Mascotte, mon ami le renard de la Montagne de Lure, le 18 juin 2005 

En confiance et de connivence

Je n'avais jamais imaginé qu'il m'arriverait de faire un clin d'oeil à un renard, encore moins qu'un renard me ferait un jour un clin d'oeil. C'est pourtant ce qui s'est passé lors de ma mémorable rencontre avec Mascotte samedi soir 18 juin 2005.

Je suis arrivé tôt à l'orée de la forêt, bien avant 19 heures. Cependant, la température était modérée car le ciel était à ce moment-là fortement voilé et chargé de gros nuages gris. De plus, Mascotte a maintenant revêtu son pelage d'été, plus court, moins dense et bien moins chaud. Dans ces conditions, je me suis dit que je pouvais tenter ma chance et je suis entré dans la forêt sans attendre. J'ai marché quelques minutes jusqu'à atteindre la zone "secrète" de mes rencontres avec Mascotte. Une idée me trottait dans la tête : Mascotte saurait-il me trouver si je ne l'appelais pas ? Je me suis dit qu'après tout je pouvais essayer. Bien sûr la forêt est très grande mais, si après une demi-heure je ne le rencontrais pas, j'aurais encore bien le temps de l'appeler. J'avais cette pensée bien présente à l'esprit lorsque quelque chose me fit brusquement tourner la tête vers ma gauche et vers le bas. À ce jeu-là Mascotte gagne à chaque fois ! Je ne l'avais ni entendu ni vu arriver, et cette fois je ne l'avais même pas appelé. Il était là, à côté de moi, sur mon côté gauche et à peine un mètre derrière moi, marchant à mes côtés, levant la tête et cherchant mes yeux de son regard perçant. Je ne sais comment décrire ces instants de retrouvailles, ils sont difficiles à exprimer avec des mots. C'est une émotion très particulière, intérieure mais intense.

Nous avons marché quelques minutes ensemble, Mascotte à mes côtés et un peu derrière moi. J'avais décidé de porter une autre paire de chaussures, espérant qu'il s'intéresserait moins à celles-là et moins, surtout, à mes chevilles et au bas de mes jambes. Rien à faire, les chaussures n'ont rien à voir. Les nouvelles chaussures ont eu droit elles aussi à quelques petites morsures. Je pense qu'il me taquine et qu'il me "parle" au moyen de ce comportement, que je n'arrive toujours pas à décrypter. Mais il m'a heureusement suffi d'à peine hausser le ton pour que Mascotte s'assagisse. J'ai vraiment eu le sentiment qu'il apprend à me respecter et qu'il évite de me contrarier : c'est merveilleux !

Je l'ai mené à ma clairière préférée, un endroit d'une beauté simple mais majestueuse qui offre au regard et à l'odorat une variété indescriptible de fleurs et de plantes. Des oiseaux chantaient et les insectes se faisaient eux aussi discrètement entendre. Je me suis assis par terre, face à Mascotte. J'avais l'impression d'être assis dans un fauteuil très confortable, chez un ami. Comme à l'habitude, j'ai pu photographier et filmer Mascotte assez longuement. Bien qu'un peu maigre d'aspect, il n'avait pas l'air affamé et il s'est montré calme et respectueux. J'adore lorsque Mascotte s'assied sur son petit derrière et me regarde droit dans les yeux, de son regard interrogateur. Mais mes plus grands moments de joie restent les rares et trop brefs instants durant lesquels Mascotte, d'ordinaire jamais immobile et toujours sur le qui-vive car jamais à l'abri d'un prédateur, s'allonge près de moi pendant quelques secondes.

Et puis est venu le moment inévitable, celui où Mascotte me tire brièvement la langue à plusieurs reprises. Ce langage-là n'est pas difficile à comprendre. J'ai ouvert le sachet en plastique contenant de petits morceaux de poulet cuit, que j'avais amené dans le sac à dos. Comme d'habitude, Mascotte est venu prendre ces petits morceaux pratiquement entre mes doigts, avec une infinie précaution pour attraper la viande sans toucher mes doigts. Je dois avouer que je suis très touché par les efforts que Mascotte déploie dans ces moments-là. Il lui arrive même de devoir tourner fortement la tête, presque se contorsionner. Cela m'émerveille. Je me suis senti en sécurité avec lui, malgré la taille de ses canines. Je me suis allongé dans l'herbe, sur le dos, et je lui ai donné deux petits biscuits aux céréales et aux fruits, qu'il est venu manger dans ma main, pratiquement au-dessus de mon ventre.

