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Les retombées de la conquête spatiale Que coûte la conquête spatiale ? (I) Nous allons examiner le prix de la conquête spatiale, la répartition du budget alloué à cette industrie et ses retombées. En parallèle nous tenterons de comprendre l'opinion du public qui s'oppose parfois à ses investissements, les jugeant prohibitifs ou inopportuns par rapport à d'autres priorités. Nous allons démontrer que l'espace est un domaine rentable et que malgré ce que pensent certains, la majorité du public américain ou européen soutient cette initiative. Selon les statistiques de l'Université de Sherbrooke du Canada, en 2002 les dépenses en recherche et développement (R&D), c'est-à-dire l'ensemble des dépenses courantes et de capital qu'elles soient publiques ou privées engagées dans la recherche fondamentale ou appliqué, représentaient 2.8% du PIB des Etats-Unis soit 308 milliards de dollars actualisés. C'est un chiffre élevé comparé à ceux des autres pays occidentaux. A titre de comparaison, ailleurs dans le monde les dépenses en R&D représentent environ 1% du PIB en Russie et en Chine, 2% du PIB en Belgique (6 milliards de dollars), en France (35 milliards de dollars) et au Royaume-Uni mais atteignent 3% au Japon. Ils sont en augmentation dans tous ces pays, sauf en France (baisse) et au Royaume-Uni (stagnation). Cette évolution affecte directement la bonne santé des instituts de recherches et des industriels associés et indirectement la capacité des universités à s'impliquer dans des programmes de recherches ou plus simplement à proposer du matériel dernier cris à leurs étudiants. Concrètement, un pays qui peut se permettre de consacrer près de 3% de son budget à la recherche et au développement a une avance économique évidente sur ses concurrents et cela se ressent dans tous les secteurs de l'économie et compris sur le chiffre d'affaire des sociétés aérospastiales nationales. Ainsi, à elle seule la société Lockheed Martin vend annuellement pour 35 milliards de dollars de vaisseaux spatiaux, produits militaires et autres jets. Mais cela ne signifie pas que le pays en question exporte son savoir-faire ou ses produits et inonde le marché; il peut parfaitement se contenter de vivre sur son marché intérieur quoi qu'aujourd'hui cette stratégie est vouée à l'échec ainsi qu'on le voit depuis quelques années en Europe. Par nature, depuis plus d'un demi-siècle, le domaine spatial est un secteur d'avenir qui est également à la pointe de la technologie. L'espace se vend littéralement à prix d'or, mais non sans raisons. Un vecteur comme la fusée Saturn V construite pour le programme Apollo coûta 185 millions de dollars en 1966 soit 640 millions de dollars actualisés (tenant compte d'une inflation de 3% par an) pour un coût total d'investissement de 21.3 milliards de dollars pour l'ensemble du programme Apollo jusqu'en 1973 (73 milliards de dollars actualisés, soit la moitié du budget d'ISS) ! Le prix unitaire d'une navette spatiale (Orbiter) de production revient à 490 millions de dollars (prix de 1971, soit 1.5 milliard de dollars actualisés en tenant compte des modifications faites sur le 5eme Orbiter) pour un coût d'investissement global de 15.5 milliards de dollars en 1980 (35 milliards de dollars actualisés). Bien qu'une navette soit donc deux fois plus cher qu'une fusée Saturn V, elle offre les grands avantages d'atterrir par ses propres moyens, d'être réutilisable et versatile, servant à la fois de navette, de cargo, de plate-forme de lancement et de laboratoire. En 2004, la société américaine Space Island Group estimait le prix d'ingénierie d'une deuxième génération de navettes spatiales (Shuttle II) à 4 milliards de dollars dont le développement serait planifié sur 3 ans. Le prototype coûterait 600 millions de dollars pour un prix commercial de 400 millions de dollars et un prix de lancement, non compris le prix des boosters et des ergols, de 10 millions de dollars. Rappelons à titre indicatif que le lancement d’un missile Tomahawk revient à environ un million de dollars et un avion de combat biréacteur F-18 à environ 50 millions de dollars. Mais après deux tragédies, devant la fragilité des navettes, la NASA a décidé de revenir à la fusée, quitte à légèrement adapter le lanceur pour le rendre plus fiable encore. Une fusée comme Ariane 5E/CA coûte environ 120 millions de dollars et peut emporter 10 tonnes de charge utile, mettant le prix du kilo embarqué à 12000$, le prix d'un lingot d'or, sans oublier qu'il n'y a pas d'assurance sur ces véhicules de transport mais uniquement sur certaines charges utiles. Sur d'autres lanceurs, le prix du kilo embarqué peut coûter jusqu'à 30000$ et sept fois ce prix quand il s'agit de "touristes". Le prix de l'initiative de G.Bush Bien que les navettes spatiales soient très versatiles et économiques pour des missions ponctuelles, elles ne conviennent pas pour des missions au-delà de l'orbite terrestre. Aussi, pour les prochaines missions habitées vers la Lune et vers Mars, la NASA a élaboré un nouveau projet, le programme Constellation. Il s'articule autour de nouvelles fusée baptisées Arès dont la version V sera destinée au voyage vers Mars. Ce lanceur est équipé d'un nouveau module de commande baptisé Orion.
