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La Bible face à la critique historique

L'anthenticité des récits bibliques remise en question (I)

Que vous posiez la question à un théologien (qui étudie l'idée du divin et les religions), un bibliste (ou exégète étudiant les sources bibliques), un archéologue ou un historien, tous reconnaissent que l'une des questions les plus importantes dans la recherche historique des personnages et lieux bibliques est de pouvoir distinguer l'empreinte de chaque souverain ou grand-prêtre ou homme influent dont celle de Jésus dans la foule des voies du proto-judaïsme ou du judaïsme selon les époques.

Pour un historien comme un archéologue, il est toujours plus facile de décrire les mouvements politiques et religieux que les individus, les lieux plutôt que les évènements, les technologies plutôt que des artefacts. En effet, toute la difficulté est d'associer les lieux et les objets aux individus. C'est pourquoi la recherche des lieux historiques est une tâche plus facile que la quête du Moïse, du David ou du Jésus historique.

Toutefois, l'existence ou l'authenticité de certains lieux saints font encore l'objet de controverses, notamment à Jérusalem, Nazareth et Bethléem[1]. Il y a d'un côté les experts pro-bibliques dits "maximalistes" qui tendent à considérer que la Bible reflète des évènements réels à moins que des preuves historiques ne les réfutent directement. D'un autre côté, il y a les "minimalistes" beaucoup plus critiques qui considèrent que la Bible ne reflète pas des évènements réels mais relate des faits soit effectivement fondés sur des faits réels mais souvent très altérés et parfois très éloignés des comptes-rendus historiques soit totalement imaginaires et du ressort des contes et légendes. En fait, la réalité est plus nuancée que cela et la vérité historique se situe quelque part entre les deux positions.

Jusqu'au XVIe siècle, le texte de la Bible et pas seulement celui des Évangiles du Nouveau Testament mais également "la loi et les prophètes" c'est-à-dire la Torah (le Pentateuque) et les livres prophétiques étaient jugés absolument digne de foi, littéralement considérés comme la "parole de Dieu", la fameuse expression "parole d'Évangile" ayant ici tout son sens et personne n'osait les remettre en question sous peine d'être gravement sanctionné (excommunication, perte d'emploi, exil, torture, etc.).

Encore aujourd'hui traiter un ouvrage ou un auteur de "Bible" revient à dire qu'il est un expert fiable qui a réponse à tout. Pendant des siècles et le mot n'est pas trop faible, notre savoir, c'est-à-dire non seulement l'histoire du peuple juif mais également toute l'histoire du Monde et de l'humanité, provenaient de la Bible (cf; Adam et Ève). Or pour un esprit curieux et critique tel un historien, un bibliste ou un archéologue cherchant à comprendre quelles sont les auteurs, les influences, les origines et la raison d'être des textes bibliques, à moins de se contenter d'une lecture superficielle et d'une vision dogmatique, on ne peut pas lire la Bible en ignorant son contexte historique.

Le simple questionnement de la Bible sans même parler les révélations de l'archéologie contrarient évidemment encore les Juifs et les Chrétiens dogmatiques (et nous verrons quelques exemples de foi "aveugle") et plus encore les personnes sectaires (par exemple l'Opus Dei, les Témoins de Jéhovah, les Créationistes ou les Mormons) qui préfèrent ignorer les faits et se voiler la face plutôt que de lever le voile sur leur ignorance et se remettre en question. Est-ce réellement ainsi qu'il faut considérer la Bible, aveuglément et sans aucun sens critique ? N'y a-t-il pas de place pour une analyse rationnelle tout en ayant l'esprit ouvert au message de Jésus ou sur l'existence de Dieu ? Faisons le pari que c'est possible.

Exemples d'excavations sur les sites bibliques à la recherche de preuves pouvant attester les textes sacrés. A gauche, Ein Gedi situé près de la mer Morte où se cacha le roi David poursuivit par Saül où on découvrit les ruines d'un temple chalcolitique datant de 3500 avant notre ère. Au centre, une partie de Megiddo, une citée fortifiée située à 90 km au nord de Jérusalem qui fut très puissante à l'époque des Omrides vers 800 avant notre ère. A droite, Herodium qui abritait probablement le palais forteresse puis la tombe du roi Hérode Ier le Grand, le plus grand souverain de Palestine de l'époque du second Temple qui mourut en 4 avant notre ère. Documents Sarah Murray, Martin Boesch et Duby Tal/Albatross/Israel Images.

