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La Bible face à la critique historique

Les Dix plaies d'Égypte

Selon la Bible, Pharaon refusant de libérer le peuple hébreux comme l'exigea Moïse, par la voix de son messager Dieu mis sa menace à exécution et prédit que dix catastrophes s'abatteraient sur l'Égypte. Cela commença par le changement des eaux du Nil en sang suivie par l'invasion de grenouilles, de moustiques puis de mouches, jusqu'à la dixième plaie, la mort des premiers-nés qui décida finalement Pharaon à libérer les hébreux d'Égypte. Jusqu'à présent, les spécialistes ont toujours supposé que ce récit des "Dix plaies d'Égypte" (Exode 7:14-12:36) était a priori tellement fantastique qu'il devait s'agir d'un récit métaphorique. Si quelques faits comme l'apparition des grenouilles et la grêle pouvaient être provoqués par des phénomènes naturels, la plupart semblaient trop extraordinaires pour être vrai. Mais de nouvelles données ont récemment remis ce postulat en question.

Selon une théorie proposée par le biologiste Siro Trevisanato et les archéologues Nadine Moeller et Robert Ritner, les catastrophes décrites dans la Bible feraient allusions aux effets de l'éruption du volcan de Théra sur l'île de Santorin vers 1610 avant notre ère. Voyons de quelle manière les chercheurs sont parvenus à cette conclusion et ce qu'il faut en penser.

L'histoire de cette théorie trouve son origine en Égypte. Entre 1947 et 1951, des archéologues français ont découvert dans le troisième pylône du temple de Karnak à Thèbes une stèle en calcaire mesurant 1.80 m appelée la "Stèle de la Tempête" datant du règne d'Ahmosis Ier, pharaon de la XVIIe dynastie qui régna entre 1550 et 1524 avant notre ère. Selon l'égyptologue belge Claude Vandersleyen, professeur émérite de l'Université Catholique de Louvain, cette stèle aurait été gravée avant la 22e année du règne d'Amosis, soit entre 1550 et 1528 avant notre ère soit entre 1539 et 1517 avant notre ère.

En 2014, les archéologues Nadine Moeller et Robert Ritner de l'Université de Chicago ont retraduit le texte de cette stèle et publié les résultats de leur étude dans le journal JSTOR sous le titre "The Ahmose ‘Tempest Stela’, Thera and Comparative Chronology". Les chercheurs ont établi un lien entre le récit mentionné sur cette stèle, le récit biblique et l'éruption du volcan Théra de Santorin à l'époque minoenne.

Le tableau suivant reprend les données que nous possédons, d'une part le texte biblique de l'Exode (Ex 7:14-12:36) et d'autre part la Stèle de la Tempête de Karnac qui comprend 40 lignes dont voici un extrait :

L'Ancien Testament (Exode)

1ere plaie : les eaux du Nil changées en sang : "... le Nil fut nauséabond, et les Égyptiens ne purent boire des eaux depuis le fleuve ..." - Exode 7:14-25

2e plaie : les grenouilles : "... les grenouilles tombèrent et recouvrirent l’Égypte  - Exode 8:1-25

3e : les moustiques (ou les poux) : "... toute la poussière du sol se changea en moustiques ..." - Exode 8:16-19

4e plaie : les mouches (ou les taons ou les bêtes sauvages) : "... des taons/ bêtes sauvages en grand nombre entrèrent [...] dans tout le pays d’Égypte ..." - Exode 8:20-32

5e plaie : La mort des troupeaux : "... tous les troupeaux des Égyptiens moururent ..." - Exode 9:1-7

6e plaie : les furoncles : "... gens et bêtes furent couverts de furoncles bourgeonnant en pustules ..." - Exode 9:8-12

7e plaie : la grêle : "... L'Eternel fit tomber la grêle qui se transforma en feu sur le pays d’Égypte ..." - Exode 9:13-35

8e plaie : les sauterelles : "... Elles recouvrirent la surface de toute la terre et la terre fut dans l'obscurité ; elles dévorèrent toutes les plantes de la terre et tous les fruits des arbres, tout ce que la grêle avait laissé et il ne resta aucune verdure aux arbres ni aux plantes des champs dans tout le pays d'Égypte ..." - Exode 10:13-14 et19

9e plaie : les ténèbres : "... il y eut d’épaisses ténèbres ..." - Exode 10:21-29

10e plaie : la mort des premiers-nés : "... tous les premiers-nés moururent dans le pays d’Égypte ..." - Exode 12:29-36.

