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L'astronautique Demain, la Lune et au-delà (V) Ainsi que nous le détaillerons dans les articles consacrés aux retombées de l'espace, à l'exploration de la Lune et de Mars, en 2004 le Président Bush, Jr, proposa à la NASA de lancer un nouveau programme spatial afin d'établir la première base permanente sur la Lune avant 2020, et à partir de là envisager une mission habitée vers Mars, sans doute après 2030. L'avenir nous dira si cette initiative est réaliste. Dans l'immédiat la NASA a déjà présenté son nouveau lanceur Arès et son module de commande Orion. Selon les ingénieurs, ce nouveau lanceur est un compromis entre le meilleur de la fusée et le meilleur de la navette spatiale. Mais pour éviter de reproduire les erreurs du passé, plutôt que d'installer la capsule habitée sur le dos du propulseur, la NASA a décidé de l'installer à l'avant et de l'équiper par sécurité de son propre propulseur. Ainsi, même en cas d'accident, le véhicule Orion étant autonome, il pourrait échapper au désastre. Au-delà de 2020, sur le plan technologique la NASA n'a rien arrêté de définitif, d'autant qu'elle ignore qu'elle sera son enveloppe budgétaire; tout dépendra des résulats du programme Constellation et de la conjoncture socio-économique.
Mais comme elle l'a toujours fait par le biais de ses laboratoires de recherches et ses centres d'essais (ARC, MSFC, Dryden, Stennis, etc), plusieurs centres se penchent actuellement sur le "Centennial Challenge" qui s'articule autour de deux axes : les systèmes habités et la très ambitieuse propulsion nucléaire. Si à court terme (jusque 2015-2020) la station ISS représente un rôle clé dans la stratégie spatiale américaine où l'homme garde une place privilégiée, à long terme l'homme ne va pas rester dans sa banlieue et sera de plus en plus tenté par l'exploration des confins du système solaire pour y déployer toutes ses capacités opérationnelles, notament pour des raisons industrielles et commerciales. Ce jour là les robots seront probablement les partenaires des astronautes, assurant les tâches de transport, de sécurité, routinières ou les plus dangereuses comme aujourd'hui les ordinateurs et les bras télécommandés assurent déjà ces fonctions. On reviendra sur cette question lorsque nous discuterons de l'exploration du système solaire. La colonisation de la Lune Si l'homme s'installe un jour sur la Lune, son éloignement de toute pollution terrestre, sa faible gravité et l'absence d'atmosphère font de son environnement un site privilégié pour les essais technologiques et facilitera l'entraînement des astronautes. De 1958 à 2006, la Lune a recu la visite de 81 vaisseaux spatiaux. Après le long sommeil qui suivit la fin du programme Apollo, les premières missions de reconnaissance de la Lune ont redémarré en 1994, date à laquelle les Américains et les Japonais ont envoyé sur notre satellite des sondes automatiques afin d'explorer les régions polaires et des pénétrateurs sismiques pour étudier la structure du sous-sol (Clementine en 1994, Lunar Prospector en 1998). L'Europe entrera dans la course vers 2010 en commençant par envoyer des robots explorer les ressources lunaires. Par la suite et en vue de sa colonisation, en 2020 au plus tard les Américains achemineront de l'équipement lourd sur la Lune : petite centrale nucléaire, grues, bulldozers, télescopes, etc. La Lune devrait être habitée en permanence cinq ans plus tard. Ces dates sont données à titre indicatif, et estimons-nous heureux si cela se concrétise vers 2025.
Au milieu du XXIeme siècle, la Lune sera une plate-forme d'étude et d'observation de l'univers. Ce sera également un enjeu économique. Sous une apparence grisâtre, son sous-sol cache une véritable mine d'or. Il renferme de grande quantité d'hydrogène, d'oxygène, de fer, de titane et des oxydes métalliques. Il est très probable aussi que l'énergie de l'avenir viendra de la Lune : l'hélium-3 y est abondant alors que c’est un gaz rare sur Terre. Le stock d'hélium-3 présent sur la Lune est estimé à un million de tonnes. Il provient du bombardement de la surface lunaire par le vent solaire. Ce gaz emprisonné dans les roches de surface doit être chauffé pour être libéré. Cette exploitation nécessitera de remuer énormement de "terre lunaire" pour récupérer quelques kilos de gaz. Les Etats-Unis ne devrait en consommer que 25 tonnes chaque année. La Lune renferme donc des réserves énergétiques pour plusieurs siècles. En utilisant cet hélium-3 lunaire et le deutérium contenu dans l'eau de mer, nous pourrons mettre sur pied des réacteurs à fusion contrôlée. Une énergie propre et sûre pourra ainsi être distribuée durant plusieurs siècles. Plus tard, la même opportunité se présentera avec Mars et les astéroïdes.
