COSMOS et INERTIE Par Laurent GRUEL |
| 1ère époque: philosophie naturelle et expérimentale Lhistoire des sciences est parcourue de thèmes dont le vrai contour ne se révéla que progressivement, grâce à lobstination et au sens critique des esprits les plus curieux et les plus perspicaces de leur temps. Et même si les solutions à ces questions semblent en fait si insaisissables quelles sont sans cesse repoussées, les débuts de réponse qui y furent apportées engendrèrent une révolution dans notre vision du Monde. Ces problèmes sont si profonds que leur questionnement évoquent les fondements de lunivers et les résoudre enfin pourrait apporter une réponse définitive sur un pan entier de vérité. Le problème de linertie est de ceux là. De la matière et de sa liberté. Linertie fut évoquée pour la première fois sous un angle implicite par Démocrite 4 siècles avant J.C. : lunivers étant vide et infini, il nexiste pas de direction privilégiée; le mouvement de la matière composée de particules insécables (les atomes) est libre. Le mouvement naturel est donc droit et uniforme (et sans laide de dieux !). En grand successeur, Lucrèce, dans son poème didactique sur les atomes extrait de son ouvrage " De Natura Rerum " (vers -55 av. J.-C.), affirme entre autres exemples remarquables de philosophie naturelle, que les corps les plus pesants ne peuvent rattraper les plus légers dans leur chute que si la substance quils traversent cède aux plus lourds, ainsi de leau ou de lair. Mais dans le cas du vide, il nexiste aucune raison que les objets ne chutent pas à la même vitesse : Galilée devancé de dix-sept siècles ! Grand Lucrèce, encore admiré sous Auguste et pourtant oublié jusquà la Renaissance. Hélas, Aristote vers 350 av. J.-C., exposant un système volontairement basé sur lintuition et lapparence des phénomènes décrira un univers fini, rempli dune substance éthérée. La matière a essence à être immobile et il faut appliquer une poussée pour lui imprimer une vitesse. La Terre y est naturellement immobile au centre du Monde. La chape de plomb de la perpétuation des principes dAristote et du modèle du monde géocentrique, séparant irrémédiablement le domaine de la Terre de celui du Ciel empêcha tout du long du Moyen-Age un quelconque progrès dans notre vision rationnelle. Nous sommes à la fin du Quintecento. Michel Angelo, Leonardo di Vinci ont laissé leurs empreintes. Le temps est venu pour Galileo, lexpérimentateur. Osant vérifié par lui-même la loi édictée par Aristote, et inspiré par la loi de mouvement rectiligne et uniforme, il énonce le principe suivant : deux systèmes libres sont, lun par rapport à lautre, immobiles ou animés dun mouvement rectiligne uniforme. On peut justement avancer que cest cette sympathie de Galilée pour la liberté de la matière (et donc sans intervention de Dieu) qui lui valut un procès en hérésie et seule son amitié avec le pape Urbain VIII causa le détournement du procès vers le problème de lhéliocentrisme qui nétait déjà presque plus défendable à lépoque. Selon Galilée létat dimmobilité ou de mouvement droit uniforme apparaissent équivalents. Lexplication de cette équivalence tient dans linertie du corps vue comme sa propriété à résister à toute force tendant à le mettre en mouvement ou à le dévier dune trajectoire rectiligne à vitesse uniforme. Les mouvements ne sont donc inertiels que dans des repères où le mobile est fixe ou en déplacement uniforme. On parle alors de référentiel inertiel ou galiléen. Relativité. Dès Galilée, la relativité du mouvement simpose car un référentiel absolument fixe ne peut se concevoir; en effet, par rapport à tout objet mobile dans lunivers, le référentiel fixe redevient lui-même mobile. La seule autre possibilité est dimaginer un univers empli dun substrat immobile qui constituerait lunique référentiel absolu. Cest la notion déther, support des propagations des ondes lumineuses, notion que lexpérience doptique de Michelson-Morley démentira en 1887 en montrant que, quelle que soit lorientation du dispositif, la célérité de la lumière par rapport au dispositif est invariante, ce qui signifie que lon ne peut détecter un mouvement propre de la Terre dans son déplacement à travers lespace. Soumis au principe de relativité, linertie exprime que par rapport à tout mobile libre pris comme référentiel, tout autre système libre est fixe ou en translation uniforme. Cette uniformité de lespace permet en fait de retrouver la loi de