LA LUNETTE FLUORITE FS78 TAKAHASHI


  La firme Takahashi distribue des lunettes fluorites depuis plus de 20 ans et en offre une gamme bien fournie, de diamètres compris entre 60 et 150mm. La fluorite FS78 a longtemps été la plus petite de la gamme, mais depuis quelque temps une lunette de 60mm de diamètre appelée FS60 est disponible au catalogue .
  La réputation de ces instruments est bien établie, car de nombreux amateurs en possèdent, nous offrant régulièrement des images de qualité. Cet astrotest sera consacré à la FS78, fluorite de 630mm de focale au rapport F/D8.

DESCRIPTIF TECHNIQUE :

Objectif : doublet apochromatique.
Diamètre : 78mm.
Focale : 630mm.
Ouverture relative :F/D 8.
Pouvoir séparateur : 1.49 secondes d'arc.
Magnitude limite : 11,3.
Clarté : 169x.
Champ photographique : 4.7 degrés.
Longueur du tube avec pare buée : 740mm.
Diamètre du tube : 95mm.
Poids du tube : 3Kg.
Prix : 8062 F ou 11262 F avec : chercheur 7x50
                            support chercheur
                            collier
                            porte oculaire 31,7mm
Option : adaptateur coulant 50,8mm.
   nombreux accessoires photo, dont un réducteur
               ramenant le rapport FD à 5,9.

PRESENTATION DE L'INSTRUMENT :

 Dés la première prise en main, l'instrument fait bonne impression. On est surpris par le poids et l'encombrement qui font croire que l'on possède un instrument de plus gros diamètre. La finition est remarquable à tout point de vue. Le pare buée est bien dimensionné, mais l'on regrette qu'il ne soit pas rétractable afin de gagner quelques précieux centimètres lors de nos transports. Ce détail nous semble important pour un instrument de petit diamètre, idéal pour des observations itinérantes.
La crémaillère de mise au point est digne des instruments de plus gros diamètre de la gamme et permet le montage d'accessoires lourds au foyer sans aucune crainte.

  La mise au point est douce, précise et sans jeu, ce qui rend les observations très agréables. En ce qui concerne le barillet optique, signalons la présence de 6 vis (3 vis tirantes et 3 vis poussantes) qui permettent la collimation de l'optique. En règle générale, les réfracteurs de petit diamètre ne nécessitent pas d'être recollimatés régulièrement mais au cas où, il est rassurant de pouvoir le faire simplement.

L'OPTIQUE :

  Ce doublet apochromatique est composé d'une lentille en Flint et d'une lentille en Fluorine synthétique (Fluorine de Calcium). Cette dernière lentille a pour but d'améliorer la correction chromatique, principal défaut des réfracteurs. D'après Takahashi, la Fluorine permet de réduire le spectre secondaire à moins de 1/16000ème de la longueur focale.

  Dans le souci d'améliorer encore la correction chromatique, la lentille en Fluorine est positionnée en partie frontale de l'objectif. Celle-ci a reçu un traitement multicouche spécifique afin de durcir ce matériau réputé fragile, tout en améliorant la transmission de la lumière de 15 pour cent sur les réflexions de chaque dioptre.

  Nos observations ont confirmé les propos de Takahashi .La qualité optique est bien au rendez-vous : à fort grossissement, l’examen d’une étoile brillante montre un disque d’Airy parfaitement dessiné, des plages intra et extra focales très semblables, sans trace d’aberration sphérique ou d’astigmatisme, et la collimation est parfaite. Le chromatisme est effectivement très bien corrigé, même si la correction nous a semblé un peu en retrait par rapport à la 102 mm de la gamme. Cela s’est par exemple traduit à l’observation, à faible grossissement, par une dominante jaune sur le limbe lunaire, ou un léger résidu bleuté sur les étoiles.

  Une question que pourrait se poser l’acheteur éventuel d’une telle lunette, c’est s’il ne pourrait pas aussi se tourner vers une des lunettes haut de gamme proposées pour des observations ornithologiques, qui offrent en général une compacité et une légèreté supérieures à celles de la FS78. C’est pourquoi nous avons eu l’idée de comparer celle-ci avec une des lunettes les plus appréciées dans ce domaine, la Swarowski AT80 HD, de diamètre quasiment identique à celui de la FS78 et apochromatique comme celle-ci. La comparaison se fit sur une mire éclairée par une torche, à grande distance de nos deux instruments dans un parking souterrain. Quelques soient les qualités reconnues de la Swarowski, la conclusion fut indéniable : la FS78 l’emportait clairement en terme de luminosité et de contraste, ce qui s’explique sans doute en partie par une plus grande complexité optique de la Swarowski (existence d’un redresseur terrestre et système de mise au point interne). Cette dernière s’est avérée aussi être nettement moins bien corrigée du chromatisme : il faut dire qu’elle est aussi plus ouverte, avec un rapport FD de 5.6 contre 8 à la FS78. Avantage donc en astronomie à l’instrument spécifiquement destiné à ce domaine !
 
