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Archéoastronomie

Illustration de la quête des astronomes. Au Moyen-Age, un savant plus curieux que de nature perce le firmament et découvre les rouages de l'univers. Gravure sur bois du XVIe siècle colorisée.

Illustration de la quête des astronomes. Au Moyen-Age, un savant plus curieux que de nature perce le firmament et découvre les rouages de l'univers. Gravure sur bois du XVIe siècle colorisée.

De la Docte Vérité (I)

Avant d'envisager d’explorer notre Galaxie et l’univers, nous devons avant tout situer notre demeure, la Terre et le système solaire dans ce vaste cosmos. Les connaissances que nous avons acquises en astronomie, tant en cosmologie, en astrophysique qu'en bioastronomie sont l'aboutissement de nombreux siècles de réflexions, de tâtonnements, de révolutions intellectuelles. C'est ainsi que l'histoire de l'astronomie nous permet d'apprécier l'évolution de notre représentation du monde.

On ne peut passer sous silence la dépendance de l'astronomie, de la philosophie, de la théologie, de la technologie et de la vie sociale des hommes pour uniquement présenter les problèmes contemporains. Notre culture y gagnera et de toute façon les questions physiques d'aujourd'hui étaient encore du ressort de la philosophie au siècle dernier !

Historiquement, l'astronomie rencontra de nombreux obstacles "épistémologiques" et de ce fait ne parvint que lentement à appréhender la réalité du monde, bien différente de la "vérité" des manuels.

Pendant des milliers d'années, les doctrines philosophiques ou politiques, les préceptes religieux ou tout simplement la loi du bon sens freinèrent l'émergence de nouvelles représentations du monde, de l'Extrême-Orient à l'Occident. Politiciens et clercs accordaient plus de crédits aux philosophes les plus habiles qu'aux créateurs d'idées neuves. De tels carcans ont fini par émousser les hommes de science mais leur combat fut long et parfois périlleux. Le combat se déroula avec des idées et des preuves.

A l'opposé de ce courant, les cités hindoues, arabes et précolombiennes développèrent une astronomie d'observation qui fut de loin en avance sur la culture européenne. Malheureusement aucune d'entre elles ne se transforma en science physique. Il ne reste aujourd'hui que les vestiges de leurs temples et quelques instruments d'observations. Leurs cultures nous ont cependant légué deux inventions essentielles : le zéro et les chiffres arabes.

Aux origines

L'astronomie et son histoire remontent à plusieurs millénaires[1]. Il est possible qu'elle ait pris naissance au paléolithique, à l'époque où les premiers hommes de Cro-Magnon s'interrogèrent sur leur avenir, essayant de décrypter les messages inscrits dans le ciel. Le cycle de la Lune fut probablement la première manifestation qui dut les intriguer comme en témoigne l'os sculpté ci-dessous.

Le premier calendrier lunaire de l'histoire : un os sculpté du paléolithique. Selon les dernières études, les cupules représenteraient exactement les différentes phases et positions de la Lune depuis le lieu où l'objet a été découvert. Document Alexander Marshack/NGS.

Les menhirs et dolmens de Carnac

Si nous écartons le site Néolithique de Gobekli Tepe (Turquie, 11500 ans) dont le temple fut probablement dédié à un culte sacré païen sans relation avec l'astronomie, les véritables prémices de l'astronomie remonteraient à environ 6700 ans, en Europe.

C'est en effet à cette époque, au nord de Carnac, en Bretagne, qu'auraient été dressées quatre séries d'alignements de menhirs (pierres dressées), de dolmens (chambres dont les parois constituées de menhirs sont recouvertes d'une dalle) et de chromlechs (menhirs disposés en cercle) qui s'étalent sur plus de 3.5 km dans la direction est-ouest. Leur orientation se trouve grosso modo dans la direction du solstice d'été, où le Soleil se lève aux équinoxes. De plus, sur la commune proche de Locquamarier, gît un grand menhir, brisé en trois parties, qui devait à l'origine se dresser vers le ciel à une hauteur de 20 m, comme un gigantesque gnomon. Sa fonction précise reste une énigme.

Faits autrement troublants, plusieurs alignements situés hors de Carnac sont orientés vers le lever du Soleil au solstice d'hiver (tumulus de Kercado, Gavrinis, la Roche-aux-fées). Il semble que ces monuments soient en relation avec des rites religieux, servant de calendriers rudimentaires pour marquer les dates importantes de la vie agricole.

