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La Bible face à la critique historique

Jésus, Jean le Baptiste et le baptême

Jean le Baptiste était déjà un personnage populaire au franc-parler, contestataire et anarchiste, prêchant la Fin du monde quand Jésus le rencontra publiquement et l'aida dans sa mission vers l'an 26 ou 27. L'auteur Flavius-Josèphe citant son nom dans les "Antiquités Judaïques" (Livre XVIII, 63 et 116-119), on peut pratiquement certifier que Jean le Baptiste a réellement existé. Que sait-on de l'homme ?

La grotte de Jean le Baptiste

On ignore si Jean le Baptiste était marié et s'il avait un métier. C'était un nazir suivant scrupuleusement les enseignements de la Torah. C'était un ascète mystique qui ne se coupait ni la barbe ni les cheveux, ne buvait pas de vin et portait une tunique en "poils de chameau et une ceinture de cuir autour des reins" (Marc 4:6; Nombres 6). Selon la version grecque du Nouveau Testament, Jean le Baptiste se nourrissait de "sauterelles" et de miel sauvage, mais il s'agit d'une mauvaise traduction du mot hébreu car si Marc évoque également des sauterelles, Matthieu évoque des "crêpes" similaires à la fameuse manne du désert du temps de Moïse. En réalité, on estime que Jean le Baptiste se contentait de repas frugaux, sans alcool et devait être végétarien, une manière de s'affranchir de tous les plaisirs de la civilisation et d'aller à contre-courant de la culture de son temps. On peut supposer que vivant de la sorte, Jean le Baptiste n'avait personne à charge et était donc célibataire.

A gauche l'entrée de la "grotte de Jean le Baptiste" située dans les montagnes de Judée, près du lieu-dit Souba à 24 km à l'ouest de Jérusalem. A droite, une piscine servant au bain rituel. Documents Christian Post, Victoria Brogdon, James Hathaway/UNC Charlotte et Kobi Zilberstein.

Selon la tradition, Jean le Baptiste serait né Ein Karem situé à quelques kilomètres à l'ouest de Jérusalem (Luc 1:80) en l'an 5 avant notre ère. Pour l'Église, c'est également le lieu la Visitation de Marie à sa cousine Élisabeth.

Comme on le voit sur ,les photos ci-jointes, en 1999 l'archéologue Shimon Gibson de l'Université de Caroline du Nord découvrit au lieu-dit Souba (Tzuba) situé près d'Ein Karem à 24 km à l'ouest de Jérusalem, une grotte abritant les plus anciennes représentations de Jean le Baptiste gravées à même la roche. Les murs comprennent plusieurs scènes de la vie de Jean le Baptiste naïvement gravées suggérant qu'elles racontent une histoire. Ces gravures datent probablement du Ve siècle, à l'époque où les Chrétiens venaient en pèlerinage sur les traces de Jean le Baptiste et de Jésus. Le site fut oublié après les Croisades.

La "grotte de Jean le Baptiste" comme on la surnomme s'étend sur environ 30 mètres dans la roche et sur 4 niveaux. Les archéologues ont mis 5 ans pour retirer toute la terre qui l'a comblait. Le site fut réexploré en 2016 par un groupe d'archéologues sous la direction de Shimon Gibson et de James Tabor qui considère la grotte comme "l'une des plus grandes découvertes archéologiques des 25 dernières années".

A gauche, l'un des graffitis découvert par Shimon Gibson en 1999. Au centre, la piscine de la grotte de Jean le Baptiste située après l'entrée et servant au bain rituel. Le gros cailloux situé le plus bas et près de l'eau comprend une cavité agrandie à droite servant probablement à oindre le pied droit des fidèles après le baptême. Documents UNC Charlotte et Kevin Frayer/AP

La grotte comprend une immense citerne dont les murs furent plâtrés à l'époque d'Isaïe (VIIIe siècle avant notre ère). Le réservoir mesure environ 26x4 m et est profond de 5 m. A l'instar d'une piscine, on y accède par douze marches plâtrées. Les archéologues ont découvert que la piscine fut modifiée à l'époque romaine, au cours du Ie et du IIe siècles. Sa surface fut étendue, le terrain fut incliné et sa profondeur réduite à moins de 2 m. L'eau pénétrait par un sommet situé à l'arrière. On suppose que l'endroit était fréquenté par des pèlerins qui participaient au bain rituel pratiqué par les successeurs voire peut-même par Jean le Baptiste, mais on ne peut pas le certifier. Les fidèles s'aspergeaient mutuellement d'eau puis étaient immergés dans l'eau et avant de sortir ils devaient placer leur pied droit dans une cavité creusée dans le sol remplie d'huile consacrée. Cet acte correspond au lavement des pieds de la Bible hébraïque, un acte physique, à la différence qu'il fut adapté à la doctrine de Jésus pour lequel il consistait symboliquement à "laver l'âme" des pêcheurs, ce qui nous conduit au sacrement du baptême.

