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Archéoastronomie De la Docte Vérité (I)
Avant d'envisager d’explorer notre Galaxie et l’univers, nous devons avant tout situer notre demeure, la Terre et le système solaire dans ce vaste cosmos. Les connaissances que nous avons acquises en astronomie, tant en cosmologie, en astrophysique qu'en bioastronomie sont l'aboutissement de nombreux siècles de réflexions, de tâtonnements, de révolutions intellectuelles. C'est ainsi que l'histoire de l'astronomie nous permet d'apprécier l'évolution de notre représentation du monde. On ne peut passer sous silence la dépendance de l'astronomie, de la philosophie, de la théologie, de la technologie et de la vie sociale des hommes pour uniquement présenter les problèmes contemporains. Notre culture y gagnera et de toute façon les questions physiques d'aujourd'hui étaient encore du ressort de la philosophie au siècle dernier ! Historiquement, l'astronomie rencontra de nombreux obstacles "épistémologiques" et de ce fait ne parvint que lentement à appréhender la réalité du monde, bien différente de la "vérité" des manuels. Pendant des milliers d'années, les doctrines philosophiques ou politiques, les préceptes religieux ou tout simplement la loi du bon sens freinèrent l'émergence de nouvelles représentations du monde, de l'Extrême-Orient à l'Occident. Politiciens et clercs accordaient plus de crédits aux philosophes les plus d'habiles qu'aux créateurs didées neuves. De tels carcans ont fini par émousser les hommes de science mais leur combat fut long et parfois périlleux. Le combat se déroula avec des idées et des preuves. A l'opposé de ce courant, les cités hindoues, arabes et précolombiennes développèrent une astronomie d'observation qui fut de loin en avance sur la culture européenne. Malheureusement aucune d'entre elles ne se transforma en science physique. Il ne reste aujourd'hui que les vestiges de leurs temples et quelques instruments d'observations. Leurs cultures nous ont cependant légué deux inventions essentielles : le zéro et les chiffres arabes. Aux origines L'astronomie et son histoire remontent à plusieurs millénaires[1]. Il est possible qu'elle ait pris naissance au paléolithique, à l'époque où les premiers hommes de Cro-Magnon s'interrogèrent sur leur avenir, essayant de décripter les messages inscrits dans le ciel. Le cycle de la Lune fut probablement la première manifestation qui dut les intriguer comme en témoigne l'os sculpté ci-dessous.
Les véritables prémices de l'astronomie remonteraient à environ 6700 ans, époque où auraient été dressés au nord de Carnac, en Bretagne, quatre séries d'alignements de menhirs (pierres dressées), de dolmens (chambres dont les parois constituées de menhirs sont recouvertes d'une dalle) et de chromlechs (menhirs disposés en cercle) qui s'étalent sur plus de 3.5 km dans la direction est-ouest. Leur orientation se trouve grosso modo dans la direction du solstice d'été, où le Soleil se lève aux équinoxes. De plus, sur la commune proche de Locquamarier, gît un grand menhir, brisé en trois parties, qui devait à l'origine se dresser vers le ciel à une hauteur de 20 m, comme un gigantesque gnomon. Sa fonction précise reste une énigme. Faits autrement troublants, plusieurs alignements situés hors de Carnac sont orientés vers le lever du Soleil au solstice d'hiver (tumulus de Kercado, Gavrinis, la Roche-aux-fées). Il semble que ces monuments soient en relation avec des rites religieux, servant de calendriers rudimentaires pour marquer les dates importantes de la vie agricole. Stonehenge est le second plus vieux site Néolithique. Il est situé à 13 km de Salisbury, dans le Wiltshire, au sud de l'Angleterre. On pense que cet ouvrage fut érigé par les ancêtres des Britons, un peuple peu connu vivant 2400 ans avant Jésus-Christ, soit entre la fin de l'âge de pierre et le début de l'âge de bronze. Stonehenge est donc antérieur aux pyramides d'Egypte. La partie la plus ancienne (les 56 trous d'Aubrey situés en périphérie du site remonteraient aux environs de 2900 av. JC. tandis que les pierres les plus récentes auraient été érigées au plus tard vers 1600 av. JC. A lire : Des pierres levées vers le ciel PDF préparé par Yaël Nazé, ULg
Le site de Stonehenge étant situé dans un endroit découvert et valonné loin de toute carrière de pierre, on peut se demander d'où viennent ces immenses pierres et comment furent-elles érigées ? Après des décennies de recherches les archéologues sont arrivés à la conclusion que les pierres de 33 tonnes ont été extraites d'une carrière située à 40 km de distance et probablement tirées sur des traîneaux en bois jusqu'à Stonehenge. Les petites pierres levées dites "pierres bleues" pesant 4 tonnes proviennent de Preseli, une carrière située à 300 km de là, au sud du pays de Galles. Il est possible que les pierres aient été acheminées par la mer sur de grandes pirogues larges et à fond plat faisant office de radeaux. Quant à l'érection des pierres sur le site, des expériences ont démontré que moyennant l'installation d'échauffaudages en bois, d'une rampe et d'une main d'oeuvre constituée de quelques dizaines d'hommes, les ancêtres des Britons ont pu ériger ce monument avec toute la précision requise. Au total