Monture Losmandy G11


Sommaire

Préambule

En matière de monture équatoriale chacun peut être convaincu par la supériorité de tel ou tel modèle ou marque mais pour ma part, à la lecture des tests et revues disponibles un peu partout, j’estime qu’il est difficile de se faire une opinion puisque aucune des montures disponibles « ne semble » parfaitement satisfaisante soit du fait d’imperfections mécaniques soit du fait de limitations logicielles… Peut être les montures Astrophysics atteignent une relative perfection et font l’unanimité, mais elles sont vendues, hors USA, à des prix « astronomiques » et sont souvent difficiles à acquérir.

Par exemple, pour ce qui concerne la G11-Gemini, je n’avais pris aucune décision en sa faveur du fait de nombreux préjugés glanés ici et là ; il faut dire que la G11 est très largement utilisée et que, par rapport à d'autres montures, il est peut être logique de rencontrer davantage de critiques… Sinon, dans cette gamme, à défaut d’une AP Mach 1, l’EM200 avait ma préférence quoique notablement plus chère pour un GOTO encore trop rudimentaire à mon goût ; non sans compter l’option inverse qui consistait à acquérir un EQ6/EQG et à la « customiser » pour en tirer le maximum.

Aussi, en attendant un hypothétique élargissement de l’offre, la Sphinx SXD dotée d’une bonne capacité de charge était un compromis raisonnable… mais cette acquisition s’est révélée malheureuse ce qui m’a conduit, afin d’éviter de garder un « clou » et sur proposition du vendeur, vers une G11-Gemini.

A titre indicatif, mes préjugés défavorables sur la G11 étaient : le poids élevé de la tête, l’ergonomie générale et notamment la disposition des moteurs, l’ergonomie du Gemini, l’alimentation gourmande, la précision mécanique et quelques « horror stories » sur cette monture. Voyons ce qu’il en est après vraiment quelques mois d’utilisation…

Losmandy

Hollywood General Machining est une société basée à Hollywood spécialisée dans le matériel mécanique de cinéma ; Scott Losmandy, son propriétaire, astronome amateur, a commencé à produire les montures équatoriales GM100 (ancêtre de la G11) et GM200 (ancêtre de la Titan) dans les années 90 ; quelques années plus tard ces montures ont été distribuées sous licence par Celestron ; les montures Celestron (dénommées GM11 et GM8) étaient assez différentes des G11 et G8 actuelles, notamment en ce qui concerne l’entraînement ; si elles n’étaient, sans doute, pas produites en totalité par Losmandy, elles ont cependant largement contribué à la connaissance de la marque. La gamme actuelle est désormais constituée de trois montures G8, G11 & Titan produites en série, vraisemblablement dans les trous d’activités de HGM dont la production pour le cinéma est prioritaire ; il s’ensuit quelques aléas dans les stocks mais les délais sont toujours raisonnables.

La G11

La G11 ressemble encore beaucoup à l’ancienne GM100 car Losmandy reste fidèle à son design initial ; c’est ainsi que, si le système d’entraînement a beaucoup évolué, le Gemini semble toujours « rapporté » sans complète intégration au corps de la monture. Mais il y a tout de même au fil des années, une évolution notable de la qualité de fabrication, notamment en ce qui concerne les vis sans fin désormais en laiton et d’une bien meilleure précision que les vis plus anciennes en acier.

G11 parfaitement adaptée à un instrument de 15kg (MAK 200mm à gauche)

Contrairement aux autres constructeurs, notamment japonais ou chinois, qui mélangent pièces de fonderie, pièces usinées et capotages emboutis, la G11, comme les autres montures Losmandy (et souvent celles réalisées aux USA ou en petites séries), est entièrement en aluminium, taillée dans la masse, puis anodisée en noir ; même les capotages des réducteurs et le grand boîtier de l’électronique du Gemini sont taillés dans la masse ! Une telle conception pourrait expliquer la faible évolution des montures Losmandy réalisées uniquement avec les moyens et machines numériques (CNC) dont dispose HGM.

En tout état de cause, cette conception « artisanale », dans le bon sens du terme, confère aux montures Losmandy un très bel aspect qui plus est durable dans le temps compte tenu de la bonne résistance (testée) de l'anodisation.

