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La Bible face à la critique historique

L'Arche d'alliance fabriquée par Hasbro pour le film de Steven Spielberg (cf. cette scène).

Moïse, de la sortie d'Égypte au mont Nébo (II)

L'Arche d'alliance : d'or et de bois

Selon la Bible, pendant son séjour dans le désert du Sinaï, Moïse monta sur le mont Horeb (1 Rois 8:9) où il eut la vision de L'Éternel au Buisson Ardent (Exode 3) et reçut le Décalogue, les Dix Commandements, les fameuses tables de la Loi (Exode 20:1-17) gravées de la main de Dieu. Dieu lui expliqua ensuite comment protéger les tables de la Loi en les plaçant dans l'Arche d'alliance (Exode 25:18-22; 40:20) et de la protéger sous un Tabernacle, c'est-à-dire la tente sacrée placée d'abord hors du camp de Moïse afin de témoigner de la révélation de Dieu à Moïse (Exode 33:7, Deutéronome 31:26) , Arche qui sera ensuite placée dans le Temple.

Moïse resta 40 jours sur le mont Sinaï avant de redescendre et de constater avec effroi qu'entre-temps son peuple avait rompit l'alliance avec Yahvé et était en train d'idolâtrer le fameux Veau d'or (Exode 32) et de se vautrer dans la débauche. Pris de colère, Moïse jetta les deux tables de la Loi qui se brisèrent (Exode 32:19).

L'Arche d'alliance est évoquée une douzaine de fois dans la Bible et est associée à la construction du Tabernacle. Jusqu'à l'arrivée au pays de Canaan, l'Arche d'alliance fut protégée et portée par les Lévites.

Selon la tradition, l'Arche avait un pouvoir divin y compris celui d'assurer la victoire des Hébreux sur leurs ennemis. L'Arche fit donc partie du cortège qui permit la traversée du Jourdain sous la direction de Josué (voir plus bas) puis elle fit tomber les murailles de Jéricho ( Josué 5 et 6). Après l'installation des Israélites au pays de Canaan, l'Arche demeura à Guilgal, puis à Silo et Kiryat-Yéarim (1 Samuel 7:1) avant d'être finalement transportée à Jérusalem par le roi David (1 Chroniques 13:5-8) et placée temporairement dans le Tabernacle en attendant la construction du premier Temple et d'être placée dans le Saint des Saints par le roi Salomon. On y reviendra. Après sa mise en place dans le Temple, la Bible n'en parle plus. Malheureusement, cet objet d'art religieux symbole par excellence du judaïsme a disparu.

Mis à part les textes sacrés et les innombrables copies imaginaires dont celle présentée dans la chapelle de l'Adoration dans l'Église Saint-Roch à Paris et la maquette présentée ci-dessus utilisée dans le célèbre film "Les Aventuriers de l'arche perdue" de Steven Spielberg (1981), nous ne possédons pas de preuves directes de son existence et devons donc nous contenter du descriptif biblique pour imaginer à quoi elle ressemblait.

Etymologiquement parlant, le mot "arche" vient du hébreu "aron" (ארן) qui signifie "boîte" ou "coffre". Dans la Genèse par exemple, ce mot est utilisé pour qualifier l'ossuaire ou boîte à ossements (Genèse 50:26) dans lequel fut embaumé le cadavre de Joseph qui fut enterré près de Sichem (Josué 24:32).

Selon la Bible hébraïque, l'Arche d'alliance est un coffre en shittim (acacia) mesurant 2.5x1.5x1.5 coudées (une coudée mesurait la longeur de l'avant-bras soit 50-55 cm) soit 1.25x0.75x0.75 m plaqué or, recouvert par un propitiatoire (couvercle de sacrifice pour le rendre propice à évoquer Dieu) d’or pur décoré par une couronne et surmonté de deux chérubins se faisant face, le tout fixé à deux anneaux d'or sur les côtés opposés dans lesquels étaient placés des barres en bois afin de la transporter (Exode 25:20; 37:1-10 et 1 Chroniques 3:13). Notons que les chérubins sont des anges qui représentent les âmes immortelles d'Adam et Ève comme le précisent l'Évangile selon Jean et l'Évangile gnostique de Philippe trouvé à Nag Hammadi (datant du IVe siècle). L'Arche contenait les tables de la Loi, un vase contenant la manne en omer d'orge (une offrance collective) et le bâteau d'Aaron bourgeonnant.

