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La Bible face à la critique historique

"Les pêcheurs d'hommes" par Michael Dudash.

Les apôtres et les disciples de Jésus (I)

Les historiens comme les exégètes doivent bien avouer qu'après plusieurs siècles de recherche sur l'authenticité et les origines historiques du Nouveau Testament, il n'existe pas de biographie des apôtres et des principaux disciples ni aucun texte hagiographique (texte racontant la vie des saints) les concernant. En effet, toutes les informations que nous possédons sont dans les trois principaux écrits apostoliques : les Évangiles, les Actes des Apôtres et les Épîtres qui sont trop succints pour dresser leur biographie.

Parmi les autres sources et traditions (les textes culturels transmis dans les différentes communautés), on peut déjà écarter tous les textes doctrinaux sectaires contemporains comme le Livre des Mormons (1830) ou les textes apparentés comme l'encyclopédie d'Idumea, le Livre d'Urantia (1925-1955), les commentaires des Témoins de Jéhovah (1870) ou de Maria Valtora (1942-1954), qui ont souvent consacré des dizaines de pages aux apôtres mais le plus souvent de manière subjective et romancée sauf lorsqu'ils se réfèrent explicitement à des versets du Nouveau Testament. Leur point de vue partisan n'ajoute rien à ce que l'on sait, que du contraire.

Quant aux autres traditions antiques, sachant que les Pères de l'Église défendent la doctrine chrétienne et que certains historiens antiques étaient notoirement pro-romains et anti-chrétiens (par ex. Flavius Josèphe) ou plus catholiques que le pape (certains archevêques), leurs écrits sont parfois des pures inventions qui ne renforcent pas leur crédibilité.

De plus, même si nous avons préservé depuis des siècles les prétendues tombes, ossuaires et les reliques des apôtres dans différents lieux de culte d'Europe ou d'ailleurs, rien ne prouve qu'ils sont authentiques d'autant moins que certains n'apparaissent qu'au Moyen-Âge. Ils sont d'ailleurs considérés comme peu crédibles par les spécialistes.

Enfin, comment beaucoup de documents bibliques, la majorité des livres exclus du canon du Nouveau Testament comme les Actes ou les Évangiles soi-disant écrits par les différents apôtres ou disciples (cf. cette liste) sont des pseudépigraphes (rédigés par un anonyme au nom du prétendu auteur) ou des apocryphes (rédigés après la mort de l'auteur ou du rédacteur) et à ce titre leur valeur historique est toute relative et leur contenu souvent très subjectif voire ésotérique comme les textes gnostiques.

En résumé, la biographie et les apostolats des apôtres et des disciples les plus connus sont invérifiables et parfois les traditions sont même contradictoires sur leurs missions ou la cause de leur décès. Dans ce cas, à l'impossible nul n'est tenu et si on veut être aussi objectif que possible, on ne peut donc présenter qu'une biographie plausible mais traditionnelle et très incomplète de ces différents personnages. Nous tenterons malgré tout d'authentifier certains évènements et les erreurs quand des preuves historiques le permettent.

Source: Catholic Link adaptée par l'auteur.

La formation des apôtres

Avant de commencer son ministère public et de s'engager pour ainsi dire politiquement dans une combat théologique contre le Sanhédrin et les païens, Jésus choisit douze apôtres parmi ses disciples (Matthieu 10:1-20 et Luc 6:12-19) qui représenteront ses amis les plus fidèles et ses porte-paroles. Au cours de leurs prédications, ils furent épaulés par des centaines de disciples comprenant notamment des femmes.