linertie. Limpulsion dun mobile est définie par le produit de sa masse et de sa vitesse dans un référentiel donné. On définit ensuite laction comme étant le produit de limpulsion par la longueur parcourue par ce mobile. Le principe de moindre action permet de déterminer la trajectoire effective du mobile; autour de cette trajectoire, la variation de laction sannule. Or cette variation ne dépend pas du temps si lécoulement du temps est constant (nécessitant déjà une vitesse constante par rapport à un référentiel galiléen) Cette variation ne dépend pas non plus de la position si lespace est le même en tout point (homogénéité). Elle ne dépend enfin pas de la direction si lespace est le même dans toutes les directions (isotropie). En définitive, si une particule suit une trajectoire libre (loin de tout champ de gravité), sa vitesse sera constante. La loi dinertie se déduit donc des symétries de lespace. Mais doù viennent les forces dinertie lorsque le mobile ne se déplace plus à vitesse constante ? Selon la vision galiléenne, toute accélération ou mouvement circulaire nécessite une force et engendre lapparition dun effet dinertie proportionnel à sa masse inerte. Or si lon décrit la trajectoire dun corps à partir dun référentiel accéléré, le mouvement est en général lui aussi accéléré et le corps semble soumis à une force dinertie qui sexprime dans le sens opposé à laccélération du référentiel. Exemple: un véhicule est freiné. Ses occupants conservant la vitesse du véhicule avant lapplication du freinage subissent une force opposée à la décélération. De même, un mobile en rotation dans un champ de pesanteur subit une force centrifuge, cette force due à linertie est opposée à la force dattraction. Ce fut Huyghens, le physicien astronome néerlandais, qui démontra justement que cette force est négligeable dans la rotation terrestre ce qui justifie lapparente fixité de la Terre. En orbite, lattraction dun mobile dans un champ de pesanteur est compensée par une la force centrifuge qui lui est égale. A chaque orbite et donc à chaque distance au centre de masse correspond une vitesse orbitale précise. Lorsque la vitesse du corps est insuffisante pour engendrer une force centrifuge compensant la gravité, le corps chute progressivement. La masse intervenant dans son accélération est sa masse inertielle. La force appliquée est proportionnelle à sa masse grave. Einstein déduira la stricte équivalence entre les 2 masses du principe déquivalence entre tous les points de vue des observateurs (relativité des référentiels). Cette équivalence justifie dans un premier temps que toutes les masses tombent à la même vitesse dans le vide car laccélération ne dépend plus que de la masse de corps attractive. En fait, ceci nest vrai que dans un champ de pesanteur constant dans le temps où le corps attractif, bien plus massif que le corps attiré, reste fixe. De même sur Terre, quand on parle de force centrifuge pour parler de force dinertie liée à la rotation de la Terre, on doit sinterroger car vu dun référenciel à la surface de terrestre il nexiste pas de mouvement relatif donc pas de force dinertie; ces forces sont relatives à l état dun mouvement observé dun repère donné. Selon Galilée, linertie étant proportionnelle à la masse inerte serait ainsi une propriété inhérente à la matière. Mais, ces forces dinertie ne se révélant que lors daccélération, se pose le problème du référentiel de mesure. Sil nexiste que des référentiels relatifs, linertie elle-même est relative car elle nexiste que par rapport à des masses externes engendrant le champ de gravitation. Linertie ne semblant pas dépendre sensiblement de la répartition locale de la matière (sinon elle changerait fortement au sein même du système solaire), elle peut dépendre de la répartition des masses lointaines qui engendrent le champ de gravité global de lunivers. Mais cette seconde hypothèse, celle dune inertie liée à linteraction du corps avec lUnivers tout entier attendra ainsi 3 siècles après Galilée pour être énoncée par Mach et complétée par Einstein. Entre temps, Newton aura énoncé la première loi de la gravitation en introduisant la notion de force pouvant se propager à distance. 