Stèle de la Tempête (Karnac)

ligne 7 : [...] les dieux ont exprimé

ligne 8 : leur mécontentement [...] les dieux (?), le ciel viennent avec de la tempête (pluie ?), elle a causé l'obscurité dans la région de l'Ouest, le ciel était ligne 9 : déchaîné, sans [...] plus que le grondement de la foule [...] était puissant [...] sur les montagnes plus que la turbulence de

ligne 10 : la cataracte à Éléphantine. Chaque maison, [...] chaque logement (ou chaque endroit couvert) que celle-ci parvienne [...]

ligne 11 : [...] flottent dans l'eau comme les barques de papyrus [à l'extérieur ?]) de la résidence royale pour [...] jour (s),

ligne 12 : sans aucune lumière de flambeau. Ensuite, Sa Majesté a dit : « Comment ces [évènements] peuvent surpasser la puissance du grand dieu et les volontés des divinités ! » Et Sa Majesté est descendue

ligne 13 : dans son bateau, sa cour à sa suite. Les [gens étaient ?] à l'est et à l'ouest, en silence, car ils n'avaient plus de vêtements [?] sur eux

ligne 14 : après que la puissance du dieu s'est manifestée. Ensuite, Sa Majesté est arrivée à Thèbes [...] cette statue, elle a reçu ce qu'elle avait souhaité.

ligne 15 : Sa Majesté, a décidé à renforcer les deux terres, à cause de l'eau à évacuer sans (l'aide de) ses (hommes ?), de leur donner l'argent,

ligne 16 : avec de l'or, du cuivre, de l'huile, de l'habillement, avec tous les produits qu'ils souhaitent ; ensuite Sa Majesté est rentrée dans le palais - vie, force, santé.

ligne 17 : C'est alors que Sa Majesté a été informée que les tombes funéraires ont été envahies [par l'eau[, que les chambres funéraires avaient été endommagées, que les structures des murs ont été compromises, que les pyramides se sont effondrées ?

ligne 18 : tout ce qui existe a été annihilé. Sa Majesté a ensuite ordonné la réparation des chapelles, qui étaient tombées en ruines dans tous les pays, la restauration des

ligne 19 : monuments des dieux, la reconstruction de leurs enceintes, le remplacement des objets sacrés dans la chambre des apparitions, la nouvelle fermeture de l'endroit secret, la réintroduction

ligne 20 : dans leurs naoi des statues qui étaient couchées sur le sol, la reconstruction des autels détruits par l'incendie, le rétablissement des tables d'offrandes sur leurs pieds, à leur assurer la fourniture d'offrandes,

ligne 21 : l'augmentation des revenus de leur personnel, de la restauration du pays à son état antérieur. Ils ont tout fait, comme le roi l'avait ordonné.

Le texte égyptien évoque la fureur des dieux qui aurait été à l'origine de la destruction des bâtiments y compris des pyramides et des inondations en haute et basse Égypte et la reconstruction qui s'en suivi. Le texte mentionne le bruit, les ténèbres, un vent et une pluie si violentes qu'on ne pouvait plus allumer un flambeau. La tempête balaya les temples, sema la destruction et fit de nombreuses victimes. Bref, la tempête s'abattit sur tout le pays. Le fait qu'elle ait été mentionnée dans les annales atteste de son caractère inhabituel voire extraordinaire. Si ce récit relate un phénomène naturel, quelle en fut la cause ? Et qu'en est-il des autres "plaies" évoquées dans la Bible ?

Ce pin de Bristlecone situé dans les "White Moutains" à l'est de Bishop, en Californie, avait plus de 3200 ans quand il est mort vers 1676. Il est donc né vers 1524 avant notre ère. Document Cathy & Doug/Virtually Nomadic.

