté à résister à l'influence (pour lui réelle) des astres.

Le principal apport arabe est d'ajouter à l'influence céleste une influence terrestre (due au lieu de naissance, et conduisant au système des "maisons" : nous y reviendrons).
A la fin du Moyen-Âge, l'invention de l'imprimerie (1453) aide à vulgariser les thèses astrologiques. Regiomontanus, mort en 1475, publie le premier calendrier astrologique et les premières éphémérides (tables des positions planétaires et des maisons, voir image [5]).
Bien que l'Inquisition ait été créée en 1199, pour lutter contre les hérésies (cathares...), elle n'est jamais aussi féroce que pendant la Renaissance (chasse aux sorciers). Cette époque, si foisonnante dans le domaine des arts, est aussi une période de confusion religieuse (protestantisme) et de superstition.
On enseigne l'astrologie en même temps que la médecine : le lien entre les parties du corps et les signes du zodiaque est fixé à cette époque (voir texte suivant). On choisit le moment propice aux traitements en fonction des phases de la Lune, et on les évite quand Mars ou Saturne (maléfiques) sont puissants.
On ajoute au système d'interprétation les "aspects" entre les planètes (conjonction, trigone, opposition etc : nous y reviendrons).
AUCUNE connaissance nouvelle sur le cosmos ne vient d'une contradiction entre un horoscope et une théorie,
TOUTES viennent des progrès des instruments, des progrès des mathématiques, et de l'évolution des théories sur
l'Univers, faisant suite à ces progrès.
Mais revenons aux astrologues...
L'italien Placidus de Titis (1603-1668), mathématicien et physicien enseignant à l'Université de Pavie, invente le système de domification le plus utilisé de nos jours en France. Et pourtant, déjà, c'est la fin de l'âge d'or de l'astrologie en Europe.
Le cas de Kepler : outre ses travaux célèbres en astronomie, il publie aussi
De fundamentis astrologiae, en 1601, et Astrologicus, en 1620. Pour Kepler, cette discipline
est «une fille dévergondée qui nourrit sa mère pauvre, l'astronomie». C'est pourquoi il n'hésite pas
à publier, en même temps que ses almanachs, des horoscopes et des prédictions astrologiques. Toutefois,
fidèle à ses idées, Kepler cherche à donner des bases rigoureuses à l'astrologie, ce qui le conduit à rejeter
certaines parties de ce qui s'enseignait alors :
a) il refuse tout rapport symbolique entre mot et chose : il sait que le nom des constellations est
arbitraire et que la division du zodiaque n'est qu'une commodité mathématique, aussi finit-il par rejeter
toutes les théories relatives à la «maison» principale d'une planète ainsi qu'aux douze maisons astrologiques.
b) il est le premier à rejeter la conception aristotélicienne selon laquelle la nature serait constituée
de quatre états basiques (chaud, froid, sec, humide) donnant naissance aux quatre Eléments (Feu-Terre-Air-Eau)
«ce n’est pas parce que les premiers auteurs ont emprunté une loi à la nature pour leurs spéculations
arbitraires, qu’en retour la nature des choses célestes s’est soumise en tout à leurs spéculations».
Mais comme le dit le site [ANA], "Kepler n’était donc pas coupé en deux. L’astrologue, le mystique et l’astronome
cohabitaient chez lui dans une profonde harmonie".
[SFB-p.57-59] : «En même temps que le savoir humain s'élargit de façon considérable du fait (...) du bond scientifique prodigieux (XVII° siècle) dans tous les domaines des sciences de la nature [et en astronomie : Tycho Brahé, Galilée, Kepler], on assiste à un rapide déclin de la pratique astrologique. (...) Avec la Contre-Réforme, la pression de l'Église se fait plus stricte et plus forte. (...) L'astrologie perd tout crédit dans les milieux scientifiques. (...) Elle n'est pratiquement plus enseignée dans les universités. Finalement, Colbert l'interdit en France en 1660 [ou 1666 ?]», en tout cas au moment où il crée l'Académie des Sciences.
Vers 1710, les éphémérides et les tables utiles aux astrologues cessent d'être imprimées. Le roi de Prusse Frédéric II veut même interdire les prédictions des almanachs et calendriers populaires, mais il y renonce. La symbologie astrologique survit chez les Francs-Maçons et les Rose-Croix, sans la pratique associée.
L'Angleterre a conservé même au XVIII° siècle quelques astrologues.
Aussi c'est de là que part l'offensive du début du XIX° siècle. On réalise des horoscopes (assez
fantaisistes) de Napoléon, et des almanachs de prédictions recommencent à être publiés : 1827 par Raphaël,
1836 par Zadkiel (il s'agit de pseudonymes !), ce dernier réalisant l'horoscope de la Reine Victoria et
prédisant la mort (en 1861) du prince consort Albert.
Le cas Napoléon : d'après [SFB-p.64] "3 horoscopes de Napoléon sont réalisés,
sans connaître son heure de naissance : ils s'accordent sur une naissance le matin", compte tenu de la
personnalité de leur sujet.
Les estimations variaient quand même de 9:45 à 13:13 (sic : est-ce encore le matin ?) pour le 15 août 1769.
En réalité, Napoléon est né à 11h30.
[SFB-p.66] «Dès lors, des personnes cultivées s'adonnent à l'astrologie». Le courant théosophique est influent en Angleterre, mais n'a aucune prise en France, où c'est à un polytechnicien et officier, Paul Choisnard (1867-1930), dit "Flambard", que revient d'avoir relancé la mode après 1900.
La politique n'est pas absente du débat : en Allemagne nazie, l'astrologie, qui prétend attribuer le même horoscope à un juif ou à un aryen nés au même moment n'a pas bonne presse... En France, un Paul Le Cour est pro-nazi quand un André Barbault est proche des communistes.
La religion non plus : l'astrologie "karmique" recherche les vies antérieures (E. Tessier y croit), la démonologie n'est pas loin (lune noire = Lilith) etc., voir sur autres fiches.
En 1968 (sic) s'ouvre à Paris la première boutique Astroflash avec ordinateur : l'astrologie, qui n'est plus réellement attaquée, a désormais le champ d'autant plus libre que les calculs fastidieux sont désormais automatisés...
Et j'arrête mon historique à la "thèse" (de sociologie) d'Elisabeth Tessier.
Pour en savoir plus, voir la fiche sur les astrologues