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L'idée du "principe
anthropique" est de prétendre que les événements n'arrivent pas de
façon aléatoire. Ainsi, des Egyptiens à Newton, ils reflétaient un
certain ordre sous-jacent de nature spirituelle, dans lequel la fatalité
occupait une certaine place. Le principe du Big Bang est un concept
convergent de notre société, repris en d'autres termes (peut-être par
hasard) dans plusieurs religions (ou philosophies de même inspiration)
dont la judéo-chrétienne, l'hindouiste
et la taoïste. Etant donné que la théorie du Big Bang résiste aux
assauts des plus sceptiques, les lois naturelles semblent immuables,
distinguant un état initial à partir duquel l'Univers pris forme pour
donner la vie. Mêlée de théologie et de philosophie,
la science a défini ce que l'on appelle un "principe
anthropique", qui considère la place morale de l'Homme dans ce grand
ensemble qui forme l'Univers. Les philosophes ainsi que les scientifiques
ont essayé depuis longtemps d'écarter cette inspiration divine de l'évolution,
mais en vain. Certains ne virent qu'un accident de la nature mais ce
serait nier notre propre évolution. Cette conception, énoncée par le
philosophe grec Anaximandre (fl.-610 ACN) se divise en deux courants : le
principe anthropique fort et le principe anthropique faible[1]. Le principe anthropique faible[2]
invoqué
dans ce texte est apprécié des philosophes mais laisse tout de même
perplexe les scientifiques; c'est toutefois la seule explication qui
pousse les chercheurs à poursuivre leurs recherches. J.Barrow et ses collègues
considèrent que l'évolution de l'Univers a débuté dans l'indétermination
et le hasard "cumulatif", cherchant une orientation à travers
le temps. Un concours judicieux de circonstances, une structure atomique
prête à subir des changements plus complexes forma les molécules, les
étoiles. Rassemblées en galaxies, elles ont édifié soleils et planètes
pour aboutir à l'apparition de la vie et à l'émergence d'observateurs.
Les conditions qui préludent à la vie semblent limitées à notre région
de l'Univers, même si l'on admet a priori l'universalité des lois
de la nature : c'est le principe copernicien[3].
Sur cette évolution il ne peut y avoir de divergences, sauf au sein de
quelques groupes réfractaires. Prétendre le contraire serait la négation
du discours scientifique. Carl Sagan et Hubert Reeves ont très clairement
démontré les différentes étapes de ce processus plus communément
appelé "l'évolution cosmique". Pour Heinz Pagels[4]
cependant
le principe anthropique n'a rien d'étonnant car il n'a aucune valeur
scientifique. Il considère en effet que nous fondons notre raisonnement
sur un concept anthropique qui n'a aucune valeur aux yeux d'une
civilisation extraterrestre. En fait Pagels interprète le principe
anthropique comme étant à l’effigie de l'humanité. Or dans sa version
faible le principe anthropique ne fait que préciser les conditions d'émergence
d'observateurs. Malheureusement, ce principe n'explique
pas la raison d'être des constantes fondamentales de la physique. C'est
la raison pour laquelle Brandon Carter a invoqué un principe anthropique fort[5].
Celui-ci suppose qu'il peut exister d'autres Univers, à moins que
certaines régions de notre Univers aient leurs propres lois physiques,
issues d'une époque primordiale où chaque "domaine" de
l'Univers avait le choix de sa configuration. Mais dans tous les cas ces
environnements sont hostiles et n'ont pas ce caractère particulier qui
permis le développement de la vie. Si nous existons et nous posons
cette question, c'est parce que toutes les lois de la physique sont les mêmes
partout, que les conditions physiques ou chimiques qui régissent les lois
n'accordent que peu d'arbitraires. Finalement l'aboutissement de la vie
fut déterminé dans une petite fourchette de variations, rendant les lois
de la nature immuables, ne tolérant pas le hasard pour aboutir à
l'Homme. Ainsi, l'Univers ne permettrait le développement de la vie que sous l'inspiration d'un Créateur, seul
habilité à choisir les lois qui nous gouvernent. En faisant appel à une notion de finalité,
ce principe conduit à sa perte. Si les lois de la physique auraient pu être
multiples, même les lois qui gouvernent l'Univers seraient en désaccord
avec la théorie quantique de l'état singulier du Big Bang et son évolution
ultérieure. Il semble donc que les seules variations possibles aient été
celles d'un choix d'Univers parmi différentes configurations initiales.