Deux autres modèles de l'Arche d'alliance décorées de chérubins et recouvertes d'or telles que décrites dans la Bible (Exode 25:18-22). Les parois étant ouvertes (ajourées), on découvre à l'intérieur, les deux tables de la Loi, un vase contenant la manne (un omer ou offrande d'orge) et le bâteau d'Aaron.

Et s'il fallait le préciser, contrairement aux rumeurs, la structure en bois plaquée or de l'Arche d'alliance ne constitue pas un condensateur géant[9] capable d'emmagasiner et d'émettre de l'énergie ou d'émettre de la radioactivité comme certains amateurs et scénaristes l'ont imaginé ! Il est évident que l'Arche intéresse beaucoup de personnes séduites par l'ésotérisme, y compris le célèbre inventeur Nikola Tesla mais aucun scientifique n'a pu formellement démontrer qu'une structure dorée comme celle-ci présentait des propriétés particulières autre que celle d'attirer les fidèles. Si c'était le cas, les ingénieurs auraient exploité ce brevet depuis des siècles pour créer de l'énergie gratuite !

Mais il ne s'agit pas de la seule Arche d'alliance. Peu de personnes savent que le Deutéronome décrit également une autre arche sacrée présentée ci-dessous à gauche. Cette deuxième arche est toute différente de l'Arche en or; elle était modeste, petite et fabriquée en bois.

Citée uniquement dans le Deutéronome, elle aurait été façonnée par Moïse à la demande de Dieu : "En ce temps-là, Yahvé me dit: Taille deux tables de pierre comme les premières, et monte vers moi sur la montagne; tu feras aussi une arche de bois. J'écrirai sur ces tables les paroles qui étaient sur les premières tables que tu as brisées, et tu les mettras dans l'arche. Je fis une arche de bois d'acacia, je taillai deux tables de pierre comme les premières, et je montai sur la montagne, les deux tables dans ma main. Yahvé écrivit sur les tables ce qui avait été écrit sur les premières, les dix paroles qu'il vous avait dites sur la montagne, du milieu du feu, le jour de l'assemblée; et Yahvé me les donna. Je retournai et je descendis de la montagne, je mis les tables dans l'arche que j'avais faite, et elles restèrent là, comme Yahvé me l'avait ordonné" (Deutéronome 10:1-5).

Alors que l'Arche plaquée or était lourde et devait être portée par deux hommes, l'arche en bois et les deux tablettes de la Loi qu'elle contenait était une sorte de version miniature qui pouvait être portée à la main bien qu'on ne connaisse pas ses dimensions précises.

Une maquette de l'arche en bois d'acacia citée dans le Deutéronome (Dt 10:3-5). Cette petite arche pouvait se placer dans l'Arche en or.

Bien que la Bible n'en dise rien, il est possible que l'Arche en bois fut placée dans l'Arche en or ou que les deux arches appartenaient à des traditions différentes. En effet, celle en bois a pu être la première Arche, celle associée au Tabernacle et au rite sacrificiel tandis que celle en or serait la deuxième Arche, celle contenant les Dix Commandements et par la suite les rouleaux de la Torah qui fut placée originellement sous la "tente d'assignation" installée en dehors du camp de Moïse et plus tard dans le temple de Jérusalem. L'arche en bois n'a jamais été représentée car ce n'était qu'une boîte, un conteneur qui n'avait aucune fonction sans son contenu.