Un indice fut découvert en Californie, dans les montagnes blanches situées à 3000 m altitude où l'on trouve des pins de Bristlecone (Pinus longaeva) dont certains sont âgés de 5062 ans. L'étude de leurs cernes très bien conservés a montré qu'à moment de leur histoire, les cernes se sont resserrés pendant quelques années. Cela correspond à l'époque du pharaon Ahmosis, il y a 3500 ans. On en déduit qu'il y eut un bouleversement climatique majeur à cette époque qui dura plusieurs années. La température moyenne globale chuta de plusieurs degrés et les précipitations ont augmenté. Cet effet correspond à une variation climatique soudaine et violente. Quelle en fut la cause ? Très peu de phénomènes peuvent provoquer un évènement de cette ampleur; il s'agit soit de l'impact d'une météorite soit d'une éruption volcanique majeure. Sans impact météoritique connu datant de cette époque (il y a bien le cratère de Henbury en Australie mais il remonte à environ 4100 ans et n'eut qu'un impact local), cela nous conduit sur la piste d'un volcan. Mais pour valider cette hypothèse et tenter de l'identifier, nous devons expliquer les autres plaies d'Égypte comme étant les conséquences d'une éruption volcanique.

Pour un météorologiste, le nuage de cendres éjecté lors d'une éruption volcanique majeure peut parfaitement assombrir l'atmosphère et provoquer un refroidissement temporaire du climat à l'échelle mondiale. Mais il n'a pas de volcans en Égypte ou dans la région. En revanche, il existe bien un volcan qui connut une éruption très violente, c'est le Théra sur l'île de Santorin. Santorin se situe à 700 km au nord-ouest de l'Égypte. Comme nous l'avons expliqué, vers 1650-1610 avant notre ère, l'éruption colossale (VEI6 soit 600 MT de TNT) dévasta l'île et la population périt dans la catastrophe, mettant fin à la civilisation minoenne. Tout le bassin méditerranéen fut frappé par diverses catastrophes et même l'Europe septentrionale aurait subit des effets climatiques. Mais peut-on affirmer que cette éruption volcanique fut à l'origine des "Dix plaies d'Égypte" ?

Sur le plan météo, nous devons d'abord identifier les vents soufflant vers l'Égypte ou orientés vers le sud-est de la Méditerranée au départ de la mer Égée où se trouve Santorin pour affirmer que le nuage de cendre et les aérosols auraient pu atteindre l'Égypte.

Le principal vent est l'étésien ou meltémi. C'est un vent froid qui se manifeste lorsqu'un anticyclône se forme sur la Grèce (ce qui est souvent le cas). Il souffle à 10 ou 20 km/h vers la mer Égée généralement pendant quarante jours vers la fin du mois de juillet. Ce vent est déjà cité par Théophraste dans son ouvrage "Des Vents" (~300 avant notre ère). En dehors de cette période, comme on le voit sur la carte présentée à gauche, les vents sont généralement orientés vers le sud ou le sud-est et soufflent donc vers l'Égypte. En revanche, en Égypte, selon les saisons et les régimes, les vents soufflent soit vers le sud s'ils viennent de Méditerranée soit vers le Nord quand il s'agit du Khamsin qui souffle du désert vers Israël et le Liban. Sa vitesse peut atteindre 150 km/h et est accompagné de vents de sable brûlants et abrasifs. Il souffle généralement par intervalle pendant cinquante jours vers l'équinoxe de printemps (entre Pâques et la Pentecôte).

A gauche, les vents soufflant sur la mer Égée et l'Égypte le 11 juin 2017 à 14h. Documents WeatherOnline. Voir aussi les conditions météos sur le site EarthWindMap, A droite, distribution des retombées du Théra vers 1610 avant notre ère. Document W.Friedrich et al.

On en déduit qu'en général les vents soufflent en mer Égée et près de l'Égypte en moyenne à 10 km/h vers le sud-est. Ce fait supporte l'idée que le nuage émis par l'éruption du Théra à Santorin a pu sans difficulté atteindre l'Égypte en 3 jours (sans même tenir compte de l'intensité de l'éruption). Mais cela s'est-il réellement produit ainsi ?