Le seul point très critiquable est la position excentrée des moteurs ; en outre ceux du Gemini sont particulièrement saillants et les capots disponibles chez Losmandy ne s’adaptent qu’à la version  « Stepper » (non GOTO) ; outre le fait que cela ne fait pas très "fini", en cas de choc latéral, lors d’un transport par exemple, les réducteurs des moteurs seront inévitablement endommagés ; mais avec un minimum de soin, un tel choc peut être évité (cet incident doit être rare à la lecture des listes d'utilisateurs (*)) et par ailleurs, comme une rotation excessive vers l’Est engendre une collision de la queue d'arronde avec le capotage en aluminium massif des réducteurs, elle n'endommage pas directement les moteurs… sauf que ceux-ci ont, paraît il, une propension à ne pas très bien supporter les surcharges ! Bref, cette histoire de moteur excentré ne semble pas réhdibitoire en pratique, sauf pour l'esthétique de la monture...


protubérance des moteurs Gemini

Losmandy prétend à 60lbs de charge instrumentale pour sa G11 soit 27kg ce qui est sans doute excessif ; d’ailleurs la charge maximale évolue un peu suivant la répartition des masses et surtout… l’avis des utilisateurs. Pour fixer les idées, la G11 semble supporter sans défaillir un C11 ou encore une APO de 1.20m de longueur maximale avec par exemple, un instrument de guidage et du matériel photo soit, finalement, une vingtaine de kilogrammes ; mais la longueur du tube est certainement le facteur le plus pénalisant.

A titre indicatif, il se dit, aux USAs, qu'une monture peut supporter une lunette APO dont le diamètre égale celui de la couronne dentée et 1.5X ce diamètre pour un SCT compact. Cette régle semble bien s'appliquer aux montures américaines... pas du tout aux montures japonaises : allez savoir pourquoi !

La G11 est disponible en deux versions : une version à moteurs pas-à-pas (Stepper) sans GOTO et une version à servo-moteurs pilotés par le système Gemini conçu en Allemagne par René Goerlich. Le choix entre les deux est affaire personnelle et de prix car le Gemini est assez cher.

Chez certains revendeurs, le Gemini peut également être livré avec des moteurs Maxon réputés plus fiables et plus puissants. A noter que j’ai choisi la G11 sur les conseils de Christian qui utilise une version Stepper contrôlée par le système Boexdorfer et obtient d’excellents résultats. Comme quoi il existe une grande variété de systèmes de motorisation ou de pilotage possibles pour cette monture.

(*) Rare sans doute... mais j'ai réussi à le faire ! En fait l'extrémité du câble AD muni de sa prise DIN s'est coincé dans les ergots du support de la tête lors d'un démontage et il s'en est suivi un arrachement du réducteur d'AD. Le moteur était intact mais le réducteur AD était suffisamment endommagé pour devoir être remplacé (70€ tout de même !). Il semble que le réducteur soit la partie la plus fragile de cet assemblage et en forme, en quelque sort, le fusible... Donc gare à la position des câbles lors du soulèvement de la tête de la monture !

Le pied !

Le pied standard fourni avec la G11 est, en soi, une « affaire ». Massif, en tubes d’aluminium et muni de grosses molettes en plastique, il est non seulement très stable mais sa robustesse évidente permet de le laisser dehors en permanence ; d’autant qu’il tient beaucoup de place « dedans » et qu’il a du mal à passer les portes… En effet, ce n’est pas un pied très portable bien qu’il soit démontable en quatre morceaux ; pour la portabilité, je préfère de loin le pied en bois Berlebach avec un adaptateur spécifique MA (accessoire Losmandy). A noter que Losmandy distribue maintenant un pied repliable FHD-MA mais qui semble assez lourd.

La connexion avec la tête de la monture est de conception ultra-simple (trois vis latérales dans des encoches) et d’une efficacité remarquable : non seulement le positionnement de la tête sur le pied est rapide mais d'une nuit sur l’autre, si le pied n’a pas bougé, l’alignement polaire est relativement bien conservé. Ceci n’est pas possible avec une GP ou une Sphinx, par exemple, puisque le système de réglage en azimut sert également de blocage de la monture sur son support.

