TEC 140 APO


Sommaire

TEC140 english version TEC110FL English version

Après avoir utilisé exclusivement des télescopes pendant de très nombreuses années (et surtout mon Newton), je me suis laissé gagné par la "fièvre" des APO. Je vous invite à découvrir la lunette APO 140mm de TEC.

Motivations

Les qualités objectives d'une lunette apochromatique sont :

- un très grand champ exploitable (2° à 3°)
- une très bonne "disponibilité" d'utilisation (mise en température, réglage optique permanent)

Mais une lunette apochromatique c'est aussi (presque toujours) un instrument fabriqué à la main, en toute petite série et de haute qualité ; pour cette raison, plutôt un "fait" qu'une qualité intrinsèque, ces lunettes sont également souvent prisées en observation planétaire.

Ayant étudié différentes solutions autour de lunettes 100mm à 115mm d'ouverture, je me suis vite rendu que le prix au mm² était vraiment très élevé pour le service rendu particulièrement dans les petits diamètres. Incidemment, j'ai découvert la récente disponibilité de la lunette APO de TEC à un prix raisonnable (tout est relatif) eu égard à ses nombreuses qualités et son diamètre déjà significatif. Commandée directement au constructeur depuis la France, au cours très avantageux du $ en 2004, dédouanée (*), la TEC140 revient sensiblement au même prix d'une TAK FS128 et est à peine plus chère qu'une APO APM de 115mm.

(*) Douane 5% + TVA 19.6% sur prix de vente + transport ($300). Compter en sus la commission douanière du transporteur (quelques %).

Relations et communications avec TEC

La société Telescope Engineering Company (TEC) a été crée aux USAs à Golden près de Denver (Colorado) en 1994. Yuri Petrunin en est le président et l'équipe est constitué en grande partie d'opticiens expérimentés de l'ancienne union soviétique. Contrairement à ce qu'on lit parfois, toutes les optiques sont réalisées chez TEC à Golden. TEC s'était spécialisé dans les Télescope Maksutov de haute qualité puis fabrique depuis 2002 des lunettes apochromatiques de 140mm 160mm et 200mm de diamètre.

La lunette a été commandée en 2003. L'importation directe et à distance (8000km) d'un objet de cette nature est en soit une petite aventure. Yuri Petrunin, rend la communication vraiment facile par des réponses concises mais claires aux questions qu'un amateur peut se poser dans une telle situation ; la confiance est immédiatement établie et c'est cela qui a emporté ma décision.

Après, le paiement d'un acompte de 20% environ par virement bancaire, il faut attendre... le délai courant est de l'ordre d'une année environ avec des aléas fonction de la disponibilité des verres. Puis, un beau soir (du fait du décalage horaire) vous recevez le message tant attendu : The scope will be ready to ship to you shortly after we have received the final payment... Cela va ensuite très vite car le grand paquet a fait les 8000km en deux jours seulement... Il faut noter qu'à ce stade, la qualité de l'emballage est aussi importante que la qualité de l'instrument mais tout est prévu et cela s'est très bien passé.

La lunette décrite ci-après était le premier instrument TEC livré en France. C'est un instrument de la troisième série (RUN III). La TEC 140 est désormais distribuée en France par Optique Unterlinden. Elle peut aussi être commandée par l'intermédiaire de vendeurs européens : Baader en Allemagne, Perseus au Portugal, Unitron en Italie.

Caractéristiques de la lunette TEC140

Le tube optique de la lunette TEC140 est entièrement fabriqué aux Etats Unis dans les ateliers de TEC à Golden. Le porte oculaire est réalisé par Starlight Instruments en collaboration avec TEC ; le chercheur est de provenance japonaise (Borg).

L'objectif est un triplet ED à immersion (type oil-spaced) : comme pour les lunettes Astro-Physics et Zeiss APQ, les lentilles sont séparées par un fin film d'huile dont l'indice est proche de celui du verre ; en fait TEC (et sans doute AP) n'utilise pas de l'huile au sens propre mais un gel optique inerte, scellé. Par rapport au triplet Air, il en résulte une excellente transmission globale et un excellent contraste du fait de la réduction du nombre de contacts air-verre sources de réflexions parasites. En contrepartie, les instruments dits oil-spaced ont un rapport F/D plus long que les triplets à air (air-spaced LZOS TAK) et/ou une moindre correction du sphérochromatisme du fait du moindre degré de liberté sur les combinaisons de surfaces optiques (deux surfaces au lieu de six). A noter également que le triplet Huile suit plus facilement les variations de températures qu'un triplet Air (l'air est un bon isolant) mais ceci ne concerne que les objectifs d'assez grandes dimensions (>=150mm).


Optique TEC

La correction chromatique dépend de la qualité de la lentille centrale en verre ED (de type FPL53 pour la TEC 140) et de la précision de couplage des trois verres entre-eux : les opticiens soulignent toujours l'importance primordiale de ce couplage (*). Pour les TEC 160 & 180, TEC propose une combinaison avec une lentille centrale en fluorite (CaF2) plus courte mais aussi beaucoup plus chère. Une 110FL ultra-courte est également proposée. TEC ne propose pas de formule avec fluorite pour la TEC 140 car le rapport F/D = 7 peut être maintenu avec un verre FPL53 de caractéristiques proches de la fluorite et beaucoup moins cher. Une 160ED (a priori FPL51) est également disponible.

(*) il faut effectivement insister sur le fait que le type des verres ne fait pas tout ; aussi TEC ne spécifie plus le type de verre utilisé... mais seulement ED ou FL ceci probablement pour prendre le contre-pied de la concurrence chinoise qui ne jure que par le fournisseur du verre : en général OHara qui à l'instar de St Gobain n'est qu'un fournisseur de matériaux peu sélectionnés (sachant que la sélection finale incombe à l'opticien et que les déchets sont très élevés...).

