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Archéoastronomie

Les grandes civilisations (III)

En Chine[5], le plus grand astronome de l'Empire du Milieu fut Tcheou Kong, le frère de l'empereur Wou Wang qui vécut au XIe siècle avant nore ère. Il fit bâtir un observatoire dans la ville de Honan-fu, détermina la position des solstices, découvrit la latitude et déduisit l'inclinaison de l'axe de la Terre au moyen d'un gnomon.

L'Univers Indou.

L'Univers Indou: tortue, éléphant et serpent portent le monde. Peinture de Helmut K.Wimmer/Hayden Planet.

Bien que Confucius (VIIe avant notre ère) nous ai légué des recueils d'astronomie rendant compte des phénomènes célestes, en particulier des éclipses solaires, c'est surtout à partir du IVe siècle avant notre ère que les astronomes de la cour impériale déterminèrent les dates des solstices et des équinoxes, les éclipses, le passage des comètes, l'apparition des novae et des taches solaires.

Un peu plus tôt, en 460 avant notre ère, ils avaient déjà découvert que l'étoile Polaire décrivait un petit cercle sur la voûte céleste, mais il faudra attendre Tsu Chong, en 66 de notre ère pour découvrir le balancement de l'axe de la Terre, la précession des équinoxes, soit deux siècles après la découverte d'Hipparque.

Au VIIIe siècle de notre ère, Huang Ti, dit l'Empereur jaune, introduisit le cycle lunaire de 19 ans et tenu compte de mois intercalaires dans son calendrier chinois, un peu comme nous tenons compte d'années bissextiles pour maintenir la cohérence entre notre calendrier et le cycle de révolution de la Terre autour du Soleil.

Toutefois les chinois seront les moins bons mathématiciens de l'Antiquité, car bien qu'ils connaissaient le système numérique décimal, ils travaillaient sur abaque et divisaient le cercle en 365.25 parties plutôt que 360, par référence au cycle de leur calendrier.

Cela dit, ils furent de fameux artisans et nous léguèrent de nombreux instruments de mesure, tels le sablier, la boussole, le niveau, le compas et l'abaque, sans parler de la poudre à canon, des pâtes ou de l'encre. Malheureusement l'astronomie périclita pendant la dynastie Ming, entre le XIVe et le XVIIe siècle. C'est avec l'arrivée des jésuites que l'astronomie chinoise trouva un second souffle à partir de 1629.

L'astronomie hindoue se démarqua également au début de l'ère chrétienne. Deux époques marquent son histoire.

Antérieurement au IVe avant notre ère, les concepts astronomiques sont mêlés de mythologie (astrologie) et il faudra attendre les expéditions d'Alexandre le Grand pour que les idées grecques pénètrent en Inde, déjà fort en avance sur le plan des mathématiques.

Les Siddhânta représentent les plus anciens traités d'astronomie, dont le premier livre remonte au Ve siècle après Jésus-Christ. Ces recueils consignent les procédures permettant de déterminer la position des étoiles et des planètes brillantes ainsi que la construction des instruments de mesure du temps et des positions planétaires. Parmi ceux-ci plusieurs sont très connus des astronomes : la clepsydre à eau, le gnomon ou le zodiaque lunaire.

Deux observatoires antiques sont particulièrement bien conservés, le "petit” cadran solaire de Jantar Mantar à Delhi (30 m de diamètre) ainsi que l'observatoire de Jai Singh de Jaipur (XVIIIe), composé de 18 instruments de mesure, tous purement visuels.

L'oeuvre de Varaha-Mihira, datant du VIe siècle, reste la plus intéressante du point de vue scientifique. Elle décrit le phénomène des taches solaires, les comètes, les météores, la forme circulaire de la Terre et de la Lune, les éclipses, les occultations d'étoiles et de planètes par la Lune, les phénomènes météos, bref quantités de sujets qui relèvent de l'observation. Malheureusement, plus concerné par l'harmonie transcendantale des êtres avec la nature que par la science, leur astronomie ne devint jamais une science physique.

