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La Bible face à la critique historique

L'église de la Dormition sur le mont Sion à Jérusalem où selon la tradition se trouve le Cénacle, la "chambre haute" de la Cène. Document Shutterstock.

La Cène et la Pâque

En se basant sur les Évangiles, l'Église prétend que le Jésus aurait célébré le dîner de la Pâque juive (Pessa'h) à Jérusalem où il aurait mangé une dernière fois en compagnie de ses douze apôtres la veille de sa condamnation à mort et sa crucifixion, lors de la célèbre "Cène", au cours de laquelle il aurait bénit le pain et le vin. Il y a beaucoup de choses à dire sur cet épisode.

Le Cénacle

Où Jésus a-t-il organisé ce repas ? Selon la tradition car nous verrons que l'archéologie n'est pas du même avis, la "Cène" aurait eut lieu dans la "chambre haute" comme le précise Marc (vv.14:15) d'une maison d'ami située sur le mont Sion, au sud de la vieille ville, juste à l'extérieur des murailles de l'actuelle Jérusalem, près de la porte de Sion.

Selon la tradition, c'est également dans la "chambre haute" du Cénacle que vécut Marie, la mère de Jean dit Marc, l'Évangéliste, et où s'endormit à jamais la Vierge Marie. Ce serait aussi à cet endroit qu'un jeune homme se serait enfui nu, laissant son drap de lin pour échapper aux autorités quand Jésus fut arrêté dans le jardin de Gethsémani (Marc 14:51). Enfin, selon les Actes, il s'agit aussi de la maison dans laquelle Pierre se réfugia après qu'un ange l'eut libéré de prison (Actes 12:12-17).

A cet emplacement se trouve aujourd'hui l'abbaye et l'église de la Dormition dédiée à la Vierge Marie présentée à droite qui abrite le Cénacle. Elle fut bâtie par les Bénédictins allemands entre 1900-1910. L'église se visite mais il est interdit d'y célébrer la messe pour éviter tout conflit religieux. Exceptionnellement, le pape Jean-Paul II en 2000 et le pape François en 2014 ont pu y célébrer une messe privée en présence des évêques de Terre Sainte.

Le Cénacle a connu une histoire tumultueuse. C'est l'évêque Épiphane de Salamine (310-403) qui identifia le bâtiment qui fut restauré à la demande de l'évêque Maxime de Jérusalem (c.280-350) puis reconstruit sur ordre de l'évêque Jean II de Jérusalem (c.350-417) pour devenir l'église du Cénacle. Détruite par les Perses au VIIe siècle, elle fut reconstruite par les Croisés au XIIe siècle et devint un monastère comprenant une chapelle dédiée à Sainte Marie Mère de l'Église. Au XIIe siècle, les juifs prétendirent que le Cénacle abritait le cénotaphe (la tombe vide) du roi David et transformèrent le rez-de-chaussée ou "chambre basse" en synagogue. Puis en 1335, le Cénacle fut acheté par les Franciscains qui restaurèrent notamment la "chambre haute" située à l'étage avec une salle gothique dont il reste des fragments des chapiteaux de l'ancienne église chrétienne, avant que les chrétiens ne soient expulsés des lieux par les Musulmans en 1523 qui en firent une mosquée jusqu'en 1948. Ensuite, le bâtiment fut géré par les Israéliens.

A voir : Webcam sur le vieille ville de Jérusalem

Panorama sur environ 120° en direction du mont des Oliviers et du mont Sion de Jérusalem. Photo prise en avril 2017 en direction de l'est-sud-est à hauteur de l'hôtel Inbal situé au coin des rues Ze'ev Jabotinsky et David HaMelech. Ci-dessous la carte annotée. Sur la gauche on reconnaît les remparts de la vieille ville de Jérusalem. A l'arrière-plan, à gauche du centre, on distingue le mont des Oliviers et l'église du monastère de l'Ascension (monastère féminin russe orthodoxe) reconnaissable à son haut cloché comprenant trois fenêtres de style roman. L'édifice trapu situé au centre avec la coupole grise et les piliers tourelles est l'église de la Dormition qui jouxte l'abbaye érigée sur le mont Sion. A sa droite, l'hôtel des Trois Arches (YMCA) reconnaissable à sa grande tour. L'endroit se trouve à côté de la Tombe du roi David et du Cénacle où Jésus pris le fameux repas de la Cène avec ses disciples. Sur la droite, on aperçoit le quartier de Silwan (cf. l'ossuaire de Jacques). Le quartier de Talpiot est situé à l'extrême droite mais en dehors de la photo et hors du plan. A l'arrière-plan, on devine le désert de Judée et à l'horizon, à environ 24 km, Qumrân et son parc national situés en bordure de la mer Morte. Masada est située à 52 km dans la même direction. Jéricho est situé à environ 10 km au nord de Qumrân, sur la gauche. Documents T.Lombry.