L'archéologue Walter L. Friedrich de l'Université Aarhus au Danemark et son équipe ont cartographié la distribution des différents éléments du fallout qui suivit l'éruption du Théra et publièrent les résultats de leur étude en 2013. Comme on le voit ci-dessus à droite, les aérosols qui furent transportés jusqu'en haute altitude sont principalement retombés sur le nord de la mer Égée, de la Grèce et le nord-ouest de la Turquie. En revanche, entraînées par les masses d'air des basses couches, les cendres et les pierres ponces sont retombées vers le sud jusqu'à plus de 1000 km de distance, en Crète et en Afrique du Nord jusqu'au Liban tandis que les poussières les plus légères sont surtout retombées sur la Turquie et le Proche-Orient ainsi qu'en Égypte.

Cyclone tropical ou médicane Joaquin de catégorie F0 au large de la Sicile en 2005.

Puisque nous abordons la question des masses d'air, est-il possible que des cyclones tropicaux se forment en Méditerranée ou en Égypte ? Il en existe et ils portent mêeme un nom : "médicane". On en observe en moyenne 1.4 fois par an (une centaine entre 1948 et 2015) comme ce fut le cas au large de la Sicile en 2005 (médicane Joaquin présenté à droite), en 2014 (médicane Qendresa) et en 2016 (cf. cette carte de l'Observatoire national grec) avec des vents dépassant 100 km/h et de très fortes averses. Il s'agit généralement d'un cyclone de catégorie F0. Ce sont en fait des perturbations tropicales faisant assez peu de dégâts et parfois même moins qu'une tornade. Enfin, en 2014 on a observé une tornade F4 en Égypte qui dura 7 minutes.

Bref, à ce jour, aucun cyclone n'a affecté l'Égypte mais bien entendu le régime climatique était différent et un peu plus humide il y a 3500 ans.

Selon le biologiste moléculaire Siro Trevisanato, auteur d'un livre en anglais sur les Dix plaies d'Égypte (2005), c'est l'éruption du Théra qui aurait provoqué la succession des catastrophes survenues en Égypte et à l'origine du récit des Dix plaies d'Égypte. Sa théorie est séduisante d'autant plus que les catastrophes s'enchaînent et que des recherches pluridisciplinaires (archéologie, géologie, zoologie, épidémiologie, médecine légale, dendrologie, météorologie, etc.) appuyent certains faits, rendant sa théorie très plausible. Mais l'auteur n'a pas tenu compte du problème des vents dominants qui n'ont pas poussé les aérosols vers le sud comme il le prétend, mais dans la direction opposée ! Dans ces conditions, les aérosols n'ont jamais atteint l'Égypte et même si la poussière de ponce renfermait un peu de soufre et d'autres gaz toxiques, ces quantités étaient insuffisantes pour contaminer tout un pays comme le ferait un nuage de dioxyde de soufre. Mais puisqu'en théorie on ne peut pas écarter l'hypothèse de Trevisanato, voyons ses détails ainsi que les théories des autres chercheurs qui ont tenté d'expliquer les "Dix plaies d'Égypte".

Origine des Dix plaies d'Égypte

Selon Trevisanato, le nuage toxique émis au cours de l'éruption du Théra pourrait expliquer les six premières "plaies d'Égypte" :

- Le dioxyde de soufre émis par le volcan s'est mélangé à la vapeur d'eau contenu dans l'atmosphère et forma des gouttelettes d'acide sulfurique (vitriol) qui furent entraînées dans la circulation générale. Les cendres et les nuages d'acide sulfurique seraient retombées sur le Nil et l'aurait empoisonné. L'eau devint acide, tua les poisssons, rendant toute vie impossible dans le fleuve, les marais et les lacs. C'est la 1ere plaie.