A lire : Des pierres levées vers le ciel

PDF préparé par Yaël Nazé, ULg

A gauche, une vue du site de Carnac. A droite, Stonehenge. Voici un schéma reprenant la position de toutes les pierres existantes et disparues de Stonehenge. Aujourd'hui seule une partie de la formation intérieure subsiste ainsi que le fossé périphérique. Le site anglais Britannia vous propose quelques informations complémentaires. A ce sujet, l'idée que ces pierres aient été érigées par les Celtes est une rumeur qui remontent à l'époque des Lumières et des Romantiques lorsqu'un antiquaire anglais amorça l'idée dans son roman "Celte". Ces pierres auraient en fait été érigées par les ancêtres des Britons. Documents Auteurs de vues et Wallpaper-s.

Stonehenge

Stonehenge est le troisième plus vieux site Néolithique. Il est situé à 13 km de Salisbury, dans le Wiltshire, au sud de l'Angleterre. On pense que cet ouvrage fut érigé par les ancêtres des Britons, un peuple peu connu vivant 2400 ans avant Jésus-Christ, soit entre la fin de l'âge de pierre et le début de l'âge de bronze. Stonehenge est donc antérieur aux pyramides d'Egypte. 

La partie la plus ancienne (les 56 trous d'Aubrey situés en périphérie du site remonteraient aux environs de 2900 av. JC. tandis que les pierres les plus récentes auraient été érigées au plus tard vers 1600 av. JC.

Le site de Stonehenge étant situé dans un endroit découvert et valonné loin de toute carrière de pierre, on peut se demander d'où viennent ces immenses pierres et comment furent-elles érigées ? Après des décennies de recherches les archéologues sont arrivés à la conclusion que les pierres de 33 tonnes ont été extraites d'une carrière située à 40 km de distance et probablement tirées sur des traîneaux en bois jusqu'à Stonehenge. Les petites pierres levées dites "pierres bleues" pesant 4 tonnes proviennent de Preseli, une carrière située à 300 km de là, au sud du pays de Galles. Il est possible que les pierres aient été acheminées par la mer sur de grandes pirogues larges et à fond plat faisant office de radeaux.

Quant à l'érection des pierres sur le site, des expériences ont démontré que moyennant l'installation d'échauffaudages en bois, d'une rampe et d'une main d'oeuvre constituée de quelques dizaines d'hommes, les ancêtres des Britons ont pu ériger ce monument avec toute la précision requise. Au total on estime que plusieurs centaines d'hommes ont travaillé sur ce projet durant plusieurs années, accumulant plusieurs millions d'heures de travail, une véritable entreprise.

Stonehenge

Plus étonnant, des tombes contenant les squelettes de 6 archers ont été découvertes à Stonehenge. Après enquête, il s'avéra que ces hommes étaient âgés de 4300 ans et étaient originaires du sud du pays de Galles. Ils auraient donc été impliqués soit dans le transport des pierres soit dans la construction du monument.

Quel est la fonction de Stonehenge ? On l'ignore précisément car aucun document historique atteste l'existence ou l'utilité de Stonehenge. En fait ce monument est unique au monde et sa fonction exacte reste mystérieuse. On pense qu'il s'agirait d'un lieu de culte, de célébration. Stonehenge ne fut jamais un observatoire de la voûte céleste mais un site sacré.

Depuis le centre d'un "autel" formé de menhirs hauts de 5 m, en regardant vers une pierre cunéiforme baptisée "Hell stone" située à l'extérieur du cercle, les prêtres du néolithique pouvaient observer la position du Soleil lors du solstice d'été. Ces observations auraient également put servir à déterminer les dates des premiers travaux agricoles.

Mais insatisfaits, ils poussèrent leur défi jusqu'à déterminer les extrêmes du cycle lunaire de 19 ans. A juste titre, l'américain Anthony F.Aveni[2], professeur d'archéoastronomie à l'Université Colgate précise : "nos ancêtres de l'Age de la pierre (Stone-Age) sont supposés avoir gravit l'échelle universelle du progrès, chaque échelon étant marqué par une difficulté croissante de percevoir les phénomènes naturels."

En Egypte, en Chine et en Mésopotamie

C'est probablement en Egypte que l'étude du ciel naquit, savoir jalousement gardé par les prêtres 3000 ans avant notre ère. L'astrologie n'a jamais été pratiquée en Egypte.

