Comment devenir astronome ?

Quelle filière choisir ? (II)

Entre Bac et DEA, le parcours n'a pas beaucoup d'importance, pourvu qu'il soit bon. Il peut être purement universitaire (Fac ou DEUG sciences, licence et maîtrise de physique), passer par les "grandes écoles" (Ulm, SupOptique, Supaéro, etc) après une ou plusieurs années en classe préparatoire aux grandes écoles (une CPGE ou "taupe"), ou n'importe quelle combinaison. Il est en effet assez facile de réussir une licence et une maîtrise brillante après la prépa (en science ou même littéraire, les fameux "khâgnes") si on conserve le même rythme de travail, et une bonne maîtrise ouvre sans problème les portes des écoles, en seconde année.

Rien n'interdit d'ailleurs de suivre une partie de ses études à l'étranger, même en dehors de l'Europe, quel que soit le niveau. Cette pratique est sans doute appelée à se généraliser.

Paris étudiant : Les universités et grandes écoles

ONISEP : L'orientation - Les étudesLes métiers

Premier cycle  : Bac à Bac +2

L'alternative se situe entre le DEUG (à la Fac) et la Prépa (en lycée). Les deux filières peuvent être excellentes mais ont une philosophie différente des études. Il y a quelques années les Facs ne proposaient qu'un seul DEUG sciences avec les filières A pour les sciences de la matière (math, physique, chimie) et B pour les sciences de la vie, et des DEUG lettres, philo, etc. Aujourd'hui la plupart des Facs proposent plusieurs filières scientifiques : des DEUG MP (math-physique), MI (math-info), PC (physique-chimie), etc.

Entre DEUG et Prépa, on "s'amuse" plus à la Fac car il y a plus de liberté à tous points de vue; beaucoup d'universités offrent la possibilité de suivre des initiations à l'astronomie, de hanter les labos et d'y faire des premiers stages. 

L'inspection du miroir de 10 m de diamètre du télescope Gemini North avant son installation à Mauna Kea en 1999.

Comme le disait un étudiant de 3eme année, "je suis personnellement vraiment heureux de m'être éloigné de tout ce qui se rapproche de près ou de loin au système scolaire (lycées, IUT, BTS, et Prépa)". Par contre l'encadrement est plus solide dans les classes préparatoires car elles préparent les concours d'entrée de l'Ecole Normale Supérieure (ENS) et des écoles d'ingénieur; comme la "spéciale Math" en Belgique.

Ensuite, même si le but est de faire un cursus universitaire complet, l'intérêt de la Prépa est d'être dans un environnement de compétition qui oblige à beaucoup travailler. Compétition ne veut pas dire que l'ambiance dans une classe soit mauvaise car le concours est national :  les concurrents sont surtout ceux des autres Prépas. En plus, les conditions d'enseignements sont meilleures : professeurs renommés en général, classes de moins de 50 étudiants, d'un niveau qui permet d'aller vite, option d'internat, etc. Pour avoir de bonnes bases en physique et surtout en maths, c'est l'idéal.

Le désavantage est la pression et le stress des concours. On passe une année (souvent 2 ou 3 si on ne réussit pas du premier coup) de vie quasiment monacale, avec des distractions savamment programmées pour décompresser avant de se remettre au travail. La vie affective est bien sûr possible, mais chaque instant est pris sur le temps de préparation des concours.

Du point de vue académique, le problème est que l'étudiant prépare ces concours au lieu de prendre le temps d'approfondir la matière. Personne ne vous empêche de faire de la vraie physique, au contraire, mais il faut disposer de base mathématiques suffisantes pour avoir la capacité et le temps d'en faire. C'est trop scolaire pour certains. Aussi pour les passionnés de sciences concrètes et palpables ou les rares universitaires qui seraient "allergiques" à la sélection de la Prépa, l'enseignement universitaire dispensé en Fac demeure l'idéal.

Le choix doit se faire sur la maturité de l'étudiant. La Fac demande beaucoup plus de maturité dans un contexte très permissif. On y "apprend" donc aussi à bosser, et ça peut ensuite faire la différence. Un tout jeune bachelier pas encore très sûr de lui ou de ses choix de carrière a tout intérêt à rester dans la filière Prépa (quitte à rejoindre la Fac en cours de route : les doubles inscriptions sont faciles, et on "mutit" vite à 18 ans...). Un jeune futur astronome sûr de sa vocation et de sa capacité à travailler sans qu'on l'y force trouvera la vie des campus universitaires bien plus passionnante que le lycée.

