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La Bible face à la critique historique

L'un des livres de la Torah (Pentateuque) assemblé sous la forme du rouleau traditionnel.

Analyse critique de l'Ancien Testament (II)

L'Ancien Testament et en particulier le Pentateuque (les cinq livres hébraïques formant la Torah) véhicule de nombreux textes mystérieux relatant des évènements extraordinaires. A côté des nombreux textes mythiques reconnus, les allégories et autres métaphores, des analyses socio-historiques, archéologiques et géologiques permettent d’élucider la plupart des autres récits douteux. Ensuite, c'est la comparaison entre les récits similaires et leur confrontation systématique aux données historiques éventuelles qui permettent aux spécialistes de vérifier l'authenticité des faits.

Cette confrontation entre les récits bibliques et les faits historiques est une tâche longue et fastidieuse dont les résultats sont souvent critiqués par les experts les plus conservateurs, raison pour laquelle les archéologues, spécialistes des civilisations, linguistes et exégètes mirent plus de trois siècles pour aboutir à un consensus autour de la vérité historique (que certains courants théologiques obscurantistes ou sectaires continuent de nier) mais que nous allons examiner afin de remettre la Bible à sa juste place dans l'Histoire. A chacun ensuite, d'apprécier son contenu à la lumière de ces résulats.

Des livres et des auteurs

Pour comprendre les récits bibliques, il faut identifier leurs auteurs pour déterminer quels étaient leurs intentions et leur objectifs, ce qui nous permettra de les replacer dans leur époque afin de mieux cerner leurs aspirations et leurs craintes ainsi que leur milieu socio-culturel et politique, autant d'influences qui conditionnent la vie comme l'avenir de tous les peuples.

Selon la tradition (la croyance populaire généralement d'origine dogmatique ou légendaire), c'est Moïse qui rédigea le Pentateuque (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome), d'où son surnom des "cinq livres de Moïse" ou la "Loi de Moïse" qui constituent la Torah, ou Loi écrite. Le Deutéronome en est le livre central qui reprend les paroles de Moïse, le Décalogue (les Dix Commandements), l'histoire du veau d'or, le dernier discours de Moïse et le récit de sa mort avant que les Hébreux entrent en pays de Canaan sous la conduite de Josué.

La Bible de Jérusalem ouverte sur une page de la Genèse décrivant le Déluge. Document T.Lombry.

C'est du moins la théorie enseignée par le Talmud (les enseignements rabbiniques) et par l'Église. Car il est déjà difficile de croire que pendant les 120 ans qu'il aurait existé (Deutéronome 34:7), Moïse écrivit non seulement les cinq livres de la Torah dès son berceau mais réalisa également tous les actes que lui prête la Bible. Certes, vous me direz qu'il bénéficiait de l'aide de Dieu. Soit.

En parcourant la Bible, on constate que les textes font référence à plusieurs rédacteurs : Moïse pour l'Exode, les vision d’Isaïe, celles de Daniel, les paroles de Néhémie, celles d'Esdras, de Jérémie, etc., quand il ne s'agit pas directement de "la parole de Dieu" pour la Genèse.

En fait, près de 50 personnes ont participé à la rédaction de la Bible hébraïque auxquelles s'ajoutent au moins 8 apôtres ou disciples (Marc, Matthieu, Luc, la communauté johannique, Paul, Jacques, Pierre et Jude) plus la source "Q" qui ont rédigé les écrits apostoliques, ce qui représente au total 66 livres rédigés sur une période biblique qui s'étend sur plus de deux millénaires (mais historiquement inférieure à un millénaire). Comme nous le verrons, certains livres, actes ou épîtres furent écrits à Jérusalem mais d'autres furent écrits par des exilés en Égypte, à Babylone, à Ninive ou à Rome.

Pour ne prendre que deux exemples, dans le livre d'Isaïe, on voit clairement qu'il fut rédigé par plusieurs auteurs, ses prophéties couvrant une période allant du VIIIe au VIe siècle avant notre ère, passant de Babylone à l'Assyrie et la Perse. Nous observons une distribution temporelle encore plus étendue pour les prophéties de Daniel sur lesquelles nous reviendrons.

Quant au Pentateuque, nous verrons que plusieurs livres furent rédigés entre 750-500 avant notre ère par des laïques ou des prêtres de différentes cultures littéraires dans des circonstances et des lieux très divers (royaume du Nord, Jérusalem, Babylone, etc.) mais qu'il existait déjà des sources écrites antérieures dans desquelles ont puisé les auteurs ou qui les ont inspirés.

Le livre de la Genèse qui relate la création du monde et de l'homme révèle de nombreuses contradictions et au moins trois styles littéraires différents. Sur base de leurs qualités linguistiques, anthropomorphiques et folkloriques, ces récits furent probablement écrit par trois auteurs dont on ignore l'identité et à une époque bien plus tardive que le laisse supposer la Bible.