Rappelons qu'à l'image de l'obscurantisme qui tarit encore au siècle dernier le puits de science des lettrés et échauda le sens critique des plus curieux, le dogmatisme est une forme de superstition et représente un carcan néfaste à la liberté de penser. En effet, la philosophie des sciences nous a démontré que tout au long de l'Histoire c'est en ayant l'esprit critique et ouvert, en remettant sans cesse les anciennes affirmations en question et en explorant de nouvelles voies que l'homme acquis de nouvelles connaissances, apprit à maîtriser son environnement et finit par se détacher du sacré et des superstitions pour avoir une meilleure compréhension du monde, plus objective et plus complète. Cela n'a jamais eu de conséquences négatives sur notre vision du monde, que du contraire.

Il reste évidemment des questions majeures ouvertes qu'on appelle les "mystères" auxquels la Science ne peut (encore) répondre comme l'existence ou la nature de Dieu et la question de la création de l'Univers. Même si on n'y souscrit pas, des phénomènes comme le mécanisme de résurrection et la nature d'un ressuscité soulèvent des questions et restent des mystères. Ces questions sont effectivement encore du ressort de la métaphysique. Laissons à chacun le loisir d'essayer d'y répondre en fonction de ses convictions car nous n'entrerons pas dans ces débats.

On pourra répondre qu'une croyance n'est pas du ressort de la Science mais de la théologie. Or la religion fait partie du corpus de la théologie qui est une science étudiant les "choses divines" de manière critique. Il existe donc bien un terrain d'entente commun aux croyants et aux scientifiques. On en déduit que la Bible est donc également accessible aux scientifiques, notamment à travers l'archéologie et les sciences connexes (épigraphie, stratigraphie, archéobotanique, histoire, anthropologie religieuse, etc.), la géopolitique, la linguistique et l'exégèse.

Certains ecclésiastiques comme les frères Bénédictins, les Franciscains et surtout les pères Jésuites (Christoph Scheiner, Theilard de Chardin, Georges Lemaître) ainsi que l'abbé Théophile Moreux et le moine Grégor Mendel ont essayé de concilier science et religion en démontrant que les plus grandioses réalisations de la nature qui dépassaient notre entendement comme le Soleil pour Scheiner, le phénomène humain pour Theilard de Chardin, la formation de l'Univers pour Lemaître, la planète Mars pour Moreux ou l'hérédité pour Mendel ne sont que les preuves de la main du Créateur et de l'omniprésence de Dieu. Malheureusement, depuis Newton et Descartes les scientifiques n'ont plus besoin de "l'hypothèse Dieu" pour expliquer la nature, même si de nombreuses mécanismes restent encore inexpliqués. Mais c'est justement l'objectif de la Science de rendre compréhensible les questions métaphysiques de jadis en expliquant le pourquoi et le comment des choses. On ne sera donc pas étonné que certains jésuites et franciscains se sont intéressés à l'archéologie biblique, en particulier dans les hauts lieux saints, certains Ordres y ayant édifié des églises, des monastères ou des couvents.

L'église Saint Joseph à Nazareth bâtie en 1914 par l’Ordre des Frères mineurs, les Franciscains, fondé par saint François d’Assise. Elle est accolée au couvent des frères Franciscains et juste à côté de la basilique de l'Annonciation dont on voit le sommet de la coupole à l'arrière-plan. Document Custodia.

En acceptant d'étudier scientifiquement des phénomènes qui étaient en contradiction avec la Bible et ne s'expliquaient selon l'Église que par les oeuvres de Satan, ces membres de l'Église ont reconnu implicitement que les textes bibliques ne reflétaient pas vraiment la réalité et correspondaient plutôt à une interprétation de la réalité pour ne pas dire à une épopée sacrée fondée en grande partie sur des légendes et une déformation de la réalité pour ne pas dire parfois sur des mensonges ainsi que nous le démontrerons.

C'est grâce aux méthodes d'investigations rigoureuses de la communauté scientifique, objective et désintéressée, que celle-ci rallia le grand public à sa cause et le convainquit qu'elle détenait la vérité historique plus que la vérité dogmatique imposée par l'Église.

Ainsi, au hasard d'une comparaison, des chercheurs plus curieux et plus téméraires que d'autres ont osé braver les interdits religieux et découvrirent des influences païennes comme des récits mythologiques et des contradictions dans les textes de l'Ancien Testament ainsi que par rapport aux faits scientifiques (notamment à propos de l'âge de la création du Monde) qui n'allaient pas dans le sens indiqué par l'Église. A force de chercher la vérité historique, les archéologues ont découvert des tablettes cunéiformes, des inscriptions sur des stèles et de nouveaux manuscrits en Égypte et au Proche-Orient relatant des faits bibliques d'une manière totalement inattendue qui mettaient l'Église dans une position très inconfortable. 