On ignore ce que sont devenues ces deux arches et en particulier l'Arche en or. Selon les spécialistes, les avis varient entre "c'est une légende, elle n'a jamais existé" à "elle fut détruite". Il est probable qu'elle fut effectivement détruite par les Babyloniens lors du siège de Jérusalem au VIe siècle avant notre ère. En effet, l'Arche d'alliance est mentionnée jusqu'à l'époque du roi Josias au VIIe siècle avant notre ère (2 Chroniques 35:3). Rappelons également qu'en rentrant dans le Temple en 63 avant notre ère, Pompée fut étonné qu'il fut vide.

A part Spielberg qui imagine qu'elle se trouve dans un entrepôt secret à Washington, DC, il y a quelques années on pouvait visiter une grotte située sur le mont Nébo situé à l'ouest de la Jordanie, juste en face d'Israël qui abritait soi-disant l'Arche d'alliance ainsi que l'Autel d'encens, la Mer et divers accessoires du Temple (cf. la carte du Temple). Ces objets existaient bien mais rien ne prouve qu'ils étaient authentiques et d'ailleurs les archéologues biblistes n'y croient pas. Depuis, il paraît que deux glissements de terrain ont bloqué l'accès au tunnel et à la grotte. Mais certains rabbins de Jérusalem croient que l'Arche se trouve toujours à Jérusalem, précisément dans le Tunnel Ouest situé au nord du mont du Temple. En effet, de nos jours, il existe un endroit le long du tunnel du Mur Ouest (le Mur des Lamentations) situé précisément en face du Saint des Saints où les fidèles prient. Il est considéré comme l'endroit le plus saint de la planète car il serait le plus proche de l'Arche cachée. Ceci dit, les encyclopédies en ligne mentionnent des dizaines d'autres sites potentiels au Royaume-Uni, en Europe et en Afrique mais jusqu'à preuve du contraire, tous sans exception sont des lieux légendaires.

Parmi les autres sources documentaires antiques, il y a un passage du livre des Maccabées qui fait partie du canon de l'Ancien Testament qui décrit que le prophète Jérémie pris l'Arche d'alliance plaquée or et la cacha dans une grotte entre les montagnes de Pisgah et de Nébo où Moïse fut enterré. L'auteur se base sur un ancien document aujourd'hui disparu : "On lisait dans les mêmes écrits comment le prophète, sur un ordre reçu de Dieu, fit transporter avec lui le tabernacle et l'arche, et qu'il se rendit ainsi à la montagne que gravit Moïse et d'où il contempla l'héritage de Dieu. Arrivé là, Jérémie trouva une habitation en forme d'antre, et il y déposa le tabernacle et l'arche, ainsi que l'autel des parfums, et en boucha l'entrée. Quelques-uns de ses compagnons étant venus ensuite pour marquer le chemin par des signes, ils ne purent le trouver. Jérémie le sut et il les blâma : "Ce lieu, leur dit-il, doit rester caché jusqu'à ce que Dieu ait rassemblé son peuple et lui ait fait miséricorde." " (2 Maccabées 2:3-7). Selon la description, ce lieu correspondrait au site de Qumrân en Jordanie où furent découverts les fameux Rouleaux de la Mer Morte. Mais sachant le poids de l'Arche d'alliance, il est peu probable que Jérémie ait traversé seul le désert de Judée pour aller enterrer l'Arche d'or si loin...

Notons que Jérémie prédit aussi parmi ses prophéties : "En ces jours-là, dit Yahvé, on ne parlera plus de l'Arche de l'alliance de l'Eternel; Elle ne viendra plus à la pensée; On ne se la rappellera plus, on ne s'apercevra plus de son absence, et l'on n'en fera point une autre" (Jérémie 3:16). Pour Jérémie, l'Arche ainsi que le Temple avec tous ses sacrifices sont devenus le lieu d'une dévotion crédule à Yahvé qui avait tous les aspects d'une nouvelle idolâtrie (Jérémie 7: 1-26). On reviendra sur les prophéties ainsi que sur les idôles et les origines du Dieu unique.