Cela nous ramène à sa version faible. Aussi, il nous faut récuser ce
principe anthropique fort. Si des Univers parallèles existent, ils n'ont
en tout cas aucune influence dans le nôtre et cette idée s'évanouit. Si
l'Univers a été créé en fonction de l'Homme, rien ne lui dictait
d'imposer aux autres galaxies d'être identiques à la nôtre. Tout au
plus les étoiles du bras d'Orion de notre Voie Lactée devraient-elles être
ce qu'elles sont, composées d'éléments enrichis pour donner naissance
au Soleil et à la vie. Au su des découvertes de la science, on ne peut
pas imaginer que l'Univers fut créé avec l'image de l'Homme en
filigrane. Nous en serions flatté, mais ce serait faire fi de toutes les
découvertes accumulées en biologie, en paléontologie, en chimie, en
physique, en astronautique. Le principe anthropique peut cependant expliquer la non
découverte de la désintégration du proton. S'il est difficile
d'observer cet événement dans la nature, cela peut provenir du fait que
notre propre existence est liée au phénomène inverse : créer la matière
avec la production de proton à une époque où l'espace contenait un
nombre indistinct de quarks et antiquarks, base de l'édifice baryonique.
Mais qu'est ce qui a conduit l'Univers à privilégier la matière plutôt
que l'antimatière ? Nous avons vu en physique quantique comment Cronin, Fitch et Sakharov démontrèrent
que les interactions fortes violaient la symétrie C et CP, le méson K°
se désintégrant plus facilement en produisant des positrons devenant
quarks qu’en leur antiparticule. Lié au phénomène d'entropie et à
l'impossibilité d'inverser la flèche du temps, l'Univers semble donc, a
posteriori, avoir privilégié la matière en fonction d'une finalité,
notre présence. Les
coïncidences des grands nombres Aimez-vous les chiffres ? Sans doute un peu si vous m’avez suivi jusqu’ici. En 1920 Eddington[6] avait déjà soulevé l'étrange coïncidence des constantes fondamentales de la physique avec le cycle de la vie. Il mis en évidence un étrange rapport entre les différentes constantes universelles, dont les expressions sont reprises dans le tableau ci-dessous.
La troisième expression, appelée le "Nombre de
Eddington" représente le rapport entre la masse de l'Univers actuel
et la masse du proton. Eddington fit remarquer que les deux premières
expressions (1) et (2) étaient approximativement égales entre elles et
que la troisième(3) valait à peu de chose près le carré de
l'expression (1) ou (2). De prime abord ces relations[7]
semblent
artificielles, mais il ne s'agit pas simplement de juxtaposer des
constantes fondamentales, ces trois expressions traduisent l'évolution de
l'Univers. La raison pour laquelle ces différentes grandeurs coïncident
mérite bien quelques instants de réflexion. Robert Dicke[8]
explique
ces coïncidences en décomposant les deux premières relations. L'âge de
l'Univers vaut approximativement l'inverse de la constante de Hubble.
Puisque la durée de vie des étoiles doit être compatible avec
l'apparition des molécules organiques, il découle nécessairement une coïncidence
entre les expressions (1) et (2). Reprenant l'idée anthropique de Dicke, Brandon Carter[9]
résolu
la troisième expression en stipulant que "La présence
d'observateurs dans l'Univers impose des contraintes, non seulement sur l'âge
de l'Univers à partir duquel ces observateurs peuvent apparaître, mais
aussi sur l'ensemble de ses propriétés et des paramètres fondamentaux
de la physique qui le caractérise". F.Dyson[10]
appuya
sa démarche, ayant le sentiment que "tout semble s'être passé
comme si l'Univers devait, en quelque sorte, savoir que nous avions à
apparaître". Même si l'on ne croit pas au principe anthropique, il
faut bien reconnaître que ces coïncidences n'ont pas d'explications
simples. Ce que l'on peut dire avec certitude, c'est que nous ne sommes
pas seulement le fruit du hasard. Si c'était le cas, il aurait fallut
attendre bien plus longtemps que la durée de vie de l'Univers pour que la
chaîne de nucléotides élabore par hasard la chaîne d'ADN et
d'ARN qui aboutit à l'Homme. Cette probabilité à moins d'une chance sur
1015
d'apparaître.
En outre, il aurait fallut attendre que le hasard agence les molécules de
la vie jusqu'à former l'Homme. A partir de quelques molécules d'ADN et
d'ARN, la nature aurait dû essayer toutes les combinaisons possibles pour
voir émerger l'Homme. La probabilité est inférieure à 1/1080
!