2ème époque : la physique de labstraction Newton et la pomme, Newton et le seau. Arrive sur la grande scène de la connaissance, Sir Isaac Newton, fondateur de la mécanique analytique, cofondateur du calcul des fluxions, père de loptique moderne, alchimiste, fanatique de textes hiératiques, hérétique à ses heures. Newton découvrira en 1667 léquivalence entre la pesanteur et la gravitation, celle qui lit les hommes à la Terre et les astres entre eux. Il énoncera officiellement seize ans plus tard la forme analytique de la force dattraction nécessaire pour décrire le mouvement soumis à la gravitation (une force qui décroît de quatre lorsque la distance double) mais le support de propagation de cette force ne sera pas décrit. Par la suite Einstein montrera que cette force équivalente nest pas une poussée qui se propage mais une modification des relations despace et de temps due à la présence de la matière, modification rendue nécessaire pour rendre équivalente la description des lois dans tout repère même accéléré. La gravitation, fruit dune symétrie. Newton se posera aussi la question du référentiel absolu. En examinant un seau en rotation, il observa que la surface du liquide forme une parabole due aux forces dinertie, le liquide étant soumis à une rotation subissant une accélération. Il en conclura que la parabole indique une accélération absolue. Mais une accélération par rapport à quoi ? Par rapport aux étoiles lointaines supposées fixes, cest à dire par rapport à une certaine distribution globale de matière prise comme référence répondra Berkeley quelques décennies plus tard. Dans lhypothèse où lunivers entier serait en rotation et le seau resterait fixe les mêmes forces apparaîtraient; parler daccélération absolue na pas plus de sens que de parler de vitesse absolue. Mach, philosophe autrichien de la fin du siècle dernier, poursuivra sa réflexion en ce sens : sans masse dans lunivers autour du seau (et notamment en labsence des masses lointaines qui définissent le champ global de gravitation), laccélération ne pourrait pas être définie, il nexisterait pas dinertie et la surface du liquide ne subirait pas une parabole de révolution; linertie est due à linfluence des masses de lunivers sur lobjet en mouvement dans le champ de gravité global de lunivers. Mach énonce donc lhypothèse dune force dinertie équivalente à une force de rappel que subirait le mobile lorsque sa trajectoire ne suit plus le mouvement de chute libre dans le champ produit par lensemble des masses lointaines, des masses uniformément réparties afin de justifier dune inertie ne dépendant pas de la direction. Linertie phénomène intrinsèque pour Galilée, relatif à un espace absolu pour Newton, devient un phénomène lié à la cosmologie pour Mach. Le petit prince de la cosmologie. Survient Einstein, lexpérimentateur de la pensée. Léquivalence de la forme des lois physiques dans tout référentiel inertiel implique quaucun référentiel nest absolu; lexpérience de Michelson avait bien montrée quon ne peut mesurer la vitesse absolue de la Terre dans lunivers. Cet énoncé de la relativité adressant le seul domaine de la mécanique, Einstein létendra en 1905 aux lois de lélectromagnétisme selon le principe de relativité restreinte (restreinte aux systèmes liés à des référentiels inertiels en translation à vitesse uniforme les uns par rapport aux autres). Lélectromagnétisme servant de vecteur à la propagation du signal, les conséquences en seront la relativité de la mesure du temps et en fait un couplage entre les coordonnées despace et de temps. Un phénomène se déroulant dans un repère libre, il ne suffit plus de changer les seules mesures de longueur pour décrire ce même phénomène dans un autre repère en translation par rapport au premie; la longueur et lécoulement du temps seront couplés lors dune propagation car elles dépendent conjointement de la perspective du référentiel en mouvement. La relativité restreinte montre que la masse dun mobile varie avec sa vitesse et dépend donc du référentiel dobservation; non seulement la mesure de laccélération (et donc des forces dinertie) dépend du référentiel mais son paramètre, la masse, en dépend lui aussi; la masse nest plus un paramètre intrinsèque mais dépend des conditions dobservation. La relativité, dans sa forme restreinte, ne sapplique quaux phénomènes observés depuis un référentiel en translation uniforme par rapport au mobile. Léquivalence dans lexpression des lois physiques entre repères même non inertiels trouve son énoncé au travers de la relativité générale. Einstein est fortement influencé par lhypothèse de Mach. Il considère également que linertie est imposée par un champ de gravitation dorigine cosmologique.