Plusieurs livres relatent les observations astronomiques concernant  le Soleil, la Lune et les étoiles. Les Egyptiens utilisaient un calendrier de 365 jours et connaissaient les constellations. Les grandes pyramides par exemple furent alignées par rapport au pôle Nord. Le lever de Sirius (que les Egyptiens appelaient Sopdet et Sothis par les Grecs) était également un évènement particulièrement important à fixer dans l'année car il marquait le début des innodations du Nil et donc l'apport de limon fertile dans les champs situés en bordure du fleuve.

Précisons déjà que plusieurs millénaires plus tard l'Egypte connaîtra des grands astronomes tels que Théodosius (395 av. JC) et Ptolémée (90 apr. JC).

En Chine, vers 2600 avant notre ère, l'observation du ciel était au service de l'empereur et de l'astrologie.

Les Chinois croyaient en effet que le ciel était organisé à l'image de leur société. Il abritait donc des êtres vivants. Ainsi, l'Empereur habitait dans un Palais supérieur, situé sur l'Etoile Polaire, veillant de là haut sur ses sujets. Jupiter, le Gouverneur Vert gérait le printemps tandis que les autres planètes assuraient des fonctions administratives. Cette mythologie subsistera jusqu'aux contacts avec l'Occident. Nous en reparlerons un peu plus tard.

L'astronomie était déjà une science en Mésopotamie (dont voici une carte) 2300 ans avant Jésus-Christ. Nous retrouvons les premiers relevés concernant l'observation des éclipses de Lune, des comètes ainsi que les premières prédictions des conjonctions des planètes entre elles. Sur les tables d'Ammizadouga (vers 1580 av. JC) sont ainsi consignées dix années d'observations de la planète Vénus.

A voir : B comme Babylone

Le disque de Nebra ou les prémices de l'astronomie en Europe continentale

Jusqu'en tournant du XXIeme siècle, il n'existait aucune archive archéologique prouvant que l'astronomie aurait été pratiquée en Europe continentale avant l'époque de la Grèce antique (voir plus bas).

En 1999, des contrebandiers ont prétendu détenir des pièces antiques uniques en bronze vert-de-gris comprenant un disque de 32 cm de diamètre pesant 2.2 kg sur lequel sont fixées des appliques en or en forme de cercle et de croissant, deux poignards, des bijoux en spirale, une hache et des ciseaux en bronze. Ils vendirent l'ensemble sur le marché noir des antiquités pour la somme de 31000 DM soit 22000$, 16000€.

Le disque en bronze de Nebra découvert en Allemagne en 1999. Il daterait de 1600 ans av. JC. Certains archéologues contestent son authenticité car sa datation n'a pu être établie que de manière indirecte.

Les objets réapparurent en 2001. Dans une taverne de Bâle, en Suisse, un archéologue rencontra des contrebandiers qui souhaitaient vendre le disque et les accessoires pour la somme de 400000$. Après vérification du disque, le scientifique s'excusa et avertit immédiatement la police au grand dam des contrebandiers qui se croyaient intouchables en Suisse. La police embarqua tout le monde.

C'est ainsi que le monde scientifique découvrit l'existence du "disque de Nebra".

Au cours des investigations qui ont suivi cette affaire bien étrange, on apprit que ces pièces en bronze furent découvertes en 1999 lors de fouilles clandestines à Nebra-sur-Unstrut, non loin des vignobles, dans le Land de Saxon-Anhlat, en Allemagne. Le disque aurait été découvert sous quelques centimètres de terre.

Pour l'anecdote, les contrebandiers dirent à la police qu'ils pensaient avoir trouvé un couvercle de poubelle, mais dans ce cas il l'ont tout de même vendu bien cher !

Le peu de terre resté sur le disque ne permit pas de le dater. En revanche, une étude isotopique de la patine des autres objets trouvés au même endroit révèle qu'ils datent de 3600 ans, soit 1600 ans avant Jésus-Christ.

Si le disque n'a pas pu être daté, les archéologues sont d'avis que sa fabrication remonte à plusieurs centaines d'années mais sans preuve, ils refusent de lui attribuer une date formelle.

Malheureusement, cet objet énigmatique fut sorti de son contexte et rejoint le fameux planétarium d'Antikythere et par la même occasion tous les objets énigmatiques de la pataphysique dont rafolent les fans d'ésotérisme et quelques ufologues. Certains ont même prétendu que le disque était un appareil à voyager dans le temps. A leur décharge, il est vrai que le vin allemand peut vite monter à la tête !

