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La
belle aurore !
L'activité
du champ géomagnétique (III)
D'où
proviennent les aurores ? Nous savons que physiquement une aurore est la manifestation des
fluctuations du champ magnétique terrestre. Elle est produite par une décharge électrique dans un milieu
de très faible densité, proche des phénomènes
d'électroluminescences que nous connaissons bien par les tubes au
néon.
Mais nous allons devoir introduire des notions plus techniques
pour comprendre comment ces décharges électriques se produisent. Car
la
structure à chaque fois différente des aurores n'est pas seulement
liée au fait que des particules énergiques interagissent avec le champ
géomagnétique. Leur
apparition dépend avant tout du niveau d'énergie potentielle des
particules et de l'interaction de celles-ci avec l'ionosphère. Les CME
par exemple, doivent contenir plusieurs milliards de tonnes de gaz et
de plasma pour espérer produire un effet sur Terre; le vent
solaire doit atteindre une vitesse de plus de 500 km/s et
le champ magnétique terrestre doit être porté à une intensité
bien déterminée.
Steve
Petrinec nous rappelle que la magnétosphère est une région très
raréfiée, on y dénombre de 1 à 1000 particules par cm3
presque exclusivement composée d'électrons, protons et de noyaux
atomiques (tel l'oxygène qui est transporté depuis la basse
atmosphère).
Ce milieu constitue un
plasma qui est capturé par les lignes de force du champ magnétique.
Une grande partie de ce plasma provient du vent solaire, le champ
magnétique interplanétaire, tandis qu'une petite partie provient de
l'ionosphère terrestre.
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Ci-dessus,
le
champ magnétique terrestre est incliné de 11.6° par
rapport au nord géographique. Les particules porteuses de
charge sont attirées par ce dipôle magnétique qui les
piègent dans son champ de force et les conduisent jusqu'au
terminateur. Ce système constitue un
générateur magnétohydrodynamique (MHD). |
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Nous
savons que la
Terre agit comme un dipôle magnétique, attirant les particules chargées
issues du Soleil.
Les charges positives (protons) sont attirées vers la partie
éclairée de la Terre, plus exactement sur le point
du
terminateur où le Soleil se lève, tandis que les particules chargées
négativement (électrons) se retrouvent dans la partie crépusculaire.
Ce processus transforme la Terre en
un véritable générateur magnétohydrodynamique.
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Structure
de la magnétosphère terrestre |
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0
- La Terre
1
- L'ionosphère qui encercle la Terre (non montré)
2
- La sphère de plasma
3
- Les Ceintures de Van Allen
4
- Le feuillet de plasma (magnétosphère interne)
5
- La magnétopause
6
- La queue magnétique
7
- Les cornets polaires
8
- La magnétopause
9
- Le vent solaire
Cliquer
sur l'image pour l'agrandir. Document BAS. |
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En
période calme d'activité, le
champ magnétique solaire réside en général dans le
plan de l’écliptique (horizontal). Mais lorsque des boucles magnétiques
se forment dans les éjections coronales, elles présentent de fortes
composantes nord-sud. En
1979 le Dr. Goetz Paschmann de l'Institut Max Planck de
Physique Extraterrestre a découvert
que lorsque la composante du champ magnétique contenue dans le vent
solaire était orientée dans une direction opposée
à la composante géomagnétique terrestre (composante Bz orientée vers le
sud, donc anti-parallèle à l'orientation du champ magnétique
terrestre et donc de signe opposé), les deux champs magnétiques
pouvaient se
combiner
par un processus connu sous le nom de "reconnection
magnétique", déconnectant temporairement le champ de force
géomagnétique au profit du vent solaire.
Cela se manifeste par une
sorte de fissure (que les anglosaxons appellent un "crack") dans le bouclier
géomagnétique par lequel les particules électriquement
chargées du vent solaire peuvent s'écouler. Le vent solaire
pénètre dans la géo magnétosphère à une vitesse proportionnelle à la vitesse
de ces reconnections et interagir avec l'ionosphère. Plus les champs seront intenses plus ils se déplaceront rapidement,
et plus le taux de reconnections électromagnétiques sera élevé et
les points de contacts nombreux. Sans
ces reconnections, le champ magnétique terrestre agit comme un
bouclier face au vent solaire; c’est la magnétopause, dont le front se trouve à 10 rayons
terrestres au-dessus de la face éclairée.
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A
gauche variation
de la vitesse du vent solaire (courbe supérieure) et de
l'orientation de sa composante nord-sud (courbe inférieure)
pour les mois d'avril-mai 1998. Le 6 avril est le 125e
jour. A droite une reconnection électromagnétique
(entre le vent solaire en jaune pâle et le champ
géomagnétique en rouge) appellée un
"crack", une fissure dans le bouclier
protecteur de la Terre par laquelle le flux solaire peut
pénétrer dans l'ionosphère et produire des aurores
polaires. Cliquer
ici pour
lancer une animation expliquant ce phénomène (fichier
.MPEG de 1.7 MB préparé par la NASA). Documents AGU
et NASA/GSFC. |
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En
décembre 2003, le Dr Harald Frey et son équipe de l'Université de
Californie à Berkeley ont découvert que ces "cracks"
restaient ouverts plusieurs heures durant, beaucoup plus longtemps que
prévu, et ne constituaient pas de simples ouvertures sporadiques et
de courtes durées dans le bouclier géomagnétique. Ce phénomène
est dorénavant incorporé dans les modèles géomagnétiques afin
d'améliorer la précision des prévisions de tempêtes sévères
(indice X).