Par ses intérêts dans la cosmologie ou la planétologie pour ne citer que ces deux disciplines, l'astronomie couvre un très large éventail de sciences parmi lesquelles nous trouvons l'étude des rayonnements cosmiques, de l'environnement terrestre et la télédétection. A gauche, des traces de mésons enregistrées au CERN. Au centre, la salle de contrôle du GEDDS du PFRR spécialisé dans le monitoring de l'activité ionosphérique. A droite, une image de la biosphère. Documents CERN, PFRR et NASA-GSFC/OrbImage.

Second cycle : Bac +3 à Bac +4/+5

Il existe 3 filières : la Faculté (université), les écoles d'ingénieur et les écoles normales.

- La Fac

Après une école préparatoire (taupe) ou poursuivant votre DEUG vous entamez une licence universitaire (Bac +3) puis une maîtrise (Bac +4) de physique. Il n'y a pas de licence et maîtrise d'astronomie, mais les universités vous proposent des options touchant l'astronomie qu'il est utile de suivre (astronomie, optique, traitement du signal, etc) et des possibilités de stages.

- Les écoles d'ingénieur

Après une école préparatoire (taupe) une spécialité utile à l'astronomie est évidemment  un net avantage (SupOptique, Supaéro, ENS Télécom, etc), mais pratiquement n'importe quelle école donne l'équivalence de la maîtrise (Bac +4). La formation d'ingénieur dure 3 ans.

SupOptique est l'Ecole Supérieure d'Optique, à Orsay, près de Paris. Elle prépare à tous les métiers de l'optique. C'est un passage obligé si les grands télescopes et leurs technologies avant-gardistes vous passionnent.

Supaéro est l'Ecole Nationale Supérieure de l'Aéronautique et de l'Espace. Elle forme les ingénieurs de haut niveau dans tous les domaines afférents (aéronautique, électronique, traitement du signal, etc). Ce diplôme ouvre pas mal de portes dans le milieu de l'espace, donc de l'astronomie au sens large.

Le polissage du miroir de 4m de Cerro Tololo. Doc KPNO/NOAO.

A noter que les deux options, Fac et écoles d'ingénieur ne sont pas incompatibles : il y a des passerelles.

A partir d'une école d'ingénieur il est toujours possible de bifurquer vers l'enseignement purement universitaire et un ex-taupin est très bienvenu en licence.

Inversement les écoles d'ingénieurs sont conscientes qu'il y a d'excellents étudiants en Fac, et tentent d'attirer les meilleurs étudiants de maîtrise (Bac +4) en leur proposant "d'intégrer" l'école directement en seconde année : ils "redoublent" donc à Bac +4, mais avec les deux diplômes. L'élève "perd" un an, mais le double cursus est très profitable, et l'accès sur dossier à une école qu'on a choisie moins aléatoire que les concours (où l'on se retrouve vite, à dix places près, ingénieur des mines plutôt que de l'aéronautique).

Vu la sélection qui se fait dans ces écoles, les étudiants y sont en général meilleurs qu'à l'université, et ils ont alors toutes les chances de réussir une fois arrivés en DEA. Certaines écoles permettent de faire le DEA en 3eme année, dans d'autres il faut attendre d'en être sorti.

- Les écoles normales supérieures

Les ENS de Lyon et de Cachan ou mieux encore l'ENS de la rue d'Ulm à Paris est la voie royale pour accéder à la recherche et à l'enseignement supérieur. On y entre sur concours à Bac +2. On y prodigue une formation universitaire avec un encadrement très renforcé. On est fonctionnaire, et donc rémunéré. On peut y traîner, mais la qualité de l'encadrement est telle qu'on peut viser licence/maîtrise en 1 an, et les élèves font naturellement une agrégation de physique en 1 an puis un DEA au cours de leur cursus. Leur formation se termine par une thèse de doctorat.

A partir du premier cycle vous pouvez donc suivre l'une des filières suivantes :

- une Prépa, puis la Fac (licence et maîtrise)

- une Prépa, puis un magistère : c'est comme la Fac, c'est à la Fac, mais c'est mieux organisé et il y a une sélection à l'entrée

- une Prépa, puis une école d'ingénieur

- une Prépa, puis l'ENS : ça revient à faire un magistère, mais dans de meilleures conditions, et la sélection est beaucoup plus dure.

Armé de votre doctorat d'Astrophysique vous avez une toute petite chance d'être enrôlé comme astronaute et chargé de mission scientifique à bord de la navette spatiale ou de la station ISS si cela vous intéresse... Mais vous serez au coude à coude avec les ingénieurs civils et les militaires spécialisés en aéronautique.

