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Selon les
astrologues, Einstein devait son génie "à la position dominante d'Uranus le jour de sa naissance, s'opposant à
Jupiter qui gouverne le savoir"... "Quel délire incroyable ! disait déjà Cicéron il y a 2000 ans à
propos de l'astrologie, car
toute erreur ne doit pas être appelée bêtise"[1]. Historique Le grand public confond trop souvent astronome et astrologue. Cela était peut-être vrai dans l'Antiquité, il y a 5000 ans, époque à laquelle les signes astrologiques prirent naissance en Mésopotamie, à l'époque des civilisations Sumériennes, Chaldéennes et Assyriennes qui se développèrent dans la région située entre le Tigre et l' Euphrate qui s'ouvre sur le Golfe Persique.
En effet, faite lire le même horoscope à des personnes nées sous des signes différents. Tous les lecteurs se retrouveront dans 60 à 70% des faits évoqués. Pourquoi ? Parce qu'ils sont suffisamment évasifs. Les personnes les moins critiques ont tendance à se retrouver dans des généralités, c'est l'effet Barnum : "dans un spectacle de cirque disait Branum, il y en a un peu pour tout le monde". C'est exactement le même principe qui s'applique à l'astrologie. Exemple, si je prédis que vous avez les yeux noisettes et que cette semaine ci vous souhaitez faire des économies, je suis certain que la majorité d'entre vous me confirmera ces faits; ce n'est qu'une question de probabilité. Certains évidemment en tireront du profit. L'astrologie comme nous la connaissons actuellement était appelée l'"astrologie juridique" car comme la médecine ou la justice, le diagnostic posé par deux experts était souvent contradictoire. Comme le rappelle Keith Thomas[2] ce n'est pas parce qu'un malade est mécontent de son médecin que la "science" thérapeutique est mise en cause. Pendant son époque faste, l'astrologie orientale ou arabe avait comme tâche première de conseiller les dignitaires, avec le risque qu'ils prennent des décisions peu appréciées. L'astrologue avait donc une tâche sociale très malicieuse, mêlée de diplomatie et de bon sens. Mais
l'astrologue et astronome danois Tycho Brahé découvrit une étoile
soudainement dans le ciel en 1572[3],
phénomène qui ébréchait les théories d'Aristote sur la perfection du monde
supralunaire. Un demi-siècle plus tard Galilée découvrit des taches sombres
sur le Soleil et Halley démontra que les comètes appartenaient au système
solaire. Les cieux n'étaient plus immuables et il devint évident que les
astres n'étaient ni plus ni moins que des corps semblables à notre Terre mais
prodigieusement éloignés.
Le philosophe et logicien Karl Popper disait que l'on reconnaissait une pensée scientifique à ce qu'elle devait être réfutable[5]. Enoncer un fait à l'instar de l'astrologue. S'il vous est possible de le contredire, il s'agit d'une théorie scientifique. Dans le cas contraire, cette hypothèse est une idée du ressort de la philosophie. De la physique quantique à la Relativité générale, de l'infiniment petit à l'infiniment grand, ce principe fait loi. Ne pas y souscrire relève de la métaphysique, cette philosophie de la Grèce Antique qui met l'accès sur notre perception du monde. Cela ne signifie pas que la science garantisse ses résultats, mais la "méthode scientifique", expérimentale, écarte la plupart des croyances philosophiques. Retour de l'obscurantisme De Platon à Einstein, les chercheurs ont tenté de comprendre la relation que nous avions avec l'espace et le temps. Le monde qu'ils fabriquaient n'était pas lié à des méditations métaphysiques. Quelquefois même il n'était même pas lié à la réalité, mais bâti autour d'une intuition géniale. Mais jamais les scientifiques n'ont oublié qu’in fine leur théorie devait subir l'épreuve de la réalité. Sous le couvert d'une formation scientifique, certains astrologues publient des ouvrages de vulgarisation[6] sans même imaginer les conséquences intellectuelles de leurs actes. Mme Suzel Fuseau-Braesch par exemple, auteur d’un petit opuscule aux éditions "PUF-Que Sais-je ?" sur le sujet, est... docteur en biochimie ! Mais l'éditeur ne s'y est pas trompé et à tout de même classé l'ouvrage soi-disant scientifique dans le genre "ésotérisme". Bien que totalement non fondé et vide de sens, cet opuscule a malgré tout rapporté à son auteur quelques centaines d'euros durant 15 ans. A