Les principes. La relativité, cest la description de léquivalence entre tous les points de vue. Tout comme le champ daccélération apparaît pour rendre équivalent les lois descriptives des phénomènes dans un espace loin des masses et dans un espace soumis à un champ de gravité, le champ dinertie apparaît pour rendre équivalent la description des phénomènes dans des référentiels inertiels et dans des référentiels accélérés. On parle de champ pour qualifier une région de lespace où sexerce une contrainte (les effets dune force dans la vision de la mécanique newtonienne). Les deux champs, champ daccélération et champ dinertie sont rendus équivalents localement en égalant les deux paramètres caractérisant les valeurs de ces champs : la masse grave et la masse inerte. Lidée clé dEinstein est donc de faire disparaître la notion de gravitation en tant que force. La gravitation nest quune accélération décrite dans un espace courbe et non pas une force sans support dans un espace euclidien plat. La gravitation est donc décrite géométriquement afin de refléter la symétrie de description entre repères inertiels et repères accélérés. Si ni la gravitation, ni la géométrie de lespace et du temps ne sont absolus, si à labsence de gravitation (l inertie) correspond précisément labsence deffets géométriques (le mouvement est rectiligne) pourquoi la géométrie et la gravitation ne seraient pas la même chose ? La démonstration. Einstein pose
léquivalence : Mais selon Newton, les mouvements inertiels reposent sur labsence de force et le gravitationnel sur une force. Afin de rendre équivalentes ces deux notions contradictoires, Einstein a posé que les référentiels dinertie sont les référentiels en chute libre autrement dit tout mouvement libre est inertiel, notamment un mouvement de chute libre dans un champ de gravité (on flotte en vol relatif, tous les corps tombant à la même vitesse). Inversement, tout champ gravitationnel est équivalent localement à un champ daccélération. Cette équivalence nest bien sûr que locale car les lignes du champ de gravité sont centripètes et non pas parallèles; il faut appliquer un vecteur daccélération dorientation différente en chaque point dun même équipotentiel pour simuler lattraction. En clair, il est dit que le mobile chutant librement peut être rendu équivalent à un mobile loin de tout champ qui subirait tout du long de sa trajectoire une accélération équivalente. Cest bien le principe de relativité qui nécessite cette équivalence car il stipule linvariance de la forme des lois décrite par des observateurs dans des repères accélérés; la gravité est donc un effet de symétrie entre les observateurs (étant décrit par des équations différentielles exprimant le comportement en chaque point, on parle de symétrie de jauge locale). Ce principe a deux conséquences : lune sur la notion de masse et lautre sur le mouvement des objets dans un champ de gravité. La masse. Léquivalence, non seulement impose légalité: " masse inerte = masse grave du corps subissant lattraction " mais aussi légalité: " masse passive subissant lattraction = masse active du même corps " exerçant une attraction. En fait léquivalence masse inerte / masse gravitationnelle induit léquivalence entre les " forces " dinertie liées à une accélération et la " force " de gravité. Einstein a donc remplacé toutes les masses par la seule masse inerte. Le mouvement. Dans le modèle dEinstein, lattraction est une perturbation du mouvement et donc un changement du lien entre les coordonnées despace et de temps. Noublions pas que la lumière émise par un observateur chutant librement dans un champ de gravité doit être émise droite dans le repère de lobservateur pour que le phénomène soit équivalent par le principe de relativité à la même expérience dans un espace loin de tout champ (équivalence des repères inertiels). Mais le référentiel est lui-même en chute libre; la lumière émise apparaîtra courbée vue dun référentiel lié à la masse attractive; le chemin de lumière apparaît courbée par la masse. La gravité est