Ceci dit, comme nous l'avons expliqué, rien ne prouve que les vents ont transporté le nuage de dioxyde de soufre ou d'acide sulfurique jusqu'en Égypte et Friedrich a même démontré que les aérosols se sont dirigés vers le nord. Seules les pluies acides (composées d'acide chlorhydrique) auraient pu tomber sur l'Égypte si la masse d'air ou la fameuse tempête se déplaçait vers le sud-est. Encore faut-il que le front nuageux et les pluies acides soient restés actifs jusqu'en Égypte (à plus de 800 km de distance soit 26 jours à 30 km/h) et furent encore capables de dévaster le pays comme l'évoque la Bible, deux conditions qui sont loin d'être démontrées et même peu probables. Seule une violente tempête ou un cyclone dévastateur (F4 ou F5) correspondrait à ces caractéristiques et pourrait même être associé à des pluies acides capables de détruire des récoltes mais à une échelle très locale (cf. le cyclone Luis en 1995 qui toucha les Caraïbes). L'Égypte du temps de l'Exode fut-elle dévastée par un cyclone tropical ? Il faudrait des conditions bien plus humides. Depuis 3500 ans, le climat a bien changé mais probablement pas au point de permettre le développement d'un cyclone au large de l'Égypte capable de dévaster le pays.

En conclusion, si des cendres et des poussières volcaniques du Théra ont pu retomber sur l'Égypte en l'espace d'un mois et contaminer les eaux et les sols, étant donné la direction des aérosols, il est peu probable que des nuages toxiques ou des pluies acides aient pu toucher le pays.

- Concernant la couleur rouge du Nil, les chercheurs ont proposé plusieurs explications. La première et la plus commune évoque la prolifération de cyanobactéries (algues rouges) du genre Planktothrix rubescens suite à une augmentation de la température de l'eau. Nous savons que ces bactéries existaient il y a plus de 3000 ans et aujourd'hui encore, elles provoquent des effets similaires. Cette cyanobactérie se multiplie très rapidement dans les eaux chaudes stagnantes. Lorsqu'elle meurt, elle colore l'eau en rouge. Cette cyanobactérie est toxique et a pu être à l'origine des trois plaies suivantes (les grenouilles, les moustiques et les mouches). On y reviendra.

Une autre théorie évoque une crue du Nil qui charia de grandes quantités de limon de couleur rouge. La contamination des eaux par l'acide sulfurique auraient également pu oxyder les argiles et les roches ferreuses du lit du Nil, favorisant le lessivage et augmentant la quantité de fer dans les eaux du fleuve. C'est la 2e plaie.

A gauche, le bassin Méditerranéen oriental et le Nil photographiés le 3 mars 2016 par le radiomètre SLSTR du satellite européen océanographique Sentinel-3A. Ce satellite mesure la température et le rayonnement au-dessus des océans et du sol dans dix bandes spectrales dont le visible et l'infrarouge. Le rayonnement de la végétation en particulier le long du Nil et des côtes est traduit en fausses couleurs par le rouge qui n'est pas sans rappeler la première des "Dix plaies d'Égypte" relatée dans la Bible mais dont la nature est toute différente. Notons que les scientifiques utilisent ces données pour étudier l'état de la végétation. A droite, les cendres éjectées par un volcan et les aérosols formés dans l'atmosphère conduisent indirectement au refroidissement de la surface de la Terre, aux pluies acides et aux retombées d'acide sulfurique. Document ESA et NASA/Earth Observatory.

- Concernant la prolifération des insectes, la zoologie nous apprend que lé développement des tétards jusqu'à l'âge adulte est gouverné par des hormones qui peuvent ralentir ou accélérer leur développement pendant les périodes de stress. Du fait de l'acidification des eaux et/ou de la présence des cyanobactéries toxiques,les grenouilles furent contraintes de quitter l'eau du Nil et des étangs où elles vivaient et la plupart mouruent sous l'ardeur des rayons du Soleil. Toutes les étendues d'eau étant polluées et contenant des animaux morts par asphyxie ou infection, leur décomposition favorisa le développement du bacille du charbon (Bacillus anthracis) qui infecta et tua les batraciens. Les rivages du Nil étant couverts d'animaux morts et les grenouilles prédactrices d'insectes ayant disparu, ce fut une aubaine pour les moustiques, les taons, les mouches et les animaux charognards qui ont proliféré. Ce sont les 3e et 4e plaies.