on estime que plusieurs centaines d'hommes ont travaillé sur ce projet durant plusieurs années, accumulant plusieurs millions d'heures de travail, une véritable entreprise. Plus étonnant, des tombes contenant les squelettes de 6 archers ont été découvertes à Stonehenge. Après enquête, il s'avéra que ces hommes étaient âgés de 4300 ans et étaient originaires du sud du pays de Galles. Ils auraient donc été impliqués soit dans le transport des pierres soit dans la construction du monument. Quel est la fonction de Stonehenge ? On l'ignore précisément car aucun document historique atteste l'existence ou l'utilité de Stonehenge. En fait ce monument est unique au monde et sa fonction exacte reste mystérieuse. On pense qu'il s'agirait d'un lieu de culte, de célébration. Stonehenge ne fut jamais un observatoire de la voûte céleste mais un site sacré. Depuis le centre d'un "autel" formé de menhirs hauts de 5 m, en regardant vers une pierre cunéiforme baptisée "Hell stone" située à l'extérieur du cercle, les prêtres du néolithique pouvaient observer la position du Soleil lors du solstice d'été. Ces observations auraient également put servir à déterminer les dates des premiers travaux agricoles. Mais insatisfaits, ils poussèrent leur défi jusqu'à déterminer les extrêmes du cycle lunaire de 19 ans. A juste titre, l'américain Anthony F.Aveni[2], professeur d'archéoastronomie à l'Université Colgate précise : "nos ancêtres de l'Age de la pierre (Stone-Age) sont supposés avoir gravit l'échelle universelle du progrès, chaque échelon étant marqué par une difficulté croissante de percevoir les phénomènes naturels C'est
probablement en Egypte que l'étude du ciel naquit, savoir jalousement
gardé par les prêtres 3000 ans avant notre ère. L'astrologie n'a jamais
été pratiquée en Egypte. En revanche, en Chine, vers 2600 avant notre ère,
l'observation du ciel était au service de l'empereur et de l'astrologie.
Les Chinois croyaient en effet que le ciel était organisé à l'image de
leur société. Il abritait donc des êtres vivants. Ainsi, l'Empereur
habitait dans un Palais supérieur, situé sur l'Etoile Polaire, veillant
de là haut sur ses sujets. Jupiter, le Gouverneur Vert gérait le
printemps tandis que les autres planètes assuraient des fonctions
administratives. Cette mythologie subsistera jusqu'aux contacts avec
l'Occident. Nous en reparlerons un peu plus tard. L'astronomie
était déjà une science en Mésopotamie 2300 ans avant Jésus-Christ.
Nous retrouvons les premiers relevés concernant l'observation des éclipses
de Lune, des comètes ainsi que les premières prédictions des
conjonctions des planètes entre elles. Sur les tables d'Ammizadouga (vers
1580 avant JC) sont ainsi consignées dix années d'observations de la
planète Vénus. Thalès
de Milet (624-547 av.JC), philosophe, mathématicien et
conseiller politique, est l'un des Sept Sages Grecs. Mais
c'est surtout aux philosophes grecs du premier millénaire avant Jésus-Christ (Thalès, Pythagore, Héraclide,
Aristarque,...), que nous devons les fondements de l'astronomie. Thalès
de Milet, dont le théorème est familier aux écoliers, fut suffisamment
initié à l'astronomie pour prédire l'éclipse de Soleil de l'an -585. Réussite
qui lui valut d'autant plus de célébrité qu'elle mit fin à une guerre. Les
pythagoriciens voyaient dans l'univers des rapports harmonieux et des
corps parfaits. La Terre était sphérique et les mouvements célestes
circulaires. Ils énoncèrent que les planètes se trouvaient à des distances égales aux intervalles des sons de la
lyre. Les planètes devaient donc émettre des notes musicales de plus en
plus graves en fonction de leur distance à la Terre. Cette harmonie était
appelée la "musique des sphères". Pour
expliquer les mouvements rétrogrades des planètes l'académicien Eudoxe
de Cnide (fl.-400), qui fut l'élève du pythagoricien Archytas de Tarente, étudia
l'astronomie à Héliopolis et construisit un observatoire. Nous savons
par Aristote qu'il représentait les rétrogradations des planètes par un
système compliqué de sphères emboitées (mais probablement fictives). Héraclide
de Pont remarqua le balancement des positions de Mercure et de Vénus
autour du soleil. On dit qu'il fut le premier à énoncer que le mouvement
apparent de la voûte céleste autour de la Terre était du à la rotation
terrestre. Aristarque
de Samos, sur lequel nous reviendrons dans le dossier consacré à la
Terre, mérite une mention spéciale de précurseur. Non seulement il
comprit que la Terre tournait sur elle-même, mais il énonça, dix sept
siècles avant Copernic, que c'était la Terre qui accomplissait une révolution
autour du Soleil, et non l'inverse. Prochain
chapitre [1]
Pour tout savoir ou presque sur l'astronomie antique, lire
s/dir A.Aveni, World Archaeoastronomy, Cambridge University
Press, 1989. L’auteur publie également un magazine intitulé
"Archaeoastronomy
Journal - Ancient
Astronomers, A.Aveni, Smithsonian Books, 1993 - Archaeoastronomy
Pages de J.Q.Jacobs - Histoire
de l'Astronomie occidentale, L.Celnikier, Tec &
Doc-Lavoisier, 1997 - L'Astronomie
et son histoire, J.-R.Roy, Masson, 1997 - Les
somnambules, A.Koestler, Calmann-Levy, 1980/1998. [2]
A.Aveni, "World Archaeoastronomy”, op.cit.
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