Généralement, l'identification des rédacteurs ou des auteurs est possible car chacun utilise un style littéraire et parfois des mots spécifiques (comme le nom de Dieu) qu'un linguiste identifiera relativement facilement. Chaque rédacteur ou auteur utilise un langage et plus précisément un dialecte qu'on peut associer à celui en usage dans certaines villes et royaumes avec une précision de quelques siècles sur ce seul critère (par exemple le dialecte parlé dans le sud du pays de Canaan est typique de Jérusalem du temps du royaume de Juda est différent de celui parlé dans le nord, dans le royaume d'Israël à la fin du VIIIe siècle avant notre ère). C'est ce qu'on appelle l'analyse diachronique qui tente de caractériser l'évolution linguistique dans le temps. Mais le point faible de cette méthode est d'ignorer le travail des copistes qui ont parfois édité les textes et les passages qui se perdent pendant les rédactions et les copies. On reviendra sur l'identification des auteurs et la datation des livres du Tanakh car le sujet est loin d'être clos.

Datation des premiers récits bibliques

Les inscriptions de Tel Zayit (accentuées) en phénicien datées du Xe siècle avant notre ère. Document Zeitah.net.

Quand les premiers récits bibliques ont-ils été rédigés ? En 2005, Ron E. Tappy, archéologue et expert des langues et civilisations du Moyen-Orient au Pittsburg Theological Seminary découvrit sur le site de Tel Zayit situé dans les collines au sud de Jérusalem un cailloux en calcaire présenté à droite portant des inscriptions dont il devina le sens de quelques lettres. Les experts en langues anciennes reconnurent les lettres d'un abécédaire.

Certains pensent qu'il s'agit d'un alphabet en hébreu archaïque (paléo-hébraïque ou proto-hébreu), une langue évoluant à partir de dialectes phéniciens (l'actuel Liban), dont l'ancien grec, l'araméen et le hébreu sont également dérivés ou simplement comme le pense P. Kyle McCarter Jr. de l'Université John Hopkins, d'un type d'alphabet phénicien comme l'indique le tableau ci-dessous. Le texte date du Xe siècle avant notre ère.

La rédaction de la Bible hébraïque ou plutôt des ébauches des livres du Pentateuque a donc pu commencer vers l'an 1000 avant notre ère. La Torah et son enseignement via le Talmud ne remonteraient donc pas "à la nuit des temps" comme le prétendent certains, mais tout au plus à 3000 ans dans sa version archaïque.

A partir des analyses paléographiques et linguistiques, les spécialistes estiment que les premières traditions du Pentateuque relatant notamment les récits de Jacob, Moïse et plus tard Abraham furent transcrites par écrits aux alentours du VIIIe siècle avant notre ère bien que tous les textes furent modifiés au cours des siècles suivants jusqu'à l'institutionnalisation du Pentateuque et l'interdiction de modifier les textes sacrés promulguée au VIe siècle dans le Deutéronome. On peut donc déjà en déduire que la "Bible" lue du temps de Moïse, du roi David et par Jésus n'vaient pas grand chose en commun si ce n'est l'orientation générale de la vision monothéiste.

Selon les spécialistes, les plus anciens récits bibliques relatent des sortes d'histoires poétiques orales que les Hébreux racontaient en famille ou lors de rassemblements qui furent ensuite mises par écrit. Quand nous savons combien la transmission orale peut être déformée au fil des générations et ensuite par les copistes un peu trop zélés, il n'est pas étonnant que nous ayons des difficultés pour recouper les récits bibliques. Ainsi, en raison de ces altérations au fil des siècles, aujourd'hui il est par exemple impossible de préciser avec certitude la nature du bois utilisé pour fabriquer l'Arche de Noé (selon les récits et les traductions, on parle de bois résineux, de bois poli, de pin, de cyprès, de cèdre, bref rien de précis).

Les alphabets phénicien, grec, araméen et hébreu

Penchons-nous à présent sur les faits discordants les plus évidents, les contradictions dans les récits mêmes décrits dans la Bible hébraïque. 

Les contradictions dans l'Ancien Testament

Le récit biblique fut remis en cause au XVIIe siècle pour une raison toute simple qui semble avoir échappée aux premiers rédacteurs ou compilateurs des différents textes comme aux Pères de l'Église : la fin du Deutéronome décrit la mort de Moïse, il n'a donc pas pu l'écrire lui-même... ! Puis on découvrit d'autres contradictions dont voici un bref aperçu.

A voir : La chapelle Sixtine, Rome Passion

Deux représentations du thème biblique d'Adam et Eve extrait du livre de la Genèse mais totalement en opposition. A gauche, la fresque de Michel Ange (La tentation et Adam et Eve chassés du Paradis) peinte sur le plafond de la chapelle Sixtine du Vatican en 1508-1512. Selon la tradition catholique, l'arbre dont Adam cueille le fruit est également le bois dans lequel sera taillé la croix du Christ. Notez que dans cette allégorie, l'ange qui s'oppose au diable est un concept présent dès l'origine de l'humanité. A droite, gravure à l'eau-forte de Rembrandt réalisée en 1638. Très loin des canons classiques de l'idéalisation de la Renaissance, cette illustration est audacieuse par l'aspect des personnages. Elle scandalisa au XVIIe siècle et reste encore incomprise pour la majorité du public mais ne scandalise plus. Notez la présence de l'éléphant au pied de l'arbre. A l'époque, il était considéré comme un animal noble et qui joue ici le rôle d'anti-serpent, de symbole christique porteur d'espérance. Il représentait aussi une signification morale. Selon G.P. Valeriano (1556), l'éléphant possède "les attributs de la chasteté, de la mansuétude, de la munificence, de la pietas, de la religio et de la tempérance" et était aussi considéré par Pline comme "la beste la plus digne qui vive sur la terre et qui a le plus de sens". L'intrus dans la scène ajoute ainsi une leçon de psychologie conjugale doublée d’une discrète homélie sur la fidélité. Voici une analyse complète de ce tableau.