- Les cendres et la poussière de ponce transportées par les vents formaient un nuage épais dont on retrouvé des traces en excavant les ruines de monuments égyptiens. Les animaux ont pu inhaler ces poussières irritantes et toxiques qui ont endommagé leurs poumons. Les animaux sont morts asphyxiés ou noyés dans leur sang. Selon une autre théorie proposée par le biologiste marin Werner Kloas de l'Insitut d'Ecologie Marine de Leibniz (IGB), sachant que les insectes sont souvent porteurs de maladies comme le paludisme (malaria), dans une réaction en chaîne ils déclenchèrent des épidémies chez les animaux et notamment dans les troupeaux et par voie de conséquence dans la population égyptienne (notons que 60 à 75 % des infections humaines sont transmises par les animaux). C'est la 5e plaie.

- La 6e plaie qui évoque les furoncles et des pustules (des lésions inflammatoires provoquées par des bactéries) correspondrait probablement à des ulcères, c'est-à-dire des plaies entretenues par une inflammation de l'épithélium. Cette infection ou cette maladie est plus difficile à expliquer.

Il est fort possible que les insectes aient infecté la population. Ils représentent le vecteur le plus commun et le plus simple pour expliquer la 6e plaie.

Mais il existe une autre explication appuyée par une preuve indirecte. Les archives du British Museum contiennent un traité de médecine égyptienne, le London Medical Papyrus (ref. BM EA 10059). Il décrit notamment une lésion blanche apparue au contact d'une eau rouge. Selon Trevisanato, on peut rapprocher cette description de la 1ere plaie d'Égypte tandis que les lésions correspondraient aux ulcères dont parle la Bible. Selon ce traité, les eaux polluées laissaient des marques blanches sur la peau. Pour soigner ces ulcères, les Égyptiens appliquaient un onguent (pommade) sur la peau composé d'un mélange de soude, d'ocre et de graisse animale, c'est-à-dire un produit alcalin. Si le remède est alcalin alors l'agent actif est acide. La lésion blanche correspondrait à une brûlure au contact avec de l'eau acide. Le seul acide présent en abondance dans l'eau à l'époque était l'acide sulfurique produit par le volcan Théra dont les aérosols seraient retombés notamment sur l'Égypte.

Mais nous avons expliqué que la théorie des aérosols est contredite par Friedrich. Il est toutefois difficile de trouver une source acide en Égypte et qui plus est, capable d'infecter la population. De plus, le limon du Nil comme l'argile ont une acidité moyenne qui ne présente aucun risque sanitaire en soi. La source acide semble donc provenir de l'extérieur du pays mais il est difficile voire impossible de le confirmer. Aussi, le volcan Théra semble être le seul candidat plausible.

Extrait du paryrus médical égyptien (réf. BM EA 10059-2).

Comment expliquer les quatre dernières "plaies" : la grêle, les sauterelles, les ténèbres et la mort des premiers-nés ? Si nous ne possédons pas de témoignages directs de l'éruption du Théra, nous pouvons la comparer aux éruptions majeures actuelles. Ainsi, le 15 juin 1991 nous avons assisté à l'éruption explosive du Pinatubo dont les coulées pyroclastique, les cendres et les lahars recouvrirent dans toute la région et dont le panache de fumée atteignit 40 km d'altitude. En 2010, le volcan islandais Eyjafjallajoekull projeta des cendres à plus de 1000 km de distance clouant les avions au sol au départ ou à destination de l'Europe pendant 5 jours. Enfin, l'éruptions du Laki de 1783 eut des conséquences tragiques jusqu'en France et aux Etats-Unis. On peut donc supposer que les cendres du Théra ont facilement atteint le Delta du Nil et même l'intérieur des terres.