A voir à ce propos :

- A Survey of Refractive Systems (R Ceragioli)
- Defining Apochromatism (T Back)
- Essays on optics (R Christen)
- Why do we produce Oil Spaced Lenses? (GPU Optical

Les caractéristiques techniques théoriques sont les suivantes :

- diamètre 140mm, focale 980mm (F/D=7),
- objectif optimisé pour 546nm (strehl théorique pour cette bande de 0.99),
- correction chromatique 0.02% de F entre 436 nm et 1000 nm,
- strehl polychromatique de 0.92 pour 436, 480, 546, 656 nm,
- traitement sept couches optimisé pour 400-700nm : pertes 0.25% par face (deux faces + pertes dans le verre)
- porte-oculaire 3.5" Feather Touch livré avec réducteur 2" (*)
- champ de pleine lumière (avec renvoi coudé 2") = 1.5° maxi (suivant position)
- champ de pleine lumière à la sortie du tube = 2°5 (sans RC et en retirant le réducteur 2")
- champ photo utilisable sans correcteur jusqu'à capteurs ~20mm de diamètre
- champ utilisable avec correcteur TEC : jusqu'au format 6X7

(*) Les nouveaux modèles sont maintenant livrés avec un PO 3.67" de fabrication TEC

Le rapport F/D a été choisi au minimum vis à vis du critère d'Abbe (pour les lunettes dites "Apochromatiques"). Selon TEC, la balance des couleurs a été optimisée pour la bande 450-650nm qui correspond à la sensibilité de l'oeil et donne les meilleures images planétaires. Une moindre correction est donc appliquée en dessous à 436nm (violet) sans incidence pour les observations ; le strehl polychromatique (strehl pondéré de la sensibilité de l'oeil) est de l'ordre de 0.9 ce qui est excellent et rend le chromatisme effectivement indétectable à l'oeil.

Un tel objectif est donc parfaitement adapté pour une utilisation en visuel.

Qu'en est il en CCD ? En théorie, en dehors du spectre utile en astronomie visuelle, les meilleurs triplets Air (tel les excellents TOA et TSA de Takahashi) sont conçus avec une meilleure correction qu'une TEC140. Ceci étant, les corrections idéales, calculées sur ordinateur ne sont pas forcément atteintes du fait des cumuls d'imprécisions de surfaçage, de couplage des verres et d'assemblage (micrométrique) de la cellule... Ainsi, à qualité de fabrication égale, le triplet Air (six surfaces optiques) cumule davantage d'erreurs que le triplet Huile (deux surfaces optiques) ; ce dernier bénéficie au moins d'une meilleure reproductibilité et se met en température plus vite. Il est cependant acquis que la correction des TOA et TSA est optimale sur un large spectre, en particulier au delà de 450nm alors que la correction d'un triplet huile (à F/7) est toujours moins bonne à ces longueurs d'ondes (typiquement deux fois moins bonne dans le bleu que dans le vert ou le rouge) ; mais les lunettes Takahashi ont aussi une plus longue focale relative que la TEC140 ce qui contribue à cette différence... En tout état de cause, des amateurs-astrophotographes obtiennent de magnifiques résultats en CCD avec des triplets Huile AP ou TEC et en particulier avec une TEC 140 ED ; vous pouvez juger par vous même ce qu'il en est : voir liens en fin de page.

Si vous ne savez pas choisir, TEC réalise aussi des triplets Huile Fluorite TEC160 FL, TEC180 FL qui améliorent légèrement la correction chromatique et permettent la réduction de longueur du tube tout en gardant l'avantage du couplage Huile (pour ceux qui, comme moi, sont convaincus du dit "avantage"). Mais le coût devient alors... astronomique. A noter aussi que le correcteur aplanisseur de champ de TEC conçe et calculé pour la TEC140 améliore la correction dans le bleu.

En l'occurrence, les performances réelles annoncées de la TEC 140 ED sont les suivantes :

- précision optique typique visée lambda/8 PTV, lambda/50 RMS dans le vert
- correction chromatique : les corrections chromatiques réelles ont été mesurées par TEC (018, x1x, x3x) et un opticien japonais indépendant (x5x).

Il est remarquable que les courbes mesurées soient aussi proches des courbes théoriques ; ceci confirme la bonne reproductibilité du triplet huile mais atteste également du soin apporté par TEC au couplage des verres : en effet, TEC (comme d'autres constructeurs réputés) mesure, avant réalisation des lentilles, les caractéristiques des verres reçus (*) et optimise ainsi chaque triplet final. Ceci explique aussi les excellents résultats "sur le terrain" de la lunette.


Balances des couleurs théorique (à gauche)
et mesurées (à droite pour différents exemplaires) (**)

L'objectif est installé dans une cellule à compensation thermique mais la collimation n'est pas ajustable par l'utilisateur. Le bloc optique des objectifs oil-spaced est très stable et insensible à un décalage des lentilles. Même si des incidents sont possibles, le risque de fuite d'huile est faible et en tout état de cause marginalement équivalent aux risques de décollimation interne d'un triplet air (dont l'assemblage nécessite des ajustements micrométriques) ou de contamination de l'espace entre les lentilles par la buée ou les moisissures (vécu) qui exige un retour en atelier voir un repolissage...

(*) Les indices des verres ED (FPL-53) sont assez variables d'une production à une autre au contraire de la fluorite (CaF2) qui a un indice pratiquement constant.
(**) La courbe #18 est légèrement décalée tout en respectant les specifications. TEC indique que cet exemplaire a été vendu "tel que" avec une remise.

Le tube est usiné (machined) ; il comprend quatre baffles internes et un pare buée retractable ; les extrémités du pare-buée sont munies de petits rebords (à la "Mewlon") pour réduire les turbulences...

Le tube seul reste relativement léger (8.6kg) et court au transport (864mm). Le revêtement interne a été particulièrement bien étudiée dans la dernière série : TEC indique que ce n'est pas une peinture classique mais un revêtement de type "velour". Le fini extérieur, blanc crème granuleux, est excellent. Le tube est fermé au repos par un cache objectif à ergots (type objectif photo).

Le système de fermeture des colliers est élaboré et ajustable en tension. Les colliers disposent de fixations pour les queues d'aronde Losmandy ou Vixen (pas américain 1/4"-20). En option, une queue d'aronde au format Losmandy est disponible ; elle est allégée (450g) et comprend une rainure centrale utile pour la liaison avec d'autres systèmes.


Fixation de la plaque Vixen

Le tube est bien équilibré ; le centre de gravité est bien centré et ne nécessite pas de systèmes de contre-poids réglables même avec des équipements lourds attachés au porte oculaire.

Le porte oculaire Starlight Feathertouch 3545 est un véritable instrument de précision. Muni de nombreux baffles, Il comporte un système de mise au point, gradué (1 mm), à deux vitesses (22 mm de course par tour avec réduction 1:9) ; il est rotatif sur 360°, sans shifting, et supporte le chercheur qui est donc toujours positionné correctement par rapport à l'oculaire. Le porte oculaire supporte jusqu'à 4.5kg de charge (!) et permet le centrage précis des accessoires au format 2" grace à un collier de serrage. La course est de 120mm environ et permet d'utiliser une tête binoculaire (TEC peut en outre modifier la position du foyer sur demande). Les mouvements rapides ou fins sont très doux sans aucun jeu ; le confort de mise au point est réel.

