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Archéoastronomie Eurêka (II) Vers
-330 avant notre ère alors qu'Alexandre le Grand assiège Babylone, les
Grecs en profitent pour accéder
aux manuscrits orientaux. Pendant ce temps, l'astronome grec Pythéas,
persuadé que la Terre était ronde décida d'explorer le monde. Il
embarqua avec son équipage dans le port de Marseille et remonta vers la
mer du Nord pour finalement atteindre l'Islande. Son journal de bord parle
d'animaux marins fantastiques, de geysers, de glace flottante qu'il ne
connaît pas, de journées de 20 heures... Après son retour
malheureusement personne ne cru ses histoires farfelues et le célèbre
Strabon le traitera de menteur. Pourtant Pythéas venait de découvrir un
autre monde ouvrant ainsi la voie aux aventuriers. Triste dans sa
demi-disgrâce il écrivit cependant : "Je suis triste, mais dans mon coeur la certitude de mon savoir n'est pas
ébranlée"[3].
Avec
Alexandre le Grand naissent les Empires. L'homme Grec n'est plus maître
dans sa cité. Les décisions sont prises ailleurs, à commencer par Rome.
Philosophiquement parlant, c'est l'époque à laquelle l'Homme se tourne
vers lui-même et s'individualise (épicurisme, stoïcisme, etc.). A la même époque, Aristarque de Samos détermina par trigonométrie les distances moyennes du Soleil et de la Lune. Dans sa logique, il estimait également que la petite planète Terre devait tourner autour du grand Soleil. Si les étoiles paraissaient fixes, c'est parce qu'elles étaient extrêmement éloignées. A juste titre Aristarque fut surnommé "le Copernic de l'Antiquité". Malheureusement ses travaux ont été perdu. Nous n'en avons connaissance qu'à travers un traité rédigé par Archimède. Après s'être écrié "Eurêka" en découvrant la manière de calculer la masse volumique d'un corps, ce grand mathématicien s'attaqua au problème de l'Univers aux environs de -250 avant notre ère, époque à laquelle il écrivit l'Arénaire. Suivant la théorie d'Aristarque, Archimède suggéra à son ami le roi Hiéron II de Syracuse que l'Univers pouvait contenir 1063 grains de sable. Il s'étendait bien au-delà de l'orbite de Saturne, la sphère des fixes étant située dans notre jargon moderne à une distance d'une année-lumière de la Terre ! L'espace voyait ses dimensions multipliée par un facteur cent mille. Malheureusement les successeurs d'Archimède n'appréciaient pas son modèle cosmologique et bientôt Grecs et Romains revendiquèrent le système de Ptolémée. Un
siècle plus tard, vers -146 avant notre ère, l’astronome et mathématicien
grec Hipparque de Nicée dressa à l'aide de son astrolabe le Catalogue
des étoiles fixes en mesurant la position d'un bon millier d'étoiles
et recalcula la distance du Soleil et de la Lune. C'est Hipparque également
qui découvrit la précession des équinoxes en comparant la rotation sidérale
du Soleil à sa rotation tropicale. Aux
alentours de 140 de notre ère, Ptolémée reprend la théorie
d'Hipparque. Il expose dans son Almageste
la première théorie empirique du mouvement de la Lune. Ptolémée
confirme tout en corrigeant le système géocentrique d'Aristote. Il
considère que la Terre est entourée d'une série de sphères de cristal
- jusqu'à 50 sphères - sur lesquelles sont fixées les planètes et le
Soleil. La sphère extérieure contient les étoiles fixes derrière
laquelle se trouve toujours le feu divin. Toutes ces sphères se déplacent
de façon uniforme en accord avec la métaphysique grecque.
Toutefois
cette conception n’explique pas correctement le mouvement parfois
aberrant de certaines planètes telle que Mars qui rétrograde durant
quelques mois avant de reprendre sa course normale parmi les étoiles.
D’un autre côté, puisque les tables des positions lunaires n’étaient
pas conformes aux observations à mesure que le temps avançait, Ptolémée
inventa la théorie des épicycles. Chaque planète décrit une orbite
circulaire, l'épicycle, centrée sur l'orbite principale, appelée le déférent.
Pour expliquer les plus infimes variations de trajectoires des planètes,
Ptolémée améliore encore son système et imagine que les centres des déférents
sont eux-mêmes décalés par rapport au centre de la Terre, suivant une
trajectoire circulaire appelée l'excentrique. Mais
philosophiquement parlant, l'idée de Ptolémée terni l'éclat du Soleil.
Tout le Moyen-Age est conservateur, l'Homme est au centre des préoccupations
tandis que l'Eglise voit des anges partout - certains poussent même les
planètes - une manière de contrecarrer le mécanisme et la géométrie
grecque. Nous traversons une période de léthargie durant laquelle les idées
nouvelles furent dûment combattues par les dogmes religieux et les préjugés.
Les choses sont resté figées près de mille ans car le clergé refusait
l'"irrationalité" des mathématiciens. La Nature ne pouvait pas
être domptée. Cette attitude était contraire à l'essence divine, pour
laquelle tout était ordre et esthétique, Bible à l'appui. Le clergé se
référait aussi aux conceptions antiques de Platon et d'Aristote dont le
génie très éclairé fit autorité durant quelques siècles.
A ce précepte philosophique s'ajoutait une difficulté "scientifique". Il restait en effet un problème pour concevoir rigoureusement le principe d'inertie. Si un corps au repos
y restait par nature, personne ne pouvait concevoir qu'un corps lancé
puisse conserver sa vitesse. La Terre restait donc fixe au centre du
Monde, c'était une question de bon sens. Nous devrons attendre le génie
de Galilée et de Newton pour résoudre partiellement ce problème. En
410 Rome fut conquise par Alaric et ses Goths après un siège de trois
jours. "Horreur ! s'écrira
saint Jérôme, l'univers s'écroule..."[4]
De fait, l'Empire Romain d'Occident s'écroulera officiellement en 467.
Pendant plus de six cents ans la culture sera anecdotique, les barbares étant
plus versés dans la métallurgie et le maniement des armes que dans la théologie
et le maniement du verbe. La Cité d'Aristote était passée aux
oubliettes. La Cité de Dieu demeurait le seul réconfort d'un peuple sans
passé. Prochain chapitre
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