A ces arguments nous pouvons ajouter l'expérience de la chaîne de
Markov. Comme on le voit, à choisir entre le hasard et la nécessité de
Jacques Monod, nous sommes forcés de choisir la nécessité, ou ce que
qu’il convient d’appeler le hasard cumulatif. Les
constantes de couplage Un autre argument en faveur du principe anthropique
concerne la précision des grandeurs des constantes de couplage. A l'heure
actuelle, il existe une bonne dizaine de constantes cosmologiques :
"c" la vitesse de la lumière, "G" la constante de la
gravitation, " Si l'Univers est tel qu'il est aujourd'hui
c'est justement parce que les constantes de couplage qui mesurent
l’influence des différentes interactions ont été ajustées avec une
précision telle, que l'on peut réellement se demander quel mystère se
cache sous cette précision d'horloger. Hubert Reeves[11]
et
ses collègues astrophysiciens ont démontré qu'à l'époque de la genèse
de l'Univers, la moindre déviance des constantes de couplage des valeurs
nominales aurait provoqué l'instabilité des nucléons et aurait condamné
l'évolution cosmique. L'attraction gravitationnelle par exemple.
Trop faible, le processus d'agglomération protostellaire ne se serait
jamais produit. La matière se serait diluée. Trop forte, les réactions
nucléaires se seraient emballées bien trop rapidement, ne laissant pas
le temps à la matière de se créer. Tout le combustible nucléaire
aurait été brûlé en quelques milliers d'années. Il en est de même pour l’interaction électromagnétique.
Si sa force était 1% supérieure, les liaisons interatomiques
deviendraient impossible. Il n'y aurait pas de réactions chimiques, les
atomes resteraient isolés et refuseraient de céder ou de partager leurs
électrons. Si la force électromagnétique était plus faible, les molécules
seraient trop instables et se briseraient au moindre choc, à la moindre
variation de température ou de pression. Les molécules de la vie
n'auraient jamais pu subsister dans les tumultes de la création. Idem pour la force de cohésion atomique
(l’interaction forte). Un écart de quelques pourcents suffit à
contrecarrer la formation des éléments. Trop forte, les protons se
combineraient pour former des couples, l'hydrogène serait brûlé à un
rythme effréné, explosant en réactions thermonucléaires et les éléments
légers, indispensables aux molécules de la vie n'auraient pas eu le
temps de se former. Il n'y aurait pas eu de carbone, pas d'eau, pas
d'acides aminés. Trop faible, la cohésion atomique aurait empêché la
fusion de l'hydrogène. Le noyau des proto-étoiles n'aurait jamais
transformé l'hydrogène en deutérium, il n'y aurait jamais eu d'hélium
ni aucune des briques nécessaires à l'élaboration du monde vivant. Le
monde serait terne, aucune étoile ne scintillerait dans le ciel. Enfin,
la constante de structure fine de l'interaction faible aw
coïncide quasiment avec l'intensité de la constante de la gravitation : aw
=
aG1/4 Cette coïncidence à pour conséquence de
permettre l'évolution des étoiles, en particulier d'aboutir au stade de
supernova grâce à l'interaction des neutrinos sur la matière. Sans un réglage
précis entre la nucléosynthèse primordiale qui détermina l'abondance
de l'hélium dans l'univers et la nucléosynthèse stellaire qui produit
les éléments lourds, nous n'existerions pas. Des travaux[12]
visant
à connaître la marge de manoeuvre de dame Nature ont démontré que a w
ne
pouvait dépasser 5x10-18
par an. Les valeurs des constantes de couplage
ont été réglées avec une précision qui peut atteindre 10-40
!