Les vis latérales d’origine nécessitent un serrage à l’aide d’une clef impériale (fournie) : un jeu de patience dans le noir ! Des vis moletées (référence TKS) sont disponibles en option et facilitent grandement l'installation de la tête sur le pied en quelques secondes.

Prise en main

La tête de monture équipée du viseur polaire et des moteurs, sans l’axe des contre-poids, pèse tout de même 15.6kg ; c’est assez lourd, un peu au-delà du poids que l’on peut porter sans précaution vis-à-vis de dommages pour les reins ou le dos. Le « portage » se fait bien car il y a suffisamment de prises mais il faut penser à préparer le transport du départ à l’arrivée pour ne pas s’obliger à quelques contorsions dangereuses ; je trouve à cet effet bénéfique de désolidariser l’axe des contre-poids en aluminium, de 31.75mm de diamètre, qui porte, sinon, l’ensemble de la tête à plus de 18kg.

A mon avis, Scott Losmandy aurait pu gratter un ou deux kilos superflus, par exemple sur la base ou le bouton d’alignement en altitude, joli, mais inutilement énorme !

En tout état de cause, une fois le pied en place, c’est un jeu d’enfant (costaud) pour installer la tête de la monture sur son pied muni des vis moletées TKS. Si le pied est fixe (à demeure), la monture retrouve son alignement polaire précédent car le système de fixation est indépendant de l'axe d'azimut ; c'est un avantage très intéressant.

Pose de l’instrument

Avant de poser le tube, on procède évidemment à l’installation de la barre support des contrepoids et à leur pose ; j’ai opté pour deux CP de 5kg plus faciles à porter qu’un seul de 10kg. Les CP fournis par Losmandy, réalisés à partir de pièces de fonderie, sont assez grossiers mais peu importe : ils ne se voient guère dans le noir ont le même poids que des CP en inox beaucoup plus chers ! En outre, l’axe des CP, massif, en inox, de 31.75mm de diamètre est compatible avec des altères du commerce.


Console Gemini et câbles, CP de 5kg

La platine de queue d’aronde est bien entendu au format Losmandy ; ce format permet une bonne perpendicularité des axes mais tel que conçu, le système est très peu pratique, voire dangereux ou pour le moins douloureux. En effet, c’est un véritable jeu d’adresse que de glisser la queue d’aronde sur son support en tenant un tube de plus de 10kg à bout de bras (éventuellement dans le noir) ; et la retirer n’est pas plus facile puisqu’il faut exercer, toujours à bout de bras, un effort largement supérieur au poids du tube pour vaincre les frottements et blocages.

A moins de laisser le tube en place, une alternative est de laisser seulement les colliers et de poser l’instrument dedans à chaque mise en station mais après un essai au cours duquel la TEC140 a failli glisser par terre… j’ai abandonné cette méthode.

Heureusement, il existe une solution apportée par Robin Casady qui propose un support de queue d’aronde pouvant s’ouvrir complètement, un peu comme le système GP… La pose du tube est alors aussi facile qu’avec une GP, la précision mécanique en plus. Il me semble que cet accessoire est absolument indispensable.


Adaptateur Robin Casady

Finalisation de l’installation, alignement

L’installation se termine par la pose du boîtier Gemini et le branchement des divers câbles. Aucune difficulté particulière à signaler sauf que cela fait beaucoup de câbles un peu partout… Toutefois, contrairement au SSK2, les câbles sont bien ajustés en longueur et position et ne risquent pas d’entraver les mouvements de la monture.

Le viseur polaire est un accessoire en option mais assez utile !  Il s’agit d’un viseur de tierce partie sans vernier mais s’ajustant sur deux ou trois étoiles : la polaire, delta Umi, 51 Cep. Ce système est imparable pour donner la position exacte du pôle au contraire d’un vernier horaire qui souffre, éventuellement, d’erreur de lecture ou d’un défaut d’horizontalité. Mais ce système ne fonctionne que si delta Umi est visible ce qui n’est pas toujours le cas en ciel pollué. Enfin, le viseur polaire souffre d’une coaxialité incertaine du fait que le diamètre de la lunette diffère de quelques dixième de mm de l'alésage de son logement ; la chose peut être améliorée avec un peu d'adhésif puis contrôle. On se consolera en sachant qu’Astrophysic semble utiliser le même viseur (peut être mieux ajusté).

