CONFÉRENCE SUR LE CHAOS

(février 2001)

[1] Les récents cyclones, un bon exemple
d'imprévisibilité à long terme



[2] Rouleaux de convection



[3] Valeur de y avec 2 nombres
légèrement différents au départ...



[4] Attracteur de Lorenz,
avec coordonnées



[5] Attracteur de Lorenz, 10 000 points

MISE EN ÉVIDENCE DU CHAOS

Edward Norton Lorenz

Nous sommes entre 1961 et 1963.

Compte tenu de la petite capacité de calcul des ordinateurs de cette époque, le météorologiste Lorenz a simplifié au maximum son modèle climatique : une colonne d'air chauffée par le Soleil. Normalement, un tel système donne des rouleaux de convection compliqués [image 2]. Mais, en supposant les rouleaux parallèles, en ignorant les tensions superficielles, etc., Lorenz parvient à ne garder que 3 paramètres variables :
    x, température de l'air
    y, vitesse du vent
    z, manière dont la température varie avec l'altitude

Lorenz fait calculer à l'ordinateur une suite de points tels que :

    xn+1 = xn - a xn dt + a yn dt
    yn+1 = yn + b xn dt - yn dt - znxn dt
    zn+1 = zn - c zn dt + xnyn dt


où a, b et c sont des constantes bien choisies, pour éviter les solutions infinies.

Il lance le programme de calcul, qui prend beaucoup de temps. Le lendemain, au lieu de recommencer à zéro, il décide de repartir d'un des résultats numériques obtenus : l'ordinateur donnait y avec 5 décimales, il se dit que 3 suffiront, et il relance le calcul avec le nombre ainsi tronqué.

Et là, c'est l'ahurissement : au début, les résultats concordent, mais très vite ils diffèrent totalement, et ce pour une différence initiale de 1/10 000ème (10-4) : voir [image 3 : elle doit vous rappeler le préliminaire sur le décalage de Bernouilli, non ?].

Lui et d'autres essaient alors de visualiser les 3 paramètres du système,

Avec z0 = y0 = x0 = 1, et a = 10, b = 28, c = 8/3, c'est-à-dire :


on obtient le célèbre Attracteur de Lorenz, qui contient deux points fixes instables [images 4 et 5].
Notez que les points du dessin [5], qui représentent chacun un état du système, c'est-à-dire un des triplets
(xn ; yn ; zn), sont obtenus un à un : il est impossible de prévoir où va se placer le point suivant, et pourtant au fur et à mesure ils dessinent cette figure, très complexe. Jamais deux points ne se placent au même endroit ! On a là l'image d'un ordre caché dans l'apparence chaotique.

Il réalise alors que :

«tout système physique non périodique est imprévisible»
et il a l'idée géniale d'appeler cela "l'effet papillon" - son premier article sur le sujet s'intitule :
"Le battement des ailes d’un papillon au Brésil peut-il déclencher une tornade au Texas ?".

Malheureusement, cet article fondateur a peu d'écho en son temps ; il faudra attendre près de 10 ans pour que des mathématiciens en entendent parler, et en tirent la substantifique moëlle...

Cela dit, la découverte de Lorenz enfonce encore plus le clou de Poincaré : ici, pas d'équation dans un espace à 18 dimensions, pas de calculs incroyablement tordus : un système complexe peut donc être engendré par des équations simples !



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© Sophie MUGNIER