En complément, les exégètes ont découvert dans la Bible hébraïque (grosso-modo l'Ancien Testament) et en particulier dans la Torah, les empreintes stylistiques et linguistiques de plusieurs auteurs ou sources documentaires contredisant l'idée que ces livres avaient été rédigés d'un seul jet par une seule personne à un époque archaïque. Aujourd'hui, les spécialistes sont convaincus que le contenu de la Bible hébraïque est le résultat de l'assemblage de divers documents rédigés puis édités par des auteurs successifs sur une période de plusieurs siècles. On reviendra en détails sur ces théories.

Au début, les mouvements catholiques intégristes ont bien tenté de s'opposer à la publication de ces découvertes mais face au nombre grandissant de preuves, l'Église et ses courants alternatifs ont préféré s'éloigner des débats publics et ne plus intervenir sur ces sujets sensibles pour resserrer leurs rangs autour de leur Foi au risque de fragiliser les fondements même du dogme.

En moins de deux siècles, les archéologues, les historiens, les linguistes, les biblistes et les experts des anciennes civilisations ont soulevé des voiles du passé qui remirent en question l'authenticité même des récits bibliques.

Seul bémol, comme toute publication scientifique, la quasi totalité des résultats de ces recherches ont été et sont toujours publiés en anglais à partir desquels de temps en temps un chercheur courageux prend le temps d'écrire un livre de vulgarisation. On ne sera donc pas étonné que la plupart des livres et articles consacrés à l'histoire et la critique de la Bible sont écrits en anglais et malheureusement très peu d'entre eux sont traduits en français et très peu de chercheurs francophones ont réalisé le même travail de vulgarisation. Ceci explique que les articles et livres consacrés à l'Histoire de la Bible rédigés en français par des chercheurs sont globalement peu nombreux et le sujet rarement développé sur les sites Internet francophones (cf. les références). Il nous a donc paru nécessaire d'y remédier d'autant qu'il complète le dossier sur la philosophie des sciences et les doctrines.

Ce sont ces grandes découvertes relatives au monde biblique que nous allons décrire, supportées par une abondante documentation et des preuves irréfutables. Nous verrons à la fin de ce dossier ce qu'il faut retenir de ces découvertes et épiloguerons sur le sens de la Bible. Quelles que soient vos confictions, vous serez surpris.

Les premières critiques et recherches d'authenticité

Il y a 2300 ans déjà, les érudits ont refusé l'idée que les textes de la Bible hébraïque aient pu être manipulés et il fallut du courage et de bons arguments aux ecclésiastes pour remettre en question certains passages du Pentateuque. Après l'avènement du Christ et la rédaction du Nouveau Testament, on retrouva une situation similaire chez tous les exégètes sans exception qui furent unanimes à prétendre que les textes n'avaient pas été manipulés mais étaient révélés. Il ne pouvait y avoir d'interpolations ou autres digressions car ils considéraient jusqu'aux XVIe siècle (et dans certains pays catholiques jusqu'au XIXe siècle) que si ces textes avaient une histoire (cf. les sources documentaires et le canon), ils étaient un aboutissement mais sous une forme achevée. Il était donc exclu de pouvoir étudier scientifiquement la Bible. Les rares critiques qui proposaient l'idée de manipulations en parlaient en fait sur le ton de la plaisanterie pour la dévaloriser jusqu'à l'absurde mais aussi pour conjurer cette éventualité qui s'avéra finalement fondée.

L'authenticité des récits bibliques fut remise en question dès l'époque du Talmud de Babylone (VIe siècle avant notre ère). En effet, les érudits juifs exilés à Babylone doutèrent que Moïse ait écrit les cinq livres du Pentateuque (la Torah), en particulier les derniers versets où il décrit sa propre mort qui semblaient avoir été ajoutés par le prophète Josué. Puis l'érudit juif et écrivain Abraham Ibn Esra (1092-1167 de notre ère) évoqua la possibilité d'une rédaction "post-mosaica" (après Moïse) car les textes relatifs au pays de Canaan sont conjugés au passé comme si Moïse était déjà mort depuis longtemps, les Israélites étant déjà installés au pays de Canaan (Genèse 12:6, 13:7). Ibn Esra nota également des anachronismes entre les livres évoquant Moïse, certains citant "le pays au-delà du Jourdain" (l'actuelle Transjordanie) alors que d'autre citent "le pays des Hébreux" (Genèse 40:15, 50:10; Nombres 22:1, Deutéronome 1:1-5, 3:14, 34:6) comme si l'auteur s'y trouvait déjà. 