Si la NASA veut respecter l'initiative du Président Bush, Jr elle devra faire des économies jusqu'en 2014 et trouver de nouveaux financements encore plus conséquents que ceux du programme Apollo si elle veut construire la première base lunaire avant 2020 comme le souhaitait le Président. En effet, bien que depuis 2004 le Congrès accepte chaque année le budget toujours plus élevé de la NASA prévu dans ce cadre, il a toutefois rappelé à Michael Griffin, l'administrateur de la NASA (et radioamateur NR3A) que cette stratégie ambitieuse et très coûteuse se négociera dans le long terme et que l'agence doit avant tout respecter ses engagements à courts termes, notamment le retour en vol de la navette et l'achèvement de la station ISS, deux programmes dont le planning est très en retard sur les prévisions (11 ans dans le cas d'ISS) et dont les retards se payent à prix d'or. Entre les lignes, le Congrès demande donc à la NASA de réduire ses dépenses dans d'autres secteurs pour financer sa nouvelle stratégie. Si les missions se poursuivent comme prévu il faudra encore 15 lancements de la navette spatiale pour terminer l'assemblage d'ISS. Si l'assemblage ne se réalise pas, ce sera une perte sèche pour tous les acteurs concernés qui pourrait s'élever à un milliard de dollars par an ! Heureusement, aujourd'hui cette hypothèse semble définitivement abandonnée. Soumis à la pression du Congrès dont certains élus sont opposés au programme spatial qu'ils considèrent comme une dilapidation de l'argent public (comme ce fut le cas envers SETI à une autre une époque), en 2005, Michael Griffin estima qu'une mission lunaire habitée tel que le proposait le Président George Bush, Jr, coûterait 104 milliards de dollars. Si le projet doit se concrétiser vers 2015, cet investissement représentera annuellement entre 47 et 60% du budget de la NASA, l'effort étant plus conséquent les premières années du fait que l'enveloppe budgétaire accordée à l'agence augmentera chaque année. En 2006, M.Griffin estima le budget préliminaire de l'exploration de Mars à environ 12 milliards de dollars jusqu'en 2020 répartis à concurrence de 800 millions de dollars par an, ce qui représente 4 à 5% du budget de la NASA. Rappelons que le prix d'une mission habitée vers Mars est estimé à 600 milliards de dollars, soit 27 fois le budget de la NASA en 2020, ce qui représente plus du quart des dépenses des Etats-Unis ! Dans cette perspective, Mars reste un objectif à long terme dont le programme ne peut être financé que par un consortium international. Enfin, au cours des prochaines années, la NASA se réservera également 200 millions de dollars par an pour financer les systèmes américains ou étrangers de transport vers la station ISS. Ensemble, ces programmes grèvent donc le budget de la NASA de 52 à 66% jusqu'en 2020. Pour atteindre cet objectif, depuis quelques années le budget de la NASA est revu à la hausse. En 2004, le Congrès accepta une hausse substantielle de 6% du budget de la NASA pour l'année fiscale 2005, le portant à 16.2 milliards de dollars dont plus de la moitié (8.4 Md$) furent consacrés aux missions d'explorations et au transport spatial, le restant étant réservé aux sciences, la recherche et le développement. Depuis 2006, le budget augmente d'environ 2.4% par an, pour atteindre environ 18 milliards de dollars US en 2010.