Du mikvé au bain de la rédemption

Un des symboles de la chrétienté est le sacrement du baptême, c'est-à-dire de la foi en Dieu, un rite qui peut être renouvelé périodiquement, raison pour laquelle chaque année des milliers de Chrétiens n'hésitent pas à renouveller leur profession de Foi en se faisant baptiser dans le Jourdain. Mais ce rite n'est pas une invention chrétienne. Son origine remonte à l'Antiquité dans le rite judaïque du mikvé, une ablution relative au rite de pureté qui consiste avant tout en un lavage physique du corps. Elle était déjà exigée par Yahvé à Moïse, notamment lorsque Aaron dut se laver avec avoir chargé un bouc émissaire : "il lavera son corps avec de l'eau dans un lieu saint, et reprendra ses vêtements" (Lévitique 16:24).

Que s'est-il passé lors du baptême de Jésus et comment faut-il l'interpréter ? Marc précise que "Jésus vint de Nazareth en Galilée, et il fut baptisé par Jean dans le Jourdain "(Marc 1:9). Matthieu n'est pas plus explicite et Luc ne mentionne même pas Jean le Baptiste (Luc 3:20-22). Quant à Jean, il ne parle même pas du baptême de Jésus ! En fait, les Évangélistes ont détourné l'évènement afin d'insister sur la mission de Jésus au détriment de celle de son cousin. Comme nous le verrons, pour l'Église il ne pouvait pas y avoir deux messies en concurrence, raison pour laquelle Jean le Baptiste a rapidement disparu des Écritures.

Représentation du baptême de Jésus par Jean le Baptiste dans le Jourdain. Gravure du IVe siècle exposée à Rome au Musée de la Civilisation Romaine.

Mais si on relit bien le texte, quand Jésus rencontre Jean le Baptiste, celui-ci se demande si Jésus est le Messie où s'il doit en attendre un autre. Il en fait part à deux disciples de Jésus qui, n'en sachant pas plus que lui, posent la question à Jésus. En guise de réponse, Jésus évoque la prophétie de Malachie (verset 3:1) et considère que Jean est "plus qu'un prophète. C'est lui dont il est écrit : 'Voici que j'envoie mon messager en avant de toi pour préparer ta route" (Luc 7:22). Jésus précise également qu'il préfère "laisser faire pour l'instant car c'est ainsi qu'il convient d'accomplir toute justice" (Matthieu 3:15). Par ces paroles, Jésus exprime sans ambiguïté l'ascendance spirituelle de Jean le Baptiste sur lui. Or selon l'Église, Jésus est le seul Messie, c'est le Fils de Dieu et lui seul qui baptise et non un prétendu subordonné !

Dans tous les cas, il faut bien admettre que c'est Jean le Baptiste qui baptisa Jésus et non l'inverse et que c'est Jésus qui a rejoint son mouvement sectaire. Jésus a donc à cet instant une position inférieure et est même le disciple de son cousin, qui joue le rôle de rabbin. Mais l'Église a totalement gommé cet épisode au point que les textes que nous lisons aujourd'hui passent sous silence toute l'année qui suivit le baptême de Jésus, époque où il fut probablement "initié" à la prédication apocalytique par son cousin et mis en contact avec les Esséniens. Rappelons que selon le Nouveau Testament, les prédicateurs ne devaient pas obligatoirement être consacrés.

Notons également que sans répondre clairement "oui" à la question des disciples et propager une rumeur de révolte qui risquerait éventuellement d'effrayer le haut-clergé et les Romains, en homme prudent Jésus répondit tout en nuances. Mais il ne fait aucun doute que dès ce moment Jésus accepte d'endosser le rôle de Messie et d'aider les pêcheurs à entrer dans le Royaume de Dieu. Mais en restant vague, il voulut probablement s'assurer que les prophéties étaient en train de s'accomplir chronologiquement et souhaita peut-être aussi se donner le temps de la réflexion.