Tamitha
Mulligan de l'IGPP nous précise qu'en temps normal - en dehors des
"crack" -, la perturbation sera d'autant
plus active que la densité du plasma du vent solaire sera élevée
durant l'intervalle de temps où il pointera vers le sud. Au
passage d'une CME comme on en connu le 6 avril 2000 - et de nombreuses
autres depuis lors -, l'augmentation
de densité engendra une pression dynamique accrue du vent solaire sur
la magnétosphère terrestre. Cette pression (de l'énergie)
fut convertie en énergie magnétique et thermique qui fut
ensuite partiellement dissipée à travers les aurores. Cette augmentation de la force
du champ
magnétique est donc source de tempête géomagnétique.
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Evolution
d'un flux de matière coronale (CME) dans l'environnement
terrestre. Noter la compression du champ géomagnétique
sur la 3e image. Lorsque les particules solaires arrivent
aux pôles de la Terre, le champ géomagnétique interagit
avec les particules. Les réactions chimiques qui en
découlent entre 100 et 200 km d'altitude donnent
naissance aux aurores. Cliquer
ici pour lancer l'animation (.MOV de 784 KB). Document NASA/MSFC/Digital
Radiance Inc. |
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Cette activité géomagnétique est en fait
beaucoup plus complexe que la simple précipitation de particules dans l'atmosphère. Comme le schéma ci-dessous tente de le
montrer, il existe plusieurs systèmes de courants qui s'étendent les
uns dans la queue magnétique, les autres dans l'anneau ou encore dans
la magnétopause. Ces courants forment des circuits électriques
complets dont la plupart se referment dans l'ionosphère.
A
travers une succession de processus magnétosphériques, le plasma va se
stocker du côté nocturne de la Terre, dans la queue magnétique.
Pendant ce processus le champ magnétique de la queue s'accentue
produisant une augmentation de l'énergie et du flux de plasma, un peu
comme un élastique que l'on étire et qui s'échauffe.
Au
bout d'un certain temps qui s'exprime en heures, il y a soit trop de
plasma soit un événement extérieur qui provoque un retrait de cet
élastique (le champ magnétique) vers la Terre, transportant tout le
plasma dans son mouvement de retour. C'est à ce moment là qu'une bonne partie
du plasma est littéralement catapultée dans la queue magnétique,
remontant le feuillet de plasma, suivant le courant de l'anneau
jusqu'à rejoindre l'ionosphère, y dissipant de la chaleur et provoquant des
aurores. Ce processus est dénommé une tempête secondaire ou
sous-tempête.
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Le générateur MHD
forme un circuit
électrique complexe
autour de la Terre qui énergétise l'ionosphère en
provoquant des réactions secondaires de fluorescence dont
les aurores (en vert pâle) sont la manifestation. Document PFRR.
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C'est
la raison pour laquelle certaines régions de l'ionosphère voient des
protons et électrons précipiter et des flots d'ions remonter en altitude. Dans
d'autres régions s'est la situation inverse qui se produit. Ces
courants changent rapidement au cours du temps ainsi que la pression du
vent solaire, spécialement lors du passage d'une CME. Il n'est donc pas
étonnant qu'au cours de la rotation de la Terre et des observatoires
magnétiques on observe à la fois une décroissance et une augmentation
de la magnitude du champ magnétique.
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Les
aurores déchargent leur énergie comme le ferait un
générateur d'électricité à travers le courant de
décharge. Document PFRR. |
Vous
comprenez à présent que la
magnétosphère terrestre joue un rôle important dans l'intensité des
aurores. La magnétosphère canalise toutefois ce plasma vers les régions
polaires des deux hémisphères qui ne sont pas protégés par le
champ de force magnétosphérique. Ces deux points d'entrée sont appelés les
"cornets polaires".
Dans
des conditions normales, la tension de ce générateur naturel oscille
entre 15000 et 50000 volts. Durant les tempêtes géomagnétiques et
autre rafales de vent solaire cette tension peut s'élever à 200 kV !
A l'image d'un générateur d'électricité, cette énergie produit jusqu'à un million d'ampères qui sont
transportés à travers l'ionosphère jusque dans la région des
aurores entre 100 et 300 km d'altitude où la densité électronique
avoisine 2 millions d'électrons/cm3.
Ce courant est dénommé électrojet et peut-être mesuré au moyen de
magnétomètres au sol.