Le chercheur d'origine japonaise (Borg) présente un système de positionnement original à deux vis à 90° qui facilite grandement l'alignement. Optiquement, ce chercheur présente un peu d'astigmatisme mais est correct sur l'ensemble du champ. L'installation d'un chercheur point-rouge est également possible et TEC peut adapter votre propre chercheur si vous lui envoyez mais ce n'était pas très facile dans mon cas.

TEC distribue quelques accessoires pour la lunette dont :

Une superbe tourelle pour cinq oculaires 31.75 (poids 700g)

- un correcteur de champ jusqu'au format 6X7 (spot < 15µm) ; le correcteur augmente aussi le champ de pleine lumière à 2°5
- deux types de coffret de rangement
- une tourelle pour 5 oculaires 1.25"

Quelques tests

Le Startest à 500X à proximité immédiate du foyer ne montre AUCUN défaut géométrique. La collimation est parfaite et les plages intra/extra bien symétriques. Je suis en fait incapable de quantifier la précision optique car les défauts sont en dessous du seuil de détection du start-test. En ce qui concerne le chromatisme, aucun signe n'est visible sur les étoiles blanches ou les planètes ; éventuellement, il est possible de détecter un très léger halo violet autour de Vega ou Sirius ; en pratique cependant, ce résidu étant d'intensité plus faible que celle du deuxième anneau, ses effets sont visuellement indétectables. Par ailleurs le disque d'Airy sur Vega est bien net avec deux anneaux seulement et le fond du ciel est noir autour de l'étoile ce qui démontre une diffusion extrêmement faible. Ceci est très prometteur pour l'observation planétaire mais aussi pour l'observation d'objets du ciel profond tel que amas globulaires ou ouverts.

Les images de diffraction théoriques sont obtenues sans difficulté y compris sur la double très sérrée Beta Delphinus (Sep 0"5) dont le disque d'Airy est légèrement dilaté dans une direction et montre une toute petite queue...

J'ai finalement fait une série de tests de Roddier avec un EOS 350D sans filtre mais en décomposant l'image RAW dans les trois couleurs RGB. Les résultats sont excellents de l'ordre de 1/40RMS dans le vert (Strehl 0.98) avec quelques variations pendant l'équilibrage thermique. Les résultats sont concordants sur plusieurs séquences avec une bonne constance de la forme du front d'onde (après équilibrage) et confirmés en multi-itérations sur des images de 170 à 200 pixels environ ; la correction dans le bleu est moins bonne comme prévu par la formule triplet-huile mais néanmoins suffisante :

Rouge (650nm) : >1/50 RMS Strehl 0.99 (attention: la sensibilité du capteur est insuffisante dans le rouge)
Vert (550nm) : >1/40 RMS Strehl 0.98
Bleu (~460nm) : ~1/15 RMS Strehl 0.80 (difficulté à cerner le bleu)

Dans le bleu et le rouge, ceci reste une approximation compte tenu de la difficulté à les isoler avec mes moyens (en outre, dans le bleu, les corrections chutent très vite et le choix de la longueur d'onde est d'autant plus critique). Dans le vert, j'ai confirmé ces résultats au travers d'un filtre 2" Baader Solar Continuum de 10nm de largeur de bande à 540nm. Pour mémoire, les spécifications pour un objectif "APOchromatique" sont deux fois moins exigeantes dans le bleu que pour les deux autres couleurs (respectivement 1/2PV dans le bleu et 1/4PV dans le rouge et le vert). Cependant, la plupart des APO modernes (comme cette TEC140) vont au delà des spécifications d'Abbe et, ici, la fourchette des résultats respecte les spécifications de TEC (1/8 PV dans le vert et une "moindre" correction dans le bleu). Du reste, les images intra/extra, presque indiscernables, parlent d'elles mêmes. La qualité de réalisation de l'optique est donc ... "au dessus de tout soupçon" ... ce qui correspond bien à mes attentes. L'absence de diffusion autour de Vega atteste en outre d'une excellente qualité de polissage et de l'efficacité d'un objectif à immersion d'huile.


Roddier dans le vert avec EOS350D (images 150-200 pixels)

La mise en température apparaît relativement rapide et sans surprise mais nécessite tout de même une à deux heures par grand froid. Pendant la mise en température, il peut apparaître un très léger astigmatisme (éventuellement détectable visuellement mais qui disparaît rapidement) et/ou tetrafoil (détectable uniquement au Roddier et un peu plus persistant) tant que le bloc optique n'est pas homogène ce qui est un phénomène fréquent sur les blocs "huile". Cependant ces contraintes mécaniques ne font pas chuter la correction au dessous 1/30RMS et disparaissent complètement une fois l'équilibrage obtenu.

Les images ci-dessous démontrent les effets de la mise en température sur la lunette TEC140 : à gauche, pendant la mise en température (écart 10°, une heure après la sortie), l'objectif exhibe un léger tétrafoil (~1/5PV) pour une correction globale de 1/30RMS environ et à droite, une heure après (soit 2 heures après la sortie), toute contrainte a disparu et la correction remonte à 1/45 RMS. Ceci n'affecte pas la qualité des images car le Strehl varie seulement de 0.96 à 0.98 ce qui fait que la TEC140 est en fait rapidement utilisable ! Les images intra/extra focales de 200 pixels parfaitement nettes sont faites sur étoile artificielle à 31m (*) dans des conditions strictement identiques avec un EOS350D au travers d'un filtre sélectif Baader continuum 540nm ; les coefficients de Zernike ont été compensés pour tenir compte de la distance de la cible. WinRoddier est toujours utilisé en mode multi-itérations (3 à 5).


Mise en température TEC140
(intervalle de temps : une heure)

Il est préférable de mettre en température avec le pare-buée allongé et de retirer le cache un quart d'heure avant les observations. Par grand froid, il est également recommandé d'utiliser la valise de rangement comme "sas" thermique avant et après les observations afin d'éviter tout choc thermique.

