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Astrologie et divination

Influence et relation de cause à effet (II)

Une erreur scientifique évidente que font les astrologues est de dire que les astres (soleil, planètes, lune) exerceraient une influence sur l'homme (et accessoirement sur les plantes), et cela dépendrait de la position des astres dans le ciel.

Mais ainsi que chacun le sait, "l'influence" d'un astre comme le disent les astrologues se résume dans l'esprit des astronomes et des physiciens à un effet gravitationnel (attraction, répulsion) et, dans le cas du Soleil, à un effet électromagnétique (effet de lumière, des UV) et corpusculaire (émission de protons lourds, électrons, etc.) dont l'intensité ou le flux (énergie par unité de surface) dépend de la distance de l'astre à la Terre et de la durée de l'évènement; l'effet de marée ou d'ensoleillement étant le plus bel exemple.

Si les astrologues prenaient déjà en considération la distance des planètes (et donc l'effet de leur attraction) au lieu de les reporter à plat sur leur carte, ils constateraient que "l’influence" de Mercure ne peut pas être équivalente à celle de la Lune ou du Soleil. Or l'attraction gravitationnelle, parmi d'autres facteurs, est passée sous silence par les astrologues ! Une façon bien peu scientifique de travailler.

Quand bien même ils tiendraient compte de la gravitation, sur Terre cette force n'agit que sur les fluides : ce sont les marées. Dans ce contexte, la rumeur qui prétend que les jardiniers par exemple doivent planter leurs fleurs un jour de pleine Lune est également non fondée. En fait des gens crédules font l'analogie entre l'effet des marées et la montée de la sève dans les plantes ou les fleurs. Or il ne s'agit que d'une prémisse qui remonte à l'époque préscientifique : si la Lune pouvait créer les marées, elle pouvait très bien aider la sève à monter dans les plantes. Mais nous savons combien les syllogismes peuvent être naïfs... Placez une fleur dans un verre d'eau, vous n'y verrez jamais l'effet des marées !

Il y a en fait dans la démarche des astrologues un pas de trop qu'ils franchissent aisément quand ils parlent "d'influence" qu'auraient soit-disant les astres et des "conséquences" qu'ils induisent, donc de relation de cause à effet. Tout cela n'est que libre interprétation, rien d'autre que des spéculations non fondées car ils seraient bien en peine d'apporter la moindre preuve scientifique à l'appui de leurs divaguations et nous allons le prouver avec d'autres exemples.

Les horoscopes et le bon sens

Selon les astrologues, les horoscopes permettent de préciser le sens de notre vie. Mais ils s'appliquent aussi aux objets inertes ! A gauche, l'horoscope de l'écrivain et philosophe Paul Valery, à droite celui basé sur Mercure, Maître du vent, "prédisant" soi-disant une tempête sur la ville de Laurelton dans l'État de New York le 6 mars 1997 à 7h15. Documents CURA et New York Times.

Avec ses relans de scientisme, l'astrologie apparaît alors comme un scandale auquel on accorde trop d'audience. Des encyclopédies et des pseudo-scientifiques contribuent à asseoir les théories de cette pseudoscience, mais elles n'ont aucun support expérimental, aucun lien avec le monde réel. S'il est quelquefois fait état d'une relation entre les astres et l'homme, les références sont rarement mentionnées et les démonstrations inexistantes. Si les théorèmes existent, ils sont noyés dans les contresens et le verbiage. Lorsque leur discours traite de données statistiques, celles-ci sont interprétées à leur guise. Comme le soulignait avec ironie le psychiatre Georges Daumézon, rien n'est plus facile que d'avoir raison, "Trente pour cent de réussites, trente pour cent d'échecs, trente pour cent de résultats indéterminés".

Prenons l'exemple empirique classique, le cas de jumeaux homozygotes dont l'un meurt dans sa jeunesse tandis que son frère atteint la vieillesse. Pour les astrologues, s'ils sont nés "sous la même étoile" (la même minute) ils auraient dû avoir le même destin... La réalité infirme cette fatalité. L'inverse est également vrai. Des personnes nées sous des signes différents peuvent avoir le même "destin". Mais n'est-ce pas déjà y croire que de raisonner ainsi ?