Viseur polaire et réticule

La visée polaire nécessite de pouvoir mettre l’œil à l’oculaire du viseur ! Opération qui aurait pu être compromise par la position du tube à la verticale du viseur ; c’est pourquoi une petite rotation de l’axe DEC est nécessaire pour faire coïncider l’axe du viseur polaire avec la réservation diamétrale prévue et ménager l’accès au viseur pour la tête de l’observateur. J’utilise la fonction « Park Mount Home » du Gemini pour atteindre cette position sans toucher aux axes.

Le viseur polaire est éclairé mais l’intensité est, comme toujours, trop forte. Une résistance de 1K placée en série directement dans la prise règle le problème. Le boîtier des piles d’alimentation (2 X 1.5V) pendouille à l’extérieur de la monture ce qui fait un peu bricolage mais n’est pas vraiment gênant en pratique.

L’alignement en altitude et en azimut se fait facilement à l’aide des mouvements prévus, sans trop de jeu ; l’alignement est beaucoup plus fin et franc qu’avec une GPDX ou une Sphinx. Malgré le jeu du viseur sur l’axe polaire, j’ai pu obtenir (mais pas systématiquement) d’excellents alignements avec des suivis sans dérives notables en déclinaison sur une heure ou plus. Cependant, il faut considérer que le viseur polaire ne permet pas, d'emblée, un alignement de haute précision, seulement un bon pré-alignement (au mieux 5 à 10 minutes d'arc environ).

Serrage des axes, stabilité

Les axes sont couplés à l’entraînement par un embrayage à friction ; il n’est pas nécessaire de faire un serrage complet pour permettre l’entraînement ; idéalement, il est préférable de laisser un peu de mou et cela n'a aucun inconvénient quant au suivi. Des molettes à cabestan (Clutch knobs), en option, facilitent le serrage.


G11 Gemini, vis moletées (TKS) et Clutch knobs

G11 sur colonne fixe (conception maison)

Les axes sont suffisamment freinés pour assurer la stabilité de la monture mais avec quelques limites : par exemple, en desserrant le collet oculaire de la TEC140, il est parfois difficile de conserver le pointage… il suffit de repointer manuellement en poussant sur les axes ce qui préserve le modèle du Gemini mais il peut y avoir une perte de précision.

Il subsiste également le jeu indispensable en AD pour la réduction la pression de la VSF sur la couronne et donc de l’erreur périodique ; ce jeu est de quelques dizaines de minutes d’arc.

La monture dans son ensemble est bien stable ; une tape sur le tube est équilibrée en moins d’une seconde ; la mise au point est possible sans vibration excessive du tube. La G11 sur pied colonne fixe (photo ci-dessus) n'est pas plus stable mais le pied colonne est plus pratique (*).

Ceci étant, sous réserve d’être montées sur un pied adéquat et pour des instruments d’une dizaine de kilogrammes tout compris, la Sphinx SXD ou la GPDX ne sont pas moins stables que la G11 ; en dessous de 1s de durée de vibrations, le gain est en effet très difficile à obtenir. De mon point de vue, tout se joue sur le pied et la qualité du serrage des axes et finalement, en terme de stabilité, je ne trouve pas beaucoup d’écart entre la G11 et la Sphinx SXD (le freinage des axes de la GPDX étant moins bon).

(*) La stabilité de ce type de pied colonne n'est pas évidente à obtenir. La frequence de vibration de la colonne est très élevée (plusieurs dizaines de Hz) et il est indispensable de l'amortir. J'ai d'abord essayé des rondelles découpées dans des feuilles de Sorbothane qui se sont révélées très efficaces mais n'ont pas tenu 15 jours sous la charge. J'ai finalement confectionné des rondelles en "caoutchouc fretté" (sandwich de caoutchouc entre deux rondelles en acier inox) à partir d'une feuille de caoutchouc achetée chez Castorama (modèle "eau chaude") : ce système d'amortissement est moins efficace que le Sorbothane mais nettement plus durable ; la stabilité ainsi obtenue est satisfaisante mais reste un peu inférieure à celle du tripode Losmandy.