Quelle était la formation des apôtres ? La plupart sont des pêcheurs n'ayant probablement pas suivi une longue scolarité. Etant enfant, certains ont peut-être été à l'école judaïque si la synagogue en était pourvue et ont appris à lire le hébreu. Mais à l'époque les habitants de la campagne envoyaient plutôt leurs enfants et peu importe leur âge, surveiller les troupeaux accompagné ou non d'un adulte, entretenir leurs champs, ramener des céréales pour les animaux domestiques ou de l'eau pour les besoins quotidiens. Une fois adulte, ils épaulaient leurs parents dans leur vie pastorale ou artisanale. Les plus chanceux étaient ouvriers journaliers ou tenaient un commerce. Seuls les aristocrates étaient érudis et accédaient à des postes intellectuels et des responsabilités religieuses ou politiques, parfois héritées de père en fils. Les membres de certains tribus comme celle de Lévi étaient prédestinés à servir Yahvé.

Selon William Harris et Catherine Hezser![1] qui ont chacun étudié l'alphabétisation dans l'Antiquité, durant les années les plus prospères, on estime que dans l'ensemble de l'Empire romain, peut-être 10 ou 15 % de la population savait lire, c'est-à-dire les classes supérieures et riches qui avaient le temps de s'instruire et de payer un percepteur. Dans les campagnes de Palestine la situation était comme dans toutes les campagnes d'alors; la population était généralement analphabète et passait tout son temps à travailler et à essayer de survivre. En Palestine, les villageois ne parlaient que l'araméen et parfois le hébreu s'ils avaient eu la chance d'étudier quelques années dans les synagogues. Très peu comprenaient ou parlaient grec, encore moins le latin. Les Juifs sachant écrire et qui comprenaient le grec et le latin représentaient donc une minorité lettrée très respectée, souvent mise à profit pour servir de scribe, de traducteur ou de comptable.

Jésus est donc une exception parmi la population de Galilée car visiblement, si on en croit la tradition, pour être capable d'enseigner au Temple à 12 ans, ses parents lui ont permis d'aller à l'école durant plusieurs années ce qui lui a permis le lire couramment le hébreu (Luc 4:16-20) et de s'instruire, notamment par la lecture du Tanakh. Mais on ignore si Jésus savait écrire et comment il s'est réellement formé. Jean nous rappelle à propos de Jésus que les Galiléens avaient la réputation d'être peu éduqués : "Es-tu de la Galilée, toi aussi ? Etudie ! Tu verras que ce n'est pas de la Galilée que surgit le prophète" (Jean 7:52).

Matthieu compte parmi les rares apôtres instruits puisqu'il était percepteur de l'impôt. Mais on ignore s'il tenait un bureau officiel ou s'il faisait du porte-à-porte et qu'elle était son niveau d'étude et son érudition. En tous cas il n'est pas devenu le conseiller de Jésus ni l'un des quatre apôtres les plus proches de Jésus.

Nous avons un autre indice pertinent de ce manque d'éducation des disciples dans les Actes des Apôtres où Pierre et Paul sont qualifiés "d'hommes du peuple sans instruction" ou "d'illettrés" (Actes 4:13).

Sachant cela, une déduction importante s'impose qui fait s'écrouler un pilier du dogme chrétien : ce ne sont donc pas les apôtres ou les disciples de la première heure qui ont rédigé les livres apostoliques ou les textes pseudépigraphiques car tous ont été écrits en grec et pratiquement tous sur base de témoignages indirects de la vie de Jésus ! Ces auteurs malheureusement anonymes, sont des intellectuels visiblement exercés à cette pratique littéraire. Mais ce n'est pas ce que prétend la tradition chrétienne ! On y reviendra à propos de l'authenticité et la partialité des Évangiles.

Selon la tradition, ayant été nommés par Jésus dès le début de son ministère, les apôtres sont des messagers privilégiés qui pouvaient témoigner de sa vie et de sa résurrection. Même après la mort de Jésus, le remplaçant de Judas l’Iscariote fut choisi parmi les disciples ayant suivi Jésus pendant tout son ministère. On y reviendra.

Voyons brièvement l'identité des douze apôtres et des principaux disciples. Nous décrirons également de quelle façon ils sont morts, le cas échéant où se trouvent leurs reliques et la date des fêtes catholiques associées (voici le calendrier des fêtes orthodoxes).