Entre 2010 et 2020, la NASA prévoit d'augmenter son budget de 2.2% par an. Il sera alors de 22.5 milliards de dollars en 2020. Selon Michael Griffin, ce financement ne coûtera que 0.15$ par jour aux contribuables américains, le budget total de la NASA restant sous la barre des 1% des dépenses fédérales. Après 2017, en principe plus aucun budget ne sera alloué à ISS ni aux systèmes de transport; les missions d'exploration s'accaparant la moitié des dépenses. Bien que certains journalistes extiment que ce budget ne sera pas suffisant pour boucler le programme lunaire, Michael Griffin considère que la majeure partie du financement proviendra de l'arrêt progressif des programmes ISS et des navettes après 2010 qui, ensemble, grèvent le budget de la NASA de 7 milliards de dollars par an, ce qui représente presque la moitié de son budget actuel. Globalement, la NASA est donc raisonnable car cette proportion se rapproche de cellle du programme Apollo. Rappelons que le programme Apollo coûta plus de 73 milliards de dollars actualisés et représenta en 1967 jusqu'à 69.8% du budget de la NASA. Il retomba à 64.4% en 1968 et à 63.4% en 1969 pour finir comme une peau de chagrin en 1973. De l'intérêt du public pour la conquête spatiale Des sommes comme 20 milliards de dollars, 100 milliards de dollars, 600 milliards de dollars lancées aux journalistes par les responsables de la NASA sont faramineuses, même pour un grand pays comme les Etats-Unis dont le budget fédéral est d'environ 2770 milliards de dollars (2007). Quand on sait que l'administration Bush a creusé un déficit de 423 milliards de dollars alors qu'il était en boni lors de la législature précédente, les opposants Démocrates ont de bonnes raisons de remettre en question la stratégie du Président Bush, Jr. Mais si nous comparons dans l'absolu le budget de la NASA à celui des autres ministères, il reste très raisonnable. Ainsi, malgré les réductions budgétaires par rapport aux années antérieures, pour 2007 les prévisions accordent un budget royal de 9.4% aux transports contre 7.2 % à la Justice, 6.9% à la Défense, 4% à l'environnement, 3.8% à l'éducation et 2.3% à la santé. Avec son petit 1%, la NASA fait presque figure d'enfant pauvre. Bien sûr il n'est pas isolé et dépend notamment de la manne financière de l'USAF qui fabrique indirectement ses appareils et ses instruments. Rappelons tout de même que le budget de l'armée américaine a augmenté de 48% depuis 2001. Mais que pense le public de la répartition de ces dépenses ? Est-il par exemple favorable à l'augmentation du budget consacré au programme spatial ou le juge-t-il démesuré par rapport à d'autres priorités ? Etudions la question en détail car elle nous concerne tous. Comme toute organisation, une agence spatiale ne peut pas vivre sans budget, qu'il émane de sponsors privés, des pays membres ou du fédéral. Et au sommet de la prise de décision, ce sont les représentants politiques qui acceptent ou refusent d'allouer ce budget. En dernier ressort c'est donc indirectement le contribuable, vous et moi, qui jugeons de l'intérêt ou non de poursuivre la recherche et l'exploration spatiale. Ainsi que nous l'avons vu aux Etats-Unis à propos du programme SETI, il suffit d'un opposant au Congrès pour annuler un projet scientifique. Le rôle des scientifiques, des industriels et des agences spatiales est donc de convaincre les autorités que le jeu en vaut la chandelle. Aussi, il faut le répéter, de nos jours 1 euro investi dans l'espace en rapporte 3 et touche tous les jours de nouveaux secteurs. Les opposants au programme spatial en ont-ils bien conscience ? Nous allons revenir sur le sujet mais insistons déjà sur le fait que l'espace est rentable et le deviendra de plus en plus si de nouveaux acteurs du secteur privé ont la possibilité de s'y investir et de partager ses succès.