donc un champ daccélération dans un espace courbe qui agit sur la masse inerte. Le mouvement libre subissant le principe de moindre action dans un champ de gravité équivaudra à la trajectoire la plus courte (donc à une géodésique) dans lespace courbe de propagation. Une affaire de métrique. On emploie le terme de métrique pour exprimer une grandeur ne dépendant que de la courbure de lespace et qui exprime la variation couplée du temps et de lespace lors dune propagation. Or la présence dune masse va modifier cette métrique. La gravitation nest que leffet dune métrique impliquant que les trajectoires stables sont des orbites. La métrique définit un champ cest à dire un espace où les corps sont soumis à une accélération. Le champ de gravitation devient un champ daccélération soumis à une métrique locale. Linertie, définissant létat de mouvement dans ce champ daccélération, est donc soumis à lensemble des masses de lunivers modifiant de proche en proche la courbure locale, cest à dire la métrique. Il ny a plus de force à distance mais une propagation de proche en proche dun effet daccélération. Cet effet daccélération, cest à dire de courbure dans la trajectoire nest là que pour rendre équivalents les phénomènes loin des masses et dans des repères accélérés (avec ou sans masse). Pour rendre équivalent un mouvement droit inertiel et un mouvement circulaire dans un champ de pesanteur, Einstein considère que le mouvement droit inertiel est un mouvement géodésique sur un espace plat et le mouvement circulaire autour dune masse devient un mouvement géodésique selon un espace courbe. En fonction de limportance de la masse, cest à dire de la courbure de lespace, la métrique cest à dire la relation entre une distance et un écoulement du temps entre 2 événements cause/effet va être modifiée. La métrique de Minkowski décrit un espace plat qui est tangentiel à un espace courbe décrit par la métrique de Schwarzschild dans le cas dune masse statique et la métrique de Robertson dans le cas de masses en mouvement. Dit en language plus courant, on peut toujours approximer lespace courbe réel par un espace plat où les mouvements sont sans accélération et donc inertiels. Cest lécart entre lespace courbe lié à un champ de gravitation ou à un champ daccélération (les 2 visions étant équivalentes) et lespace plat qui provoque la force dinertie. Et la source de linertie ? Einstein peut alors sattaquer au problème de Mach : lexplication cosmologique de linertie. Un modèle dunivers unique doit être solution des équations de la relativité générale (un espace statique et homogène à grande échelle selon les vues de lépoque). Pour que linertie soit un phénomène dû au contenu matériel de lUnivers, il faut que le mouvement dans un espace à faible courbure lié à la géométrie globale de lUnivers soit assimilable à un mouvement inertiel dans lespace plat. Ce mouvement géodésique doit être le même en tout point de lUnivers doù une courbure uniforme (principe cosmologique). Le but est de définir la géométrie globale et unique de lunivers, enveloppe des géométries locales se raccordant entre elles. Einstein est donc amené à construire un modèle dunivers. La solution dEinstein dune métrique compatible dune densité homogène de lunivers aboutit à une géométrie globale à faible courbure de lUnivers présentant partout un même mouvement géodésique inertiel localement assimilable au mouvement inertiel galiléen. Dans le cas dune constante cosmologique nulle on retrouve lespace vide de Minkowski mais cet espace étant infini, lexplication cosmologique de linertie conduit Einstein à une constante cosmologique non nulle pour rendre fini son univers courbe. Cette constante relie donc la densité et le rayon dans un univers statique (car la densité est constante dans le temps). Pour rendre sa théorie cohérente, Einstein na donc pas relié linertie à un espace absolu comme Newton mais il a défini une inertie des masses les unes par rapport aux autres. Linertie est donc liée à lassimilation locale du mouvement géodésique dû à la