L'acide sulfurique qui s'est formé dans l'atmosphère après l'éruption du Théra forma des gouttelettes d'environ 80 microns qui restèrent en suspension dans l'air et qui furent entraînées dans la circulation générale. Ces gouttelettes ont réfléchi une partie de la lumière et absorbé l'autre partie. L'atmosphère s'est réchauffée tandis que le sol s'est refroidi. Ce phénomène à grande échelle a modifié le comportement des masses d'air, provoquant un changement climatique. En effet, l'éruption du Théra fut plus violente que celle du Pinatubo en 1991. On peut sans doute la comparer à l'éruption du Tambora (VEI 7 mégacolossale) en Indonésie en 1815 qui fit plus de 92000 morts. L'année suivante il neiga en été, dans les Alpes il neiga pendant presque toutes les semaines, les récoltes furent mauvaises et le temps fut froid et humide. On estime que l'hémisphère Nord subit un refroidisement de 0.5 à plus de 1°C en 1816. C'est à cette occasion que le peintre William Turner peignit ses magnifiques couchers de soleil. En théorie, l'éruption du Théra a pu provoquer un changement climatique global qui s'est ressenti jusqu'en Égypte.

- Ce refroidissement climatique lié aux émissions de dioxyde de soufre déclencha de violents orages accompagnés de grêle. C'est la 7e plaie.

- Ensuite, les arbres et les champs ont été dévastés, l'humidité fut permanente et les pluies abondantes ce qui favorisa la prolifération des sauterelles. On estime qu'un essaim se nourrit autant que 2500 personnes. De nos jours, un essaim de sauterelles peut provoquer selon les pays entre plusieurs centaines de millions et  plusieurs milliards d'euros de dégâts et entraîner des famines partout où il sévit. Pour les victimes, ce fléau est plus redoutable que la gelée et la grêle réunies.C'est la 8e plaie.

- Le nuage volcanique plongea l'Égypte dans les ténèbres pendant 3 jours. S'ajoute à ce phénomène la tempête violente qui détruisit les bâtiments comme relaté sur la Stèle de la Tempête. C'est la 9e plaie.

Notons que ce type de récit n'est pas propre à la Bible. En Papouasie-Nouvelle Guinée par exemple, les Papous ont gardé la mémoire de légendes transmises oralement depuis des centaines d'années évoquant des éruptions volcaniques qui plongèrent le pays dans les ténèbres.

Reste à expliquer la 10e plaie d'Égypte, la mort des premiers-nés. Selon la Bible, les premiers-nés furent tués en une seule nuit. Si la rapidité est frappante, il est encore plus étonnant que la mort n'ait frappé qu'une partie précise de la population. Comment expliquer ce fait ?

Sur le plan archéologique, le site d'Amarna (Akhetaton) en Égypte était la capitale de l'Empire sous le règne du pharaon Akhenaton (Amenhotep IV ou Aménophis) et de son épouse Nerfertiti. Les archéologues ont mis à jour plusieurs milliers de squelettes. Cette population vécut trois siècles après l'éruption du Théra soit vers 1360 avant notre ère. Ce gisement révèle combien la vie était fragile à cette époque. En effet, chaque tombe était occupée par deux ou trois personnes et leur datation indique qu'elles sont pratiquement toutes mortes en même temps. L'anthropologie médico-légale a montré que beaucoup d'individus présentaient des lésions osseuses typiques du paludisme.

A 1 km à l'est de ce gisement, à proximité de la nécropole Sud se trouve le "village des artisans" où habitaient environ 310 personnes affectées à la construction des tombeaux de la vallée des Rois et de la vallée des Reines. Il s'agissait d'artisans qualifiés comprenant des architectes, des dessinateurs, des carriers, des sculpteurs, des menuisiers, des peintres, etc., tous des hommes libres au service du roi vivant sur place avec leur famille (notons que c'est la même communauté qui vivait précédemment dans le villages de Deir el-Médineh et qui y retourna sous le règne d'Horemheb vers 1325 avant notre ère). Ici également, les artisans sont morts rapidement d'une infection. Quelle maladie peut ainsi fondroyer des centaines de personnes en bonne santé ?

Comme c'est encore le cas aujourd'hui, les puces sont vectrices de maladies ainsi que les rats et dans le cas présent les rats du Nil. On estime que ces personnes sont mortes de peste bubonique, une maladie infectieuse et commune transmise par la piqûre d'une puce infectée par un rat ou un rongeur (c'est la même "peste noire" qui décima près de la moitié de la population d'Europe au XIVe siècle). Sans traitement par antibiotique, le bacille de la peste provoque une scepticémie (infection généralisée) qui entraîne la mort du patient en trente-six heures.