Les douze apôtres que nous allons décrire sont : Simon (Pierre ou Céphas), André, Jacques dit le Majeur, Jean, Philippe, Barthélémy (Nathanaël), Thomas, Matthieu (Lévi), Jacques dit le Mineur, Jude Thaddée, Simon le Zélote (ou le Cananéen ou  le Cananite), Judas l'Iscariote remplacé après sa mort par Matthias, auxquels nous ajouterons les disciples Paul de Tarse (Saul) surnommé "l'apôtre des païens", Jacques le Juste frère de Jésus et Marie-Madeleine.

Pierre

De son vrai nom Simon bar Jona dit Simon Pierre. Comme plusieurs autres apôtres, il était originaire de Bethsaïde, une ville située au nord-est du lac de Galilée (Tibériade), près du Jourdain. Il était pêcheur avec son frère André et asociés avec les deux fils de Zébédée (Jacques le Majeur et Jean).

Jésus le renomma Céphas, c'est-à-dire la "pierre" en araméen. Jésus le désigna comme le fondateur de sa future Église et donc à la première place devant André, Jacques et Jean formant le coeur du groupe d'honneur des élus dans le Royaume de Dieu.

Portrait de l'apôtre "Saint Pierre 1er" par Pieter Paul Rubens (1610-1612) qui l'a représenté avec les signes de la papauté. Cette peinture à l'huile de 107x82 cm est exposée au Musée du Prado à Madrid.

En suivant Jésus, au propre comme au figuré, Pierre menait les prédications à travers la campagne mais parfois le "suivit de loin" comme lors de l'arrestation de Jésus (Marc 14:54) où il renia le connaître par trois fois (Luc 22:33-34; 22:54-62).

Lorsqu'il implora Jésus de ne pas monter à Jérusalem pour chercher le bras de fer avec le Sanhédrin, Jésus l'appela "Satan". Pierre renia Jésus lors de son arrestation avant de se repentir et ce fait l'a visiblement marqué quand il demanda à Jésus : "Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner? Jusqu'à sept fois?" Jésus lui répondit : "Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois"" (Matthieu 18:21-22) par laquelle Jésus lui signifiait que le but était avant tout de renforcer les liens dénoués avec les âmes perdues.

Les textes présentent Pierre comme un personnage impulsif, parfois irréfléchi, optimiste, volontaire. Après la mort de Jésus et avant que Paul ne devienne le leader des Églises chrétiennes des Gentils (non juifs ou païens), Pierre dirigea les premières communautés proto-chrétiennes et évangélisa des Juifs et des Gentils. Son premier prêche fut le sermon de la Pentecôte sur le mont des Oliviers (Actes 2:14-17) qui mêle adroitement les prophéties (Joël 2:1-2; 2:30-31 et Daniel 9:24-27) à l'enseignement de Jésus lors son discours eschatologique.

Vers 42 ou 44 selon les sources, Pierre fuya les persécutions de Jérusalem et évangélisa les païens d'Antioche où l'Église prétend qu'il aurait fondé une Église. A Antioche, bien qu'il était audacieux lorsqu'il prêcha la doctrine de Jésus, ayant été ridiculisé par des Juifs, il démentit de nouveau être chrétien et se distancia temporairement des Gentils en dénonçant l'attitude intrépide de Paul, ce qui faudra à Paul de le réprimander publiquement par la suite (Galates 2:11-14), ce qui n'a semble-t-il pas affecté leurs bonnes relations ultérieurement.

Pierre alla jusqu'à Rome avant de revenir à Jérusalem vers 48 ou 50 où il participa au "Concile de Jérusalem". C'est à cette occasion que les membres adoptèrent l'idée de Jacques le Juste selon laquelle les païens convertis au proto-christianisme devaient respecter un minimum les règles de la Torah, ce qui par la suite s'avéra en contradiction avec la vision oecuménique de Paul. On y reviendra à propos de la querelle paulienne.