Le potentiel
électrique associé à ce "générateur" peut atteindre une puissance du million de mégawatts, plus encore que
la consommation mondiale d'électricité en une année ! L'électricité
fournie par ce générateur naturel se décharge au-dessus des deux cornets polaires, en partie le long des
lignes de force du pôle magnétique et le reste à travers l'ionosphère. Elle est aussi transportée par le plasma à travers la
magnétosphère. Le flux ainsi formé par ce générateur de courant
s'appelle le courant de décharge. Parvenu sur Terre, ce plasma forme une région circulaire autour du pôle
géomagnétique où les aurores seront visibles, en même temps qu'elles
provoqueront les orages géomagnétiques. Il est donc normal d'observer
les aurores dans la direction du pôle magnétique, au nord-nord-ouest.
C'est en traversant ensuite les draperies de l'ionosphère dans un
mouvement en spirales que ces particules retourneront à l'espace, non sans ayant
créé quelques perturbations.
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A
gauche une image composite d'une
très belle aurore
boréale d'une puissance de plusieurs GW observée dans la partie visible et ultraviolette du
spectre par le satellite Polar.
A droite l'ovale représentant la distribution d'énergie d'une aurore de 13.5 GW avec ses
extensions jusqu'à 45° de latitude Nord (G5, Kp=9).
Doc U.Iowa/NASA
et Spacewarn
adapté par l'auteur.
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Le champ
magnétique terrestre peut aussi accumuler l'énergie accumulée dans
l'ionosphère et
se consolider. Il réattire alors les électrons en haute altitude,
suivant les lignes de force de l'ionosphère jusqu'à 10000 km de la
surface environ. Le potentiel électrique atteint ici quelques milliers
de volts. A nouveau accélérés vers la Terre, ces électrons ont
tendance à retourner dans la magnétosphère en formant une spirale.
Les particules s'entrechoquent avec les atomes d'oxygène et d'azote du
milieu ambiant et retournent à leur état stable en émettant un
spectre lumineux caractéristique. C'est ce processus de décharge que
nous observons dans un chatoiement de couleurs à l'oeil nu, aux
latitudes moyennes et polaires, et que vous pouvez également entendre
sur ondes-courtes, en VHF.
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Le
son étonnant des aurores |
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Violente
perturbation des bandes VHF provoqué par une aurore.
Source et conditions inconnues mais celle-ci a
certainement provoqué un blackout radio ! |
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"Soucoupe"
magnétosphérique enregistrée le 27 mars 1996 à
2005z (côté soleil en temps local) par Don
Gurnett, spécialiste du satellite Polar auprès
de l'U.Iowa.
Ces émissions caractéristiques ressemblent à des sifflements
et ne
durent que quelques secondes. Elles se manifestent
pendant les aurores aux latitudes les plus
éloignées du pôle. On distingue ce qu'on appelle
"la forme en V de la soucoupe", centrée
à 20:05:42 TU et qui s'étend jusqu'à 5 kHz. La
"soucoupe en forme de disque" est plus
spectaculaire et apparaît à 20:05:47 TU et
s'étend en fréquence jusqu'à 2.5 kHz. |
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Sifflement
ou souffle magnétosphérique enregistré le 28 mai 1996 à
2148z du côté de la Terre plongé dans
l'obscurité par Don
Gurnett de l'U.Iowa.
Ce genre d'émission se propage dans une étroite
bande de latitude comprise entre 5-10°, centrées
sur la zone où se manifeste l'aurore. Aux latitudes
moyennes les plus fortes émissions se situent sous
3 kHz où les électrons présentent une énergie
oscillant entre 50 eV (électrons situés à plus de
10000 km d'altitude et se propageant vers le haut) et
1 keV (sous 1000 km d'altitude où les électrons se propagent vers le sol). |
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Radiation
Aurorale Kilométrique (AKR) se propageant dans la
magnétosphère et enregistrée le 10 mai 1996 à
1638z dans l'hémisphère sud, du côté de la Terre
plongé dans l'obscurité par Don
Gurnett de l'U.Iowa.
La gamme de fréquence oscille entre 270 et
340 kHz.
L'émission
AKR est un rayonnement radio intense s'échappant de
la Terre à partir des régions où se manifestent
les aurores à des fréquences qui se situent
au-dessus de celles du plasma électronique local. |
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Consultez
cette page écrite en
anglais pour écouter d'autres enregistrements. |
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Des études scandinaves et américaines
ont démontré que les aurores se formaient simultanément dans les deux
hémisphères et présentaient pratiquement les mêmes formes. Quand on
en aperçoit en Grèce ou au Texas par exemple, par 38° de latitude
nord lors de tempêtes géomagnétiques sévères (classe G5) vous
pouvez être certains qu'on verra simultanément des aurores en
Amérique du Sud et en Australie (en Province de Victoria par
exemple). Bien sûr, si près de l'équateur elles seront beaucoup plus
pâles que dans les régions polaires (classe I en général au lieu
de IV, voir classification p9).
Prochain
chapitre
Les
perturbations et autres défaillances
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