Par la suite, le Père de l'Église Origène d'Alexandrie (c.185-263 de notre ère) dont nous détaillerons certaines oeuvres, fut le premier exégète occidental à commenter le texte biblique. Et comme nous le diraient tous les théologiens, dès qu'il y a foi il y a doute. Saint Jérôme prétend qu'Origène aurait écrit environ 2000 ouvrages dont il nous reste malheureusement que quelques dizaines de commentaires notamment sur les Évangiles et des homélies (cf. la liste d'Amazon)

Ceci dit, que ce soit du temps de Babylone ou de la Grande Église voire même jusqu'au XIXe siècle, nul exégète n'osa remettre ouvertement en question l'authenticité des textes; oser ce sacrilège signifiait soit la mort dans l'Antiquité et jusqu'au XVIIe siècle (cf. l'Inquisition) soit l'excommunication et l'exil. Plus récemment, on pouvait encore perdre son métier pour un tel sacrilège. On y reviendra.

Si au XVIe siècle, sous le jouc de l'Église toute puissante, on pensait encore que le Pentateuque fut rédigé par Moïse, grâce à la Réforme (1517), l'auteur du Deutéronome fut remis en question par le théologien protestant Andreas Bodenstein dit Andreas von Karlstadt (1486-1541) et ses successeurs. Ensuite, sur base des analyses textuelles et linguistiques (l'exégèse), l'authenticité et la paternité des textes de l'Ancien Testament furent remises en question par Jean Astruc (1684-1766), Johann Eichhorn (1752-1827), Hermann Hupfeld (1796-1866), Edouard Reuss (1804-1891) et Julius Wellhausen (1844-1918) parmi de nombreux autres exégètes et historiens. On y reviendra à propos de la fameuse "hypothèse documentaire" et ses récentes évolutions.

Comme nous l'avons évoqué, parallèlement à l'analyse historico-critique de la Bible par les exégètes, le style littéraire fut également étudié afin d'analyser l'évolution des institutions et de leurs règles, les traditions, les idées et les enracinements sociologiques, religieux et culturels. Ce travail fut notamment réalisé par l'exégète allemand Hermann Gunkel (1862-1932) qui inventa la très intéressante technique d'analyse de la "critique des formes" ou Formgeschichte. Selon Gunkel, on ne peut comprendre l'histoire de l'Israël antique qu'à travers l'histoire des genres littéraires, en particulier en étudiant la nature des récits, des cycles et des ensembles littéraires qui sont cachés derrière les sources documentaires identifiées. C'est en appliquant cette méthode au livre de la Genèse notamment qu'il découvit que le texte biblique contenait une compilation de récits extraits de la mythologie sumérienne alors transmise par voie orale. Ainsi, en 1910 Gunkel écrivit noir sur blanc dans l'introduction de son livre "Genesis" (1910) : "la Genèse est une collection de légendes", un commentaire qui frappa les exégètes et traversa les époques sans jamais être contredit. En effet, la Bible contient effectivement des extraits de légendes trransmises par voie orale. On reviendra sur les travaux de Gunkel dans la seconde partie de l'article consacré à l'identification des auteurs du Pentateuque.

Notons déjà que Gunkel fit le même travail avec les paraboles de Jésus et les autres prophéties du Nouveau Testament et démontra qu'ici aussi les récits étaient déjà fixés oralement dans les lieux de culte (les synagogues) et que Jésus et les Évangélistes n'ont fait que rependre des "sources" existantes qu'ils ont adapté à leur projet.

Se sont ensuite les découvertes archéologiques réalisées à partir du début du XIXe siècle et notamment de textes sumériens, gnostiques et apocryphes (non authentifiés par les Pères de l'Église et donc exclut des canons bibliques) et ensuite les innombrables découvertes faites en Israël et en Égypte à partir des années 1980 qui mirent définitivement en doute l'authenticité historique de la Genèse et des Patriarches et d'un grand nombre d'autres récits bibliques.