D'abord concernant la Création du monde, le rédacteur du premier chapitre de la Genèse nous dit qu'au premier jour "la lumière fut". Or un peu plus loin, il précise que le Soleil, la Lune et les étoiles furent créés le quatrième jour ! Dans ce cas, d'où provient la première lumière et de quelle nature est-elle ? Le rédacteur n'en dit rien (un lecteur pourrait prétendre que cette première lumière est celle du rayonnement cosmologique, mais ce n'est même pas vrai car ce rayonnement n'a pas toujours été lumineux et émet dans le spectre radio depuis plus de 13 milliards d'années, donc bien avant Adam et Ève).

Autre contradiction, l'auteur prétend qu'il y eut "un soir et un matin" durant les trois premiers jours. Comment cette alternance dite nycthémérale (liée au cycle du jour et de la nuit) peut-elle avoir lieu si le Soleil ne fut créé qu'au quatrième jour ? Une nouvelle fois le rédacteur comme l'éditeur n'ont pas été très attentifs à la cohérence du récit. A cela, il n'y a qu'une explication : ils ne cherchaient pas la vérité historique mais simplement à rédiger un récit sacré aussi continu que possible, quitte à s'abstraire des conventions terrestres.

Ce passage est doublement intéressant car il révèle aussi l'origine juive du rédacteur. Pourquoi utilise-t-il l'expression "un soir et un matin" et non pas "un jour et une nuit" comme on le fait d'habitude dans la littérature occidentale ? Cette expression trouve son origine dans le sabbat (shabbat), ce congé juif traditionnel qui commence le vendredi soir et s'étend jusqu'au samedi soir. Dans le calendrier juif les jours commencent au coucher du Soleil jusqu'au lendemain soir alors qu'en Occident le jour comme son nom l'indique commence au lever du Soleil ou au plus tôt à minuit et non la veille au soir. Nous avons donc la certitude que le rédacteur était de culture juive et que le texte fut correctement traduit.

Ensuite, il y a des contradictions et des omissions d'un chapitre à l'autre de la Genèse, en particulier entre la Genèse 1-2:4 et la Genèse 2:4-3:24 dont voici quelques exemples :

- La Création : le premier rédacteur évoque une création universelle divisée en jours alors que le second rédacteur ne considère que la création de la Terre et ne mentionne aucune période de temps.

- La chronologie : dans le premier chapitre, le premier rédacteur prétend que les animaux furent créés avant l'homme alors que dans le second chapitre, le second rédacteur prétend que l'homme fut créé avant les animaux. Même anachronisme pour la création des plantes et nous verrons que c'est également le cas pour la création de la femme.

- Les animaux : pour le premier rédacteur les animaux comme toutes les autres choses font partie d'un dessein cosmique alors que pour le second les animaux ont un rôle limité : celui de tenir compagnie à l'homme ou de l'aider (ce qui s'avère un échec forçant Dieu à créer Eve).

- L'homme : pour le premier rédacteur l'homme (Adam) est chargé de gérer le monde alors que pour le second rédacteur l'homme n'a que la charge du Jardin d'Eden (qu'il n'est pas censé quitter).

- La femme :  pour le premier rédacteur la femme (Eve) fut créée en même temps que l'homme alors que pour le second rédacteur la femme fut créée après l'homme (et à partir de l'une des côtes d'Adam)

- Dieu : selon le premier rédacteur seul Dieu parle alors que pour le second rédacteur quatre orateurs engagent le dialogue dont le serpent. Ailleurs, selon le premier rédacteur, on commença à invoquer le nom de l'Eternel (Yahvé) dès l'époque d'Adam (Genèse 4:26) alors que pour le second rédacteur, son nom n'est révélé qu'à l'époque de Moïse (Exode 3:13).

- Interdictions : selon le premier rédacteur Dieu fixa un jour saint dans la semaine alors que pour le second rédacteur Dieu interdit de manger le fruit de l'arbre.

Illustration de l'Arche de Noé à la fin du Déluge extraite d'une Bible anglaise du XIVe siècle.

Indépendamment des traductions, un lecteur attentif constatera non seulement des anachronismes mais également une diachronie linguistique l'évolution linguistique au cours du temps) : le ton utilisé par le premier rédacteur, identifié par les spécialistes (cf. Wellhausen) comme la source "J", est plus solennel, digne, précis et organisé que celui du second rédacteur, la source "E", le premier utilisant peu de mots et un style bien plus poétique que le second. Ces textes furent complétés par la source "P' qui finalisa la partie relative à l'époque babylonienne.

Noé et le Déluge partagent aussi une bonne part de contradictions. Selon la Genèse (chapitres 6 à 9), en prévision du Déluge qui allait s'abattre sur la terre entière et détruire toute vie, Noé construisit l'Arche sur l'ordre de Dieu et y fit monter sa famille ainsi que des couples de chaque espèce d'animaux. Combien d'animaux furent embarqués ? A un endroit la source "P" cite "deux de chaque espèces", ailleurs la source "J" cite "de toute bête pure, [Noé doit prendre] par sept, le mâle et la femelle; et de toute bête qui n'est pas pure, deux seulement, le mâle et la femelle" (Genèse 7:2-3). Quant au Coran, il évoque "une paire de chaque espèce" (sourates 11:40 et 23:27).