En attendant de récupérer l'église, la custodie Franciscaine a construit juste à côté le ad Coenaculum ou "Petit Cénacle". En pratique, il y a peu de chances que le Cénacle soit transféré aux chrétiens qui d'ailleurs n'en demandent pas la souveraineté. Comme d'autres lieux saints, l'église pourrait juste être utilisée par les chrétiens à des fins liturgiques mais rien n'est encore décidé.

Aujourd'hui le bâtiment est partagé entre les confessions et comprend la "chambre basse" à côté de laquelle se trouve les ruines du cloître franciscain. A l’étage se trouve la "chambre haute" et sa salle gothique. Juste à côté de l'église et de sa tour-clocher se trouve un ancien minaret (à gauche sur cette photo) et une yeshiva (une école juive d’études religieuses).

Selon l'archéologue Shimon Gibson déjà connu pour avoir découvert la "grotte de Jean le Baptiste", sur le plan historique nous n'avons aucune preuve reliant le Cénacle à la Cène décrite par les Évangélistes (Marc 14:15 et Luc 22:12). On peut cependant confimer que l'église fut érigée sur une ancienne église-synagogue construire juste après la mort de Jésus par la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem. On a également découvert des fragments de plâtres contenant des graffiti en grec mentionnant le nom de Jésus. Il s'agirait donc de la plus ancienne église chrétienne. Notons qu'elle est en compétition avec l'église orthodoxe de Saint Marc également érigée sur le mont Sion qui prétend également posséder une "chambre haute".

Mais Marc et Luc disent que Jésus envoya deux de ses disciples "à la ville" où ils trouvèrent un homme portant un cruche d'eau qui leur montra une grande chambre meublée où ils pourraient préparer la Pâque (Marc 14:13-15). Or le mont Sion n'est pas situé dans la ville mais en dehors, près de la Porte des Esséniens signalée par Flavius Josèphe située au sud de Jérusalem.

Plusieurs théologiens dont le frère dominicain Étienne Nodet précité, auteur du livre "La porte du ciel" (2016) et le frère franciscain Bargil Pixner, auteur de l'article "An Essene Quarter on Mount Sion" (1976), ont noté que le Cénacle ne se situe pas très loin du quartier Essénien situé au sud de la ville haute. Sachant que Jésus et les Baptistes partageaient certaines idées avec les membres de ce groupe, selon Pixner le fait que Marc et Luc mentionnent un porteur d'une cruche d'eau ne serait pas anodin; il s'agirait d'un homme célibataire et par déduction, peut-être un Essénien[1].

A consulter : Carte de Jérusalem, OpenStreetmaps

A gauche, plan de Jérusalem au Ier siècle extrait du guide Gallimard "Terre Sainte". A droite, la maquette de la ville basse (partie ouest) de Jérusalem du temps de Jésus avec le secteur fortifié de l'Ophel à l'avant-plan "élevé à une grande hauteur" comme le dit Ezéchias (2 Chroniques 31:10 et 33:14; Néhémie 3:26) et la ville haute à l'arrière plan (cf. la carte de Jérusalem). Le second Temple est hors champ, plus à droite. Voir aussi la maquette de l'an 66. Selon la Bible, la muraille aurait permis de résister au siège assyrien de Sennachérib en 701 avant notre ère (2 Rois 18:19). Document Pimprelys.

Mais sans plus de précision, certains biblistes ont considéré que le Cénacle ne correspondait pas à la chambre haute et d'autres lieux ont été proposés. L'un d'entre eux est situé près du bassin de Siloé (ou de Silwan), au sud de la vieille ville comme on le voit sur le plan présenté ci-dessus à gauche. C'est l'endroit où Jésus guérit un aveugle de naissance (Jean 9:1:41). Selon Gibson, en toute logique c'est le premier endroit auquel on pense quand on veut entrer dans Jérusalem par la ville basse et accéder au mont du Temple situé quelques centaines de mètres plus loin. Ensuite, il y a un quartier situé à l'entrée de la vieille ville où on trouve encore des maisons à plusieurs étages qui correspondrait également à la description biblique. Enfin, certains ont fixé ce lieu à Béthanie (Beth-Ananiah), un village situé à 15 stades soit 2.5 km de Jérusalem (Jean 11:18), sur le versant est du mont des Oliviers (qui est également le village où fut ressuscité Lazare). Si l'endroit est un peu plus distant du centre de la vieille ville que les deux autres emplacements, il pourrait aussi convenir puisque nous verrons qu'après le repas, Jésus et les disciples ont passé la nuit dans le jardin de Gethsémani situé au pied du mont des Oliviers. En fait, tout endroit situé à "proximité" du centre de la vieille ville et disons à une demi-heure de marche est plausible puisque aucun des auteurs apostoliques ne dit précisément où Jésus organisa la Cène.