L’OBSERVATION :

   L’avantage d’un diamètre modeste comme celui de la FS78 est qu’il n’est nul besoin d’attendre longuement la mise en température du tube optique. On peut dire que le temps d’installer la lunette sur sa monture et de mettre celle-ci en station, on est prêt à commencer les observations. C’est bien agréable !

   En planétaire, même si bien sûr elle ne pourra prétendre à la résolution d’un instrument de diamètre plus important, la FS78 offre de très belles images. Le contraste et le piqué que l’on peut attendre d’une lunette apochromatique sont bien là, et la luminosité est suffisante pour pouvoir observer avec un grossissement de 160 à 200 fois, qui permettra d’observer de nombreux détails sur Jupiter, d’apprécier pleinement la division de Cassini sur Saturne et les innombrables formations lunaires.

   L’excellente qualité optique permettra d’atteindre sans problème le pouvoir séparateur de l’instrument sur les étoiles doubles n’ayant pas une trop grande différence de magnitude. Séparer la belle étoile double Mu du Dragon, dont les deux  composantes de magnitude 5.7 sont espacées d’environ deux secondes d’arc n’est ainsi qu’une formalité pour la FS 78.

   En ciel profond, celle-ci offre l’avantage de pouvoir profiter d’un champ très étendu, environ 2,5 degrés avec un oculaire classique de 30 mm correspondant à un grossissement d’une vingtaine de fois. L’idéal pour se promener un peu au hasard dans le ciel, en particulier dans les riches régions de la Voie Lactée. La FS78 n’étant pas muni d’origine d’un chercheur, et ceux proposés par Takahashi étant bien chers (il faut dire qu’ils sont excellents), on pourra se tourner vers un système de pointage du type Telrad, bien moins onéreux, et qui suffira dans bien des cas grâce au large champ disponible avec cette lunette.

   Les objets très étendus seront des cibles de choix pour la FS78 : la galaxie d’Andromède, bien sûr, mais aussi par exemple M33, la galaxie du Triangle. Celle-ci, qui couvre un bon degré dans le ciel, est souvent décevante dans un classique SC de 200mm ouvert à FD 10, à moins d’un ciel particulièrement noir et d’une bonne transparence. En effet, sa brillance surfacique est très faible, et comme elle remplit à peu près le champ du 30 mm, on a parfois du mal à s’apercevoir que la galaxie est bien là. Il faut alors déplacer un peu le champ visé pour discerner les contours de la galaxie, juste un peu plus lumineuse que le ciel environnant. Avec la FS78 et un faible grossissement, M33 ne prendra qu’une partie du champ, et on pourra bien plus facilement l’apprécier.

   Pour l’observation d’un bon nombre de nébuleuses du ciel, un filtre O3 sera souvent le bienvenu. On lit souvent qu’un tel filtre doit être réservé aux instruments de diamètre relativement important, à cause de la perte de lumière qu’il occasionne. C’est sans doute vrai pour les petites nébuleuses planétaires, qui nécessitent un grossissement important pour être détaillées. Mais il ne faut pas oublier que par exemple, un instrument de 80 mm de diamètre sera aussi lumineux à 40 fois qu’un 200 mm utilisé à 100 fois. Il suffira donc d’adapter le grossissement au diamètre pour pouvoir tirer profit d’un filtre O3 avec n’importe quel instrument. Avec la FS78, ce filtre est ainsi très efficace pour mettre en valeur les formes caractéristiques des nébuleuses du Sagittaire, M17, M8 et M20. Toujours avec ce filtre et un grossissement d’une vingtaine de fois, la partie Est des Dentelles du Cygne, N6992, est superbe, formant un croissant très contrasté sur le fond de ciel. L’autre partie, N6960, est visible, mais moins nettement, son observation étant gênée par  la brillance de l’étoile 52 du Cygne qu’elle traverse. La nébulosité triangulaire située entre les deux parties principales des Dentelles est sans doute moins souvent observée. Pour la trouver, il faut balayer le ciel entre N6960 et N6992, et ce n’est pas forcément évident de tomber dessus avec un télescope de longue focale. La FS78 ne mit pas longtemps à nous la révéler, grâce à son champ important.