Par la suite, Pierre partit en mission dans toutes les Église de Babylonie jusqu'à Corinthe et rendit visite à de nombreuses Églises fondées par Paul. Bien que Pierre et Paul diffèrent beaucoup par leur tempérament, leur éducation et leur interprétation théologique, au cours de leurs dernières années ils ont travaillé ensemble et harmonieusement pour l'édification de l'Église chrétienne.

Pierre est considéré comme un prédicateur exceptionnel parmi les Douze; à part Paul, il a plus oeuvré que tout autre homme pour transmettre la doctrine de Jésus aux quatre coins du monde. Toutefois, Pierre a toujours commis l'erreur d'essayer de convaincre les Juifs que Jésus était vraiment le Messie annoncé par les prophètes. Jusqu'au jour de sa mort, Pierre continua de confondre le Jésus Messie Juif et le Christ, ce dernier s'en différenciant par le fait qu'il se présenta comme le Père et Fils aimant de l'humanité et le Fils de l'Homme révélé par Dieu, le Sauveur et le rédempteur du monde comme le présenta plus tard l'Église.

Traditionnellement, Pierre est l'auteur des deux Épîtres de Pierre mais comme l'a expliqué l'historien Géza Vermes dans son "Dictionnaire des contemporains de Jésus" (2008), les deux Épîtres sont des apocryphes. La première lettre fut écrite vers 100 et modifiée par la suite par un disciple de Paul. La seconde lettre fut écrite vers 125 voire plus tardivement. Etant donné les styles apparentés, on estime que Pierre participa peut-être à la rédaction de l'Évangile selon Marc.

"L'Apocalypse de Pierre" datant du milieu du IIe siècle et découvert en Éthiopie ainsi que les "Actes de Pierre" rédigés en grec au VIe siècle et découvert en Égypte 1886 sont comme indiqués des apocryphes dont l'apôtre n'est pas l'auteur.

A voir : Saint Peter's Tomb - Cultural Travel Guide

A gauche, plan général des grottes vaticanes situées sous la Basilique Saint-Pierre à Rome. Au centre, l'entrée réservée (fermée par une porte vitrée et un ruban) qui conduit à la nécropole et à la tombe de Saint Pierre dont voici une vue rapprochée. A droite, une vue des grottes vaticanes. Documents Fabrique de Saint Piere/Vatican, Early Church History et Wikimedia.

Saint Pierre mourut en martyre sur la colline du Vatican à Rome sous le règne de Néron vers 64 (les dates varient entre 64 et 70). Selon les traditions (dont les "Actes de Pierre", l'"Ascension d'Isaïe" de Clément de Rome, "Histoire de l'Église III" d'Eusèbe de Césarée ainsi que "Histoire ecclésiastique", Livre II, XXV, 5-7, et "De Viris Illustribus" de saint Jérôme), il fut crucifié la tête en bas à sa propre requête, n'ayant pas la prétention de pouvoir mourir comme le Christ. C'est l'un des rares apôtres dont la mort en martyre est confirmée par des fouilles archéologiques sous la basilique de Rome qui porte son nom. La fête de Saint Pierre est célébrée le 29 juin.

Ses reliques seraient conservées dans une tombe située dans les grottes vaticanes de la basilique Saint-Pierre à Rome. Comme on le voit sur plan présenté ci-dessus à gauche, il s'agit d'une vaste structure souterraine qui s'étend sur 80 mètres comprenant des chapelles et des tombes de souverains et de saints. L'emplacement de la tombe de Saint Pierre est traditionnellement marquée par une pierre rouge. On connaissait son existence depuis l'époque Constantine (IVe.s.) mais le lieu est longtemps resté inaccessible.