Jean le Baptiste ne se considérait pas comme le Messie, mais comme un prédicateur apocalyptique annonçant la venue du Messie, rôle qu'il avait clairement assigné à Jésus quand il le baptisa et le reconnut comme étant "l'agneau de Dieu" (Jean 1:29). A son tour, Marc précise qu'à l'instant où Jésus sorti de l'eau du baptême, les cieux se déchirèrent et une voix vint des cieux : "Tu es mon fils bien-aimé, tu as toute ma faveur" (Marc 1:10-11).

Pour Jean le Baptiste, le bain rituel a un autre sens, celui de "laver les péchés" en vue de la rédemption avant l'arrivée de l'Apocalypse. Jean le Baptiste insiste que chacun doit renoncer à son mode de vie et de repentir s'il veut accéder au Royaume de Dieu car la Fin des temps est proche. Pour Jean le Baptiste l'Apocalypse est à prendre au sens premier et éthymologique du terme qui signifie "révélation" ou "dévoilement" et nullement le chaos ou la destruction comme beaucoup l'imaginent encore. On reviendra sur ce concept.

Reprenant le rituel Essénien de Jean le Baptiste mais accueillant également les pauvres à l'inverse des Esséniens, Jésus baptise à son tour ses adeptes. Par ce geste, le baptême dans l'eau symbolise l'adhésion du disciple à la communauté des fidèles (et pas uniquement celle des Nazôréens ou des Baptistes) mais prédit également la purification des pêcheurs ayant la foi grâce au changement annoncé et la soustraction des adeptes aux règles de la société. Le peuple qui a été baptisé est ainsi nettoyé de tous ses vices et prêt à fonder un nouvel ordre mondial et donc à renverser les païens infidèles.

Notons que c'est l'Église qui imposa le baptême dit chrétien "au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit" soi-disant inspiré par Jésus. En effet; ni Jean le Baptiste ni Jésus n'ont utilisé cette formule pour baptiser. Le rite de Jean le Baptiste qu'a repris Jésus se limitait à l'immersion purificatrice dans l'eau pour signifier le repentir et la réparation des péchés, ceux s'y refusant "ont annulé pou eux le dessein de Dieu en ne se faisant pas baptiser par lui" (Luc 7:29-30), expression extraite de la source "Q". Cela signifie également qu'aujourd'hui, un baptême avec de l'eau consacrée mais sans évocation des paroles imposées par l'Église est en théorie un baptême blanc si on veut respecter le dogme à la lettre alors que le fidèle respecte en tous points le baptême tel qu'enseigné par Jean le Baptiste et Jésus, ce qui met l'Église une nouvelle fois dans une position inconfortable. Toutefois, il est peu probable qu'un prêtre refuse de respecter le souhait du fidèle dans la mesure où il respecte le rite décrit dans la Bible. Et contrairement à ce que disent certains Chrétiens, il n'existe pas de "second baptême" (le premier selon Jean, le second selon Jésus ou l'Église).

La retraite de Jésus dans le désert

Selon Marc, après avoir été baptisé par Jean le Baptiste, Jésus effectua une retraite de 40 jours dans le désert où il fut "tenté par Satan" (Marc 1:12-13). Pour l'Évangéliste, le Fils de Dieu a lutté contre l'incarnation du Mal. Comme nous l'expliquerons à propos des notions de vie éternelle et d'Enfer, dans la mentalité juive Satan est celui qui empêche le dessein de Dieu de se réaliser. Il faut l'interpréter symboliquement car jamais Jésus n'a combattu physiquementun être malfaisant issu des Enfers. Il s'agit d'une bataille intérieure, spirituelle, une méditation par laquelle Jésus essaya de comprendre quelle était sa vocation.

On ne saura jamais ce que Jésus fit durant ses 40 jours de retraite mais une chose est sûre, ses journées de solitude et de calme l'ont profondément marquées (comme toute personne séjournant dans cette région désertique). Il s'y est si bien ressourcé qu'il revint du désert plus courageux que jamais, ayant prit une décision qui allait marquer un tournant dans sa vie, le début de son ministère public. En effet, à la fin de sa retraite il revint à Nazareth porteur d'un message radical.

Des campagnes de baptêmes à la tragédie

Coucher de Soleil sur la mer de Galilée photographié depuis Capharnaüm. Voici une autre photo. Documents Tripadvisor et Custodia.