Le chemin du désert à travers le Sinaï

Comme nous l'avons évoqué, selon l'Exode, un groupe de 600000 hommes soit environ 2 millions de personnes aurait vécut dans le Sinaï pendant plus de 40 ans sous le motif que Dieu les punit de l'avoir méprisé et pour leur manque de foi (Nombres 14:1-45). Même en admettant qu'ils étaient dix fois moins nombreux, les activités de cette population auraient forcément laissé des traces archéologiques à tous les endroits cités par la Bible. Or à part les vestiges des forteresses égyptiennes le long du littoral, il n'existe aucune trace archéologique dans le désert du Sinaï, pas plus que dans les montagnes ou près du monastère Sainte-Catherine, remontant à l'époque de Ramsès II soit au XIIIe siècle avant notre ère.

A voir : Mount-Sinai Monastry (Sainte-Catherine)

A gauche, le parcours biblique traditionnel des Israélites à travers le Sinaï vers le pays de Canaan. Toutefois aucun vestige archéologique n'atteste leur séjour dans le Sinaï et par conséquent cette route est probablement légendaire. Au centre, la région du Sinaï photographiée depuis la navette spatiale Columbia au cours de la mission STS-109 en 2002. A droite, après trois heures de marche, voici le paysage qu'on aperçoit au sommet du mont Sinaï (2285 m) également appelé Djebel Moussa par les Bédouins. Selon la Bible, c'est sur le mont Sinaï que Moïse vit le Buisson ardent et reçut les tables de la Loi, les Dix Commandements précrits par Dieu en personne. Sur le plan historique, on ignore si cet évènement a réellement eu lieu et de ce fait on ne connaît pas son emplacement exact. Ceci dit, les chrétiens orthodoxes n'ont pas attendu l'avis des experts et ont construit le monastère Sainte-Catherine au pied du mont Sinaï en 584. Classé au patrimoine mondial par l'UNESCO, c'est le plus ancien monastère du monde. Documents T.Lombry, NASA et Stefan Perneborg.

Concernant le séjour de 38 ans à Qadèsh-Barnéa (Nombres 33-34), la Bible donne suffisamment d'indices pour localiser l'endroit. Les archéologues l'ont identifié comme étant la grande oasis d'Ein el-Qudeirat située dans la partie orientale du Sinaï, près de la frontière actuelle entre Israël et l'Égypte. Malheureusement, aucune fouille archéologique effectuée dans la région n'a découvert la moindre trace d'occupation datant de l'Âge du Bronze récent (1550-1150 avant notre ère). En revanche, et cela confirme les dates de rédaction précédentes, la forteresse de Qadèsh-Barnéa a bien existé à la fin du VIIe siècle mais on ignore si elle fut construire par des Cananéens du royaume de Juda ou par les Assyriens.

Même conclusion à propos du site de Etsion-Guéber (Eçyôn-Gébèr) où les enfants d'Israël auraient campé. Localisé au nord du Golfe d'Aqaba, sur un tertre entre Eilat et Aqaba, les fouilles entreprises enre 1938 et 1940 ont bien révélé d'importants vestiges portuaires remontant à l'Âge du fer récent (après 900 avant notre ère) mais aucun vestige ne date de l'époque du Bronze récent.

Moïse et les tables de la Loi gravées par Yahvé sur le mont Sinaï. Cette peinture de Philippe de Champaigne (1602-1674) est exposée au musée de L'Hermitage à Moscou (réf. ГЭ-625).

Idem enfin à Tel Arad situé à l'est de Beersheba où selon le livre des Nombres (versets 21:1-3), le roi Arad habitant au Néguev aurait attaqué les Israélites et fait quelques prisonniers. Pour se venger, les Israélites auraient fait appel à la puissance de Dieu et détruit les cités cananéennes. Les fouilles effectuées sur le site et dans toute la région de Beersheba pendant près de vingt ans ont bien révélé des vestiges datant des premiers âges du Bronze ainsi qu'une forteresse datant de l'Âge du fer, mais aucun vestige datant du Bronze récent durant lequel le site aurait apparemment été déserté. En fait selon les archéologues, Arad n'existait tout simplement pas à l'époque du Bronze récent.