A gauche, le Col. Neil Armstrong à bord du X15 en 1961. Au centre, Bruce McCandless aux commandes du MMU le 8 février 1984 lors de la mission STS-41B de la navette spatiale . A droite, Steven L.Smith et John M.Grunsfeld remplaçant l'instrumentation du télescope Hubble lors de la mission STS-103 de Discovery en décembre 1999. Documents NASA/Dryden Flight Research Center et NASA-NIX.

- Troisième cycle : DEA à Bac +5 puis 3 ans de thèse

Il n'y a pas vraiment de formation "professionnelle" de type DES (Diplôme d'Etude Supérieure) dans une spécialité aussi fondamentale que l'astronomie. Le seul accès à ces métiers est le DEA, à Bac +5, qui consiste en une formation par la recherche comprenant un stage en laboratoire de plusieurs mois.

On accède aux "bons" DEA - il est absurde d'en suivre un autre - sur dossier, après une maîtrise universitaire ou une école d'ingénieur. A partir de là, on est dans le bain de la recherche, et les choix des labos d'accueils, des patrons de stage de DEA et de thèse sont essentiels. Outre Paris il existe des DEA d'Astrophysique à Marseille, Orléans et Toulouse. Nice propose un DEA d'astronomie (haute résolution angulaire, image et gravitation).

Outre les DEA d'astrophysique, l'astronomie c'est aussi l'optique et les hautes énergies. Citons dans ce cadre les DEA de physique des grands instruments à Paris XI, le DEA énergétique de Toulouse (Université + Grande école), le DEA Astronomie option ondes gravitationnelles de Nice (Université), le DEA subatomique de Nantes (Ecole des Mines + Université) et enfin le DEA ACTA de Poitiers (ENS MA + Université).

Soyons pragmatiques : un DEA d'accord

mais quel est son avenir ?

Si dans l'absolu il est préférable de faire le métier que l'on aime, la réalité socio-économique nous demande parfois de faire des sacrifices ou d'être plus réaliste.

Ainsi avant de commencer votre DEA et de penser à votre thèse, renseignez-vous pour savoir combien de bourses de thèse le DEA que vous convoitez a obtenu ces dernières années, histoire de savoir si vous avez une chance de réussir.

Regardez également à quels laboratoires ces DEA sont associés afin de savoir quelles sont leurs retombées scientifiques en matière de publications ou directement dans l'industrie.

Vérifiez également que le laboratoire associé à votre DEA soit membre du projet scientifique auquel vous voulez participer dans l'avenir (projet VIRGO par exemple si vous vous intéressez aux ondes gravitationnelles), histoire que vous puissiez avoir accès aux données...

Aussi après votre Bac+5 si tout vous intéresse encore, de l'optique aux hautes énergies, vous avez peut-être une chance de trouver le DEA et le laboratoire de vos rêves. En revanche, si vous êtes déjà spécialisé, espérez que le budget attribué à la recherche ne soit pas emputé de quelques pourcents.

Certaines écoles d'ingénieur laissent la possibilité de suivre un DEA en même temps que la 3eme année d'école. C'est souvent judicieux lorsqu'on veut s'orienter vers la recherche dans la spécialité de son école, mais il n'y a pas d'école d'ingénieur en astronomie, et un classement médiocre en DEA est une très mauvaise affaire. Il est donc plus sain de s'attacher à valider sa formation d'ingénieur, avec stage en entreprise ou dans un laboratoire dans la spécialité du diplôme, puis de se consacrer entièrement à un DEA d'astronomie ou assimilable.

Le DEA ne mène pas à grand chose en soit et n'ouvre, a priori, aucun débouché professionnel, du moins en astronomie. En fait ce diplôme permet tout juste de trouver un emploi en-dessous de ses qualifications, et pas forcément en astronomie : enseignement (certains étudiants en DEA ont déjà passé l'agrégation qui permet d'enseigner en Prépa et lycée), informatique, recherche et développement...

Le Pr Martin Ress en compagnie d'un assistant préparant son doctorat.

La préparation de la thèse est un travail de recherche à plein temps que l'on effectue dans un laboratoire. Un assistant de recherche ou thésard bénéficie le plus souvent d'une allocation de recherche décente, qui correspond à un revenu net jusqu'à 1200 € par mois (2005) s'il fait aussi un peu d'enseignement ("monitorat d'enseignement supérieur"). C'est aussi l'une des raisons pour laquelle un certain nombre d'ingénieurs de recherche (des ingénieurs civils, pas des chercheurs) soutiennent également leur thèse.

En fait, le choix le plus important est probablement celui du directeur de thèse, et du sujet. Il n'y a pas véritablement de formation à la recherche, le métier est supposé entrer tout seul, par osmose avec le patron : au-delà de ses pures qualités scientifiques et des moyens du labo, il est aussi crucial d'être en confiance, de bien s'entendre sur le plan humain. Ceci est également valable dans le secteur privé.