   L’amas ouvert M11 est une cible très intéressante pour tout instrument. Situé dans la constellation de l’Ecu de Sobieski, c’est un des amas ouverts les plus spectaculaires car un des plus serrés. La FS78 l’englobant largement, il apparaît comme un triangle bien délimité, rempli de très nombreuses étoiles, disposition qui fait que certains l’appellent l’amas du vol de canards sauvages ( Wild Ducks Cluster chez les anglosaxons). O’Meara, dans son excellent livre sur les objets de Messier, y voit plutôt une tique lorsqu’il observe M11 avec sa Genesis : à chacun de se faire son opinion en observant ce superbe amas !

   Bien sûr, le diamètre de la FS78 est modeste, et il ne faudra pas en attendre des miracles en ciel profond. Si la nébuleuse de la Lyre, M57, forme un très joli anneau à grossissement modéré, on manquera de lumière pour pouvoir la détailler beaucoup plus en poussant le grossissement. De même, si M13 apparaît suffisamment lumineux pour être apprécié avec un grossissement d’une centaine de fois, et si d’assez nombreuses étoiles périphériques pourront être résolues, le noyau de l’amas globulaire restera flou. Quoiqu’il en soit, la FS78 offre déjà suffisamment de possibilités en ciel profond pour de longues heures d’observation.

   Un domaine où notre lunette est très agréable d’utilisation est l’observation du Soleil, avec un filtre adapté bien sûr ! La turbulence étant pratiquement toujours importante dans ce cas, la limitation du pouvoir résolvant due au diamètre ne sera guère perceptible. Avec un Nagler de 7mm offrant un grossissement de 90 fois, l’image est superbe, le Soleil est cadré dans son entier, les taches solaires et les filaments qui les entourent sont parfaitement détaillés : surtout en cette période de maximum d’activité solaire, c’est un vrai régal ! La FS78 pourrait même être l’instrument idéal pour y installer un filtre H alpha, dont les modèles courants comprennent justement un préfiltre dont le diamètre correspond environ à celui de notre lunette.

   Un petit mot pour terminer sur l’image de M42 qui accompagne cet article. Il s’agit d’une photo CCD prise en trichromie avec une ST7, au foyer de la FS78, résultant du compositage de 15 poses de 30 secondes dans le rouge comme dans le vert, et de 60 secondes dans le bleu.

EN CONCLUSION :

  Avec pratiquement aucun délai de mise en température, ni de souci de collimation, offrant un champ étendu facilitant le repérage des objets du ciel, une qualité optique quasiment irréprochable, une mise au point facile et précise, la FS 78 est un instrument très agréable à utiliser.

   Elle pourra être un excellent choix pour le possesseur d’un plus gros télescope qui cherche un deuxième instrument facile à transporter et à mettre en œuvre. Mais elle saura aussi parfaitement être le premier instrument d’un débutant, qui pourra commencer à l’utiliser sur un simple pied photo (choisi suffisamment robuste pour supporter le poids non négligeable de la lunette), avant d’investir dans une monture équatoriale motorisée pour en tirer parti au maximum et s’adonner aux joies de l’astrophotographie.

   Dans son créneau, il semble que la FS78 n’ait guère de concurrentes. Bien sûr, on pourra trouver des réfracteurs de même diamètre pour nettement moins cher, mais la qualité n’aura sans aucun doute rien à voir avec celle de la FS78. Sinon, se situant dans la même gamme de prix que cette dernière, il y a la Pronto de chez Télévue, dont les qualités ont souvent été louées. Mais si celle-ci offre l’avantage pour l’astrophotographe d’être légèrement plus ouverte (FD 6,8), son diamètre de 70 mm est sensiblement inférieur, et elle est incontestablement moins bien corrigée du chromatisme. Toujours chez Télévue, il y a la 85 mm, qui semble excellente, mais son prix est beaucoup plus élevé que celui de la FS78.

   Suffisamment polyvalente pour une utilisation en planétaire et en ciel profond, on ne voit guère comment la FS78 pourrait décevoir celui qui l’aurait choisi, à condition bien sûr qu’il ne lui demande pas ce qu’elle ne saurait faire compte tenu de son diamètre, comme chercher à résoudre les faibles galaxies du quintette de Stephan!


  Rémy Courseaux et Jacques Lafont