En résumé, en ces trois lieux comme dans beaucoup d'autres y compris situés plus vers l'est, des cités ont bien existé mais soit avant soit après le présumé Exode. Autrement dit, à l'époque où ces évènements se sont prétendûment déroulés, ces cités étaient soit inhabitées soient encore inexistantes et n'ont dès lors joué aucun rôle dans la longue marche du peuple hébreu. On en déduit qu'à l'époque indiquée dans l'Exode ou le livre des Nombres il n'existe aucune trace du passage des Hébreux dans le Sinaï ou même plus à l'est.

Certains ont évoqué le fait que les Hébreux ont fuit l'Égypte pauvres et déguenillés et n'ont de ce fait laissé aucune trace tangible de leur passage dans le désert. Mais c'est mal connaître les techniques archéologiques qui permettent d'exhumer les moindres traces d'occupations humaines jusqu'à l'époque des premiers chasseurs-cueilleurs et des tribus nomades vivant il y a plus de 10000 ans dans des régions aujourd'hui désertiques notamment en Turquie mais c'est valable pour toutes les missions archéologiques à travers le monde. Donc s'il existait des preuves d'occupations humaines dans le Sinaï comme des ossements, des tombes, des vestiges d'infrastructures, de feux, des débris de poteries, des ornements, des fragments de tissus, des traces gravées ou écrites datant du Bronze récent, les nombreuses missions archéologiques ayant exploré la région pendant des décennies les aurait découverts. Or les tamis des archéologues sont vides.

Plus précisément, les traces d'occupation pastorale du Sinaï remontent à 3000 ans avant notre ère puis durant les périodes hellénistiques (~300 avant notre ère) et byzantines (durant l'Empire romain d'Orient). Entre les deux, il n'y a pas eu d'occupations dans le Sinaï au XIIIe siècle comme prétendu dans l'Exode.

Enfin, il y a également une incohérence dans le récit de l'Exode à propos de la monnaie. Selon la Bible, lors de la traversée du désert, par la voix de Moïse, Yahvé ordonna aux Fils d’Israël de faire un don pécunière au Tabernacle, la tente qui abritait l'Arche d'alliance : "Quiconque est soumis au recensement donnera un demi-sicle sur la base du sicle du sanctuaire : vingt géras par sicle. Ce demi-sicle sera un prélèvement pour Yahvé" (Exode 30:13). Comme nous l'avons expliqué, le sicle ne fut inventé que vers 650 avant notre ère en Lydie. Ce passage a donc été rédigé plus de 1200 ans après l'époque biblique présumée et vraisemblablement à l'époque où les Israélites étaient déjà établis au pays de Canaan.

Vers le pays de Canaan

Selon la Bible, les Hébreux approchèrent du pays de Canaan par ce qu'on appelle la "route du Roi" (Nombres 20:17). Où se situe-t-elle ? Comme on le voit ci-dessous à gauche, il s'agissait d'une piste commerciale reliant les royaumes d’Edom, de Moab et d'Ammon, c'est-à-dire le sud de l'actuel Israël à hauteur du Néguev au nord-ouest de la Jordanie. Elle fut pavée au IIe siècle de notre ère sous l'empereur Trajan et dénommée la Via Nova Traiana. Cette route transversale rejoignait la transjordanienne qui traversait le pays d'Edom et de Moab du nord au sud.