Le Gemini

Un déboire pour commencer : le premier Gemini fourni était en panne. Le remplacement est arrivé sous un mois environ. C’est un cas semble t'il peu fréquent car le Gemini n'a pas spécialement mauvaise réputation.

Le Gemini est en deux parties : un boîtier principal en aluminium (massif !) contenant le microprocesseur et l’électronique de puissance, fixé à la monture et un petit boîtier en plastique (ou raquette de contrôle) avec un affichage et les boutons. Tous les câbles de liaison sont fournis ; le câble d'alimentation comporte une fiche type "alume-cigare" munie d’un fusible 3A.

Les prises du boîtier principal sont au format DIN ; malheureusement celle d’alimentation à quatre broches est introuvable en France. Le Gemini est protégé vis à vis des inversions de polarité par une diode en série dans l’alimentation. Le Gemini est muni des divers ports pour interface RS232 (au format LX200), autoguideur et accessoires…

Un autre préjugé tombe également : l’alimentation. Contrairement à ce que j’attendais après avoir lu de nombreux tests ici ou là, l’alimentation est moins gourmande que pour ma GPDX ou la Sphinx SXD testée : avec 12.5v, le Gemini réclame 0.2A en suivi sidéral et 0.7A en GOTO à 600X là ou une Sphinx SDX réclame respectivement 0.4A et 1A. Je ne comprends absolument pas pourquoi certains utilisateurs recommandent une tension de 15V à 18V : Il est possible qu’en GOTO à 1200X la consommation grimpe à 1.5A et que la tension nécessite d’être bien stabilisée au-dessus de 12V mais je ne vois guère l’utilité d’une vitesse de 1200X au vu des risques de collisions et de surcharges des moteurs. Par ailleurs si la VSF est trop serrée, il y a un risque de consommation plus importante mais également de surchauffe ; la solution n’est alors pas d’augmenter la tension mais de réduire la pression de la VSF !

En tout état de cause, je me contente de ma batterie de 7Ah au plomb gélifié qui délivre 12.5v sans broncher lors des appels de courant et tout fonctionne à merveille plusieurs soirs de suite.

L’utilisation du Gemini

Si la prise en main du Gemini est facile elle n'est pas de prime abord évidente ; le premier soir j’ai « cafouillé » près de deux heures avant de comprendre l’effet exact de la fonction « Additional Align » et la nécessité de toujours passer par la fonction « GOTO Bright Star » avant un nouvel alignement. Je m’évertuais en effet soit à « synchroniser » chaque nouvelle étoile (comme avec un SSK2) ce qui efface le modèle ou bien à sélectionner « Additional Align » avant de faire un GOTO ce qui plantait le système… La notice n’est pas en défaut mais la logique n’est pas tout à fait évidente ; mais une fois qu’elle est assimilée, l’alignement se fait très simplement sur une première étoile puis sur autant d’étoiles « additionnelles » que l’on veut pour augmenter la précision : en général quatre ou cinq alignements suffisent pour permettre des pointés presque dans l’axe à 250X. En outre, l’alignement « au vol » est toujours possible sur le dernier objet pointé comme avec le SSK2 alors que cette fonction, très utile n’est pas supportée par le Starbook.

Certes avec cinq boutons utiles, le contrôleur du Gemini ne semble pas très ergonomique ; mais le logiciel est vraiment très bien conçu et en définitive, j’apprécie cette solution. En effet, dans le noir, il est de toute façon difficile de lire les étiquettes sur un clavier et la programmation de chiffres à l’aide d’appuis successifs sur des boutons est rapide et sure ; ceci est particulièrement appréciable lorsqu’il s’agit d’atteindre des coordonnées spécifiées. Malgré ma presbytie, le petit affichage rouge se voit facilement sans lunettes ; il est réglable en intensité. On peut regretter l’absence de relief pour les touches de direction (pour être exact, il y a tout de même un très léger relief).