A la recherche de corrélations

Précisons que les rares personnes qui essaient d'étudier l'astrologie avec honnêteté scientifique ne font que constater l'existence d'une corrélation entre les latitudes et longitudes des planètes sur le plan de l'écliptique (repérées par rapport au point vernal) et les tendances psychologiques des êtres humains. Mais précisons tout de suite que ces tendances sont par ailleurs multifactorielles et soumises au cadre des déterminismes génétiques, sexuels, socio-culturels, économiques, politiques, historiques, spirituels, etc. et qui ne sauraient donc être grossièrement réduites à une seule et quelconque pseudo-influence des planètes. S'il semble exister une corrélation, et les scientifiques commencent à en avoir la certitude, l'honnêteté scientifique les rend incapables d'en déduire un lien de cause à effet. L'art divinatoire fait tout le contraire et en tire des conclusions spéculatives.

Statue de Cicéron, Palais de Justice de Rome. Document Wikimedia.

Carnéade, l'un des maîtres de l'Académie de Platon avait déjà remarqué cette antinomie. Il était convaincu que nos actions avaient leurs causes en nous-mêmes et n'étaient pas influencées par le déterminisme supralunaire.

Cicéron écrivait également il y a 20 siècles, en citant Eudoxe (IVe siècle avant notre ère) : "Il ne faut ajouter aucune foi aux prédictions et à la prévision des vies telles que les Chaldéens [les astrologues] les font à partir du jour de naissance".

Depuis plus de 2500 ans rien n'a changé, l'astrologie rassemble toujours autant d'adeptes qui paient toujours autant pour se faire abuser.

Quant aux rumeurs, elles restent ce qu'elle sont : des bobards ! Ainsi, à propos d'eau, certains prétendent que le placenta des femmes enceintes pourrait être influencé par les astres, et notamment par la Lune. Or des études ont été menées pour évaluer l'influence gravitationnelle des astres ou des objets au moment de l'accouchement des nouveaux-nés. Il s'avère que la masse de la maman, de la sage-femme et de toute personne située dans la pièce, ainsi que celle du bâtiment de l'hôpital et même des voitures ou des camions parqués sur le parking présentent une influence plusieurs millions de fois plus élevée que celle de la Lune et ne parlons même pas des autres astres dont l'influence est insignifiante. En d'autres termes, il est scientifiquement prouvé qu'aucun astre ne peut affecter le placenta du foetus (ou du bébé) car son effet éventuel est écrasé par celui des masses beaucoup plus rapprochées, celles des corps humains et des bâtiments proches de la maman. Cette nouvelle conclusion irréfutable ne renforce pas l'astrologie.

Autre exemple, longtemps on entendit les mères de famille dire que si un enfant doit naître à peu de jours d'une nouvelle Lune (deux semaines avant ou après par exemple), cet enfant naîtra de préférence à cette époque là plutôt qu'au jour prédit par le gynécologue. Rumeur, coïncidence, destinée, programmation génétique ou influence des astres ? Certaines personnes ont cru à cette rumeur jusqu'au jour où des gynécologues décidèrent d'étudier le sujet. En 1979, G.Abell et B.Greenspan ont publié les résultats d'une étude portant sur 11691 naissances survenues au cours de 51 cycles lunaires et sont arrivés à la conclusion que "la fréquence des naissances et le cycle lunaire sont incompatibles". De même, après avoir étudié 564039 naissances réparties au cours de 62 cycles lunaires entre 1997 et 2001, dans les conclusions de leur étude publiée en 2005, J.M.Artiss et ses collègues ont démontré qu'il n'y avait "aucune influence prédictible du cycle lunaire sur la délivrance ou les complications". Ces études furent confirmées à plus grande échelle :  il y a autant de naissances à la pleine Lune qu'au premier quartier ou à n'importe quelle autre phase lunaire. Néanmoins puisque la rumeur persiste, à chacun à présent de la rectifier.

Rappelons que biologiquement parlant plusieurs de nos glandes endocrines sont réglées par rapport aux rythmes astronomiques, en particulier avec le cycle nycthéméral (l'alternance du jour et de la nuit), à l'inverse du cycle menstruel de la femme. Ce dernier faut-il le préciser, bien que proche du cycle lunaire (29.5 j) n'est en rien régit par la lunaison, la Lune en effet subissant un freinage séculaire qui modifie sa période de rotation autour de la Terre. Mais les cycles biologiques ne sont pas commandés par les astres, quoi qu'en pensent les astrologues; l'histoire de la Lune peut nous le prouver ainsi que des expériences d'isolement. Nos rythmes biologiques épousent certains rythmes astronomiques, nous nous adaptons à leur cadence mais en aucun cas le cycle du Soleil ou de la Lune ne commande nos horloges biologiques. Les preuves les plus évidentes sont les expériences réalisées à l'abri de la lumière, où des volontaires ont vécu des semaines sous la terre, dans des grottes. Au bout de deux semaines, leur cycle du sommeil passa spontanément de 24 heures à 33 ou 17h. Il obéissait au rythme intrinsèque endogène des organes, sans référence au monde extérieur.