Après avoir soutenu votre thèse et obtenu votre doctorat, votre diplôme vous donne accès aux concours des corps de chercheurs : chargé de recherche au CNRS (100% recherche), astronome-adjoint (un peu d'enseignement), Maître de Conférences (beaucoup d'enseignement et disons 50% recherche). Les carrières sont ensuite pratiquement équivalentes dans les trois corps, peut-être un peu plus rapides à la Fac.

Notons que le système éducatif est encore passablement féodal et très élitiste :  un étudiant présumé "brillant," marchant bien dans une filière prestigieuse, quelle qu'elle soit ou presque, sera bienvenu à peu près n'importe où, à la seule discrétion du professeur chargé de la formation à laquelle il postule s'il arrive à le convaincre de sa motivation. A contrario, un étudiant en situation d'échec, ou simplement démotivé par son choix d'orientation initiale, aura énormément de mal à trouver une passerelle et un point de chute. Sans expérience valorisante ou résultats majeurs, peu de places s'offriront à lui.

Post-doc

Il faut en général effectuer au moins 2 ans de stages post-doctoraux, souvent à l'étranger, avant d'avoir un poste, mais ce ne sont pas des formations diplomantes, ce sont seulement des expériences professionnelles qui valent la peine d'être référencées sur un CV.

Le post-doc apporte une chance de recrutement. Néanmoins, il est assez rare de trouver un emploi juste après la thèse. La plupart du temps, le recrutement a lieu deux ou trois ans plus tard, après que vous ayez passé un ou deux post-docs supplémentaires dans d'autres laboratoires.

Mais dans la vie active, pour avoir une place il faut avoir acquis de l'expérience, avoir beaucoup publié, et la thèse est trop courte pour cela.

La spécificité européenne et plus encore française est malheureusement de recruter les chercheurs assez jeunes sur des postes permanents, et de n'offrir pratiquement aucun autre type de poste. Aussi, au-delà de 3 années de stage, c'est dangereux : on commence à être "trop vieux" (30 ans !) pour le profil typique des postes, on s'installe dans une suite de contrats à durée déterminée, et comme vous êtes à l'étranger, vous perdez contact avec la communauté qui a besoin de vous rencontrer pour vous connaître et décider de vous embaucher. A l'inverse il est beaucoup plus facile en Belgique d'obtenir des contrats à durée déterminée de plusieurs années, mais on n'obtient souvent un poste permanent qu'au-delà de 35 ans contre 27-30 en France. 

En Europe c'est très tôt par rapport à d'autres pays; aux USA par exemple on n'accède guère à un poste permanent, la "Tenure", avant la quarantaine. Et dans les situations critiques, étant la donné qu'il n'existe pas de protection sociale automatique, il est courant que des personnes de plus de 65 ans continuent à travailler.

En fonction du pays où vous résidez le post-doc peut donc être un quitte ou double : comme l'on dit "on est casé à vie, ou inemployable". Cela dit le post-doc maximise les chances aux concours d'accès aux postes permanents.

Toutefois vous trouverez des chercheurs disposant de 2 ou 3 post-docs et leur allongement sont aussi une conséquence du "bouchon" entre la thèse et les postes (1 poste pour 7 candidats...). Deux années de post-doc sont donc un minimum.

L'astronomie c'est aussi la cosmologie, la radioastronomie et la bioastronomie. A gauche "l'univers-éprouvette" imaginé par l'auteur, au centre l'une des paraboles du réseau VLBA d'Hawaii, à droite l'expérience prébiotique de Urey-Miller présentée par le Pr C.Ponnamperuma.

En attendant qu'un poste se libère, le chercheur fraîchement diplômé ne peut pas rester inactif au risque de perdre ses capacités. D'autres voies de sortie doivent donc être envisagées et il est toujours bon pour un scientifique d'avoir acquis entre-temps une licence, un diplôme d'ingénieur, une agrégation ou des contacts avec le monde de l'entreprise. Pendant les périodes de vaches maigres il pourra toujours changer d'orientation sans toutefois trop s'y impliquer s'il veut en sortir et "faire un jour de l'astronomie.

Note. Beaucoup d'universités françaises de province ont été créées à la fin des années '60 et on assiste aujourd'hui au début d'une vague massive de départs en retraite. Même si tous les postes comme l'on dit au CNRS ne "reviennent" pas en astronomie, un étudiant qui commence sa thèse aujourd'hui est presque sûr d'obtenir une allocation de recherche et aura bien plus de chances de faire carrière à la Fac que ceux qui l'ont précédé à la fin des années 1990, disons peut-être une chance sur deux pour un bon étudiant.

Dernier chapitre

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