Dans un article publié en janvier 2004 dans le National Geographic, qui comprend également un article sur Mars, l'archéologue allemand Harald Meller explique que ce disque pourrait être un calendrier astronomique à usage religieux.

Pour appuyer son hypothèse, Meller explique que le disque comprend une représentation du disque solaire dont un morceau fut perdu, un croissant de Lune, des étoiles et deux grands arcs de cercle sur son pourtour. Qand on place le disque horizontalement au sommet de la colline de Mittelbeg et en regardant vers l'ouest, l'extrémité gauche de l'arc de cercle pointe vers le coucher du Soleil au solstice d'hiver tandis que son extrémité droite pointe vers Brocken et le coucher du Soleil au solstice d'été.

Meller pense que lorsqu'un morceau d'or se détacha du disque solaire, un prête aurait enterré le disque dans un endroit secret, pensant que le fait qu'il était abîmé ruinerait sa puissance spirituelle.

Quel que soit l'origine et l'usage de ce disque, cet artefact unique en son genre est aujourd'hui exposé au musée de la Préhistoire de Halle, en Allemagne et est assuré pour 100 millions d'euros. Il ne quitte donc le musée que sous bonne escorte. En juin 2013, l'objet fut inscrit au registre "Mémoire du Monde" par l'UNESCO, renforçant son authenticité mais qui restera probablement sous caution sans autre preuve.

En Grèce

Si jusqu'ici l'astronomie était avant tout associée à des cultes religieux en relation avec l'agriculture, c'est grâce aux philosophes grecs du premier millénaire avant Jésus-Christ (Thalès, Pythagore, Héraclide, Aristarque,...), que nous devons les fondements de l'astronomie.

Thalès de Milet (624-547 av.JC).

Thalès de Milet, philosophe, mathématicien et conseiller politique, était l'un des Sept Sages Grecs. Familié des écoliers pour son célèbre théorème, ce personnage érudit était suffisamment initié à l'astronomie pour prédire l'éclipse de Soleil de l'an -585. Réussite qui lui valut d'autant plus de célébrité qu'elle mit fin à une guerre.

Les Pythagoriciens voyaient dans l'univers des rapports harmonieux et des corps parfaits. La Terre était sphérique et les mouvements célestes circulaires. Ils énoncèrent que les planètes se trouvaient à des distances égales aux intervalles des sons de la lyre. Les planètes devaient donc émettre des notes musicales de plus en plus graves en fonction de leur distance à la Terre. Cette harmonie était appelée la "musique des sphères". 

Pour expliquer les mouvements rétrogrades des planètes l'académicien Eudoxe de Cnide (fl.-400), qui fut l'élève du pythagoricien Archytas de Tarente, étudia l'astronomie à Héliopolis et construisit un observatoire. Nous savons par Aristote qu'il représentait les rétrogradations des planètes par un système compliqué de sphères emboîtées (mais probablement fictives).

Héraclide de Pont remarqua le balancement des positions de Mercure et de Vénus autour du soleil. On dit qu'il fut le premier à énoncer que le mouvement apparent de la voûte céleste autour de la Terre était dû à la rotation terrestre.

Aristarque de Samos, sur lequel nous reviendrons en mécanique céleste, mérite une mention spéciale de précurseur. Non seulement il comprit que la Terre tournait sur elle-même, mais il énonça, dix sept siècles avant Copernic, que c'était la Terre qui accomplissait une révolution autour du Soleil, et non l'inverse.

Prochain chapitre

Eurêka

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[1] Pour tout savoir ou presque sur l'astronomie antique, lire s/dir A.Aveni, World Archaeoastronomy, Cambridge University Press, 1989. L’auteur publie également un magazine intitulé "Archaeoastronomy Journal - Ancient Astronomers, A.Aveni, Smithsonian Books, 1993 - Archaeoastronomy Pages de J.Q.Jacobs - Histoire de l'Astronomie occidentale, L.Celnikier, Tec & Doc-Lavoisier, 1997 - L'Astronomie et son histoire, J.-R.Roy, Masson, 1997 - Les somnambules, A.Koestler, Calmann-Levy, 1980/1998.

[2] A.Aveni, "World Archaeoastronomy”, op.cit.


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