se demander jusqu'où va l'escroquerie et la naïveté des lecteurs comme de l'éditeur... Ces "écrivains" qui mèlent dangereusement mysticisme et science n'hésitent pas à aborder seuls des sujets controversés qu’ils ne maîtrisent pas, dans un but purement lucratif, confondant astrologie et astronomie, croyances et théories scientifiques, concepts philosophiques et politiques. En fait, il est navrant de constater qu'il est encore possible au XXIeme siècle, dédié à la science et la technique, que l'ouvrage d'un éminent astronome soit remplacé, sans l'égaler, par celui d'une scientifique incompétente sur le sujet qui, de surcroît n'est même pas astrologue ! Ainsi que le souligne dans un encart l'astronome Denis Savoie, attaché au Palais de la découverte de Paris, voici par exemple ce que dit Mme Fuseau-Braesch en citant un astrologue parlant d'astronomie : "Saturne, par sa masse, sa lenteur, la relative stabilité de sa tension gravitationnelle, se rapproche de Jupiter. Par contre, l'inclinaison de son axe en sens contraire de celui de la Terre et son énorme anneau font que la planète intercepte le flux électromagnétique composé qui, du centre de la galaxie et du Soleil, se dirige vers la Terre... Ainsi, l'influence de Saturne est toujours privative d'énergie, de vitalité". Que le lecteur averti, l'astronome ou le physicien qui comprend ce charabia m'écrive ! Pas étonnement que les astronomes rejettent l'astrologie dans les pseudosciences ! Ainsi que le dit si justement D.Savoie, Mme Fuseau-Braesch ne croit pas si bien dire quand elle cite un auteur : "la plupart des astrologues font preuve d'une méconnaissance de l'astronomie et de la science à faire frémir "... Michel Rouzé[7], rédacteur à Science et Vie faisait judicieusement remarquer : "l'ouvrage de Suzel Fuseau-Braesch est le contraire de l'actualisation du sujet : il le ramène à des siècles en arrière". Heureusement cet ouvrage n'est plus édité. En effet, depuis 2005 les astrophysiciens Daniel Kunth et Philippe Zarka ont publié un nouveau "Que Sais-Je ?" sur L'astrologie qui remet cette pseudoscience à sa juste place en ce XXIeme siècle qui n'a que faire du charlatanisme. Mais il aura fallut 15 ans à l'éditeur pour se décider à remplacer l'ouvrage pseudoscientifique de Fuseau-Braesch par une critique scientifique en règle ! Bien sûr mieux vaut tard que jamais. Pour l'anecdote sur le site "La Lettre des Astrologues" (FDAF), S.Fuseau-Braesch n'a pas apprécié sa mise à l'écart. Elle qualifie cette nouvelle version "écrite par des antiastrologues" de "régression des Presses Universitaires de France" ! Sans commentaire. Elle évoque le fait que l'éditeur a "refusé [sa] proposition de refondre la prochaine édition [de son livre] tant les choses ont changé depuis 15 ans..." ! Ouf !
Les propos ésotériques et l'amertume de Mme Fuseau-Braesch montrent avec éloquence que l'astrologie à tout de même le pouvoir de tromper bien des gens cultivés. Mais le refus de l'éditeur de publier sa nouvelle édition n'est qu'un juste retour des choses : à tromper les gens pour le lucre on finit méprisé. Cette vision du monde que nous proposent les astrologues est en soi obsolète car elle ne correspond plus à notre mentalité : les translations socioculturelles de nos sociétés ont conduit à modifier notre sens de la réalité et notre façon de penser. Les langages mystiques, herméneutiques et autre sorcier sont des reliquats d'un âge révolu qui n'ont plus cours au XXIeme siècle ! Les faux repères de l'astrologie Qu'en est-il de l'utilisation des fameux signes du zodiaque en astrologie ? Ceux-ci font référence à douze constellations. Et c'est ici que l'astrologue commet une première erreur. Chaque constellation représente un ensemble d'étoiles plus ou moins étendu dont les hommes ont associé le dessin à un animal ou un personnage (le taureau, le lion, la vierge, etc). Mais ces étoiles sont réunies arbitrairement par un effet de perspective. Observez-les depuis une autre étoile du ciel ou attendez quelques centaines de milliers d'années et vous constaterez que le dessin des constellations se sera modifié. L'astrologue ne tient pas compte du mouvement propre des étoiles dans ses calculs : les étoiles sont fixes sur la voûte céleste comme du temps d'Aristote ! Or certaines étoiles proches se déplacent à plus de 100 km/s ! Deuxième erreur, les