Ces conditions particulières donnèrent naissance à l'Univers tel que
nous l'observons. Autour de Robert Dicke, chef de file des adeptes du
principe anthropique fort, plusieurs chercheurs ont affirmé depuis 1961
que nous existons parce que les conditions initiales le permirent. A la
question de savoir pourquoi l'Univers est-il isotrope ?, C.Collins et
S.Hawking[13]
répondirent
en 1973, "parce que nous sommes là ". Pour ces deux
chercheurs il n'existe qu'un seul Univers, le nôtre, car c'est notre présence
qui imposa les conditions initiales. La
constante de la gravitation Si les physiciens ont toujours aimé faire des calculs,
ils se sont un jour demandés quel était le rapport entre la force
gravitationnelle et la force électrostatique - dite électrique - ? Nous
savons que la force gravitationnelle qui soude tout l'Univers est d'une
intensité de loin inférieur à la force électrique qui maintient les
atomes en molécules. Ce rapport est de l'ordre de 1:4.17x1042
; la force électrique est 4 millions de
milliards de milliards de milliards de milliards de fois plus forte que la
gravitation ! Tant
que nous y sommes, existe-t-il dans l'Univers un autre rapport de cet
ordre ? Il faut chercher un corps sensible à la gravitation et son équivalent
inverse sensible au champ électromagnétique. Les physiciens ont fini par
le trouver. Parmi les rapports submentionnés, il Ce rapport est également de l'ordre de 1040,
proche de l'intensité de l'interaction gravitationnelle qui est voisine
de 1039,
curieuse coïncidence. Les plus sceptiques mettent ces rapports dans le même
panier que le Nombre d'or ou les paramètres caractéristiques des
pyramides. Mais ce rapport soulève une difficulté inattendue mise en évidence
dès 1937 par Paul Dirac[14]. Si la constante de la gravitation G vaut disons 1
aujourd'hui (soit 6.67x10-8
cm3
/g.sec2), puisque l'Univers n'a pas toujours eu les mêmes
dimensions et fut autrefois aussi petit qu'un proton, le rapport entre nos
deux grandeurs a pu être égal à l'unité dans le passé. Mais cela
signifie que la constante de la gravitation changerait au cours du temps.
En clair, l'attraction entre les corps aurait été différente hier
qu'elle ne l'est aujourd'hui. Pourtant il semble que depuis l'Antiquité
les planètes ont toujours gravité autour du Soleil comme elles le font
aujourd'hui. Pour être plus précis il faut mesurer la constante de
la gravitation et cela a pu être fait depuis plus d'un siècle. Toutes
les expériences réalisées avec des pendules de torsion[15]
indiquent
que les résultats les plus précis s'excluent mutuellement (6.670,
6.672, 6.674, etc). De nouvelles mesures effectuées lors des missions
spatiales et sur un pulsar binaire[16]
confirment
également que G ne varie pas d'un facteur supérieur à 2x10-12
par
an. Les seules variations constatées dépendent, parmi d'autres, de la
température, de l'époque, de la magnétisation, de l'état de
radioactivité et de la charge électrique de la matière soumise au test.
Cette conclusion verse de l'eau au moulin des sceptiques mais elle
n'explique pas l'équivalence des deux rapports. Pourquoi 1040, pourquoi pas un autre nombre ? Le vrai visage de la nature ne se révèle
pas seulement dans les mathématiques. Peut-être un philosophe
pourra-t-il y répondre. La
constante cosmologique Le degré de précision des différentes
constantes est stupéfiant mais il devient extraordinaire pour l’énergie
du vide, la fameuse constante cosmologique introduite par Cowie et
Sakharov comme facteur correctif dans le modèle inflationnaire. Bien que
la densité d’énergie du vide soit impossible à calculer, elle n’a
pu augmenter à l’infini. Nous savons qu’à l’échelle de Planck - environ 10-33
cm
- sa contribution dans l’énergie des fluctuations quantiques du champs
gravitationnel a été fixée avec une précision qui atteint une partie dans 10120
.
En mesurant la vitesse d’expansion actuelle de l’univers, il s’avère
que si la précision de la constante cosmologique était différente de
1:10120
,
l’émergence de la vie aurait été impossible. Pour que l’homme prenne toute la mesure
de ce facteur, il fallait nécessairement que toutes les contributions de
l’énergie du vide projetée dans le monde réel soient compensées par
des “trous” d’énergie négative, la moyenne finissant par
s’annuler. Si l’énergie totale du vide n’était pas quasi nulle, en
fonction de sa valeur l’univers aurait déclenché un cycle infernal
d’expansion et de contraction avant même que les molécules aient pu
s’assembler en chaînes prébiotiques ou l’univers se serait détendu
si rapidement qu’aucune galaxie ou étoile n’aurait pu se former. Pour les physiciens il est impossible d’expliquer
pourquoi les différentes contributions de l’énergie du vide ont été
fixée avec une telle précision, même dans le cadre hypothétique
d’une théorie du champ quantique unifiée. Dans sa quête des lois
fondamentales de la nature, Steven Weinberg[17]
considère
que l’énergie du vide fait appel à des constantes arbitraires ajustées
de telle façon à ce que son énergie totale soit suffisamment faible
pour permettre l’éclosion de la vie. Il résout ces problèmes en
supposant que “la vie ou la conscience ne joue aucun rôle
particulier dans les lois de la nature ou dans les conditions initiales.