C'est lors de fouilles entreprises en 1940 dans la nécropole située sous le maître-autel de la basilique (qui se situe juste à l'extérieur et au nord de l'ancien cirque de Néron), qu'on découvrit les ossements d'un homme enveloppé dans un tissu pourpre brodé de fils d'or. Le 23 décembre 1950, le pape Pie XII annonça la découverte d'une sépulture sous la crypte de la basilique qui était restée inaccessible aux archéologues depuis le IXe siècle. Puis, suite à des tests réalisés dans les années 1950 et 1960, le pape Paul VI déclara en 1968 qu'il y avait une grande "probabilité" que les ossements soient bien ceux de Saint Pierre. Mais à ce jour, aucun pape n'a jamais attesté que les ossements appartenaient à Saint Pierre. En fait, on ignore si les ossements sont réellement ceux de Simon Pierre dit Céphas. Le doute bénéficie donc à l'Église et aux fidèles. Notons qu'en 2013, les reliques de Saint Pierre furent présentées au public.

André

Le martyre de l'apôtre Saint André peint par Bartolomé Estéban Murillo vers 1675-1680. Cette peinture à l'huile de 123x162 cm est exposées au Musée du Prado à Madrid.

C'était le frère aîné de (Simon) Pierre et qui présenta ce dernier à Jésus (Jean 1:40-42). Il est originaire de Bethsaïde et pêcha avec son frère dans la région, y compris à Capharnaüm. Tous deux étaient associés de Jacques et Jean, les fils de Zébédée.

Avant de connaître Jésus, André était un disciple de Jean le Baptiste (Marc 1:16-18). Voyant les deux frères jeter un filet dans la mer, Jésus leur dit : "je vous ferai pêcheurs d'hommes. Aussitôt, ils laissèrent les filets, et le suivirent" (Matthieu 4:19:20).

Selon les spécialistes, après la disparition de Jésus, André partit en mission en Scythie (l'actuelle Crimée), en Grèce et en Asie Mineure.

Selon la tradition (les "Actes d'André" rédigés entre 150-200), Saint André mourut en martyre à Patras en Achaïe (Grèce) vers l'an 60. Il fut crucifié, d'abord sévèrement flagellé puis attaché par des cordes sur une croix en X (crux decussata) qui porte son nom sur laquelle il resta pendu 2 jours avant de mourir.

Ses reliques seraient conservées dans la cathédrale d'Amalfi (en Campanie) en Italie. Sa fête est célébrée le 30 novembre.

Jacques

Il est surnommé "le Majeur" pour ne pas le confondre avec les deux autres apôtres homonymes sur lesquels nous reviendrons (Jacques le Mineur et Jacques le Juste). C'était le frère de Jean. Les deux hommes étaient les fils de Zébédée et de Salomé et travaillaient comme pêcheur avec leur père sur le lac de Galilée. Ils étaient associés à Pierre.

Les textes apostoliques le décrivent comme un homme ambitieux, au tempérament colérique quand accompagné de Jean, ils voulurent incendier un village samaritain où on refusa de les recevoir (Luc 9:52-56), une intention pour laquelle Jésus les réprima vertement.

Il n'est l'auteur d'aucun document connu. Après la disparition de Jésus, Jacques prêcha à Jérusalem et en Judée. Tous ses autres prétendus voyages sont des légendes (dont ceux mentionnés dans la "La Légende dorée" de l'évêque Jacques de Voragine publiée au XIIe siècle, cf. les Mages), notamment ses missions d'évangélisation à Gadès (Cadix), Caesaraugusta (Saragosse), dans la région de Compostelle ou même à Marmique (en Égypte).

Selon les traditions (Nouveau Testament et Eusèbe de Césarée), Saint Jacques mourut en martyre soit décapité par l'épée (Actes 12:1-2) sous le règne d'Hérode Agrippa en 44 de notre ère soit lapidé et tabassé à mort. Ce fut le premier martyr parmi les apôtres et le seul dont le martyre est mentionné dans le Nouveau Testament.

Ses reliques seraient conservées dans la cathédrale Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne du fait qu'on les y aurait découvertes à l'époque du roi Alfonso II (791-842) et de Théodémir, évêque d'Irie (cf. la biographie du moine Aymeric Piraud). De ce fait, Saint Jacques est devenu le saint patron de l'Espagne. Sa fête est célébrée par les Catholiques le 25 juillet mais le 30 décembre par l'Église hispanique.