Je me sentais merveilleusement bien au milieu d'une nature qui ne m'avait sans doute jamais semblé aussi accueillante, aussi belle et aussi peu hostile. Mascotte semblait disposer de tout son temps. Il s'est arrêté près de moi, m'a longuement et calmement regardé dans les yeux et m'a gratifié d'une attitude jusqu'ici inconnue : il a très lentement cligné des deux yeux. Malgré la surprise, j'ai eu le temps de déclencher la photo. Je ne crois pas qu'il ait pu s'agir d'une marque de fatigue de sa part, surtout à cette heure de la journée. C'était peut-être une façon de me signifier quelque chose, mais quoi ? J'ai décidé de considérer que c'était comme un clin d'oeil entre deux êtres humains : une marque de connivence, au sens littéral. Je ne savais pas, à ce moment-là, que j'aurais à mon tour l'occasion de faire un clin d'oeil et un sourire de connivence à Mascotte, moins d'une demi-heure plus tard...

Cette fois je n'avais pas amené de poulet cru. Ce n'était pas un oubli, seulement le souci de ne pas l'habituer à trop de choses, de ne pas en faire trop, de ne pas me rendre esclave de lui et de ne pas le rendre dépendant de moi. Pas de cuisse de poulet qu'il puisse emmener au terrier, donc. Mascotte a dû en être un peu surpris car, lorsque je lui ai donné le deuxième et dernier morceau de biscuit aux céréales, il ne l'a pas mangé et il est allé très vite l'enterrer sous des cailloux à seulement quelques mètres de moi, revenant immédiatement en trottinant pour attendre la suite. Mais il n'y avait pas de suite, il n'y avait plus rien. Comment allait-il réagir à cette "privation" par rapport aux semaines précédentes ? J'ai été ravi de sa réponse comportementale : il n'a aucunement manifesté. Alors, considérant notre rencontre comme achevée avec succès pour cette fois, j'ai décidé de prendre congé de mon ami Mascotte et je me suis mis en marche vers l'orée de la forêt et la route départementale qui descend du sommet de Lure. Mais Mascotte a alors choisi de m'accompagner en marchant à mes côtés. Le ciel se découvrait quelque peu, alors que le soleil n'allait pas tarder à disparaître derrière les arbres. Une douce lumière orangée est venue baigner le paysage et éclairer Mascotte. Nos ombres commençaient à s'allonger sur les chemins.

En arrivant près de la route, je me suis demandé si Mascotte allait me quitter là et repartir vers son terrier. En fait, pas du tout. J'ai hésité à traverser la route car Mascotte était toujours à côté de moi. Je trouvais cela assez merveilleux car désintéressé, puisqu'il avait vu (et senti) que je n'avais plus de nourriture à lui donner. Comme il n'y avait pas de voiture en vue, j'ai commencé à traverser la route, pressentant que Mascotte allait me suivre. Il m'a effectivement suivi, de près. Alors que nous étions au milieu de la route et que nous traversions sans presser le pas, une voiture a surgi du virage, à allure moyenne, et a semblé ralentir un peu. J'ai fini de traverser la route et me suis assuré d'un coup d'oeil que Mascotte ne s'était pas immobilisé sur la route. Il m'avait heureusement rejoint sans traîner. Je me suis arrêté sur le bord de la route, Mascotte à mes côtés. La voiture est finalement arrivée à notre hauteur et s'est immobilisée au beau milieu de la route. Au volant, j'ai vu une femme d'âge moyen, aux yeux tout grand écarquillés, bouche bée. Elle n'aurait sans doute pas fait une autre tête si une soucoupe volante avait atterri juste devant sa voiture. Elle m'a regardé et j'ai failli saisir l'appareil photo que je portais en bandoulière pour immortaliser l'expression de son visage, tellement ses yeux exorbités et sa bouche grande ouverte m'ont fait penser aux personnages irrésistibles des dessins animés de Tex Avery... mais je n'ai pas osé. J'ai détourné les yeux pour ne pas éclater de rire et j'ai préféré regarder la frimousse de Mascotte, tout calme à mes côtés. Si à ce moment-là j'ai réussi à ne pas éclater de rire, en revanche je n'ai pu résister à l'envie d'adresser à Mascotte un clin d'oeil très appuyé. J'ai eu l'impression que nous venions de faire très fort tous les deux et ce fut pour moi un vrai moment de bonheur.

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