Un évènement reste toutefois en partie inexpliqué : on découvrit en 1981 que les coraux de la Grande Barrière de Corail en Australie attendent la pleine Lune de novembre pour libérer ensemble leurs gamètes et leurs oeufs dans l'océan entre le crépuscule et environ 4 h du matin. Selon les endroits, la ponte synchronisée se déroule entre le 1 octobre et le 30 novembre. Elle se produit entre 1 et 5 jours après la pleine Lune et dure 5 à 6 jours (cf. ce tableau).

En 1985, B.Willis et ses collègues découvrirent que certains coraux se synchronisaient effectivement avec la pleine Lune. On sait aujourd'hui que ces coraux disposent de capteurs photosensibles appelés cytochromes capables de détecter les changements de luminosité. Mais d'autres facteurs exogènes expliquent aussi cette ponte synchronisée, notamment l'élévation de la température de l'eau à la fin du printemps austral et les cycles nycthéméraux déjà évoqués qui provoquent la synchronisation de la ponte avec la marée basse. Il faut y ajouter l'influence des vents, des courants et de la latitude. Nous sommes loin de l'astrologie et de ses prétendues influences astrales !

Des prédictions invalidées et parfois illégales

Que nous président les horoscopes contemporains ? Des fumisteries que renierait pas l'Oracle de Delphes ! Madame Soleil et autre Elisabeth Tessier remplissent les étagères d'ouvrages sur l'astrologie et les pages de nos journaux d'horoscopes toujours aussi vides de sens. Or selon les sondages, environ une personne sur deux se complait à lire son horoscope pour d'obscures raisons.

Les signes du zodiaque sur l'horloge astronomique de Prague construite au début du XVe.s..

Certains chefs-d'Etats vont même jusqu'à consulter des astrologues et il fut une époque où même les chasseurs de tête ou les employeurs réalisaient une analyse astrologique des candidats à l'embauche ! Des astrologues vendent des horoscopes créés par ordinateur ou vous reçoivent en consultation et continuent en toute légalité à berner la population... Visiblement il y a une demande et le public accepte volontiers ce mensonge commercial !

Mais rappelons tout de même que la célèbre astrologue française Elisabeth Tessier (que consulta François Mitterrand !) prédisait en se basant sur de soi-disant horoscopes calculés "scientifiquement" et de "profondes convictions" - plutôt son sens de la duperie ! - que "le 11 septembre 2001 serait favorable aux voyages" : nous avons vu ce qu'il en était avec les attentats sur les deux tours du World Trade Center !! Non seulement il y eut des milliers de morts mais tout l'espace aérien des Etats-Unis fut interdit de vol !

En fait, ni Madame Soleil ni aucun astrologue n'a jamais pu prédire les grands évènements qui ont marqué notre civilisation : les guerres mondiales, les révolutions, les renversements de pouvoir, les grandes découvertes, les catastrophes, la mort des grands personnages,... rien. Or certains astrologues - plutôt des charlatans - n'hésitent pas à alarmer leur client leur annonçant par exemple qu'ils vont avoir un accident de voiture à moyen ou long terme (du coup cette personne n'a jamais passé son permis avec toutes les complications que cela entraîne dans sa vie privée et professionnelle) ou annoncent à leur client qu'il mourra avant 35 ans (avec tous les inquiétudes et baisse de moral que cela entraîne) !

De telles attitudes devraient être sanctionnées mais aujourd'hui la loi ne parle nul part d'interdire les prophéties, sans doute parce que chacun est libre de les interpréter à sa convenance. Mais vous conviendrez que lorsque la prédiction met la vie du client ou de son enfant en jeu, ce n'est plus de l'inclination mais de la persuasion; il y a un acte répréhensible, parfois criminel, et tromperie car ce n'est plus un acte commercial mais une menace portée à l'encontre du client. Au juge d'apprécier.

Heureusement ces astrologues démoniaques sont très peu nombreux. On retrouve plus souvent de tels agissements dans les sectes et chez les Marabouts adeptent de la Magie noire. Mais encore faut-il que la victime ait conscience d'avoir été abusée et accepte de porter plainte sur bases de preuves probantes.