(*) Etoile artificielle : Il en résulte une sur-correction qui est compensable dans WinRoddier en important le test, puis en corrigeant le coefficient Z11 et en re-simulant le front d'onde correspondant ce qui est prévu dans WinRoddier. Les résultats sont concordants avec les tests à l'infini même si la correction (dérivée du miroir parabolique) ne convient pas tout à fait à une lunette triplet.

La TEC140 sur le banc d'AiryLab

Cet été 2015, j'ai eu l'occasion de tester ma TEC 140 sur le banc d'AiryLab. Les mesures confirment les résultats déjà obtenus et Frédéric a été plus loin en testant le bleu profond ainsi que le correcteur de champ qui s'avère conçu pour décaler légèrement la correction vers le bleu ; il s'avère ainsi que le correcteur de champ est conçu pour la meilleure compatibilité possible avec les capteurs de façon à corriger quelque peu la correction optimisée pour l'observation visuellle de la TEC 140.

 

Couleur

Strehl
meilleur foyer
(mode modal)

Spot mini
(mode zonal)

Décalage foyer
(HASO)

Strehl
Meilleur foyer
(Roddier)

Design
(données TEC)

ROUGE (635nm)

0.974

0.962

0

0.99

0.85

VERT (543nm)

0.974

0.959

-70µm

0.98

0.99

BLEU (473nm)

0.910

0.762

+40µm

0.80

~0.8 (**)

Le test a été en outre complété par quelques mesures avec le renvoi coude Zeiss qui montre un léger décalage de la correction vers le rouge (voir ci-après). Tout ceci a fait l'objet d'un article publié dans Astrosurf Magazine.

Le rapport de test complet est téléchargeable sur le site Web d'AiryLab (TEC 140+ Zeiss Diagonal).

Quelle monture pour une TEC140 ?

Les poids mesurés se répartissent comme suit :

(1)

Tube seul (sans le cache objectif !)

8.6 kg

(2)

(1) + deux colliers TEC

9.3 kg

(3)

(2) + Queue d'aronde Vixen AM-AD-3809

9.4 kg

(4)

(3) + Chercheur

9.8 kg

(5)

(4) + Renvoi 2" TV + PAN 19 mm

10.4 kg

(6)

(3) + Renvoi 2" TV + PAN 19 mm

10.0 kg

(7)

(4) + Tourelle TEC + 3 OC

11.0 kg

(8)

(3) + Renvoi 2" TV + DenkII + 2 oc D21

11.2 kg

(9)

(8) + Chercheur

11.6 kg

Avec le minimum d'équipement, l'ensemble pèse alors 10.4 kg (+/- 0.2kg) soit sensiblement la limite théorique de capacité de ma GP-DX (donnée pour 10 à 11 kg). A ce sujet, il faut noter que, compte tenu du faible diamètre du tube et du faible excentrement de la queue d'aronde, le couple autour de l'AD de la monture reste modéré ce qui permet de minimiser la charge totale sur les paliers (tube et contrepoids 3.7 kg + 2.8 kg). Le plus défavorable est plutôt la longueur du tube (environ 1 m) dont le moment d'inertie est maximal ce qui entretient les oscillations du pied ; c'est la raison pour laquelle une base plus rigide telle que celle du pied Berlebach UNI28 (*) est indispensable. La monture ainsi renforcée se comporte très bien avec une stabilisation très rapide inférieure à 2 secondes (après une tape sur le tube) et des vibrations très modérées ou nulles lors de la mise au point fine ; par ailleurs, l'équilibrage est satisfaisant pour toutes les positions de l'instrument et la précision du SkySensor n'est absolument pas affectée (vitesse maximale abaissée à 800X pour ménager les moteurs.).

En pratique, je ne vois guère de différence de comportement avec le Clavius qui pèse 6kg tout équipement compris excepté une possibilité de très léger dépointage en cas d'effort soutenu à l'extrémité du tube : ceci est bien entendu lié à la longueur de l'instrument qui est bien le paramètre le plus défavorable...

Un dernier mot : le trépied Berlebach doit être bien fiché dans le sol ; lorsqu'il est simplement posé sur un plan dur, les vibrations sont moins amorties et deviennent vraiment gênantes... Par ailleurs, il faut faire attention à ce que le porte-oculaire ne vienne pas heurter les manettes de serrage proéminentes du pied Berlebach : un demi pilier (half pillar) est une solution pratique apparemment sans incidence sur la durée des vibrations.

La TEC140 sans accessoires lourds est parfaitement utilisable, au moins en visuel,
avec une monture de type GP-DX ou Sphinx posée sur une base très rigide; demi pilier à droite

Ceci étant, après un ajustement très soigné de la vis tangente, l'erreur périodique constatée avec la GP-DX montée par la lunette de 11kg (avec accessoires) et parfaitement équilibrée est d'environ +/-10" (ou moins) ce qui très bon alors qu'avec le Newton de 9kg dont l'équilibrage est impossible à réaliser pour toutes les positions, l'erreur périodique peut grimper à +/-20" ce qui n'est pas catastrophique mais pas terrible non plus. Ceci souligne l'importance de l'équilibrage d'une monture modeste utilisée à la limite de ses capacités.

Mais il est probable qu'une monture plus lourde sera plus confortable pour la photographie du fait de la longueur du tube et d'une possible augmentation de l'erreur périodique suivant la qualité de l'équilibrage ; enfin, équipée d'une tête binoculaire, d'une caméra CCD ou de la tourelle d'oculaires, le poids atteint facilement 11 à 12 kg ou plus. C'est pourquoi la lunette TEC140 est plutôt destinée à des montures de la gamme (malheureusement peu étoffée) des TAK EM200, ATLUX et Losmandy GM11 sans parler de l'introuvable AP600 ou de la couteuse AP MACH1. L'EM200 semble particulièrement bien proportionnée pour cet instrument. Aux USA, la TEC140 est souvent montée sur des Losmandy GM11 ; on la trouve également sur des montures azimutales massives de type Giro II ou DiscMount.

J'ai finalement fait l'acquisition d'une G11-Gemini équipée de la vis Ovision (testée ici). La stabilité se révèle (seulement) un peu meilleure car la stabilité de la GP-DX sur un pied adéquat était déjà très bonne ; toutefois le Gemini est plus précis et les commandes de la monture beaucoup plus douces. L'erreur périodique de la G11 + Vis Ovision est extrêmement faible. Globalement, malgré le poids supplémentaire, la G11 est plus agréable à utiliser que la GP-DX.