A partir de l'automne, on estime que pendant six mois à un an, Jean le Baptiste et Jésus mêneront ensemble une véritable campagne de baptêmes, Jean le Baptiste officiant dans le nord du pays (Galilée, Pérée et Décapole) et Jésus dans la partie sud, en particulier en Judée mais également en Galilée. C'est à cette occasion, en se promenant sur les rives de la mer de Galilée à Capharnaüm (Capernaüm) que Jésus choisit quatre nouveaux apôtres : Simon Pierre, André, Jacques et Jean (Matthieu 4:12-23) qui viennent s'ajouter à ses frères Jacques, Joseph, Simon et Jude et à ses amis proches dont Pierre et peut être déjà Marie-Madeleine mais le texte n'en parle pas encore. A l'image des douze tribus d'Israël, dès le début de son ministère Jésus a donc pratiquement réuni ses douzes apôtres, les douze représentants du Conseil des Sages. Ils s'installent ensuite dans une maison de Capharnaüm qui leur tient lieu de gîte commun et de quartier général d'où Jésus et ses disciples planifient leurs actions.

La Bible prétend qu'ensuite Jésus réalisa deux résurrections, l'une à Naïn au sud de Nazareth, l'autre à Capharnaüm (Luc 7:11-15 et Marc 5:42) où il avait élu domicile pendant son ministère (Matthieu 4:13).

Les prêches et les prédications communes de Jean le Baptiste et Jésus vont rapidement représenter des menaces potentielles pour Hérode Antipas et indirectement pour Rome. En effet, Jean le Baptiste dénonça notamment les moeurs du roi qui avait épousé sa belle-sœur Hérodiade : "Il ne t'est pas permis d'avoir la femme de ton frère" (Matthieu 14:4, Marc 16:18).

Peu après cet incident Jean le Baptiste rentra en Galilée et fut immédiatement capturé et emprisonné dans la forteresse de Macheronte. Malgré l'espoir qu'il mettait en Jésus et ses paroles messianiques, il comprit trop tard que Jésus ne pouvait rien faire pour le sauver. Selon la Bible, c'est au cours d'un banquet où dansait Salomé, la fille du roi, qu'à la demande de sa mère Hérodiade elle profita des bonnes grâces de son père pour lui demander la tête de Jean le Baptiste. Sa demande fut aussitôt exhaussée et Jean le Baptiste fut décapité en l'an 33 et sa tête portée sur un plateau à Salomé (Marc 6:19-28. Si Hérode Antipas accepta la requête de Salomé c'était surtout pour éviter que Jean le Baptiste ne soulève le peuple et ne fomente une révolte contre les Romains.

Pour finir, la Bible raconte que les disciples furent autorisés à recueillir le corps de Jean le Baptiste qui fut inhumé dans un endroit non précisé (Marc 6:29). Ensuite, on peut supposer que Jésus se rendant compte que son cousin n'est pas ressuscité, le doute s'installa dans son esprit.

Le rôle ambigu de Jésus

Une conclusion s'impose déjà face à cette "non assistance à personne en danger" par Jésus car il est certain que Jean le Baptiste en attendait plus qu'une bénédiction ou un réconfort moral. En effet, quand du fond de son cachot il envoya un message à Jésus lui demandant s'il était le Messie, ce n'est sans doute pas pour entendre une nouvelle fois la même réponse évasive se référant à la foi, au salut, aux prophètes ou aux messages apocalyptiques qu'il connaissait très bien mais pour que Jésus comprenne qu'il attendait un geste concret de sa part : la délivrance physique de son cachot. On reviendra sur le rôle du Messie.

L'absence de réaction concrète de Jésus peut se traduire comme sa volonté délibérée de voir s'accomplir les prophéties : "Elie doit venir d'abord et tout remettre en ordre [...] Mais je vous le dis : Elie est bien déjà venu et ils l'ont traité à leur guise, comme il est écrit de lui" (Marc 9:12-13). Notons que Matthieu et Luc ont supprimé ce passage, ce qui montre bien que Jésus a interprété les prophéties au sujet de Jean le Baptiste exactement comme les Chrétiens les ont interprétées à propos de Jésus. De plus, pour Jésus la prophétie de Zacharie concernant la mission des prophètes, la purification des brebis et puis le retour du berger vers Dieu semblait même s'appliquer à la lettre (cf. Zacharie 13).