Outre la très longue longévité de certains scribes ou prophètes dont les biographies s'étendent sur des périodes supérieures au siècle, qui peut sérieusement croire tout ce qui est écrit dans l'Ancien Testament comme l'histoire d'Adam et Ève (le premier créé de l'argile la seconde d'une côte d'Adam), le Paradis, le Déluge, que la femme de Loth fut changée en statue de sel à Sodome, que Moïse sépara les eaux de la mer Rouge ou en l'existence des mines de diamants du roi Salomon ? On peut tout aussi bien se demander pourquoi ne trouve-ton aucun vestige archéologique attestant de l'existence d'Abraham en Mésopotamie, de l'Arche de Noé, du séjour des Israélites durant l'Exode dans le désert du Sinaï ou comment un peuple d'Israélites dépenaillés avec femmes et enfants, sortant du désert aurait pu envahir le pays de Canaan et attaquer des forteresses ?

Tous ces faits ont été méticuleusement vérifiés, les villes et villages concernés qu'il a d'abord fallut identifier ont été fouillés de fond en comble par les archéologues qui ont été jusqu'à analyser le contenu des décharges publiques vieilles de 3000 ans tandis que des experts en langues mortes se sont plongés dans les annales des civilisations contemporaines des récits bibliques (égyptienne, babylonienne, assyrienne, hittite, mycénienne, phénicienne, israélite, perse, grecque, romaine, etc.) à la recherche d'indices pouvant confirmer les textes. Si certains lieux, édifices, stèles et documents font état de l'existence de peuples, de cités anciennes, de victoires et de défaites militaires, beaucoup ont révélé des faits très différents de ceux décrits dans la Bible.

A côté des légendes évidentes, si ces personnages bibliques, ces faits ou ces lieux avaient tous réellement existé, les annales et autres artefacts historiques en auraient conservé le témoignage, ne fut-ce que sous la forme de copies ou d'évocations en langues étrangères. Or ce que les spécialistes ont découvert est non seulement différent mais parfois incohérent et anachronique et même en contradiction avec le récit biblique tel que relaté dans la Genèse, l'Exode, le Deutéronome ou les livres des Rois parmi d'autres livres bibliques.

Quant au Nouveau Testament qui relate la vie de Jésus et les actes de ses premiers disciples, le caractère miraculeux de certains évènements est tout aussi suspect et certaines paroles attribuées à Jésus empreintes d'allégories et de références mystiques qui soulèvent beaucoup d'interrogations mais qu'il est parfois possible d'interpréter objectivement si on prend du recul par rapport au texte biblique. Déjà les trois Évangélistes synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) décrivent Jésus comme un homme, une sorte de prophète charismatique alors que Jean le considère comme un Dieu humanisé tout solennel et omniscient, deux vues totalement opposées.

De plus, si on compare en parallèle ligne par ligne les textes des quatre Évangélistes (cf. les synopses), on constate de nombreuses similitudes voire de formulations identiques, mais également un grand nombre de contradictions. On y reviendra à propos de la constitution du canon et du rôle de la source "Q".

Enfin, certains textes apocryphes présentent des coïncidences troublantes avec la doctrine essénienne et révèlent qu'une autre interprétation de la vie de Jésus est possible à la place de celle imposée par l'Église. Cela ne veut pas dire qu'elle soit plus authentique que la première, juste que l'Église a censuré beaucoup de choses pour défendre sa doctrine et que finalement elle ne nous dit pas la vérité, et certainement pas la vérité historique.

Ce sont ces textes bibliques que nous allons examiner à la lumière des découvertes archéologiques et des manuscrits de la mer Morte notamment qui méritent donc une nouvelle lecture, non plus dans un cadre dogmatique mais dans ceux de l'exégèse biblique (l'étude et la critique des textes) et de la critique historique fondée sur les dernières découvertes scientifiques.

Le sujet étant vaste et complexe en raison de ses nombreux acteurs et détails, en fonction des thèmes abordés nous définirons au fil du texte chacun des personnages et concepts sans pour autant transformer cette analyse en encyclopédie, l'essentiel étant que le lecteur s'y retrouve dans cette chronologie d'évènements et ait une lecture plus objective et critique de la Bible.

Voyons tout d'abord les controverses soulevées par le texte de l'Ancien Testament avant d'aborder le Nouveau Testament et la question des manuscrits apocryphes.

Deuxième partie

Analyse critique de l'Ancien Testament

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[1] Pour des raisons scientifiques basées sur le manque de preuves archéologiques ou leur incohérence, certains lieux saints de Jérusalem (par ex. le Golgotha, le tombeau du Christ ou le caveau de la famille de Jésus) ou de Nazareth (par ex. l'existence ou non d'un village ou d'une ville à l'époque du Jésus ou encore le Puits de Marie) font toujours l'objet de controverses. De même, pour des raisons politiques, le statut de Jérusalem reste non résolu (cf. l'article De la Palestine à l'État d'Israël).


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