TEC 140 maintenant sur G11-Gemini

(*) L'UNI28 a la même tête que l'UNI18 mais est un peu plus haut et mieux adapté à un réfracteur car il faut étendre légèrement les pieds pour observer dans une position confortable : la tête du pied Berlebach se trouve en effet à environ 1.20m du sol.

Observations

Cette section sera complétée au fur et à mesure des observations... Mais en résumé :

- En ciel profond, la lunette se situe évidemment en deça de mon T210 : ces deux instruments permettent toutefois la même gamme d'observations mais la différence est surtout sensible pour les objets les plus faibles et diffus (galaxies) dont les formes sont plus aisément appréciables avec le T200 ; la différence est moins sensible avec les objets concentrés (nébuleuses planétaires ou globulaires) qui sont, éventuellement ou seulement, moins lumineux. Toutefois, le rendu esthétique de la lunette est supérieur sur certains amas ouverts du fait de la qualité du piqué et surtout sur les objets très étendus (M31 M8+M20 M42...) avec des champs d'une grande beauté impossible à obtenir avec un télescope classique ; il faut bien y voir là, dans le domaine du ciel profond, l'avantage d'une lunette de cette gamme par rapport à un télescope moyen.

- En planétaire, la lunette montre un excellent contraste avec un taux de réussite des sorties plus élevé que celui du Newton de 200mm trop souvent pénalisé par un résidu d'agitation thermique même s'il a prouvé sa capacité à montrer plus de couleurs et de détails. En vision binoculaire (Denk II) la lunette atteint un summum avec une résolution des contrastes quasi photographique qui surpasse alors le Newton de 200 mm en monoculaire.

Double Double (Eps Lyr) : cette double n'est pas un challenge pour la TEC 140 mais est toujours magnifique montrant des petits disques d'Airy parfaits et stables sur un ciel noir. A revoir...

Delta Cyg (2.2" 2.9/6.9) : très intéressante et jolie double par la forte différence de magnitude, évidente avec la TEC 140.

Struve 386 : (0"9 8.2/8.5) : Résolue mais assez délicate du fait de la magnitude 8.5

Struve 410 : (0"85 6.1 6.1) : Paire test pour lunette de 140 mm. Dédoublement facilité par une magnitude bien adaptée et égale des deux composantes.

16 Vul (0.8" 5.9/6.2) : paire test pour diamètre 150 mm, vue allongée avec étrangement perceptible (mais sans assombrissement médian).

Struve 2606 : (0."8 7.7/833) : non résolue mais élongation perceptible

Lambda Cyg (0"7 5 6.5) : non résolue mais allongement perceptible (le compagnon, plus faible, se manifeste par une petite "queue").

Beta Del (Sep 0.5"" Mg 3.6/4.5). Cet étoile double ne peut être séparée avec aucun de mes instruments (TEC 140, Clavius 160 ou Newton 210). Toutefois, le disque d'Airy est légèrement altéré... et quelque chose est visible :

- TEC 140: Le disque d'Airy montre une toute petite queue (peu évidente mais visible),
- Clavius 160: La queue est plus prohéminente mais le renforcement du premier anneau rend l'observation difficile et douteuse,
- Newton 210: Le disque d'Airy est clairement allongé et l'étoile double est évidente même si elle n'est pas séparée.

Je ne suis pas un fanatique de la Lune... aussi, n'espérez pas une description détaillée des observations. Quoiqu'il en soit, les images fournies à 245 X sont d'excellente qualité sans aucune trace d'irisation ou de diffusion : les noirs sont "noirs" ! Les images sont tout à fait équivalentes à celles fournies par un bon télescope à miroir et je me suis surpris à observer les nuances d'albédo le long des pitons ou des remparts... Le grossissement de 245X est la bonne mesure pour ces observations et la lunette ne montre aucun signe "d'épuisement" !...

L'utilisation de la tête binoculaire Denk II donnent des vues absolument remarquables,comme si vous observiez dans un instrument d'un nouveau type.


EOS350D au foyer, 1/250+1/500s
(cliquer pour plein format)

Mars nécessite des grossissements élevés de 250X à 300X pour réduire la luminosité de la planète mais la lunette permet d'aller encore au delà lorsque la turbulence est nulle : ainsi à 400X, à côté d'un 200mm Newton de bonne qualité, la stabilité et le contraste des images dans la lunette sont vraiment surprenants et quelque peu humiliants pour le Newton qui a toujours tendance à montrer un résidu d'agitation.

A noter que toutes les observations ci-après ont été effectuées à 200X environ en vision binoculaire (Denk II) avec pour résultat un contraste accru et équivalent à celui d'un instrument monoculaire plus puissant.

La nécessité, pour un instrument astronomique, d'être capable de restituer les contrastes prend, pour l'observation de Mars, toute son importance dans la mesure ou les formations ne peuvent être distinguées entre elles que par de subtiles nuances d'albédo. Par conditions médiocres, ce qui arrive même avec une APO de 140, la vue est sensiblement celle offerte par une petite lunette de 75mm : les principales tâches d'albédo peuvent être aperçues (Syrtis Major, mare Acidalium) mais il est difficile de définir leurs limites. Par conditions moyennes, les principaux contours se précisent facilement : sinus sabaeus/meridiani, oxia palus, mare acidalium, solis lacus... les différences de contrastes d'albedo semblent présents mais trop fugitifs pour une observation fructueuse. Par meilleures conditions, les nuances d'albédo des grandes plages apparaissent enfin permettant de bien détailler les différentes formations martiennes : mare Tyrrhenum, mare Serpentis, Hellas, Hellespontus, Hchronia, Aeria, Pandorae, Deucalionis, Mare Cimmerium, Eridania, Elysium, Syrtis minor... De fins détails plus contrastés en bordure de Syrtis Major (Deltoton S.) ou de Sinus Sabaeus (Sygeus Portus) sont également à portée de dessin... La calotte polaire sud est bien apparente quoique toute petite. Au nord, les plaines Utopia apparaissent plus claires ou gris/bleu bordées par des formations plus sombres.

Lorsque la turbulence se fige, la planète prend alors l'aspect photographique qu'on lui connaît sur les photographies réalisées par les amateurs et la plupart des formations caractéristiques répertoriées sur les cartes peuvent alors être soupçonnées ou détectées telle par exemple Valles Marineris non sous la forme d'une petite tâche mais sous un aspect assez développé (formation vraiment évidente en vision binoculaire).