A gauche, la carte de la région d'Edom au VIIe siècle avant notre ère occupant le sud du pays de Canaan et de l'actuel Etat d'Israël (en pointillés). Selon la Bible, les Hébreux n'ont pas pu la traverser en raison de leur querelle ancestrale avec le roi d'Edom et l'ont contourné par le sud-est et le côté oriental du Grand Rift Jordanien, par le Wadu Rum et les Steppes de Moab. A droite, le majestueux désert du Wadi Rum situé sur la frontière entre la Jordanie et l'Arabie Saoudite par lequel serait passé le peuple hébreu après ses 40 années d'errance dans le désert du Sinaï. Documents T.Lombry et Travel Corner.

Moïse délégua un émissaire auprès du roi d'Edom afin de lui demander la permission de traverser son territoire pour se rendre au pays de Canaan. Le souverain ayant refusé, Moïse et son peuple durent contourner son territoire par l'est, un détour d'environ 250 km par les Steppes de Moab, dans l'actuelle Jordanie.

Rappelons que selon les droits territoriaux traditionnels, Yahvé donna le domaine entourant le mont Séïr aux descendants d'Edom (qui définit autant le peuple que la région). L'Edom, l'Idumie romaine, couvre toute la zone actuelle qui s'étend entre le sud-est de la vallée du Jourdain (Transjordanie) et de la Judée et la vallée de l'Arabah située près du grand rift situé au sud de la mer Morte et qui s'étendra plus tard jusqu'au Néguev (la pointe sud qui rejoint le Golfe d'Aqaba). Les Edomites sont les descendants d'Esaü, fils d'Isaac et frère de Jacob, et les éternels frères ennemis des Israélites. Ceci explique le refus des Edomites.

Etant donné que la Bible évoque le royaume Edom, ici non plus ces évènements ne se sont pas déroulés à la date prétendue. Les recherches archéologiques ont montré qu'Edom n'est parvenue à la dimension d'un Etat que sous l'influence assyrienne au VIIe siècle avant notre ère. Auparavant, la région était occupée par des nomades et Edom n'apparaît au plus tôt qu'au VIIIe siècle avant notre ère. On peut également préciser la date la plus tardive de rédaction de ce passage car en 553 avant notre ère Edom fut détruite par les Babyloniens et ne connut une nouvelle prospérité qu'à l'époque hellénistique, soit près de deux siècles plus tard.

En conclusion, près de mille ans séparent le récit biblique de la réalité géopolitique. En fait, nous verrons plus loin qu'aucune des dates bibliques ne correspond à des faits historiques car tous sont bien plus tardifs. Par conséquent, pour comprendre l'Histoire du peuple juif, il faut uniquement se baser sur les découvertes archéologiques.

A gauche, localisation du pays de Canaan par rapport au mont Nébo et du "sommet du Pisga" face à Jéricho. Au centre, panorama depuis le mont Nébo en direction de l'ouest et d'Israël. Le site se situe près de l'actuelle ville de Madaba en Jordanie. A droite, la stèle commémorant le passage de Moïse et du peuple juif érigée au sommet du Pisga. Histoire authentique ou légendaire, peu importe, l'endroit est devenu un lieu saint de pelerinage qui après plusieurs années de restauration fut réouvert au public en 2016. Le pape Jean-Paul II le visita en 2000 et le pape Benoît XVI en 2009. Documents T.Lombry/Google Maps, T.Lombry et Google/Panoramio.

Ensuite, Moïse étant responsable pour son peuple qui n'a pas suivi à la lettre les Dix Commandements (cf. le Veau d'or), Yahvé lui annonça qu'il verrait le pays de Canaan mais ne lui permettrait pas de marcher sur ces terres, ce qui l'attrista fortement. Juste avant de mourir, Moïse aura donc l'occasion de voir le pays de Canaan en montant "des plaines de Moab sur le mont Nébo, au sommet du Pisga en face de Jéricho" (Deutéronome 34:1) en Jordanie d'où il eut la satisfaction de voir le pays de sa descendance et peut-être même à l'horizon (un miracle est possible) un petit village appelé Jérusalem dans les Hautes Terres. Aujourd'hui, un mémorial a été érigée en ce lieu sacré mais d'origine légendaire.