masse avec le mouvement inertiel lié à un espace sans masse (en fait la masse est remplacée par la somme énergie propre + énergie de mouvement mesurée en chaque point). Lassimilation consiste à considérer que chaque point de lespace courbe réel est tangent à un point de lespace plat fictif où la vitesse se conserve. Si lespace admet une tangente, on dit quil est " différentiable ". Lassimilation espace courbe/espace plat tangent est justifiée mais elle ne lest sur une section dautant plus faible que le champ est fort. Pour un observateur extérieur tout ce qui est au-delà de lhorizon du trou noir ne peut faire lobjet de cette approximation car les trous noirs accentuent infiniment la courbure en produisant un puits sans limite (doù la volonté dEinstein de résorber de ses équations les solutions conduisant à des trous noirs). Einstein peut donc relier linertie à la géométrie locale qui résulte de la courbure quasi constante dun univers fermé. Cest le summum dune longue démarche. Einstein à Berlin a presque gagné sa guerre. Nous sommes au début de 1917. Il y a pourtant un coin enfoncé dans la belle théorie. Revenons au problème du seau de Newton et de Mach (par rapport à quoi le fluide tourne t-il pour engendrer des forces dinertie ?), la distribution des masses de lunivers déterminant en tout point la relation entre les variations de longueur et lécoulement du temps, le référentiel inertiel pour chaque masse est défini comme celui où le mobile est en chute libre dans le champ de gravité de toutes les autres masses. Cest par rapport à un tel repère que lon pourra définir si le seau tourne ou pas (et sil tourne, il sera affecté dune force centrifuge car son mouvement étant accéléré, il ne sera plus inertiel). Mais la relativité générale ninduisant aucune contrainte en soi sur la quantité de masse, son modèle peut admettre le cas où le seau est le seul objet dans lunivers (en fait la solution la plus simple de la relativité est la métrique de Schwarzschild avec un corps unique fixe). Puisque dans ce cas il ny aurait pas champ externe au seau produisant un champ de gravitation et induisant donc les forces dinertie lors de déplacement accéléré dans ce champ, la solution dEinstein ne répond donc que partiellement à la question. Mais de cela Einstein nest pas encore conscient, et bien pire va lui être révêlé... Car soudain, cest la catastrophe. De Sitter, un physicien hollandais, trouve une métrique compatible dune densité nulle en tout point; on peut avoir un mouvement inertiel dans un espace vide. Ceci remet en cause lexplication dune inertie due au mouvement accéléré dans un champ de gravité causé par les masses lointaines. Il faut également préciser que la valeur de la constante cosmologique nest pas fixée dans ce modèle. La nature physique incertaine de cette constante qui apparaît dans la métrique exprimant la courbure ne permet toujours pas aujourdhui de conclure sur sa valeur. Dailleurs, certaines solutions non statiques découvertes par la suite par Friedmann sont compatibles dune constante nulle. Einstein profondément peiné par cet échec ne les considère que comme des curiosités mathématiques. Grave erreur car ces modèles sont aujourdhui considérés comme les meilleurs modèles cosmologiques; Einstein est passé à côté de la prédiction dun univers en expansion. Les mesures tendant à prouver le phénomène dexpansion (décalage systématique vers le rouge des structures à grande échelle) finiront ironiquement par reléguer le modèle dEinstein lui-même au rang de modèle mathématique. Echec et questions. En résumé, Einstein, à partir dun modèle géométrique unique, désirait justifier linertie. Or il existe plusieurs modèles avec géodésique assimilables aux mouvements inertiels donc le lien entre la géométrie et linertie est flou. Par contre, linertie est liée à un contenu matériel de lunivers et la géométrie dépend de ce contenu; le lien entre la géométrie et linertie est indirect. Le principe déquivalence nayant conduit quà une multiplicité de formes dunivers et donc de métriques locales, le