Comment Noé pourrait-il le savoir avant le Déluge quelles espèces choisir quand on apprend que c'est Moïse qui définira bien plus tard quelles sont les bêtes pures et impures (Lévitique 11:1-47) ? De plus, en se basant sur la chronologie biblique entre Noé et Moïse, la période embrassée irait de 4026 à 1512 avant notre ère.

Ensuite, Noé aurait embarqué des oiseaux, des animaux domestiques et sauvages provenant de la terre entière. Comme l'évoque Irving Finkel dans son livre "L'Arche avant Noé" (2015), les tablettes sumérienne dont celle d'Urra XIII énumère une bonne dizaine d'animaux domestiques (moutons, chèvres, mulet, chien, etc.) et plus de 250 animaux sauvages y compris des reptiles et des insectes vivant en Mésopotamie.

Mais en se basant uniquement sur la Bible, dans son remarquable livre "Arca Noë" publié en 1675 en latin (cf. aussi Amazon), sur base de la taxonomie de l'Arche, le jésuite Athanase Kircher conclut qu'environ 50 couples d'animaux furent embarqués alors qu'on en dénombre environ 80 dans l'Ancien Testament (cf. la liste des animaux sur Google Books). Sachant que la terre abrite bien plus d'espèces, Kircher explique également que les autres animaux furent engendrés à partir de ceux existants ainsi que par l'entremise des astres, du climat ou de l'imagination des mères.

Le texte répète également que la terre et l'humanité étaient corrompues (Genèse 6:11-12) mais d'un autre côté il déclare que Noé et sa famille doivent être sauvés. En quoi ce patriarche est-il différent des hommes ? Le texte n'en dit rien.

Autre exemple, le Deluge dura 40 jours et 40 nuits mais ailleurs il dura 150 jours. Pour savoir si les eaux du Déluge se sont retirées, dans un récit Noé envoie un corbeau, mais juste après il envoie une colombe (Genèse 7:6-12). Vu le style et les nombreux détails du second passage, il fut vraisemblablement rédigé par un autre rédacteur.

Même contradiction concernant le pharaon et les plaies d'Égypte. Pour le premier rédacteur, c'est Yahvé qui rendit le coeur de Pharaon inflexible (Exode 7:3) alors que selon le second rédacteur c'est Pharaon lui-même qui endurcit son propre cœur (Exode 8:15).

Un peu plus loin, selon un rédacteur la cinquième plaie d'Égypte, la peste, provoqua la mort de tous les troupeaux des Égyptiens (Exode 9:5) alors que peu après, la septième plaie d'Égypte, la grêle, s'abattit dans les champs et détruisit tous les troupeaux des Égyptiens (Exode 9:21-22). Mais quels troupeaux ?

 On peut aussi citer l'usage de la monnaie qui est clairement anachronique dans plusieurs passages bibliques. Le premier exemple apparaît à l'époque d'Abraham qui dut payer "400 sicles d’argent, au taux du marché " pour acheter un champ et une caverne à Macpéla mais pour lesquels Ephron le Hittite accepta uniquement d'être payé en pièces d'argent (Genèse 23:13-16). Puis il y a l'argent qu'Abraham prit à sa mère, les "1100 sicles d’argent qu'on t'a pris et à propos desquels tu as proféré une malédiction [...] c'est-moi qui l'avais pris]" (Juges 17:2- 4). Nous verrons un autre exemple avec Moïse.

S'il est exact qu'en Mésopotamie, sous le règne de Rim-Sîn, roi de Larsa (c.1800 avant notre ère) on pouvait acheter un esclave pour 10 shekels ou offrir 2 shekels de récompense à celui qui ramenait un esclave en fuite (cf. le Code d'Hammourabi), il ne s'agit pas encore de pièces de monnaies mais d'une contre-valeur en poids de céréales ou en quantité de métal d'argent. En effet, la monnaie ne se répandit que vers 650 avant notre ère en Asie Mineure sous le règne du roi Ardys de Lydie (la région au centre-ouest de l'actuelle Turquie, près de la ville d'Usak, à l'origine sous domination phrygienne) qui inventa la fameuse créséide d'or frappée par Crésus. Elle fut suivie par le sicle frappé sous le règne de Darius Ier (521-486 avant notre ère) qui fut en usage dans toute la région hellénistique.[1]

Si Abraham vécut vers 1800 avant notre ère selon la tradition, cela implique qu'on ne devrait pas retrouver le sicle ni aucune autre monnaie grecque dans les livres de la Genèse, l'Exode, les Nombres, les Juges, etc. Nous verrons que même à l'époque du roi Salomon, vers 950 avant notre ère, le troc de métaux précieux servait toujours de moyen de paiment. Cela signifie que les passages d'Abraham furent rédigés au moins 1300 ans plus tard que le prétend implicitement la Bible. En fait, selon les livres, le Tanakh fut rédigé entre les XIIe et Ve siècles, ceci confirmant l'implication de plusieurs rédacteurs en fonction des époques.