Si vous interrogez des francophones comme le fit Lintern@ute Magazine en 2007, 57% sur quelque 300 sondés considèrent que le budget de la NASA est trop élevé et qu'on pourrait le consacrer à d'autres tâches plus utiles. Certes, on peut estimer que la majorité des lecteurs de ce site sont Français et ne sont donc pas des citoyens américains, les premiers concernés par le prestige ou les retombées de ce programme. De plus l'échantillon ne concerne qu'un nombre limité de personnes (à 284 sondés, 57% d'entre eux estimaient le budget insuffisant) et doit certainement compter des amateurs mal informés sur les retombées financières de l'espace. Notons que le sondage de 2006 avec ses 49% d'indécis indiquait que le public était partagé sur la question (qui n'est peut-être pas suffisamment précise à leurs yeux). Si nous prenons maintenant l'avis des Américains, un sondage de Ipsos-Public Affairs pour Associated Press réalisé en janvier 2004 auprès de 1000 adultes, juste après l'annonce de l'initiative du Président Bush, Jr, conclut que "48% [des Américains] sont favorables à ce projet mais le même nombre de personnes y sont opposées"... Et de préciser, "si on donnait le choix aux Américains de donner leur argent à des programmes éducatifs et sanitaires ou à la recherche spatiale, 55% préféreraient qu'il soit investi dans des besoins domestiques". Ce sondage reflétait exactement la répartition politique, la moitié des Démocrates étant opposé à la politique des Etats-Unis telle que l'envisageait l'administration Bush. Mais il est également vrai que ce sondage tombait après les deux accidents tragiques de la navette qui avaient jeté un froid sur la confiance des Américains dans la capacité de la NASA. Suite à ce désintérêt, en suspens ce sondage annonçait que 69% des Américains ne seraient pas concernés si l'Amérique perdait son rôle de leadership en matière spatiale. Objectivement, c'est en tout cas envisageable quand on apprend que non seulement la Russie et l'Europe sont dans la course, mais également le Japon, la Corée et la Chine, cette dernière ayant envisagé d'envoyer une sonde vers la Lune vers 2017. A consulter : Bibliographie concernant l'opinion du public à propos du programme spatial de la NASA
Deux ans plus tard, un sondage Gallup réalisé en août 2006 et parrainé par la NASA ainsi que les principales industries aérospatiales américaines regroupées dans la "Coalition for Space Exploration" (CSE, qui propose également le résultat des derniers sondages) arriva à la conclusion que près des 2/3 (63%) des Américains sondés (1000 personnes interviewées par téléphone) étaient en faveur d'un retour des astronautes sur la Lune dans la mesure où cet effort ne dépasserait pas 1% du budget fédéral, chiffre confirmé par le bureau Census et que semble avoir pris en considération Michael Griffin pour s'attirer les bonnes grâces du public et des "Congressmen". Sur les 63% de sondés en faveur de l'exploration spatiale, 32% se contentaient du budget actuel tandis que 22% souhaitaient qu'il soit augmenté, soit des proportions très proches de l'opinion française. Le sondage Gallup précédent conduit en mars 2006 arrivait à un chiffre de 60% en faveur du programme spatial et il était légèrement inférieur en mars 2005. Jeff Carr, président du CSE "pense que la stabilité de ces chiffres au cours du temps est probablement la chose la plus significative. Notre mission est de sensibiliser le plus large public possible sur la valeur et les bénéfices de l'exploration spatiale". Cette fois son objectif semble atteint mais il n'est nullement définitif. En effet, il semble que le public soit plus sensibilisé par les résultats immédiats de la conquête spatiale (le bon fonctionnement des télécommunications par satellite, des GPS ou de la bonne réception des images météos par exemple) et les belles images prises par les satellites et les sondes spatiales que par les projets à long terme comme celui de colonisation de la Lune ou de Mars qui ne le touche pas dans sa vie quotidienne. Mais si par malheur, il devait arriver un nouvel accident grave au cours du programme Constellation, le Congrès américain aurait tous les arguments pour annuler le programme sans appel. La NASA devrait alors se contenter de petites missions d'explorations planétaires automatiques comme celles qu'elle réalise actuellement vers Vénus, Mars et Pluton. "Vox populi vox dei", allons donc pour 1% des dépenses fédérales puisqu'ainsi le veut le peuple. Deuxième partie
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