Par comparaison avec le Newton 200mm à 400X en vision monoculaire sur les deux instruments, lorsque les conditions sont favorables (c'est à dire 1 fois sur 5 cinq contre 1 fois sur 2 avec la lunette), ce dernier ne montre pas beaucoup plus de détails "topographiques" mais donne une planète plus grosse mieux colorée avec des nuances d'albedo plus complexes et plus faciles à observer. Mais si un grossissement élevé n'est pas praticable, il n'est pas rentable de sortir le Newton... car l'observation binoculaire avec la TEC 140 se révèle alors plus efficace et plus agréable.

- Simulations réalistes de Mars
- Une bonne carte classique de Mars...

A 200X, par conditions correctes mais non exceptionnelles (turbulence résiduelle non nulle et remous périodiques), la première impression est que l'on peut et que l'on doit grossir davantage pour profiter au maximum de pouvoir de résolution et de la lumière disponible. Ainsi, le grossissement optimal est plutôt de 250X comme pour la lune (UO 4mm). Le niveau de perception des très subtiles nébulosités gazeuses est, d'emblée, élevé. Les bandes principales se révèlent immédiatement dans leurs contours et leurs condensations et les contrastes se révèlent facilement entre les trous de turbulences. La tâche rouge se colore en rose, les festons sont visibles et les pôles apparaissent bien striés de bandes ou granuleux... Ganymède apparaît avec un diamètre sensible. Il y a vraiment de quoi observer et dessiner !

En utilisant une tête binoculaire Denk II grossissant 200X (soit un peu moins qu'en observation monoculaire), c'est le summum : les détails visibles à 250X se révèlent encore plus facilement et plus vite même si l'observation binoculaire n'en révèle pas plus, en théorie... La luminosité de la planète et l'excellente transmission de la lunette permettent de profiter pleinement de la vision binoculaire.

Par rapport au T200, il y a une similitude : les deux instruments incitent à "grossir" afin d'atténuer la luminosité du globe. Par ailleurs, pour ces conditions d'observations, si le T200/5 ASTAM (tube en fibre de carbone) facilite l'observation en permettant un grossissement légèrement plus élevé (285X LVW3.5) et porte la différence a son avantage, il n'y a pas un écart majeur quant au niveau des détails visibles ; en outre, la stabilité des images est un peu moindre dans le télescope. En réalité, il me semble que par suite d'un avantage "physiologique" (et non optique), l'utilisation de la tête binoculaire sur la lunette permet d'accéder à la même qualité d'observation que celle offerte par le T200 en "monoculaire" (et debout...). Ceci étant, par conditions exceptionnelles (turbulence nulle), le T200 m'a permis d'aller plus loin en grossissement et surtout en couleurs... et le test de la lunette reste à faire. Mais ces conditions sont très rares et ne seront pas favorisées par l'altitude assez basse de Jupiter ces prochaines années.

Enfin, le Clavius plafonne à un grossissement sensiblement moindre (de l'ordre de 180X contre 250X pour la lunette) et révèle moins facilement (ou moins couramment) les détails dans les pôles ou entre les bandes.

Par conditions de turbulence médiocres ou mauvaises, malheureusement les plus fréquentes, les différents instruments font jeu égal.

Saturne se révèle absolument magnifique : ses cinq principaux satellites, l'anneau de crêpe sur la circonférence de l'anneau et devant le globe sont immédiatement visibles ; Titan prend une apparence planétaire et sa teint rouge est évidente. Une large bande principale sur le globe apparaît bien contrastée de même qu'un dégradé et l'assombrissement du pôle. En décembre 2004, les anneaux commencent à se fermer et la division de Cassini est encore visible sur tout le pourtour de l'anneau mais devient difficile devant le globe ; un petit bout du pôle nord de la planète émerge derrière l'anneau.

Certes, par bonnes conditions, le T200 donne une planète plus lumineuse, un peu plus colorée avec une sensation de relief éventuellement accrue par l'effet d'un grossissement plus élevé et la transparence plus évidente de l'anneau de crêpe devant le globe, mais la qualité de l'image de la TEC140 est ici seulement en léger retrait. Par ailleurs, si le grossissement optimal est de l'ordre de 200X (pupille de 0.7mm) la lunette permet d'atteindre sans perte notable de contraste 280X soit sensiblement le même grossissement pratique, par conditions courantes, que sur le T200 (souvent limité par la turbulence atmosphérique).

Le Clavius 166 est en retrait, en particulier du fait de son déficit de luminosité et d'une légère diffusion, suspectés lors des observations précédentes. En reprenant mes notes, le nombre de détails perçus est toutefois assez proche ; la différence est que seulement quatre satellites sont aisément visibles et l'observation de l'anneau de crêpe est un peu plus délicate. En tout état de cause, la TEC140 permet d'appliquer des grossissements plus élevés.

Le confort d'observation à la lunette est en outre excellent, en particulier par rapport à un Newton sur monture équatoriale : en tournant le porte oculaire à l'horizontale, le dos calé dans un fauteuil de jardin et la lunette étant munie d'un oculaire à long tirage d'anneau (LVW 3.5 donnant 280X), l'observation est un véritable régal.

Avec un tête binoculaire Denk II, les vues sont impressionnantes et absolument splendides donnant des impressions totalement nouvelles. Je ne peux pas dire que la tête binoculaire montre "plus" qu'un simple oculaire mais elle rend la perception des détails fugitifs et des contrastes sur le globe plus évidents, plus facilement perceptibles.

NGC 7000 : Enfin vue en entier ! Golfe du Mexique parfaitement identifiable et spectaculaire. Forme générale reconnaissable mais continent NA un peu plus étriquée que sur les photographies. 2,5° semblent nécessaires pour profiter du spectacle (meilleure vue avec 30mm de focale/74°). Quelques traces de la nébuleuse du Pélican également identifiables au delà du champ.

M 13 : Vue splendide et magnifiquement contrastée. Bien résolu en périphérie at donne une impression de résolution au centre avec quelques étoiles mais le noyau reste laiteux ou granuleux ; mieux résolu au 200mm (effet de seuil du à la magnitude 11 à 12 des étoiles des amas globulaires).

M 27 : Très belle nébuleuse dont la forme générale en trognon de pomme est évidente et nuancée. Très beau spectacle avec un Nagler 11mm. Etoile centrale non visible.

