Nos outils pour sonder l'univers

La radioastronomie(V)

On sait depuis la découverte de Heinrich Hertz en 1887 que les ondes radioélectriques sont de même nature que les ondes lumineuses. En particulier qu'elles se propagent dans le vide en ligne droite (géodésique) à la vitesse constante de 299792.45 km/s. C'est par leur longueur d'onde (ou leur fréquence) que les ondes hertziennes se distinguent des ondes lumineuses.

Lorsque nous parlons de "lumière" nous avons pris l'habitude de nous rattacher à la vision de l'univers limité au spectre visible compris entre 380 et 780 nm (du bleu au rouge). Ceci ne représente qu'un octave et définit notre capacité visuelle, l'étendue de notre spectre de détection. La radioastronomie nous permet de détecter des longueurs d'onde nettement plus étendues, s'étalant des ondes millimétriques, exprimées en gigahertz, aux ondes décamétriques, exprimées en mégahertz; l'équivalent d'un gain de plus de 50 octaves.

Le spectre électromagnétique.

Avec l'invention de la radio, Thomas Edison fut probablement le premier à reconnaître la possibilité d'écouter les signaux émis par les étoiles. Le professeur A.Kennelly, un associé d'Edison suggéra en 1890 une expérience allant dans ce sens. Dans une lettre adressée à un astronome de l'Observatoire Lick, il proposait notamment : "Simultanément aux perturbations électromagnétiques qui nous viennent du Soleil, et que nous percevons, comme vous le savez, sous forme de lumière et de chaleur, des perturbations sur des longueurs d'ondes plus grandes sont parfaitement plausibles. S'il en était ainsi, nous pourrions les convertir en son". Bien que son expérience ne fut pas concluante, son projet allait donner naissance à une innovation étonnante, la radioastronomie.

Le radiotélescope mis au point par Karl Jansky en 1930 lui permit de découvrir le rayonnement radioélectrique des étoiles et la Voie lactée. Grâce à cette invention aujourd'hui les radioastronomes sont capables d'enregistrer l'émission des astres situés aux confins de l'univers. Document Bell Labs.

Historiquement, c'est Karl Jansky[9], ingénieur de la compagnie Bell Telephone qui réussit en 1930 à intercepter les premières émissions en provenance de l'univers, où apparemment il n'y avait aucune source de rayonnement visible. Par la suite, des détecteurs plus sensibles et offrant une meilleure résolution furent développés, donnant naissance à toute une génération de radiotélescopes. Ils permirent de localiser les points d'où provenaient ce rayonnement qui furent dénommés des "radiosources". Parmi ceux-ci nous retrouvons les pulsars et les quasars. 

Tous les corps produisant un rayonnement sont détectables par un radiotélescope : il peut s'agir des parasites engendrés par un générateur de courant, un moteur, un interrupteur, la décharge d'un néon, les émissions d'un satellite artificiel, tout comme l'émission naturelle des atomes d'un nuage de gaz, d'une planète ou des étoiles d'une galaxie. Pour déterminer l'origine des phénomènes radioélectriques, il est bon de rappeler que le pouvoir séparateur (PS, exprimé en seconde d'arc) est lié à la longueur d'onde (l) par la formule reprise ci-dessous.  

avec

l, la longueur d'onde en millimètres

D, le diamètre du collecteur en millimètres

206265 est déduit de la parallaxe (1 pc/1 UA)

On remarque de suite qu'en radioastronomie, la surface collectrice devient rapidement gigantesque si l'on souhaite une résolution similaire aux télescopes optiques. On peut travailler à quelques dizaines de gigahertz, mais ici les composants au silicium sont inutilisables... La seule solution consiste à utiliser une base interférométrique et d'intégrer les résultats par ordinateur (VLA, VLBA). Le record est détenu par un réseau de 18 radiotélescopes répartis sur les cinq continents et reliés par interférométrie (VLBI). La résolution optimale atteint un dix millième de seconde d'arc. Ce principe est couramment utilisé pour étudier les objets les plus éloignés de l'espace.

A gauche le réseau de radiotélescopes du Very Large Array au Chili, l'un des réseaux interférométriques les plus performants du monde. Les nuages ne l'effraye pas. A droite une parabole du réseau VLBA installé à Hawaii. Documents NRAO et Dorian Weisel.

L'avantage de la radioastronomie apparaît lorsque la lumière est arrêtée par la présence de nuages de matière obscure qui cachent certaines régions du ciel. Cette matière laisse passer le rayonnement radioélectrique et de plus grande longueur d'onde.

Mais ici encore, en fonction du spectre étudié, une partie du rayonnement sera diffusée ou absorbée par la matière. Les corps célestes produisent également un rayonnement thermique perturbateur, sans compter les émissions interstellaires (les étoiles jeunes), le rayonnement du corps noir à 2.7 K. sans parler de l’activité industrielle du “village global”. Tous ces "parasites" réduisent nos fenêtres astronomiques. Dans les meilleurs cas, en faisant usage des bases interférométriques et des algorithmes de corrections informatiques (DSP), la radioastronomie permet de sonder l'univers avec une résolution supérieure à celle des instruments optiques. Elle est toutefois surpassée par les détecteurs rayons X des observatoires orbitaux.

En 2003 l'ESO et la NSF ont signé un accord pour la construction et l'exploitation du plus grand et du plus puissant radiotélescope opérant dans les domaines millimétrique et sous-millimétrique, le projet ALMA. Situé à 5000 m d'altitude, à 40 km de Pedro de Atacama (Chili) cet observatoire sera constitué de 64 paraboles de 12 m de diamètre. Les premiers essais sur le système prototype (à droite) furent réalisés en 2004. ALMA devrait être opérationnel en 2011. Documents ESO.