A consulter : Monnaies grecques - Monnaies romaines, CGB

Greek Coins - Roman Coins, Numisbids

A gauche, le demi-sicle ou demi-shékel en usage à partir du règne de Darius Ier (521-486 avant notre ère) et toujours utilisé du temps de Jésus. A droite, une darique d'or frappée sous le règne du roi Xerxès II ou d'Artaxerxès c.420-375 avant notre ère. Cette pièce de collection fut réalisée avec de l'or très pur et pèse 8.35 g pour 17.50 mm de diamètre. Si la pièce de gauche vaut 100-150 € aux enchères, celle de droite peut dépasser 11000 € soit 36 fois le prix d'un lingot de 24 cts équivalent ! Documents eTeacher-Biblical et Antiquities Sale.

Le deuxième exemple est plus subtil. C'est un récit du prêtre et scribe Esdras (Ezra) dans lequel les fidèles utilisent les dariques dans le temple de David : "ils donnèrent pour le service de la maison de Dieu cinq mille talents d'or, dix mille dariques, dix mille talents d’argent, ..." (Chroniques 29:7). Le darique d'or est une monnaie perse qui apparut vers 1050 avant notre ère (1 darique d'or vaut 20 sicles). Le talent était également un moyen de paiment introduit avant l'invention de la monnaie qui était troqué par son équivalent en poids d'or ou d'argent. Par la suite il fut échangé contre de la monnaie (1 talent vaut 3000 sicles ou shekels) qu'on retrouve chez les Chaldéo-Assyriens et les Anciens grecs. Toutefois le troc de talents d'argent fut encore utilisé occasionnellement en Judée jusqu'au IIer siècle avant notre ère. On y reviendra à l'époque des Hasmonéens

Par recoupement et vérification avec les faits historiques, nous verrons plus loin qu'Esdras rédigea son texte après le retour de la déportation à Babylone, vers 459 avant notre ère. A cette époque, la Judée était sous la domination "pacifique" des Perses depuis 539 avant notre ère sous le règne de Cyrus le Grand puis d'Artaxerxès (464-424) qui nomma Néhémie évoqué dans la Bible à l'époque d'Esdras, au poste de gouverneur. A première vue le récit est cohérent. Mais les activités commerciales et notamment la monnaie ne change pas du jour au lendemain, pas plus aujourd'hui qu'il y a deux 2500 ans. On estime que l'influence perse ne marqua son emprunte en pays de Canaan qu'à partir de 332 avant notre ère, lorsque Alexandre le Grand conquit la Judée et l'Égypte comme nous le verrons, soit plus d'un siècle après le récit d'Esdras. En toute logique on ne pouvait donc pas encore disposer de la monnaie perse (ou en tous cas pas encore en grande quantité à Jérusalem) à l'époque décrite par Esdras dans les livres des Chroniques, ce qui prouve qu'ils furent rédigés tardivement.

Plus généralement, il y a aussi l'usage abusif du chiffre 7 : Dieu créa le monde en 7 jours, le chandellier ou Menorah qu'on retrouve notamment sur les armoiries d'Israël a 7 branches, il y a 7 jours dans la semaine, il y a 7 esprits de Dieu dans l'Apocalypse, l'Arche de Noé est resté 7 mois et 17 jours sur le Mt Ararat, etc. Le chiffre 7 ("zayin" ou "zain" en hébreu) symbolise la puissance et le discernement, la tension en l'homme et ses valeurs. Il représente l'esprit divin. Il est donc sacré et a une valeur spirituelle sinon ésotérique. De plus le mot hébreu "sabbat" comme le mot arabe "sebt" signifient tous les deux "septième jour". En revanche il y a 10 commandements et 10 plaies d'Égypte et les bâtisseurs du temple de Salomon se sont basés sur des proportions multiples de 30 coudées.

Nous verrons que la même référence à la numérologie et au sens caché des noms existe dans les textes des Évangiles lorsque par exemple Jésus est associé à la lignée de David.

En fait, on constate que le Pentateuque contient de nombreux doublons (il y a par exemple deux récits de la Création (Genèse 1:1-2:4a et 2:4b-3:24), deux récits de l'alliance entre Yahvé et Abraham (Genèse 15 et 17), deux récits de l'expulsion d'Agar (Genèse 16 et 21:9), deux récits sur la vocation de Moïse (Exode 3 et 6), deux versions du Décalogue (Exode 20 et Deutéronome 5), etc.

Ces multiples contradictions, erreurs et répétitions ainsi que les différents styles narratifs indiquent que le Pentateuque mais également les livres Historiques (par exemple le livre des Rois) furent vraisemblablement écrits par plusieurs auteurs séparés dans le temps et dans l'espace, c'est la "théorie documentaire" évoquée dès le XVIIIe siècle, notamment dans les "Conjectures" (1753) de Jean Astruc : on ajoute des récits et on en supprime d'autres pour fabriquer une histoire la plus complète et cohérente possible, ce qui corrobe la thèse des différentes "sources" citées précédemment. On reviendra sur ces différents rédacteurs lorsque nous aborderons l'histoire du royaume du David et le retour de la déportation à Babylone à l'époque du roi Josias, de Daniel et d'Esdras.

Après les variations autour d'un même thème, voyons quelques exemples d'altérations et d'inspirations dans la Genèse.