A gauche, l'apôtre Jacques le Majeur peint par Guido Reni (1626-1628). Huile sur toile de 32.3x98.8 cm exposée au Musée des Beaux Arts de Houston (MFAH), au Texas. A droite, l'apôtre Jean peint par Bernardo Cavallino (1641). Huile sur toile de 93x83 cm.

Jean

Il était le frère de Jacques le Majeur et le fils de.Zébédée et de Salomé. Il était originaire de Bethsaïde. Comme son père et son frère, il était pêcheur (Marc 1:19-20). Jésus les surnomma "Boanergès" c'est-à-dire "fils du tonnerre” (Marc 3:17). C'est le troisième apôtre formant le coeur du groupe siégant aux places d'honneur dans le Royaume de Dieu.

Selon la tradition mais l'avis est très discuté car invérifiable et tardif, ce serait l'apôtre que la communauté johannique appela "le disciple que Jésus aimait" (Jean 13:23; 19:26; 20:2; 21:7; 21:20). Lors de sa crucifixion, ce serait également à Jean que Jésus demanda de prendre soin de Marie, sa mère : "Jésus, voyant sa mère, et auprès d'elle le disciple qu'il aimait, dit à sa mère: Femme, voilà ton fils. Puis il dit au disciple: Voilà ta mère. Et, dès ce moment, le disciple la prit chez lui." (Jean 19:26-27).

Selon les "Actes de Jean" (IIe siècle), Jean partit en mission d'évangélisation auprès des Églises d'Asie Mineure, en particulier à Éphèse dans l'actuelle Turquie ainsi qu'à Milet et Snyme. En 95 de notre ère, selon la tradition Jean fut exilé sur l’île de Patmos où il rédigea le livre de la Révélation (l'Apocalypse). Mais en réalité, rien n'atteste que l'apôtre Jean et Jean de Patmos sont la même personne. De plus, le livre de l'Apocalypse est anonyme.

La tradition lui attribue également la paternité de l’Évangile selon Jean mais qui fut en réalité rédigé par des membres de la communauté johannique. Il serait également l'auteur des trois Épîtres de Jean mais qui furent en réalité écrits par des auteurs inconnus à la fin du Ie siècle. Enfin, il serait l'auteur du livre de la Révélation, l'Apocalypse, mais n'étant pas signé, rien ne l'atteste.

Selon la tradition, Saint Jean aurait échappé à deux homicides : il fut jeté dans de l'huile bouillante mais en sortit indemne et but une coupe empoisonnée que lui tendit un prêtre païen. Selon une autre tradition il serait décédé de cause naturelle sur l'île de Patmos et fut enterré près d'Éphèse en Turquie vers 100 de notre ère.

Ses reliques seraient conservées dans la basilique Saint-Jean d'Éphèse, en Turquie, construite sous Justinien au VIe siècle. Sa fête est célébrée le 27 décembre.

Philippe

Comme Pierre, André et Jacques le Majeur, il était originaire de Bethsaïde (Jean 1:44) et comme eux il était pêcheur. Il parla de Jésus à Nathanaël (Jean 1:44-46). Selon l'Évangile selon Jean, Philippe fut l'un des premiers à qui Jésus demanda de le suivre.

Selon la tradition (Eusèbe de Césarée), il était marié et père de deux filles. Sa vie est surtout évoquée par l'apôtre Jean.

Philippe était à la fois convaincu et sceptique par les qualités de Jésus. Quand Philippe dit à Barthémély (Nathanaël) que les apôtres avaient trouvé le prophète dont parlait Moîse, "Nathanaël lui dit : Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon ? Philippe lui répondit: Viens, et vois" (Jean 1:45-46), indiquant qu'il fallait simplement avoir la foi dans le Messie. Cela montrait que Philippe avait déjà la mentalité d'un missionnaire.