Les menus se déroulent logiquement alors que le nombre de fonctions est considérable ; tout semble possible avec ce système ; j’apprécie particulièrement de disposer du catalogue SAO qui permet d’atteindre un grand nombre d’étoiles doubles sans difficulté et la possibilité de configurer les différentes vitesses de rattrapages. Par ailleurs j’ai testé le Gemini avec Sky Pocket PC (protocole LX200) et tout fonctionne parfaitement avec une ergonomie et une puissance sans commune mesure avec celle d’un Starbook. Il faudrait des pages entières pour décrire les fonctionnalités ; le téléchargement de la notice est possible depuis le site de Losmandy pour apprécier l’étendue des possibilités.

Le mouvement de la monture, en suivi sidéral, est d’un silence absolu à tel point que j’ai du coller mon oreille sur un des moteurs pour vérifier son fonctionnement. Tout cela marche très bien et le GOTO s’avère être d’une grande précision.

Un point à signaler aux « nouveaux » (il est donc trop tard pour moi) : il est indispensable de régler avant toute utilisation les paramètres SAFETY LIMIT ; c’est à dire les positions limites de rotation de l’axe horaire vers l’Est ou l’Ouest. J’ai opté pour 95° à l’Est au lieu de 114° (défaut) et 115° à l’Ouest au lieu de 125° (défaut) ; le réglage par défaut à l’Est est vraiment trop juste ou suppose sans doute que le tube soit exactement à l’axe au démarrage ce qui n’est pas assuré à quelques degrés près ; avec 114° à l’Est, le premier GOTO vers l’Est s’est en effet achevé par une collision et des récriminations du contrôleur sous la forme d’un message « Motor Stall ».

Finalement, je ne vois pas grand chose à reprocher au Gemini et mon préjugé sur son ergonomie tombe complètement.

Le suivi

Au premier essai et par la suite, le suivi et les mouvements lents s’avèrent vraiment très doux sans aucun « à coup » ou moutonnement ou surprise quelconque ou mouvement erratique ; c’est un changement par rapport à la GPDX qui est parfois un peu brutale et surtout par rapport à la Sphinx SXD que j’ai pu tester ! A l’oculaire réticulé, la précision de suivi (« sortie de boîte ») est d’environ +/-7" d’arc et la dérive du mouvement horaire n’est pas perceptible. Le niveau de qualité du suivi, sa douceur, la progressivité et la reproductibilité des rattrapages sont des années lumières au-delà des caractéristiques de la malheureuse SXD !

Les vitesses de rattrapages sont préprogrammées en laissant la possibilité de passer rapidement d’une gamme « VISUAL » à une gamme « PHOTO » ; afin de limiter la puissance électrique et la fatigue des moteurs, j’ai réduit la vitesse du GOTO à 600X ce qui est suffisant ; afin de permettre un centrage efficace au viseur, puis à l’oculaire, j’ai également ajusté les vitesses visuelles CENTERING et SLEWING à respectivement 200X et 10X.

J’ai gardé les réglages des vitesses PHOTO « usine » car ils conviennent parfaitement ; les vitesses photos d’usine sont beaucoup plus faibles que les vitesses VISUAL et permettent des rattrapages en AD sans modification du sens de rotation de la VSF et donc sans jeu.

En mode VISUAL il peut subsister un jeu suivant le calage des VSF en AD et DEC ; éventuellement, s’il est gênant,  ce jeu est compensable électroniquement avec le Gemini par réglage du Backlash ; mais sur une roue de 360 dents, le jeu en AD nécessaire à la régularité de la courbe d’EP, n’entraîne pas des dépointages suffisants pour être vraiment gênants et je préfère « sentir » la mécanique… quant au jeu en DEC il est pratiquement inexistant.

Le Gemini permet les suivis suivant des programmes prédéfinis : SIDERAL (par défaut), KING, LUNAR, SOLAR… et CLOSED LOOP qui correspond à un rattrapage sur les deux axes (équivalent au mode « équatorial non aligné » du SSK2). Avec un alignement polaire au viseur, le programme SIDERAL, indispensable en photo, convient alors parfaitement en visuel.