A lire : La fin du monde le 21 décembre 2012 (sur le blog)

Quand les astrologues trompent les gens

Les lois du hasard

Le 5 décembre 1985, la revue anglaise "Nature" publia une étude statistique sur l'influence des astres réalisée par Shawn Carlson de l'Université de Californie et dont voici un résumé. Analysant en double-aveugle les prédictions établies par de célèbres astrologues, l'auteur ne trouva aucune relation (de cause à effet) entre le caractère d’un individu et la position des astres à la naissance. Les prédictions se sont avérées fausses dans la majorité des cas, correspondant en fait à une tendance statistique (scientifique) qui veut qu'en moyenne les prédictions sont fausses dans 60 % des cas, le nombre de prédictions correctes n'étant pas supérieur à la "loi du hasard" (33 à 42 % de chances de faire une prédiction correcte), et moins encore (5 à 49 % de chances de faire une prédiction correcte) lorsque l'astrologue est persuadé d'avoir raison.

Au début des années 2000, la télévision belge La Une fit également son enquête. Les journalistes ont distribué à une centaine de personnes un document soi-disant personnalisé décrivant leur profil astrologique basé sur la date de leur naissance. Les membres du public ignoraient qu'ils avaient tous reçu le même texte. A la question de savoir s'ils s'y reconnaissaient, la majorité des personnes se sont "globalement" et même parfois "plutôt bien" reconnues dans le profil décrit... Autrement dit le soi-disant caractère assigné à tel signe du zodiaque s'appliquait tout aussi bien à n'importe quel autre signe ! Le public fut le premier étonné par cette coïncidence qui suit en fait les lois des probabilités.

Tout aussi convaincants, Albert Einstein (1879-1955) et Carl Sagan (1934-1996) apportèrent également leur point de vue. Le théoricien[8] qui restait convaincu de l'influence divine sur le monde, "croit en un monde extérieur indépendant du sujet qui le perçoit [...]. Parce qu'elle éveille la pensée de la causalité et de la synthèse, la recherche scientifique peut faire régresser la superstition". Le praticien[9] rappela que "l'astrologie satisfait le besoin inavoué de trouver un sens à la vie, de sentir que nous sommes, d'une façon ou d'une autre, connectés avec le cosmos" mais il souligna les faits reprochés ci-dessus. 

Quoi qu'il en soit, les protagonistes s'opposeront toujours. Entre eux, les astrologues se revendiquent de divers courants, tantôt causalistes ou synchronistes. Parfois ils sont visionnaires ou prophètes - du moins certains l'interprètent ainsi -, à l'instar du célèbre Nostradamus du XVIe siècle. Depuis les Sumériens rien n'a changé, l'astrologie rassemble toujours autant d'adeptes qui paient toujours autant pour se faire abuser.

De gauche à droite, portrait d'Albert Einstein basé sur une photo prise en 1947 pour son livre à portée philosophique dans lequel Einstein évoque le rôle de la recherche scientifique. Au centre, Carl Sagan vers 1975. A droite, Dane Rudhyar vers 1980.

Du bon usage de l'astrologie

Réfugions-nous dans la philosophie du célèbre astrologue américain Dane Rudhyar (1895-1985) : "L'astrologie ne peut induire un comportement malsain. L'horoscope ne doit pas servir à prédire l'avenir mais à offrir un guide pour la pleine réalisation des potentialités".

On peut croire à l'astrologie, comme d'autres croient aux biorythmes ou à leur sixième sens. En faire du lucre est effectivement malsain si le client est abusé ou trompé, et l'acte devient répréhensible si la vie du client est menacée. Pour la communauté scientifique, l'astrologie restera une approche métaphorique de notre relation avec l'univers.

La superstition est le nom que certains donnent à leur ignorance et qui leur fait peur. Parce que la superstition empêche l'éveil de la connaissance, la démarche scientifique qui applique une méthodologie déductive rigoureuse représente le courage de juger avec objectivité un phénomène et sa signification. Il s'impose de lui consacrer un large dossier consacré à la philosophie des sciences.

Pour plus d'informations

La philosophie des sciences (sur ce site)

Sur l'astrologie, F. Biraud et P. Zarka, Observatoire de Paris

Astronomie et astrologie (fichier Powerpoint de l'IAP, 2010)

L'astrologie, D.Kunth et P.Zarka, PUF-Que Sais-Je ?, 2481, 2005

L'astrologie, P.Couderc, PUF-Que Sais-Je ?, N°508, 1974 (disponible en ligne chez Dominique Caudron)

De la Divination, Cicéron, Les Belles Lettres, trad. G.Freyburger/J.Scheid, 1992

Les ouvrages d'astrologie de Dane Rudyar

A double-blind test of astrology, Shawn Carlson, Nature, 1985

Retour à l'Histoire de l'astronomie

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[8] A.Einstein, "Comment je vois le monde", Flammarion, 1979.

[9] Carl Sagan, "Cosmic Connexion", Editions du Seuil, 1975.


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