Les interprétations et inspirations dans la Genèse

La Genèse décrit parmi d'autres faits comment Yahvé punit son peuple pour ne pas avoir respecté la plus sacrée de toutes les lois orientales, celle de l'hospitalité. Les villes de Sodome et Gomorrhe situées au sud de la mer Morte (dans l'actuelle Jordanie) furent détruites par une intervention divine par laquelle "Yahvé fit pleuvoir sur Sodome et Gomorrhe du soufre et du feu" (Genèse 19:24). Selon la Bible, Abraham aurait supplié Dieu de ne pas intervenir s'il y trouva 50 justes puis négocia pour n'obtenir que 10 justes. Mais le lendemain matin, "il vit monter du pays comme la fumée d'une fournaise" et Dieu n'avait épargné que son neveu Lot (Genèse 19:29).

La région du Mont Sodome en Israël. Document P.Leflon.

Si ce n'est la manifestation du courroux divin que réserva Dieu à son peuple livré à la débauche comme le prétend la Bible, comment deux villes peuvent-elles se retrouver en feu du jour au lendemain et l'air envahi de soufre ? Deux phénomènes géologiques peuvent l'expliquer : une éruption volcanique ou des émanations de matière inflammable du sol.

Premier constat, il n'y a pas d'activité volcanique dans cette région du monde. Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y pas eu de volcans à l'époque préhistorique. On reviendra sur cette hypothèse car elle remonte à une époque bien antérieure à la période décrite dans la Genèse. Reste l'hypothèse d'une autre activité soudaine émanant du sol.

Première hypothèse, bien qu'il soit très difficile d'en apporter la preuve formelle (sur base paléogéologique, archéologique ou hydrologique), nous savons que la région de la mer Morte se trouve sur une importante faille géologique et on trouve dans le désert les preuves du déplacement de l'écorce terrestre.

Selon la théorie du tremblement de terre proposée en 1995 par Graham Harris et Anthony Beardowin (lire aussi "The Destruction of Sodom" de Graham Harris), la région étant riche en hydrocarbures, du bitume a pu remonter du sous-sol pendant un séisme et s'enflammer (aujourd'hui l'un des rares lacs de bitume est celui de Pitch Lake à Trinidad et Tobago). Un tremblement de terre suivi d'incendies peut donc expliquer la destruction de ces deux villes sans qu'il faille rechercher une explication surnaturelle. La théorie du tremblement de terre est également supportée par D.Neev et K.Emery qui ont écrit un livre sur le sujet pour expliquer la destruction de Sodom, Gomorrhe et Jéricho.

Deuxième hypothèse, la région serait située sur les rivages d'un ancien lac salé ayant entouré des volcans aujourd'hui submergés par la montée brutale du niveau de la mer Noire suite à l'effondrement des contreforts du Bosphore il y a environ 7500 ans. Nous verrons que ce cataclysme majeur qui toucha toute l'Asie Mineure est évoqué dans la mythologie sumérienne qui inspira le récit de l'Arche de Noé (voir plus bas).

Troisième hypothèse, dès le milieu du troisième millénaire avant notre ère, on observe dans les sites de Bab edh-Dhra et Numeira en Jordanie une régression de la civilisation locale avec la destruction ou l'abandon des cités par leurs habitants qui sont retournés vers un mode de vie plus simple pastoral, nomade ou sédentaire.

Dans ces trois hypothèses il n'a pas fallut d'intervention divine pour que ces villes tombent en ruine. Mais tout bien considéré, s'il faut bâtir une belle histoire, les premiers rédacteurs avaient tout intérêt à inventer et tout au mieux à embellir et détourner les faits originaux pour asseoir leur nouvelle théologie. On y reviendra.

Même détournement des faits concernant le fameux "Jardin d'Eden" évoqué dans les deux premiers chapitres de la Genèse. Les analyses littéraires de la Bible réalisées par Hermann Gunkel et Pierre Gibert ont montré sans équivoque que les rédacteurs ont puisé dans des légendes du monde mésopotamien puis sumérien. En effet, la Bible présente le Jardin d'Eden comme le lieu surnaturel où séjournaient Adam et Eve et donc où se situe les origines de l'humanité.

Synonyme de "Paradis" (délice) en hébreu, Eden vient du mot akkadien "edinu" qui est lui-même dérivé du sumérien "e-din". Ce mot signifie "prairie" ou "steppe". Même chose pour le mot "Paradis" pour lequel les Hébreux ont un synonyme "gan eden" qu'on retrouve en vieux persan et qui signifie "terrain de chasse délimité" ou "vergé clôturé". Dans un tel cadre bucolique, on devine aisément la suite de l'histoire.

Pour confirmer cette théorie, la Genèse nous apprend qu'Adam fut créé quelque part à l’ouest de la Mésopotamie, puis fut conduit dans le Jardin d'Eden situé à l'est : "Éden, à l'orient, et il y mit l'homme qu'il avait modelé" (Genèse 2:8).

Représentations de la mythologie sumérienne sur des cylindres. A gauche, la Création de l'Homme sur un cylindre akkadien daté de 2250 avant notre ère sur lequel sont représentés Ninurta, Ishtar, Shamas et Ea. A droite, représentation d'Adam et Eve autour de l'Arbre de la Vie datant d'environ 2500 avant notre ère.

"L'Arbre de Vie" évoqué dans la Bible est également un emprunt sumérien généralement asssocié à Adam et Eve comme on le voit ci-dessus à droite.