M 8 & M 20 : Aspect spectaculaire de l'ensemble M8 et M20 vue dans le même champ de l'Erfle 40mm ou de l'Erfle 30mm. Observée au LVW22, M20 montre trois nébulosités bien distinctes et un aspect quasi photographique : bande d'absorption entre deux lobes assez brillants. Forme de trèfle irrégulier de M8 (nébulosité principale) parfaitement perçue en vision décalée. Spectacle magnifique très riche en détails.

M 31, M 32, M 110 : M 31 s'étend encore un peu au delà du champ du Panoptic 35mm ! Très beau spectacle supérieur en esthétique à celui obtenu sur un télescope plus gros, en dépit des détails perdus mais grace au grand champ.

M 33 : sous un ciel bien noir, M33 révèle sa forme caractéristique et les irrégularités de densité suggèrent les bras spiraux (non identifiables cependant). NGC 604 est facilement visible comme une petite nébulosité. Beau champ.

M 51 : Cette observation est intéressante pour comparer deux instruments mais je n'ai pas ou mettre le T 200 et la TEC 140 ensemble au même endroit et au même moment. Comme avec d'autres galaxies étendues (M 33, M 101), l'observation de M 51 nécessite un ciel bien noir. Sous un ciel assez noir (mais imparfait dans cette direction), la structure spirale est juste suggérée avec la TEC 140 en montrant un noyau dense et une distribution irrégulière de lumière autour du noyau. En comparaison, la perception des bras spiraux est plus évidente sur le T200 passant de la "suggestion" à la "perception" de densités de matières plus fortes... Bien entendu, la galaxie satellite est visible et l'amorçe du pont de matière est perceptible sous un ciel bien noir (perception plus aisée avec le T200).

NGC 7662 : Nébuleuse bien brillante dans un beau champ. Vue en vision directe. Beau champ.

NGC 7331 : Intéressante galaxie vue allongée avec un centre plus brillant dans un champ d'étoiles faibles.

M 29 : Très large amas à observer avec un oculaire grand champ :(2°) ; la vue devient alors spectaculaire et magnifiquement fournie d'étoiles de différentes magnitudes.

Accessoires utiles pour la TEC140

Sur quelques APO, un prisme large pourrait améliorer la correction chromatique en décalant la position du foyer dans le violet compensant ainsi une légère sous-correction. Les lunettes Zeiss APQ étaient connues pour être calculées et conçues pour une utilisation avec un prisme de la marque. Le "truc", suggéré par André Van der Elst dans son dernier livre (Guide du matériel d'Observation), est, paraît il, efficace sur certaines AP EDT et apparemment sur sa TEC 140... Ceci étant, je pense que André fait erreur sur la nature de la correction. Néanmoins,je me suis décidé à acheter un tel prisme chez Baader (Universal Zenitprisma) et mes résultats, comparés à un renvoi Televue Enhanced sont les suivants :

Le prisme, d'origine Zeiss, est très robuste, traité multi-couches. Son poids est sensiblement le même que celui de mon renvoi Televue 2" (500g). Les défauts : le diamètre de l'adaptateur 1.25" est légèrement insuffisant et certains oculaires (à gorge) "accrochent" et la collimation était imparfaite du fait d'un mauvais calage du prisme dans son logement.


Prisme Baader 2"

Star-test sur Procyon : au foyer, la différence entre le prisme et le renvoi à miroir est très subtile. Comme on peut s'y attendre, aucun chromatisme n'est évident et c'est seulement en passant de l'un à l'autre des renvois qu'une très subtile différence est perçue sous la forme d'un petit et léger halo "violet" (?) autour de la tâche d'Airy, tout juste perceptible avec le miroir et non vu avec le prisme.

Sur Saturne (observation planétaire) : en fait aucune différence n'est perceptible entre les deux renvois en ce qui concerne la correction chromatique : les deux renvois donnent des images très ciselées, non chromatiques (heureusement) et parfaitement définies. Toutefois, le prisme pourrait donner un peu moins de diffusion pour autant que cette diffusion extrêmement réduite soit gênante... de ce fait, mais c'est peut être subjectif, le prisme semble donner une image un tout petit peu plus contrastée.

Toutefois, les mesurees effectuées par AiryLab avec ou sans le prisme Zeiss (voir ci-dessus) ne confirment pas ces impressions visuelles. Au contraire, le prisme décale légèrement la correction vers le rouge ce qui est d'ailleurs logique. En fait il est vraisembable que le halo vu avec le miroir soit le fait du miroir lui-même et non le fait d'une modification de la correction chromatique. Sur Saturne, d'ailleurs il n'y a aucune différence sauf la diffusion minime perçue avec le miroir.

J'ai trouvé un autre avantage plutôt inattendu au prisme : il "ferme" le tube et il semble que la stabilité thermique soit meilleure en particulier lors de changements d'oculaires... C'est même l'amélioration la plus évidente !

Un prisme de haute qualité s'accorde donc parfaitement bien avec la TEC140 APO. Il pourrait améliorer légèrement le contraste grace à une moindre diffusion mais n'a aucun effet pratique sur la correction. Le renvoi 2" est recommandé. Attention : l'ouverture F7 semble être le minimum pour l'utilisation d'un prisme (voir TEC110).

Le bouchon DDCAP est un ingénieux accessoire qui permet de réduire l'humidité et les risques de moisissure dans un instrument au stockage (plus distribué)


Bouchon DDCAP + dessicant + pack indicateur + capuchon en vinyl

J'utilise une tête Denkmeier DII + Power Switch + une paire d'oculaires D21. Tout d'abord, le porte oculaire de la TEC 140 maintient la tête binoculaire dans de très bonnes conditions. Le collier de serrage est hautement apprécié rendant cet exceptionnel assemblage optique très sécurisant.


Tête Denk II et oculaires D21 - renvoi Televue 2"

Avec une paire d'oculaires D21, le Power Switch, le correcteur OCS, un renvoi Televue 2" et la TEC 140 de 980mm de focale, j'ai trois grossissements estimés comme suit : 200X, 120X et 70X, soit un peu plus que ce qui ressort des spécifications du constructeur ; en réalité, l'étagement des grossissements est ici parfait pour une lunette de 140 mm de diamètre.

Oeil par oeil, une perte de lumière est perceptible mais elle s'oublie totalement en vision binoculaire et la perte globale de luminosité est insignifiante : une des deux nuits où j'ai observé Saturne, six satellites étaient visibles aussi bien avec la tête binoculaire qu'avec un oculaire unique. Le Startest ne montre pas de chromatisme ou d'aberration nuisible mais la première lentille correctrice introduisait un très léger astigmatisme (cette lentille a été remplacée par Denkmeier).