Si le programme de colonisation de la Lune se poursuit, vers 2100 les premières entreprises privées pourraient délocaliser sur la Lune. Ce jour là l'univers sera dans le collimateur des industriels. Mais il sera également dans le collimateur des écologistes. Si l'aspect économique de la Lune intéresse plus d'un d'entre nous, il faut savoir que son exploitation minière par exemple entraînera le soulèvement d'une énorme quantité de poussières qui, en l'espace de quelques années, gêneront les observations scientifiques. Si les industriels et les scientifiques veulent travailler main dans la main, il faudra tout d'abord discuter des nombreuses précautions à prendre pour protéger son environnement. Le dilemme risque d'être sérieux. A consulter : Resolutions & agreements about space
Aux yeux des défenseurs de la nature, tout comme nous avons pu momentanément protéger l'Antarctique, une réglementation internationale devra dresser un rempart devant l'engouement économique des industriels envers la richesse du sous-sol lunaire. Mais ne nous voilons pas la face. A terme, cette position radicale ne sera plus tenable. Le délai que nous accorde l'industrie peut être d'un ou deux siècles. Mais la Lune sera conquise. Pacifiquement bien sûr car un addendum au Traité de l’Espace des Nations Unies interdit son utilisation à des fins militaires et rappelle que personne ne peut s'approprier un corps céleste. Noter que ceux qui le font en achetant à des sociétés immobilières des terrains sur la Lune, Mars ou Vénus, participent consciemment à une monumentale escroquerie qui ne vise qu'à enrichir leur fondateur à raison de plusieurs millions de dollars chaque année suite à une faille juridique dans le droit de l'espace... Un bon conseil, ne vous laissez pas séduire par le miroir aux alouettes ! Avec la navette et les sondes spatiales automatiques, les ingénieurs préparent pour beaucoup plus tard la véritable astronautique, celle qui mènera les hommes à travers tout le système solaire si pas au-delà. Nous sommes aujourd'hui arrivé à un carrefour où nous devons choisir notre destinée. Mais comme le dit un proverbe turc, "La nuit est enceinte et nul ne connaît le jour qui va naître". En sachant que nous sommes le seul animal de la création qui puisse se détruire, notre sagesse nous permettra peut-être un jour d’écarter à jamais ce risque et de satisfaire la curiosité de nos enfants. Les accidents et les victimes de l'astronautique Terminons certe revue de l'histoire de l'astronautique en rappelant que la conquête spatiale est avant tout une aventure humaine, une véritable épopée dans des conditions extrêmes où le risque se conjugue au quotidien. Comme l'aéronautique dont elle représente l'aile spatiale, cette technologie a aussi eu sa part de larmes et de désastres. Un accident, et d'autant plus s'il est mortel, affecte toujours l'avenir d'un programme spatial et l'intérêt des contribuables envers cette industrie. En effet, si on vous demandait de participer à une mission où vous auriez toutes les chances d'y laisser la vie, vous intéresserait-elle encore ? Et le public supporterait-il longtemps que son argent se consumme en fumée alors que des gens souffrent ou meurent tous les jours faute de bénéficier du minimum vital ? Ces questions de société sont importantes et nous prendrons le temps de discuter de cette question à propos des retombées de la conquête spatiale. Depuis le début du XXeme, aucun laboratoire de recherche, aucune agence spatiale n'a été épargnée à un degré ou un autre. Mais nous devons distinguer les accidents matériels survenus lors de tests, sur les pads de tir ou en cours de mission, des tragédies ayant entraîné le décès des membres d'équipages. Les premiers sont le lot de toute action, de toute recherche, qu'elle implique ou non un facteur humain, même si elle est parfaitement encadrée et respecte les consignes de sécurité. Comme dans l'aviation, le risque zéro n'existe pas en astronautique car outre le facteur humain, un appareil peut toujours tomber en panne et conduire par malchance à un désastre. Les simulations, les contrôles qualité et les consignes de sécurité sont