Comme l'explique le scientifique et "débunker" américain Anton Parks dans son livre "Eden, la vérité sur nos origines" (2011), ces passages de la Bible ont été extraits de textes cunéiformes et d'illustrations gravés dans des tablettes d'argile plus de 1000 ans avant la rédaction des premiers récits bibliques et copiés lors de la captivité des Hébreux à Babylone (voir plus bas).

Autre exemple avec le Déluge et l'Arche de Noé (Genèse, chapitres 6 à 9). Les scientifiques ont évidemment commencé par rechercher des trace de l'Arche au sommet ou sur les contreforts du mont Ararat (Genèse 8:4-5) situé au sud-est de la mer Noire. Les seules "traces" évoquant un bâteau sont un relief allongé et une anomalie en forme d'amande mais qui n'ont rien à voir avec une structure artificielle, n'en déplaise aux amateurs de sensationnalisme. Quant à la soi-disant découverte de restes d'une structure en bois en 2010, il s'agissait d'une... tromperie organisée par l'un des prestataires de l'association Noah's Ark Ministries International ! Notons que l'historien britannique Norman Cohn (1915-2007) publia en 1996 un livre de référence intitulé "Noah's Flood: The Genesis Story in the Western Thought" qui relate l'histoire mythique de Noé et du Déluge. On reviendra sur cet auteur un peu plus loin.

Sans preuve de l'existence de l'Arche, les scientifiques ont recherché d'autres traces ou vestiges pouvant authentifier l'évènement du Déluge comme par exemple une montée des eaux exceptionnelle suite à un cataclysme.

Atrahasis, le Supersage, à l'origine de la légende de l'Arche de Noé. Selon une légende mésopotamienne, sur les conseils du dieu Enki (un des trois dieux membre de la triade des Annunakū), il construisit une arche et sauva les êtres vivants de la noyade.

La mention d'une inondation globale ayant détruit toute vie apparaît pour la première fois dans des textes de l'ancienne Babylone remontant entre le XXe et le XVIe siècle avant notre ère. Il existe neuf versions connues de l'histoire mésopotamienne du Déluge, chacune étant une version plus ou moins adaptée de la précédente. La plus vieille version écrite mais qui est déjà dérivée d'un récit antérieur fut rédigée en sumérien vers 1600 avant notre ère. Le héros est le roi Ziusudra (qui signifie "Jour à la vie prolongée") qui vivait dans la cité sumérienne de Nippur. L'histoire décrit comment le roi construisit un bâteau et sauva des vies, lorsque les dieux décidèrent de le détruire.

Dans une autre version, cette fois babylonienne écrite vers 1200 avant notre ère comprenant environ 1200 vers et appelée le "Poème du Supersage" ou "L'Epopée d'Atrahasis", le héros est appelé Atrahasis et l'inondation se réfère au débordement d'un fleuve (Atrahasis, tablette III, iv, lignes 6-9). Selon les experts en assyriologie, ce serait ce "Poème du Supersage" qui inspira aux prêtres le récit de Noé.

Mais la version épique la plus connue et la plus longue est "L'Epopée de Gilgamesh" dont le héros est nommé Utnapishtim (qui signifie "Il trouva vie"). La première version complète de cette épopée fut rédigée au XVIIIe ou au XVIIe siècle avant notre ère en akkadien, la langue diplomatique de l'époque qu'on parlait jusqu'au pays de Canaan, et se réfère au roi Gilgamesh, 5e roi (peut-être légendaire) de la Première Dynastie d'Uruk. Nous possédons également une copie assyrienne remontant au Xe ou XIe siècle avant notre ère. Selon la légende, c'est Ninurta (qui représente également Saturne) qui mit fin au déluge en "construisant un mur de pierre". Gilgamesh est le héros de l'épopée et non celui qui survécut à l'inondation.

Enfin, la dernière version que nous connaissons fut écrite en grec au IIIe siècle avant notre ère par un prêtre babylonien nommé Berossus, président du temple de Babylone. Il dirigeait une communauté religieuse composée de Babyloniens, de Macédoniens et de Grecs. Selon Finkel, cette version diffère peu des récits écrits près de deux millénaires auparavant.

Comme l'explique cet article comparatif ainsi que Finkel dans son livre évoqué plus haut, mis à part que Noé s'appelle Atrahasis sur les tablettes d'argile, on retrouve dans les deux textes la même chronologie des faits et pratiquement les mêmes mots : le même motif (les raisons du Déluge sont "expliquées" de manière aussi peu précises dans les deux écrits), le même avertissement de Dieu, la construction d'une arche, l'entrée dans l'arche, le déluge, la colombe, la sortie de l'arche, le sacrifice sur l'autel, la bénédiction et la promesse divine. Bien entendu le Coran a repris les mêmes sources.

Pour sa part, Jean Bottéro, expert en assyriologie et de formation dominicaine, confirme dans son livre "Babylone et la Bible" (2012) cette convergence entre l'Ancien Testament et la civilisation mésopotamienne.