Il se peut que ce que nous appelons les constantes de la nature varient
d’une région à l’autre de l’univers [...
].
Si c’est le cas, il ne serait pas surprenant que la vie soit possible
dans d’autres régions de l’univers, quoique probablement pas dans la
plupart”.
Il tempère et relativise toutefois son impression en précisant que “si
des êtres vivants ont évolué au point de mesurer les constantes de la
nature, ils trouveront toujours que ces constantes ont des valeurs
particulières permettant l’existence de la vie”. Il répond à
son tour à l’objection de Pagels qui considère le principe anthropique
comme un principe anthropocentrique. Un
univers multidimensionnel Le principe anthropique permet également de résoudre certains paradoxes ou indéterminations, mais n'est pas une preuve de sa réalité. Ainsi, si l'on suppose qu'il y a plusieurs dimensions d'espace, comment expliquer que trois seulement d'entre elles soient accessibles ? Une réponse se base sur la théorie des cordes, théorie qui cherche à unifier les lois de la physique. Elle implique que dans le passé, les 11 ou 26 dimensions de l'Univers étaient très recourbées, dans un espace réduit à l'échelle de Planck et que sous l'égide du principe anthropique, seules 3 dimensions en plus du temps pouvaient permettre le développement de la vie. Les autres dimensions existent mais sont infiniment petites et donc invisibles à nos yeux.
G.Whitrow[18]
a
également soulevé la question des trois dimensions de l'espace. Si la
vie à deux dimensions est vouée à l'échec (le système digestif vous
couperait en deux par exemple), un univers à quatre dimensions rendrait
le monde très instable, de la course de l'électron à celle des planètes.
Les forces électromagnétiques et gravitationnelles varieraient en
fonction inverse du cube de la distance. Tous les astres suivraient des
trajectoires en spirales avant de s'écraser au centre et s'évaderaient
dans l'espace[19].
Les ondes se propageraient sans vitesse déterminée entraînant une incohérence
totale des signaux, du niveau microscopique jusqu'à l'échelle de
l'univers. L'univers tridimensionnel explique également pourquoi les interactions électromagnétiques et gravitationnelles varient en fonction inverse du carré de la distance. Ainsi que le disait Emmanuel Kant[20] en 1747 qui, faut-il le rappeler, fut physicien avant d’être philosophe, ce n'est pas tant lié au fait que nous existons, c'est plutôt une propriété de la géométrie de l'espace à laquelle les lois ont dû se plier. Imaginons comme le fit P.Ehrenfest en 1917 un univers à deux dimensions. La force électromagnétique et la gravitation se propagent jusqu'au périmètre d'un cercle dont la géométrie nous dit que la circonférence est proportionnelle au rayon. Les forces diminuent donc en fonction de la première puissance de la distance. Si nous généralisons cette loi à toutes les dimensions N d'espace[21], on constate que ces deux forces varient en fonction inverse de la puissance N-1 de la distance r.
Mais cela ne signifie pas que ces paramètres
ont nécessairement varié au cours du temps. Des dizaines de chercheurs
ont vainement essayé de trouver cette preuve primordiale mais il est
quasi certain que si ces paramètres ont varié dans le passé, tout notre
univers aurait été différent et les lois s'appliqueraient également
d'une toute autre façon. Reste la dimension temporelle. Ce sujet a rarement été
étudié car il concerne une variable bien particulière des équations
d'Einstein, -ct2
qui ressemble plus à une constante faisant partie des conditions
initiales qu'à une donnée expérimentale. C'est J.Dorling[22]
en
1970 qui semble avoir été le seul à étudier les univers ayant
plusieurs dimensions temporelles. Dorling a découvert qu'un univers ayant
plus d'une dimension de temps rendrait les particules de masse non nulles
très instables. En fait dans un univers à N dimensions de temps, la loi
de conservation n'est pas respectée, c'est la démocratie nucléaire; les
désintégrations de particules lourdes peuvent donner naissance à
d'autres particules lourdes dont la masse totale est supérieure à la
masse de la particule originelle. Quant aux particules de masse nulle au
repos, tel le photon, on n'ose pas imaginer quelles pourraient être les
conséquences sur la propagation des signaux et les interactions en général.