Mais Philippe était aussi incrédule. Il se demanda par exemple comment il allait nourrir une foule de cinq mille hommes avec 200 deniers (Jean 6:1-15). Quand Philippe demanda à Jésus de voir le Père, il lui répondit : "Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne m'as pas connu, Philippe ! Celui qui m'a vu a vu le Père; comment dis-tu: Montre-nous le Père ? Ne crois-tu pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi ?" (Jean 14:8).

Cet apôtre n'est pas le Philippe évoqué dans les Actes des Apôtres. Il n'est pas non plus l'auteur de "l'Évangile selon Philippe" découvert en 1945 à Nag Hammadi.

Selon la tradition (les "Actes de Philippe"), Philippe prêcha à Athènes et en Asie Mineure (Phrygie, en Lydie et en Mysie). Il mourut en martyre, d'abord fouetté, puis emprisonné et finalement crucifié à Hiérapolis en Syrie. Selon une autre tradition, il mourut suspendu à l'envers par des crochets traversant ses chevilles.

Ses reliques seraient conservées dans la basilique des Saints-Apôtres à Rome. Sa fête est célébrée le 3 mai.

Notons que le 27 juillet 2011, l'agence de presse turque Anadolu annonça la découverte par l'archéologue Francesco D’Andria de la prétendue tombe de Jean à Hiérapolis située près de la ville actuelle de Denizli. L'archéologue déclara que le "style de tombeau et les textes inscrits sur ses murs prouvent qu'il appartenait à l'apôtre de Jésus". Dieu seul sait comment il a pu le prouver.

A gauche, l'apôtre Philippe peint par Pompéo Batoni (1708–1787) exposé au National Trust du Basildon Park, en Grande Bretagne. A droite, l'apôtre Barthélémy peint par Bernardo Cavallino (1616-1656). Huile sur toile de 254x229 cm.

Barthélémy

Ce serait le second prénom du Nathanaël évoqué dans l’Évangile selon Jean (Jean 1:44-46). Il était originaire de Cana en Galilée. Selon certains experts, il s'agirait du seul apôtre de sang royal ou de naissance noble. Son nom signifie "fils de Tolmai" (2 Samuel 3:3) qui était roi de Geshur et donc la fille, Maacah, était l'épouse du roi David, la mère d'Absalom (le troisième fils de David).

C'est Barthélémy (Nathanaël) qui se demanda à propos du Messie, comment "peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon" (Jean 1:45-46). Finalement il reconnut en Jésus le "Fils de Dieu, le roi d'Israël" quand il le rencontra (Jean 1:49). Jésus le considéra comme "un Israélite, dans lequel il n'y a point de fraude" (Jean 1:47), c'est-à-dire un homme honnête et droit.

Selon la tradition (les "Actes de Philippe", les "Actes de Barthémély") et les Églises concernées, Saint Barthélémy serait parti en mission en Asie Mineure (Arménie) où il aurait converti le roi Polymius d'Arménie au christianisme. Barthélémy serait également parti en mission en Inde où il serait mort en martyre, battu puis écorché vif avec des couteaux. Mais la tradition la plus commune considère qu'il fut crucifié tête en bas. Une autre tradition prétend qu'il fut torturé puis décapité.

Ses reliques seraient conservées dans la basilique de Saint-Barthélémy-en-l'Ile (San Bartolomeo all'Isola) à Rome. Mais d'autres lieux de culte prétendent également disposer de certaines reliques dont la cathédrale de Saint-Barthélémy à Lipari, en Sicile (des fragments de sa peau et des os), la cathédrale de Frankfort (son crâne) en Allemagne et la cathédrale de Canterbury (son bras) dans le Kent en Grande-Bretagne. Sa fête est célébrée le 24 août.

Deuxième partie

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[1] A propos du degré d'alphabétisation dans l'Antiquité, lire William Harris, "Ancien Literacy", Harvard University Press, 1989/1991 - Catherine Hezser, "Jewish Literacy in Roman Palestine", éd. Mohr-Siebeck, 2001.


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