L'avenir de la radioastronomie est dans l'espace. Si l'astronomie optique interférométrique est encore à ses débuts sur le mont Paranal au Chili, cela relève déjà de la routine pour les ondes radios. Suite aux premiers essais réussis du projet américano-japonais VSOP (VLBI Space Observatory Program) de 1997 dont le but était de tester la technique d'interférométrie espace-Terre, l'étape suivante sera l'installation sur orbite d'un ou plusieurs radiotélescopes. 

Le projet ARISE (Advanced Radio Interferometry between Space and Earth) de la NASA par exemple est un interféromètre utilisant des radiotélescopes orbitaux et terrestres dont la résolution devrait atteindre 10 microsecondes d'arc, 50 fois supérieure à la meilleure résolution des télescopes du Chili ! Il bénéficiera d'une antenne parabolique gonflable de 25 m de diamètre et ne pèsera que 1700 kilos. La date de son lancement n'a pas encore été fixée.

La radiosource M84

3C272.1 alias M84. A gauche son aspect visuel, à droite tel que le "voit" un radiotélescope du VLA. Cette seconde image nous montre des jets émis par le noyau actif qu'il est impossible de deviner sur l'image optique. Documents DSS/USNO et Jodrell Bank.

L'astronautique

L'astronautique couvre un champ d'études scientifiques et techniques extrêmement étendu, depuis la chimie des mélanges propulsifs (les pergols), l'étude des matériaux et la mécanique des fluides, jusqu'aux expériences de biologie spatiale, de physique et d'astronomie sans ignorer les disciplines développées plus haut. Pluridisciplinaire, l'astronautique représente un ensemble d'un grand intérêt par les découvertes qu'elle entraîne dans notre vie de tous les jours. Elle nous libère des contraintes terrestres et nous permet d'améliorer nos conditions physiques dans l'espace. Elle facilite les découvertes sur la nature des corps célestes et nous permet d'améliorer notre technologie. Si le sujet vous intéresse, je vous propose de consulter le dossier spécial que j’ai rédigé sur l'astronautique pour tout savoir sur cette technologie de pointe et son potentiel.

A consulter : Astrophysical Missions (ESA)

L'astronomie en direct de l'espace

L'étude des rayonnements est privilégiée dans l'espace. A gauche, l'observatoire européen d'étude du rayonnement gamma et X INTEGRAL lancé en avril 2002 par une fusée russe Proton. Il orbite la plupart du temps à plus de 40000 km au-dessus des ceintures de radiations de Van Allen pour éviter toute perturbation des émissions gamma. Au centre, le satellite européen PLANCK étudiera le rayonnement du fond du ciel mieux que COBE ou WMAP, son successeur. Il dispose d'un miroir de 1.5m et d'un système cryogénique actif refroidissant les instruments de mesure jusqu'à un dizième de degré au-dessus du zéro absolu ! Il sera placé en 2007 sur le point de Lagrange L2. A droite, le projet ARISE reliant par interférométrie des radiotélescopes orbitaux et terrestres atteindra une résolution de 10 microsecondes d'arc ! Documents ESA et NASA/JPL.

Aujourd'hui nous avons les moyens de percer les secrets de nos origines grâce à des observatoires orbitaux hors du commun scrutant toute la gamme des rayonnements électromagnétiques, de la lumière visible (HST) au rayons gamma et X (INTEGRAL) en passant par les microondes (COBE), l'infrarouge proche ou lointain (IRAS, ISO, Spitzer, etc).

L'avenir voit plus grand, plus loin et avec plus de précision encore. D'ici 2010 des dizaines de projets d'envergure sont planifiés pour ne citer que le futur interféromètre spatial Planet Imager, l'observatoire infrarouge FIRST, le projet d'interférométrie radio ARISE, l'interféromètre gravitationnel LISA ou le futur télescope spatial JWST.

La nuit est enceinte

et nul ne connaît le jour qui va naître

L'avenir de l'astronomie, comme de nombreuses sciences, est dans l'espace. A gauche, à quelques heures du décollage de la première navette spatiale STS-1 le 12 avril 1981. A droite, l'astronaute Bruce McCandless aux commandes du MMU lors d'une sortie extra-véhiculaire le 8 février 1984 lors de la mission STS-41B de la navette spatiale. Document Don Davis et NIX.

Observer, écouter ou analyser le spectre électromagnétique dans ces divers rayonnements ne satisfait pas la curiosité des chercheurs. La démarche de la communauté scientifique ne peut pas s'arrêter une fois que les praticiens (astrophysiciens, radioastronomes, etc) ont fermé la porte de leur observatoire. Les théoriciens (mathématiciens, physiciens, cosmologistes, etc) ont besoin de connaître les résultats obtenus au cours de ces programmes d'observation pour élaborer leurs théories et éventuellement prédire des faits nouveaux que les praticiens tenteront d'observer.

Dans un premier temps, les résultats des mesures sont mis à disposition de la communauté, laquelle en tirera toute l'information nécessaire pour mieux comprendre le phénomène, l'observant sous différents protocoles, différents rayonnements, etc.

Le rôle de l'astronome et du physicien au sens général, comme de tout scientifique, est d'essayer de comprendre en reproduisant à petite échelle ce qu'il a observé. Cela a commencé avec le prisme qui reproduisait les couleurs de l'arc-en-ciel et le spectre des étoiles et se poursuit aujourd'hui avec les accélérateurs de particules qui tentent de découvrir les particules manquantes à la classification taxonomique quantique et les superordinateurs qui essayent de simuler les propriétés des objets célestes et de l'Univers.

Dernier chapitre

L'informatique

Page 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 -


[9] K.Jansky, Proceedings of the Institute of Radio Engineers, Dec 1932.


Back to:

HOME

Copyright & FAQ