A gauche, les ruines de Capharnaüm située sur la rive nord de la mer de Galilée. Document GEO. A droite, sous les fondations du martyrium de cette église byzantine octogonale découverte en 1968 à Capharnaüm, les archéologues découvrirent une maison très simple datant du 1er siècle de notre ère. Il s'agirait de la "Maison de Pierre" où Jésus élut domicile durant son ministère.

Mais Jésus n'a jamais revendiqué la mort des uns pour en sauver d'autres à l'exception de son propre sacrifice, tout en espérant être lui-même épargné de la mort. On y reviendra. Jésus ne s'attendait donc pas à la mort tragique de son cousin mais au contraire, à ce qu'il soit sauvé ! Etant donné qu'il fut surpris par sa mort, de toute évidence Jésus était incapable de le secourir et attendait un miracle de Dieu ! Après tout Jean le Baptiste était le mieux placé pour être le premier "sauvé" de sa geole ou d'entre les morts. En fait, il convient de voir cet "accident" prévisible mais inattendu comme la preuve criante de l'humanité ordinaire de Jésus, incapable d'éviter une menace existante ou d'appeler Dieu à son secours quand sa vie ou celle de ses proches est en jeu. En fait, Jésus se reportait totalement sur le pouvoir et la volonté de Dieu dans lequel il avait une foi aveugle mais ne l'a jamais avoué à ses adeptes qui l'ont cru sur parole. On peut appeler ça un abus de confiance qui s'explique par la sympathie et le carisme que dégageait sans doute Jésus et le message tout à la fois messianique et réconfortant qu'il exprimait mais qui est en fait une forme d'endocrinement qui a endormi le sens critique de ses adeptes déjà à moitié acquis à sa cause par les prophéties. Quant aux prétendus miracles venant appuyer sa foi, nous démontrerons que rien n'atteste leur existence et au contraire que ce soi-disant pouvoir fut le privilège de nombreux souverains, même de ceux qui n'y croyaient pas, ce qui en dit long sur le sens de la foi !

Après la disparition tragique de Jean le Baptiste que Jésus considérait comme son mentor, "plus qu'un prophète" (Matthieu 11:9) et "plus grand que lui" (Luc 7:28), viennent les doutes et la tentation. "Atrocement touché" comme le disent les Évangiles, Jésus ne comprit pas pourquoi son cousin et ami ne fut pas sauvé par Dieu avant d'être exécuté comme l'avait annoncé la prophétie (Psaume 16:10 et Isaïe 53:10). Mais les disciples ont également dû se demander pourquoi Jésus, en tant que Messie, ne l'avait pas délivré. La Bible est muette à ce sujet. Et tout au long de son ministère et jusqu'à la croix, malgré les nombreux miracles, les apôtres douteront toujours de la nature divine de Jésus.

Cartes de Jérusalem sur Google Maps:

 Mont Sion - Mont du Temple

Jérusalem de nos jours centrée sur la vieille ville. A gauche, une photo avec indication des principaux sites et collines. A droite, la carte de Jérusalem. Documents T.Lombry/Google Maps et Bludstein Maps & More Ltd/Min.Israélien du Tourisme.

Résultat, la volonté de Yahvé ne s'étant pas accomplie, Jésus lui-même remit en cause les prophéties et se retira "à l'écart, à côté d'une ville appelée Bethsaïde" (Luc 9:10) avec l'intention de discuter avec ses apôtres et de réfléchir sur son avenir dans un monde qu'il jugea intolérant, oppressif et mauvais. Mais la Bible raconte qu'une foule l'accompagna et qu'il n'hésita pas à discuter avec eux du Royaume de Dieu. C'est à cette occasion que Jésus multiplia les pains (Marc 6:30-44) et "six jours après" il réalisa le miracle de la transfiguration (Marc 9:2-8). On ignore si durant cette période Jésus alla discuter et chercher le réconfort intellectuel et spirituel auprès des amis de Jean le Baptiste, les Esséniens et autres Baptistes. Dans tous les cas, il revint avec un discours plus radical que jamais et prit ses distances avec la doctrine juive traditionnelle mais également avec l'enseignement de Jean le Baptiste. Jésus était prêt à assumer son destin conformément aux prophéties. Néanmoins, nous verrons que paradoxalement il resta prudent pour éviter que ne lui arrive la même tragédie qu'à son cousin.