Sur les planètes (voir tests), la tête binoculaire devient vite indispensable en restituant le confort d'observation d'un instrument un peu plus gros et permettant de longues observations sans fatigue. En fait j'ai été surpris de voir des détails (contrastes, couleurs) que je n'avais pas remarqué (alors qu'ils sont présents) avec un oculaire unique. Un peu comme si la tête binoculaire vous permet de savoir où regarder et de mieux regarder... J'ai aussi le sentiment que la tête binoculaire permet au cerveau de travailler dans de meilleures conditions comme si, par exemple, il effectuait une partie du traitement réalisé par les photographes planétaires : finalement il s'agit bien d'une sorte de compositage... cérébral ! Bien entendu la tête binoculaire n'améliore pas la résolution mais d'après mon estimation, les contrastes sont boostés jusqu'à égaler ceux obtenus avec un instrument d'un diamètre au moins 50% supérieur.

J'ai également rapidement testé la tête binoculaire sur M42 alors que la lune était encore au dessus de l'horizon. La vue était intéressante et assez prometteuse pour l'observation des objets du ciel profond relativement brillants : M31, grands amas ouverts... En revanche, je ne pense pas que la tête binoculaire soit intéressante pour les objets les plus faibles lorsque la vision décalée s'impose... à moins d'utiliser un instrument nettement plus important mais je n'ai pas encore réalisé ce test.

D'une façon générale la vision en bino est donc supérieure à la vision mococulaire surtout pour les grandes plages peu contrastées, les couleurs ; toutefois, dans certaines situations très rare de turbulence absolument nulle, la haute résolution permise par un ZAOII4 ou XO5 peut aider à dévoiler de très fins détails que la tête binoculaire a tendance à faire disparaître...

Comparaison avec un Maksutov TEC MC200 F15.5M

Depuis la rédaction de cette revue, j'ai testé pendant plus d'un an un Maksutov TEC MC200 15.5M (voir revue ici) en comparaison avec la lunette TEC 140 dans des conditions variées. En quelques mots, ce Maksutov de 200mm modérement obstrué à 26.5% donne des résultats équivalents à ceux obtenus avec le Newton de 200mm. La stabilité des images dans le MAK TEC est toutefois supérieure à celle du Newton, y compris par basse température, mais elle reste un peu plus précaire que dans la lunette et les images, si elles sont plus détaillées, sont également plus difficiles "à traiter"... ce qui n'a rien d'étonnant. Les images données par le MAK ne montrent pas forcément beaucoup plus de détails mais les contrastes sont plus forts et la quantité de lumière disponible permet un grossissement plus élevé. L'avantage reste à la lunette pour les grands champs, en esthétique sur les amas ouverts et pour la facilité d'utilisation.


TEC MC200 et APO140 en batterie...

En ce qui concerne un choix éventuel entre un télescope de ce type et la lunette TEC 140 (soit pour un coût sensiblement identique), il est clair que la lunette, malgré sa moindre performance en planétaire mais disposant d'une ouverture suffisante pour quantités d'observations est un instrument plus universel (notamment parfaitement adapté à l'imagerie à grand champ) alors que le Mak avec son faible champ est assez spécialisé...

Conclusions

TEC est une entreprise exceptionnelle par son souci extrême de satisfaction de ses clients... et la lunette TEC 140 est un instrument d'exception. Cela reste bien sûr un instrument de 140mm de diamètre qui ne s'utilise pas aussi facilement qu'un Clavius de 5kg... mais il ne fait aucun doute que c'est un instrument auquel on s'attache très vite... Je comprend maintenant comment on peut attraper la fièvre des APO !

La lunette apochromatique TEC 140 est un instrument très polyvalent ; optimisée pour l'astronomie visuelle, elle est également très capable en CCD comme en témoigne les résultats obtenus par les amateurs-astrophotographes. La qualité mécanique, son poids léger et bien équilibré, le porte oculaire rotatif de haute précision en font également un instrument bien agréable à utiliser.

En ciel profond, la lunette TEC140, du fait de son large champ capable, excelle dès qu'il s'agit d'observer de larges nébuleuses ou des amas ouverts sur la voie lactée. Bien entendu le T200 se montre facilement supérieur sur les nébuleuses extragalactiques en permettant de deviner quelques détails de structure supplémentaires ou résoudre les amas globulaires à coeur si le ciel est bien noir ; mais entre le spectacle de M8 et M20 dans le même champ, les dentelles du cygne ou la nébuleuse América en entier, le spectacle de M31 en entier et de ses satellites dans la lunette et la sensation de (seulement) deviner les bras spiraux de M51 avec le T200, il y a un choix à faire... Autrement dit, si le T200 est techniquement plus puissant sur bien des sujets (et cela se voit), la lunette ne démérite nullement en ciel profond parce que l'esthétique des larges champs qu'elle produit est souvent captivant.

En planétaire, la lunette approche les capacités du T200 ou du Mak de 200 ; mais ces derniers télescopes se montrent un cran supérieur en vision des couleurs et contrastes pour autant que les conditions thermiques soient favorables.

Enfin sans être plus performante qu'un télescope de 200mm, la TEC140 révèle des images d'étoiles doubles souvent plus piquées et donc plus esthétiques.

Epilogue : Etant donné les qualitatifs superlatifs généralement employés pour décrire les réfracteurs apochromatiques, il est assez commun de mettre en avant les qualités observationelles (visuelles) d'une lunette apochromatique à celles d'un réflecteur "plus gros"... A ce sujet, quelque soit la qualité indiscutable de la TEC140, mes tests ne me permettent pas de souscrire à cette opinion sans nuances : un excellent Newton de 200mm s'avère un compétiteur sérieux dans tous les domaines d'observation... sauf pour le grand champ : mais ce n'est pas anodin compte tenu de la puissance pure limitée et somme toute assez proche des instruments entre 150mm et 200mm. Aussi et paradoxalement (par rapport à tout ce qui est écrit ailleurs), ce n'est donc pas en planétaire que cette "petite" lunette pourrait avoir son intérêt (par rapport à un bon 200) mais... en ciel profond ! Il faut alors passer à un 250mm ou 300mm pour augmenter considérablement la puissance brute et retrouver des sujets différents mais tout aussi esthétiques.

Autre(s) page(s) sur la TEC140 :

CCD avec TEC 140 :