Si une épidémie peut décimer toute une population, elle affecte aussi indifféremment toutes les tranches d'âge. Or le récit biblique précise que seuls les premiers-nés sont morts, autrement dit les aînés des frateries. Pour résoudre ce problème, les chercheurs ont proposé une hypothèse.

La base du régime égyptien est basé sur les céréales. Si on considère de nouveau le nuage volcanique qui d'abattit sur l'Égypte, suite aux retombées d'acide sulfurique ou des poussières toxiques les récoltes furent perdues et la population dut se nourrir de céréales avariées. Les céréales représentent un substrat idéal pour la colonisation des champignons car grâce à l'amidon ils y trouvent tout le sucre nécessaire à leur développement (cf. les céréales servant de substrat de fruitaison au mycélium). Selon Sara Gurr de l'Université d'Exeter (GB) et spécialiste de la sécurité alimentaire, des champignons toxiques comme les mycotoxiques peuvent se développer dans les céréales pour peu qu'elles soient humides. Ces champignons résistent à la cuisson et se retrouvent dans la farine. Ils ont donc pu contaminer le pain des égyptiens. Leur consommation produit de très nombreux effets parmi lesquels des vomissements, des diarrhées, la formation de caillots de sang, la gangrène, etc. Si généralement on n'en meurt pas, dans une population déjà affaible un seul symptôme pouvait être fatal.

Dans une fratrie, l'aîné a toujours la priorité, une pratique qu'on rencontre encore parfois aujourd'hui. En Égypte, le premier-né était donc le premier servi. S'il n'y avait pas assez de nourriture, les parents se sacrifiaient et l'enfant aîné était le seul à manger. Cette tradition expliquerait pourquoi seuls les premiers-nés sont morts en grand nombre. En désirant protéger les aînés, les parents ont scellé leur mort.

On en déduit que l'Égypte aurait souffert de l'éruption du Théra. Les "Dix plaies d'Égypte" se réfèrent donc à des évènement réels qui se seraient déroulés entre 1626 et 1610 avant notre ère. La légende biblique deviendrait alors un fait réel, historique, faisant le compte-rendu allégorique des conséquences vécues en Égypte de l'éruption du Théra. Au fil du temps, le récit transmis oralement fut altéré et les évènements furent amplifiés. Cette altération des faits a permis de donner un sens et de trouver de l'ordre dans cette série d'évènements inhabituels qui suscitaient la peur. Comme ce fut encore le cas au Moyen-Âge et même au siècle dernier, face à des évènements inexplicables et inspirant la crainte, la population s'est tournée vers les prêtres. Ceux-ci ont imaginé qu'il s'agissait de l'intervention de Dieu, seule explication rendant le récit plus logique et facile à comprendre. Nous verrons plus loin qu'au VIe siècle avant notre ère, l'histoire fut figée dans sa forme finale, devenant le premier épisode de l'Exode.

Ces légendes pourraient donc avoir des causes naturelles. Est-ce certain ? Nous ne le saurons jamais mais la science semble expliquer cet épisode catastrophique avec suffisamment d'indices convergents pour y croire.

Malgré tout, certains enseignants catholiques spécialistes de l'Ancien Testament n'acceptent pas l'idée que toutes les "plaies" aient une origine naturelle. En tant que croyants ils estiment que les scientifiques sont passés à côté de l'essentiel, l'intervention divine... Mais comme on dit, il n'a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

Ensuite, selon la Bible, après avoir délivré les Hébreux de l'esclavage, Moïse conduisit son peuple vers le pays de Canaan. Nous verrons dans le prochain article les péripéties de cette aventure et quelles difficultés ils rencontrèrent aux abords de la mer Rouge et pendant leur traversée du désert du Sinaï jusqu'au mont Nébo au pays de Moab.

A lire : Moïse, de la sortie d'Égypte au mont Nébo

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