La PEC est évidemment prévue avec en outre un système de moyennes successives et un « dosage » paramétrable de celle-ci ; du grand art en terme de programmation sans toutefois rivaliser avec les AP dont la PEC est préprogrammée en usine… La PEC peut être acquise automatiquement par un logiciel adéquat (PemPro) et sauvegardée par le système en EPROM.

On verra ci-après les mesures d’erreur périodiques effectuées avec la monture « sortie de boîte » puis après installation de la vis « Ovision ».

Accessoires et « Tuning »

Un avantage appréciable de la G11 est qu’elle est très largement répandue et qu’il existe un grand nombre d’accessoires disponibles, directement auprès de Losmandy ou auprès de tierces parties.

En cas de panne mécanique (mais on ne voit pas trop quelle panne pourrait se produire), la G11 est réparable soi-même à l’aide de pièces détachées relativement faciles à obtenir (peut être sur quelques mois) sans retour au SAV de la société ; non sans compter la base de données d’informations (pas toujours fiables) disponibles sur les groupes Losmandy et Gemini. En revanche, en cas de problème électronique (sur le Gemini) il faut envisager un retour chez Losmandy via le revendeur.

Toutefois, il faut considérer que certains de ces divers accessoires s’avèrent indispensables et grèvent le prix d’acquisition. On peut en effet regretter que certains accessoires ne fassent pas partie de l’équipement standard, comme par exemple :

Les autres accessoires disponibles auprès des revendeurs sont :

Pour un agrément optimal d’utilisation et la meilleure précision mécanique, il faut prévoir au minimum le viseur polaire (si non fourni), les vis TKS, la vis Ovision et le réceptacle de queue d’aronde Casady ce qui augmente d’environ 1000€ le coût d’acquisition.

L’erreur périodique

J’ai procédé à une mesure d’erreur périodique « sortie de boîte » sans aucun tuning : l’erreur est d’amplitude raisonnable +/-7" comme constatée à l’oculaire réticulé mais s’avère peu périodique avec une sous période marqué à 120s « environ » mais pas exactement sous-multiple de la période principale de 240s ce qui décale le pic secondaire pour quelques tours de vis ; selon les newsgroups il pourrait s’agir d’une rotation des billes des roulements lorsque les paliers sont mal alignés… mais les interprétations des « spécialistes » de la G11 divergent parfois sur les causes des divers défauts et les moyens de les corriger !


Erreur périodique "sortie de boîte" (Vis laiton Losmandy)

Ce résultat est à peu près satisfaisant si l’on s’en tient aux spécifications promises (+/-5") mais décevant au vu de la courbe de suivi trop chahutée.

A vrai dire je n’ai pas cherché à connaître l’origine des défauts ou à les corriger car ma consultation des newsgroups m’a surtout permis de comprendre qu’il s’ensuivrait beaucoup de tâtonnements. En fait, le système d’entraînement de Losmandy souffre d’un défaut de conception : la vis est montée sur deux paliers indépendants dont l’alignement est très difficile à garantir. Il en résulte une portée imparfaite de la vis dans ses paliers surtout après un démontage car on peut supposer que Losmandy assure le montage en usine à l’aide de gabarits.

Aussi, si vous avez une VSF d’origine, quelque soit le résultat, mon conseil est de ne pas y toucher ; beaucoup s’y sont essayés et sont probablement à l’origine des « horrors stories » que l’on peut trouver sur le Web étant donné la difficulté d’alignement des deux paliers qui doit être réalisée avec une précision incompatible avec les « moyens du bord ».

J’ai opté immédiatement pour l’installation du kit Ovision qui apparaît comme une solution radicale : non seulement la vis est de meilleure précision que celle d’origine mais elle est contrôlée sur le ciel avant envoi au client ; surtout, et c’est probablement son avantage décisif, la vis est montée dans un carter en une seule pièce avec des paliers de haute précision.

L’échange standard est très simple et sécurisé sous réserve de suivre scrupuleusement les indications fournies par Ovision. J’ai ensuite ajusté le jeu à 1mm en bout d'axe de CP et de telle sorte que la VSF puisse être tourné sans point dur ; j’ai complété ce réglage par un contrôle de l’intensité du courant d’alimentation : le moindre point dur se traduit en effet par une augmentation bien perceptible de l’intensité délivrée ce qui permet un contrôle fiable de la régularité du couplage ; les résultats sont immédiats.