justement là pour réduire ce risque. A lire : Les accidents de la navette spatiale - Rapport sur l'accident d'Ariane 5 Vol 501 Les tragédies Tant du côté russe qu'américain, dans les faits on ne peut pas dire que les lanceurs modernes soient plus fiables que ceux construits il y a deux générations. Ils sont seulement plus sophistiqués et plus ergonomiques. Aujourd'hui plus qu'hier, la rentabilité reste le point sensible de tous les projets, au point que certains sous-traitants ou chefs de projets indélicats ont baclé leur travail pour rentrer dans leur budget ou dans les temps. Pas étonnant dans ces conditions qu'on observe certains problèmes techniques par la suite, sur le pad de tir ou en cours de mission. Depuis 1958 pas moins de 22 astronautes et cosmonautes ont péri dans cette aventure : - 1 cosmonaute en 1961 (Valentin Bondarenko brûla vif dans une chambre pressurisée durant un entraînement de pré-vol) - 1 cosmonaute sur Soyouz 1 le 5 août 1966 (crash de Vladimir Komarov lors de la réentrée) - 3 astronautes sur Apollo 1 le 27 janvier 1967 (Virgil Grissom, Edward White et Roger Chaffee furent brûlés vif au cours d'une simulation sur le pad de tir) - 3 cosmonautes sur Soyouz 11 le 30 juin 1971 (Georgi Dobrovolsky, Vladislav Volkov et Victor Patsayev sont morts suite à un accident de dépressurisation en orbite) - 7 astronautes sur Challenger le 28 janvier 1986 (fuite d'un SRB à poudre et explosion du tank externe au décollage tuant Francis Scobee, Michael Smith, Ronald McNair, Ellison Onizuka, Gregory Jarvis, Judith Resnik et Christa McAuliffe) - 7 astronautes sur Columbia le 1 février 2003 (perforation d'une aile et désintégration de la navette lors de la réentrée qui tua Rick Husband, William McCool, Michael Anderson, David Brown, Kalpana Chawla, Laurel Clark et Ilan Ramon). Certains enquêteurs estiment que dans les années 1960 la Russie n'a pas déclaré toutes ses missions habitées ni avoué tous les accidents impliquant la mort d'hommes. Certains enregistrements audios réalisés par Torre Bert en 1960-61 semblaient également aller dans ce sens. En 2003 et 2004, j'ai pris contact avec mon ami Valentin Strashinski du TsNIIMash et responsable du projet "ET Shadow" d'ISS pour lui demander confirmation et le point de vue de l'agence sur les soi-disant "programmes noirs" soviétiques et les victimes non déclarées. Il n'a jamais pu me confirmer l'existence de ces programmes bien que ce ne soit plus un secret pour personne que l'ex-Union soviétique développa des programmes secrets (comme toutes les grandes sociétés industrielles étatisées à travers le monde) mais confirma en revanche ce que disait depuis le début les archives publiques du RSCE selon lesquelles 5 cosmonautes russes ont péri depuis 1958. On peut donc sereinement conclure 50 ans plus tard que ces alléguations concernant de soi-disant cosmonautes inconnus morts en mission sont des rumeurs instiguées par des Occidentaux afin d'entretenir une polémique sans intérêt. Les accidents matériels Enfin, parmi les accidents matériels importants, en 1996 par exemple l'ESA tenta d’envoyer dans la magnétosphère terrestre 4 satellites identiques dans le cadre du programme Cluster. Mais Uranie, la muse de l’astronomie avait décidé que 1996 serait l’annus horribilis. Le nouveau lanceur Ariane 5 inauguré pour l’occasion (Vol 501) explosa dans le ciel de Kourou le 4 juin, désintégrant en fumée une vingtaine d’expériences scientifiques et contaminant légèrement la région. Voici le rapport d'accident. Quant à l'exploration de Mars, depuis 1958 plus de la moitié des missions ont échoué ! Après l’échec de la sonde russe Mars 96, l’Europe spatiale subissait à son tour la honte de l’échec. Pour satisfaire tout le monde, Uranie porta finalement son coup fatal sur la NASA, empêchant la même année le lanceur Pegasus de mettre sur orbite le satellite gamma Hete. Tous les deux ans environ nous assistons ainsi à l’explosion d’un lanceur, civil ou militaire, en général de petite charge utile et heureusement non habité. Mais comme on dit dans ces cas là, l'Aventure continue ! Pour plus d'information
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