champ dinertie nest pas déterminé de façon univoque; il a donc de multiples causes possibles par la relativité. Pour résoudre le problème, il faudrait un modèle qui exclut les solutions avec une masse unique où lobjet étant singulier, la symétrie entre lobjet et le reste de lunivers ne peut plus sappliquer. Il faut en fait déterminer quels sont les sources de la gravitation. En effet, les équations dEinstein supposent une source et décrit leurs conséquences sur les relations de temps et despace (la métrique) : il exprime le comment et non pas le pourquoi. On peut aussi chercher à distinguer le mouvement inertiel du seul mouvement droit et en déduire la bonne géométrie (à partir des modèles non statiques) puis retrouver la loi reliant linertie au contenu matériel. Une contrainte serait de retrouver le lien statistique entre une masse inerte donnée et lensemble des masses de lunivers. Une troisième voie fut dessinée par Sciama dans les années 50. Les forces dinertie apparaissant quand le référentiel nest pas inertiel peuvent être vues comme une " induction ". Ce sont des forces qui apparaissent uniquement par changement de référentiel (tout comme un champ magnétique sajoute à un champ électrique si le référentiel est en mouvement relatif). Lidée est que les forces dinertie correspondent au champ gravitationnel induit par laccélération de lUnivers. Grande idée, mais une accélération par rapport à quoi ? Une autre voie pourrait être de renverser la question de linertie. Est ce lapproximation de notre univers par un univers vide décrit géométriquement par un espace plat qui engendre une vitesse constante ou est ce un phénomène qui tend à engendrer une propagation à vitesse constante qui permet au mobile de conserver son état de mouvement et justifie cette approximation ? Le retour du débat sur la cause globale et externe ou la cause interne. Or que nous apprends lexpérience de Michelson ? La constance de la célérité de la lumière. La lumière est donc le prototype dun objet inertiel car de propriétés invariantes dans tous les repères. Que nous apprend lobservation ? Que tout objet en orbite est soumis aux forces dinertie dont lorientation et lintensité assurent léquilibre entre laccélération due à la pesanteur et laccélération due à linertie. Cet objet en orbite tend ainsi à suivre le chemin de la lumière qui en émanerait. Or tout objet qui suit à vitesse constante un chemin de lumière suit apparemment une ligne droite quelle que soit lintensité du champ attractif. On a donc un mouvement inertiel qui nest pas un mouvement droit; le mouvement inertiel est celui qui suit le chemin de lumière. Le point qui lillustre le mieux est quà lapproche dun trou noir la force centrifuge se renverse et tend à devenir centripète lorsque le chemin de lumière est plus courbé quun cercle. Les forces dinertie sont donc les forces qui se développent pour que le mobile suive le trajet de la lumière. Ne retrouve t-on pas sur le chemin de linertie et de la gravitation le débat de londe et de la particule, complémentaire et équivalent ? Linertie serait alors déterminée par une forme donde propre au mobile. Il faudrait montrer que cette forme donde est compatible du principe déquivalence inertie-gravité et cette contrainte pourrait peut-être sexprimer sous la forme de léquivalence onde-corpuscule. Peut on raccrocher lhypothèse de londe à leffet de courbure? Si e principe déquivalence mène à plusieurs modèles dunivers, tous ces modèles se ramèneraient à une seule onde dont la conservation induirait linertie. Le débat sur linertie qui
a engendré la relativité et des modèles cosmologiques ne serait il pas le chemin
unificateur entre le modèle de lunivers et le grand débat de la mécanique
quantique: la dualité onde-corpuscule, continuité ou granularité? La solution au
problème de linertie participerait alors au grand trait dunion entre le
macrocosme et le microcosme. Mais la discussion spéculative de ce point nous
entraînerait dans un cadre non consensuel et donc en dehors des principes de ce court
exposé. |