Vis Ovision

L’erreur périodique tombe à +/-5" voire moins sur certaines séquences. Surtout, la courbe de suivi est beaucoup plus douce.

Par suite d’un défaut cosmétique sans incidence fonctionnelle, Ovision m’a adressé une nouvelle vis ; les résultats sont similaires ce qui confirme la bonne reproductibilité des performances sans réglage fastidieux de la position des paliers.

En outre si l’on prend soin de parfaire l’équilibrage avec une très légère prépondérance (à l’Est ici), les résultats sont impressionnants : l’erreur périodique disparaît, pratiquement noyée dans le « bruit » de la turbulence, des autres erreurs mécaniques et des vibrations (liées au passage de véhicules) avec un suivi meilleur que +/-2.5" (EP lissée de 3" crête à crête) ! Enfin, ce qui ne gâche rien, la dérive horaire du Gemini, mesurée au méridien, sur une quinzaine de minutes (et même beaucoup plus), est nulle... Il ne reste plus qu'à Ovision (*) de nous fournir des réducteurs de haute précision pour lisser le "bruit" mécanique résiduel (apériodique) de l'ordre de +/-1" d'arc  d'amplitude (**) et un viseur polaire de haute précision !


Vis Ovision, légère prépondérance Est (Procyon au méridien) - dont Seeing +/-1" env

Assez étonné du résultat, obtenu sans aucune PEC ou guidage bien entendu, je l'ai reconduit une deuxième fois sans difficulté. Certains amateurs US ont publié des courbes similaires.

Certes, il est un peu regrettable d’avoir à remplacer une pièce maîtresse d’une monture neuve par un accessoire d’une tierce partie mais mon test ne prouve pas que la monture « sortie de boîte » est inutilisable ; en tout état de cause l’entraînement de la G11 ainsi équipée est d’un niveau de très haut de gamme, pour un prix total encore compétitif.

(*) Ovision indique les vis sont réalisées avec une précision (non commerciale) d'une seconde d'arc.
(**) En fait le réducteur a une période de 32s que l'on retrouve sur l'analyse du spectre mais l'amplitude correspondante de l'erreur est négligeable (moins de 1").

Conclusion

Le choix actuel pour une monture de cette gamme semble se résumer à :

- la SXD qui a tout de même une capacité de charge sensiblement inférieure et dont le suivi est nettement moins bon (voire problématique),
- l'ATLUX de capacité équivalente à celle de la G11 mais malheureusement livrée aujourd'hui avec un Starbook et toute l'électronique, la motorisation et... les aléas qui vont avec,
- l'EM200 dont la mécanique semble être au dessus de tout soupçon, dotée d'un excellent viseur polaire mais qui est finalement un peu moins précise que la G11 équipée du kit NS et objectivement nettement moins bien équipée en électronique (GOTO) ; le prix de l'EM200 munie de toutes les options est également sensiblement plus élevé que celui de la G11-Gemini,
- l'AP MACH 1 peu connue, nettement plus chère mais très bien conçue, réalisée et qui semble sans reproche,
- les montures plus marginales telle celles proposées par Axis en France,
- ou encore une EQ6/EQG beaucoup moins chère, moins précise mais pouvant être améliorée avec un peu de patience,

Dans ce contexte la G11 ne faillit pas à sa réputation : c’est une excellente monture mais qui nécessite quelques ajustements et accessoires pour être parfaite. Je suis aujourd'hui satisfait de la G11-Gemini surtout après installation du kit Ovision ; la monture est très douce et l’utilisation fiable, très précise et sans surprise. Par ailleurs, la disponibilité de nombreuses pièces détachées est un critère sécurisant à moyen et long terme compte tenu des difficultés de maintenance des montures de certaines grandes marques toutes fabriquées loin de chez nous, aux États-Unis, au Japon ou en Chine.

Alors que je me suis habitué à la disposition inélégante des moteurs, il ne reste de mes préjugés que le poids à porter (15.6kg), lui, bien réel.

Laurent () - Astronome amateur sans aucun lien avec les sociétés citées.