Jésus se radicalise

Jésus se distingue de Jean le Baptiste en plusieurs points. D'abord, par son discours Jésus peut être qualifié de radicaliste, d'extrémiste, mais certainement pas d'anarchiste comme l'était Jean le Baptiste qui refusait toute autorité. Ensuite, Jésus parle la langue du peuple, en imaginant des paraboles simples extraites du travail quotidien des pêcheurs, des paysans et des bergers qu'il exprime sans véhémence contrairement à Jean le Baptiste dont le discours souvent rude est plus imagé avec une connotation apocalyptique très abstraite.

Jésus se préoccupe du peuple et vient en aide aux pauvres et comme un rabbin, il vit parmi les hommes alors que Jean le Baptiste vivait en ascète. Selon l'enseignement de Jésus, les gens devaient changer leur vie mais à l'inverse de Jean le Baptiste, il ne s'en est jamais pris à Hérode Antipas, et pour ainsi dire il le laissa vivre sa vie comme il laissa les riches vivre la leur, regrettant simplement leur mentalité quand il dit à ses disciples à propos d'un riche qui refusa de se séparer de ses biens : "il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu" (Marc 10:25).

Jésus demande à chacun de "tendre l'autre joue", il reprend également les enseignements de la Torah comme d'aimer son prochain comme soi-même (Marc 12:31; Lévitique 19:18) mais en même temps comme nous l'expliquerons à propos de son discours politique, il réinterprète la Loi comme il était et reste toujours d'usage dans la tradition talmudique de la Yeshiva (les centre d'études de la Torah). En ce sens, Jésus suit donc parfaitement la tradition juive et à ce titre son enseignement n'a rien de révolutionnaire.

Ce qui est radical en revanche, c'est que Jésus se désolidarise de Jean le Baptiste et de tous les prophètes en annonçant qu'il est le Messie et la Loi, deux proclamations blasphématoires selon la Loi juive qui vont signer son arrêt de mort ! On y reviendra.

Enfin, Jésus guérit des malades et réalise des miracles, même s'il n'a pas été le seul "saint homme" ou guérisseur à réaliser ce genre de prodiges. En revanche, dans l'esprit des Évangélistes, le fait que Jésus soit capable de ramener des morts à la vie aussi facilement que de guérir un patient signifie que la mort n'est qu'une étape dans un cheminement spirituel et qu'il n'y a pas plus de maladie que de mort mais juste un manque de foi des fidèles. En effet, en réalisant ces miracles Jésus leur déclare qu'il détient le pouvoir de la Fin des Temps et prédit que ces malheurs n'arriveront plus s'ils croient en lui et en l'avènement du Royaume de Dieu.

On ne baptise plus, on évangélise

Dans la foulée, Jésus se désolidarise du baptême qu'il considère comme une invention terrestre et souvent mal interprétée, sans rapport avec son message messianique. Pour Jésus, le baptême n'est pas synonyme de salut ou de régénération. En d'autre terme, il ne veut plus baptiser afin que les hommes cessent d'imaginer que cela suffit à les sauver !

Ainsi après la résurrection, certains disciples de Jésus n'évoqueront plus le baptême. Paul écrit notamment : "Je rends grâce à Dieu de ce que je n'ai baptisé aucun de vous, excepté Crispus et Galus" (1 Corinthiens 1:14) et un peu plus loin de rappeler les paroles du Christ : "Ce n'est pas pour baptiser que Christ m'a envoyé, c'est pour annoncer l’Évangile, et cela sans la sagesse du langage, afin que la croix de Christ ne soit pas rendue vaine" (1 Corinthiens 1:17).

En fait le baptême ne sauve pas les pêcheurs mais les sauve de leur mauvaise conscience. Pierre est clair à ce sujet : "Cette eau était une figure du baptême, qui n'est pas la purification des souillures du corps, mais l'engagement d'une bonne conscience envers Dieu, et qui maintenant vous sauve, vous aussi, par la résurrection de Jésus-Christ" (Pierre 3:21). Le baptême représente la foi de celui qui a reconnu le Christ comme Sauveur : "Ignorez-vous que nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, c’est en sa mort que nous avons été baptisés ?" (Romains 6:3).

Le baptême est donc synonyme d'obéissance à la foi qui engage les adeptes du Christ, les Chrétiens. N'y voir qu'une condition du salut revient à galvauder le message de Jésus et ignorer le sens de la résurrection.

Nous verrons dans le prochain chapitre consacré aux sous-entendus des paroles de Jésus, de quelle façon il s'est présenté, quelle image il avait de lui-même et quel rôle il voulait assurer au sein de la communauté juive et parmi les hommes.

A lire : Les sous-entendus : qui est Jésus ?

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