Ce déluge fut longtemps considéré comme un mythe mésopotamien jusqu'à ce que les scientifiques le mettent en relation avec un changement du climat survenu en Asie Mineure il y a environ 7500 ans suite à la fonte des glaciers (qui suivirent la grande glaciation survenue il y a 15000 ans). Cette théorie proposée en 1993 par les géologues des fonds marins William Ryan et Walter Pitman (qui en feront un livre intitulé "Noah's Flood") montre que suite à la remontée du niveau des mers, la mer Noire s’est remplie d’eau salée et finit par déborder et inonder toutes les plaines avoisinantes sur des centaines de kilomètres à la ronde en quelques années. Une débâcle déferla sur la Mésopotamie à côté de laquelle une inondation ressemble à une flaque d'eau.

A gauche, la carte de la Mésopotamie. Le mont Aratat et la mer Noire sont situés juste au nord. Au centre, la première tablette cunéiforme du "Poème du Supersage" décrivant le Déluge. A droite, la XIe tablette de L'Epopée de Gilgamesh (version de Ninive) relatant également le Déluge. Documents T.Lombry et British Museum.

En 1999, l'explorateur des fonds marins Bob Ballard découvrit les vestiges d'une plage sous 150 mètres d'eau à proximité des côtes sud de la mer Noire. Les sédiments contenaient des roches et des coquillages indiquant que l'eau douce du lac avait été submergée par de l'eau de mer; les sédiments comprenaient des coquillages d'eau douce vieux de 7800 ans et des coquillages marins datant seulement de 7300 ans. Il y avait donc bien eu un lac à cet endroit avant la mer.

En Haute Mésopotamie, les effets de ce déluge furent catastrophiques et spectaculaires : le paysage fut noyé sous plus de 150 mètres d'eau ! Cette catastrophe dura plusieurs années. Ses effets restèrent dans la mémoire collective et furent intégrés au "Poème du Supersage" puis dans "L'Epopée de Gilgamesh" et donc au récit du Déluge évoqué dans la Torah et la Bible. Ainsi, la métaphore de l'Arche de Noé devient une très belle mise en scène pour expliquer le "sauvetage" de ce qui deviendra le "Peuple élu" par Dieu.

Nous verrons plus loin que la même mise en scène s'est vraisemblablement produite au sujet du récit de la traversée de la mer Rouge par Moïse et son peuple.

Quant aux miracles et autres mystères, les exégètes et les scientifiques reconnaissent que les textes bibliques peuvent aussi être interprétés à plusieurs niveaux. Tous ceux qui ont étudié la Bible savent qu'à cette époque, dans tout le Proche-Orient le "miracle" était considéré comme une figure de style plutôt qu'une réalité, comme aujourd'hui la métaphore ou l'analogie peut éclairer son sujet. On reviendra sur le sujet à propos des miracles et des apparitions attribués à Jésus-Christ.

Bien que les preuves historiques et matérielles nous manquent encore pour étayer tous les comptes-rendus bibliques, grâce à la découverte de nombreuses tablettes d'argile, de manuscrits apocryphes et de preuves archéologiques, nous avons aujourd'hui une meilleure compréhension de la Bible qu'au siècle dernier. Grâce à toutes ces données, les archéologues, les linguistes, les épigraphistes, les exégètes et les experts des civilisations du Moyen-Orient sont capables d'identifier dans les récits bibliques ceux qui relèvent de la légende et ceux faisant référence à des faits historiques. Voyons ces différents récits et tentons de vérifier leur authenticité en commençant par les plus anciens et relatifs à l'histoire des patriarches.

A lire : Les patriarches et l'Exode

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[1] Rappelons qu'il y a 4000 ans le troc était la "monnaie courante" en Asie Mineure. Les Sumériens qui vivaient dans le sud de la Mésopotamie utilisaient des céréales en guise de monnaie. On pouvait obtenir du métal ou du bois contre une quantité déterminée de sacs de céréales. A l'époque de la civilisation Sumérienne (entre ~3100 et 2000 avant notre ère) et de Babylone (entre ~2000 et 500 avant notre ère), un shekel ou sicle pesait autant que 180 grains d'orge et représente entre environ 14 et 16 g selon le type de sicle. Le mot "sicle" provient du mot hébreu "shékel" signifiant "poids", un mot dérivé de l'akkadien "siqlu" (en Perse, vers 1050 avant notre ère, 1 darique valait 20 sicles). 1 mine représentait 500 grammes et valait 60 shekels. 1 talent représentait le poids de 10800 céréales ou valait 60 mines ou encore 3000 voire 3600 sicles ou shekels selon les lieux soit ~45 kg. Bien que cela n'ait pas vraiment de sens d'actualiser la valeur d'une monnaie ancienne, disons qu'au cours actuel un lingot d'argent vaut environ 470 €/kg et donc 1 shekel valait à l'époque l'équivalent de 6 ou 7 €. Mais le plus important est la valeur économique de l'argent. Au IXe siècle avant notre ère, 1 shekel permettait d'acheter 1/5 de boisseau (un tonneau ou une jare pour aliments secs d'une capacité d'environ 13 litres) de farine fine soit 1.3 kg (Lévitique 27:16) ou 2/5 de boisseau d'orge soit 2.6 kg à la fin d'un siège (cf. 2 Rois 7:16). On en déduit qu'à l'époque, ces produits étaient 7 fois plus chers qu'aujourd'hui. Toutefois, aujourd'hui la valeur des choses a changé. Pour un numismate un shekel d'argent datant de plus de 2000 ans vaut entre plusieurs centaines et plusieurs milliers d'euros selon l'époque et sa qualité.


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