Selon le Deutéronome, "Moïse était âgé de 120 ans lorsqu'il mourut" (Deutéronome 34:7). Selon la tradition talmudique et les calculs réalisés par Jose ben Halafta vers 160 de notre ère, sachant que Yahvé créa le Monde en sept jours en l'an 3761 avant notre ère du calendrier Julien (la date fut convertie à partir du calendrier hébraïque), Moïse est mort en 2488 du calendrier hébraïque. Si on calcule la différence, Moïse est mort en l'an 1273 avant notre ère du calendrier Julien et donc au XIIIe siècle avant notre ère. Évidemment cette date est fictive car elle ne correspond a aucun fait historique. Elle fixe cependant la chronologie officieuse de l'histoire biblique sur laquelle se fondent les Juifs et les Chrétiens. On y reviendra à propos de la paternité de la Torah.

Ensuite, selon l'Exode, Josué poursuivit l'oeuvre de Moïse et conduisit son peuple vers le pays de Canaan ainsi que Yahvé lui avait ordonné comme de son temps à Abraham. On y reviendra.

La légende des patriarches

Pourquoi les auteurs de la Bible ont-ils inventé l'histoire des patriarches, des querelles fratricides et la longue errance dans le désert ? Sachant que la Bible est avant tout un récit sacré, c'est-à-dire à vocation théologique, les histoires de familles et les alliances familiales décrites dans la Genèse ont pour but de relier les différentes tribus d'Israël par un lien ancestral afin d'expliquer l'unité du pays, ou plutôt le rêve d'unité des souverains et des grands-prêtres car il faudra attendre des siècles pour que ce rêve se concrétise et souvent temporairement.

La Bible décrit ensuite les alliances et les guerres qui unirent ou déchirèrent ces peuples de manière parfois concrète parfois allégorique (à travers des songes ou des luttes avec un ange par exemple) afin d'expliquer symboliquement la naissance de la nation d'Israël et l'émergence du culte du dieu unique. Les épisodes épiques comme l'Exode en Égypte, le combat contre l'armée de Pharaon et plus tard la bataille de Jéricho parmi d'autres hauts faits légendaires ont pour but de démontrer aux Hébreux puis aux Israélites qui douteraient encore, la toute-puissance et la détermination de Yahvé ainsi que la confiance qu'il a mise en son "peuple élu". A lui à présent de lui rendre les honneurs et de le respecter au risque de subir son courroux.

Ainsi qu'on le constate, les auteurs de le Genèse et de l'Exode comme des autres livres bibliques référencés ont fait preuve d'une grande liberté d'interprétation vis-à-vis de la véracité historique rendant le récit plus proche de l'épopée sacrée que du compte-rendu historique. Cette confusion des genres et ces altérations des faits éloignent toute objectivité et rapprochent le récit du conte merveilleux capable de séduire un large public de fidèles. Ce public juif est finalement très peu critique et crédule mais pour sa décharge, on peut facilement comprendre qu'il accepta plus facilement cette vision sacrée du monde qui correspondait mieux à ses aspirations que la triste réalité des conflits géopolitiques et de la liberté des moeurs pour certains.

Nous verrons dans le prochain chapitre comment les Israélites se sont établis au pays de Canaan, le développement des cités-États et les raisons pour lesquelles soudainement ces cités ont disparu et pourquoi les premiers Israélites se sont réfugiés dans les Hautes Terres. C'est une période très importante qui verra l'émergence de la dynastie davidique et de la future nation d'Israël.

A lire : Le pays de Canaan et les Hautes Terres

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[9] cf. la pseudothéorie de "l'arche-condensateur" de Fabrice Statuto, un ancien informaticien auto-proclamé "expert dans les prophéties bibliques" et aujourd'hui auteur et conférencier en eschatologie et géopolitique biblique en Amérique latine, des titres pompeux pour une incompétence scientifique qui n'est plus a démontrer.


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