astrologues ont divisé le ciel en douze constellations s'étendant sur 30°, le Soleil mettant 30.5 jours pour traverser chacune d'elle. Or tout astronome pourrait leur dire que le Soleil met 2 mois pour traverser la vierge mais à peine 10 jours pour traverser le scorpion. Si les astrologues veulent ne fut-ce que respecter le déplacement apparent du Soleil à travers le ciel, il n'y a aucun raison d'attribuer des périodes égales aux douze constellations du zodiaque. S'ils le font c'est par paresse intellectuelle, pour simplifier leurs calculs. L'astrologie ne se repère pas par rapport aux constellations ou aux astres comme on pourrait l'imaginer. Les astrologues associent uniquement un constellation (une maison) aux dates de naissance des individus (et des objets parfois) et en corollaire, puisqu'ils sont nés sous "cette étoile", ils ont associé le comportement des individus à tel ou telle constellation ou astre. Comme le dirait un astrologue, "si vous êtes né sous le signe du bélier vous êtes sûr de vous et fonceur", bref nous serions prédestinés... A chacun et chacune d'apprécier cette conclusion non fondée. Ensuite, l'astrologue détermine les longitudes et latitudes des planètes du système solaire, de la Lune et du Soleil repérées par rapport au plan de l'écliptique et au Point vernal g. Ce dernier correspond à l'équinoxe de printemps et représente le point d’intersection entre l’écliptique et l’équateur céleste, lieu annonçant le passage du Soleil dans l’hémisphère Nord. Les subdivisions du zodiaque sont donc repérées par rapport aux équinoxes et aux solstices. Mais l'emplacement du Point vernal prête lui aussi à discussion. En effet, parmi les erreurs que l'on rencontre en astrologie et dont les astronomes Paul Couderc, Daniel Kunth et Philippe Zarka donnèrent une analyse méticuleuse, il y a le problème des coordonnées du Point vernal. C'est un problème relatif mais il a son importance. Dans le mouvement propre apparent du Soleil sur l'écliptique, la région du ciel où il traverse l'équateur céleste varie au cours du temps, obéissant à la période de rotation de l'axe de la Terre sur elle-même. La Terre décrit ainsi dans l'espace un grand cercle en 25800 ans environ donnant à différentes étoiles le rôle d'étoile Polaire (Polaris aujourd'hui, Errai en l'an 4500, Aldéramin en l'an 7500, Véga en l'an 12000, etc). Etabli
à l'époque d'Hipparque, au IIeme
siècle de notre ère, en 2000 ans le zodiaque s'est modifié au point que
l'équinoxe de printemps, le fameux Point vernal, a rétrogradé pratiquement
d'une constellation : signes et constellations se chevauchent de 90%. Le passage
du Soleil dans chaque constellation recule ainsi par rapport aux signes du
zodiaque : aujourd'hui, le 20 ou le 21 mars, sous le premier signe (le Bélier)
le Soleil traverse seulement le dernier (les Poissons). Il faudra près de 258
siècles pour rétablir la coïncidence des constellations et des signes... Le
Soleil a bien du chemin à parcourir si ceux qui croient en l'astrologie veulent
ne fut-ce qu'appliquer des "formules" exactes, tenant compte de ce que
qu'on appelle la précession des équinoxes ! Cette astrologie est appelée
l'astrologie tropicale, c'est la plus pratiquée en Occident. Plus respectueuses
des faits mais peu pratiquées sous nos latitudes, l'astrologie sidérale et
l'astrologie stellaire tiennent compte du lent glissement du zodiaque. Ceci dit, le glissement apparent des constellations n'empêche nullement les astrologues d'établir des prédictions aussi "précises" qu'il y a 2000 ans puisqu'elles sont avant tout basées sur les positions des astres par rapport au système de repères. Comme celui-ci reste fixe relativement aux astres, les prévisions résultantes gardent constamment la même "précision". Aussi on peut considérer le problème du glissement des constellations comme une déformation ou une mauvaise interprétation concernant les bases de l'astrologie. Il n'en reste pas moins vrai que les signes du zodiaque ne sont plus à leur place, ce qui fausse totalement leurs prédictions, si jamais elles étaient exactes ! Dans ces conditions, "lire dans les astres" revient donc à sucer son pouce pour prédire l'avenir. Mais d'autres raisons poussent encore l'astrologie un peu plus loin dans les pseudosciences. Deuxième partie
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