Entre-temps, entre 250 et 950 de notre ère, les Mayas[6] du Yucatan, au Mexique, comptèrent parmi les civilisations précolombiennes les plus raffinées, à l'apogée de leur culture. C'est durant cette période dite classique que les Mayas inventèrent l'écriture hiéroglyphique et bâtirent les grandes pyramides ainsi que les fameux temples funéraires (Tikal, Palenque, etc).

Le Codex Maya

A gauche, le Codex Maya. Il s'agit d'un manuscrit rédigé vers 1300 traitant de la rotation de la Terre, de Vénus et du Soleil. A droite, le Caracol de Chichèn-Iza au Yucatan avec le Castillo et le Temple de Los Guerreros à l'arrière-plan. Les grandes pyramides de Chichèn-Iza se situent dans la même direction. Ce complexe remonte entre le IXe et le Xe siècle.

Fins observateurs et calculateurs, ils transformèrent les mouvements du Soleil, de la Lune et des planètes en cycles mathématiques, utilisant le concept de zéro bien avant les Européens. C'est ainsi qu'ils inventèrent le calendrier solaire de 365 jours et consignèrent leurs observations dans ce qu'on appelle aujourd'hui le "Codex Maya"[7],.

Plus tard, la société Maya déclinera malgré une certaine renaissance à l'époque Toltèque (950-1500), qui vit l'érection des pyramides de Chichèn-Iza et de son célèbre observatoire en colimaçon, le Caracol. Véritable observatoire, il est en effet ouvert dans sa partie supérieure, ses murs indiquant la ligne de visée qui divise respectivement les positions du coucher du Soleil et de la Lune à l'équinoxe de printemps.

Enfin, rappelons que les Aztèques, vivant à Mexico à l'époque des Conquistadores, connaissaient parfaitement les équinoxes, comme en témoigne l'orientation de tous les anciens bâtiments de la ville : ceux qui n'étaient pas dans l'alignement du Soleil levant étaient détruits et rebâtis.

Signalons également qu'à plusieurs milliers de kilomètres de là, sur la côte sud du Pérou, une autre grande culture précolombienne se développa entre 200 et 600 après notre ère, les Incas.

Panorama de la cité Inca de Machu Pichu dans les Andes péruviennes. Document Wbirt1.

Centrés sur la ville de Cuzco, les "Fils du Soleil" furent des ingénieurs et d'habiles bâtisseurs capables d'ériger des murs sans utiliser de mortier. Ils bâtirent également la ville andine de Machu Picchu.

Plus étonnant, ils tracèrent un système de lignes très mystérieuses à Nazsca, radiant à partir du Temple du Soleil dans la cité de Cuzco. Certains tracés sont à l’effigie d'animaux, d'autres ressemblent à des axes de référence qui, vus du sol semblent s'en aller dans toutes les directions.

Alors que jusqu'à présent les archéologues retenaient l'hypothèse astronomique de Maria Reiche et Paul Kosock, de nouveaux indices fondés sur leur vie sociale et politique indiqueraient qu'il s'agirait de tracés en relation avec les anciens lits de rivières qu'ils recouvrent. Mais à l'heure qu'il est il ne s'agit que de preuves indirectes.

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[5] Y.Nazé, "L'astronomie des Anciens", Belin - Pour la Science, 2009 - C.Cullen, “Astronomy and Mathematics in Ancient China”, Cambridge University Press, 1996 - J.Needham, “Science and civilisation in China (12 vol.) - Volume 3: mathematics and the Sciences of the Heavens and the Earth”, Cambridge University Press, 1956.

[6] George Stuart et Gene Stuart, "Discovering Man's Past in the Americas", National Geographic Society, 1969.

[7] Y.Nazé, "L'astronomie des Anciens", Belin - Pour la Science, 2009. L'auteur consacre pas moins de 17 pages au Codex Maya.


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