Dans ces conditions, l'existence même des particules élémentaires est
interdite sous leur forme actuelle, avec pour conséquence anthropique
l'inexistence de la vie et de façon générale cet univers à dimension
multitemporelle remettrait en question l'évolution cosmique tel que nous
la connaissons. Les
lois fondamentales de la nature Est-il possible d’expliquer
scientifiquement le principe anthropique ? S'il s'agit d'un principe et
non pas d'une loi, on peut déjà le rapprocher des postulats et il est
vain de chercher une explication rationnelle. Sa découverte est posée
comme l'une des conditions initiales. Plutôt que d’invoquer le hasard,
certains préfèrent considérer le concept probabiliste et parlent
d'univers parallèles, de voyages dans le temps, d'un Créateur atemporel
pour expliquer la réalité quantique. Les explications scientifiques
concernant les univers multiples de Hugh Everett ou les trous de ver de
John Wheeler sont des interprétations très hardies, appréciées par
certains physiciens qui tentent d'expliquer les premiers instants de
l'Univers, mais ces spéculations restent posées a posteriori.
N'oublions la réflexion de Karl Popper : "Une théorie
scientifique doit être réfutable". Car même s’il existe cent
milles exemples pour démontrer l’utilité du principe anthropique, un
contre-exemple suffit à le réfuter. Rien dans le discours scientifique permet
de postuler que les arguments des adeptes du principe anthropique peuvent
être généralisés à tout l'Univers. Le principe anthropique n’exclut
pas la foison d’univers parallèles ou imbriquées. Il dit seulement que
si les constantes de la nature peuvent avoir d’autres valeurs dans
d’autres régions de l’univers, alors personne n’existe pour les
mesurer. Mais encore une fois cette présomption n’impose aucun rôle
particulier à la vie dans les lois fondamentales de la nature. Seule
contrainte, le fait que le Soleil ait une planète sur laquelle la vie ait
pu se développer implique que la vie a joué un rôle dans l’origine du
Système solaire. Comme le dit Weinberg, “si l’on parvient à démontrer
que les lois fondamentales décrivent la distribution des valeurs des
constantes de la nature dans toutes les régions de l’univers, alors on
pourra dire que la vie n’a joué aucun rôle particulier dans l’élaboration
de ces lois”. Si cette extrapolation de nos lois est mise en échec,
dans ce cas il est évident que ce "principe" devra être examiné
d'un point de vue analytique. A l'heure actuelle, l'introduction du
principe anthropique dans la cosmologie est ressentie par les chercheurs
cartésiens comme une démarche non scientifique, une solution de facilité
devant l'ordonnance de l'Univers. Comme l'a écrit Hubert Reeves[23]
"L'Univers
a les propriétés requises pour amener la matière à gravir les échelons
de la complexité". Les réactions chimiques menant à la vie ont
une capacité d'auto-organisation à l'instar de la réaction
auto-entretenue de Belousov-Zhabotinsky. La vie a très bien pu naître,
non par hasard mais dans une séquence abiotique dominée par le respect
de certaines règles. Les constantes de la physique maintiennent en équilibre
des forces antagonistes sans lesquelles la matière
n'existerait pas. Ces constantes confèrent aux électrons, aux atomes,
aux molécules l'ensemble de leurs propriétés, du solide jusqu'au
plasma. On peut ignorer le nombre de Eddington (~1080),
le rapport de la masse du proton à la masse de l'électron (1836) ou la
constante de structure fine (~1/137) et même envisager leur variation au
cours du temps. Toutefois ces équations sont incompatibles avec les
observations. Toutes ces valeurs émanent de la théorie quantique et
s'appliquent, à des degrés variés, à tous les échelons de la hiérarchie
cosmique. L'impact de ces constantes de la Nature sur la théorie "de
Tout" nous dévoilera peut-être la raison de notre existence. Avec
le temps les chercheurs déduiront peut-être les raisons sine qua non de
ces coïncidences. En attendant le principe anthropique résiste
aux idées véhiculées par la science. Pour battre cette idée en brèches,
nous devons démontrer que dans le passé l'Univers eut le choix parmi
différentes configurations. Cela empêcherait les adeptes du principe
anthropique de démontrer que le Créateur aboutit à l'Homme par une voie
unique. L'idée même d'un Créateur serait alors sans fondement,
l'Univers s'édifiant seul[24].
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