La Pâque de l'an 30 et l'erreur de l'Église

L'Église a fixé ce repas pascal le jeudi soir, traditionnellement fixé le 4 avril 30. L'Église a pris cette date car selon la Bible, il fallait descendre le corps de Jésus de la croix et l'inhumer "avant le sabbat" qui débutait à la tombée de la nuit, supposant que le lendemain était le vendredi de Pâque. Mais l'Église n'est pas juive et s'est trompée de calendrier ! En effet, dans la tradition juive qui suivait le calendrier luni-solaire babylonien, presque tous les jours de fêtes sont chômés, c'est sabbat (qui signifie "cessation"). De plus, pendant le mandat de Ponce Pilate, il n'est jamais arrivé que le repas pascal (pris le 14 de Nissan dans le calendrier juif) tombe un jeudi.

En fait, en conformité avec le calendrier juif, deux dates ont été proposées pour la Pâque, Pessa'h qui doit tomber le 15e jour du mois lunaire ou 15 de Nissan : l'an 30 et l'an 33. En l'an 30, la Pâque tombait le samedi 8 avril et en l'an 33, Pâque tombait le samedi 4 avril. Dans les deux cas, le vendredi et Pessa'h sont des jours chômés et donc deux sabbats consécutifs. Jésus respectant les traditions juives, cela signifie que la Cène eut lieu la veille du premier sabbat, le jeudi soir 7 avril 30 ou le 3 avril 33, l'arrestation ayant eu lieu dans la nuit, la condamnation à mort dans la journée du vendredi ainsi que la crucifixion, qui intervient donc le 14 de Nissan (cf. ce convertisseur de calendriers), la veille du deuxième sabbat, celui de Pessa'h.

Ces deux sabbats consécutifs sont confirmés dans le texte grec de Matthieu qui précise que les deux femmes ont visité la tombe de Jésus "après les sabbats", au pluriel, c'est-à-dire le 16 de Nissan, le dimanche matin 8 avril 30 ou le 5 avril 33 où elles découvrirent que le tombeau était vide. Notons que dans la version latine et française, Marc parle de "sabbat" au singulier (Matthieu 28:1), les quatres Évangélistes précisant que la visite eut lieu "le premier jour de la semaine", donc le dimanche.

Dans son livre "Sous Ponce Pilate" (2016), l'auteur Gabriel Gobin décrit toute la chronologie du ministère de Jésus depuis la fin de l'an 27. Il confirme que la date de la Pâque évoquée serait celle du samedi 4 avril 33, ce que confirme également Étienne Nodet précité dans son livre "La porte du ciel" (2016, pp.185-186), la Cène ayant donc eu lieu le jeudi 2 avril 33 au soir.

Ceci dit, même si la Pâque du 4 avril 33 est historiquement exacte et peut-être même sur le plan astronomique (voir "quand le ciel s'assombrit" à  propos de la crucifixion de Jésus), elle ne correspond pas à la tradition juive qui veut que le "jour de la Préparation" (la veille de la Pâque) où on immole un agneau pascal (ou une chèvre) dans le Temple (Jean 19:14; 19:31-42) soit le 14e jour du mois lunaire ou 14 de Nissan. Étant donné qu'un sabbat intervient la veille de Pâque, il était obligatoire que les juifs réalisent les préparatifs l'avant-veille (voir plus bas).

En conclusion, tous les experts ayant étudié la question sont unanimes pour reconnaître qu'il reste une contradiction chronologique et qu'on ne peut pas certifier que la Cène eut lieu juste avant la Pâque de l'an 30 ou 33. Comment expliquer cet anachronisme et éventuellement résoudre ce problème de chronologie ?

Enquête autour de la Cène

Dans la mesure où les Évangélistes connaissaient très bien les traditions de leur pays, il est peu probable qu'ils aient fait une erreur de calendrier. Seule explication mais rarement évoquée en ces termes, sachant que le problème concerne le calendrier des évènements, la solution est justement dans le déroulement de ces évènements. Autrement dit, en présumant que la Cène a bien eu lieu, il faut se demander si elle s'est bien déroulée le jour indiqué ? Pour cela nous devons connaître l'agenda de Jésus pour cette période et donc trouver des témoignages.

Premier indice, Paul évoque le rite de la future eucharistie (voir plus bas) mais sans faire allusion à la Pâque. Or il fut le premier à écrire sur Jésus et sa doctrine. A priori, son commentaire n'a donc pas été influencé par celui d'une autre source. Deuxième indice, lors de la Cène, Jésus et les apôtres partagent du pain ("artos" en grec, voir plus bas) qui n'est pas du pain ordinaire ni le pain azyme de la semaine pascale mais simplement du pain goûteux préparé à l'occasion d'une fête religieuse. Troisième indice mais contesté, nous verrons que l'auteur Flavius Josèphe évoque deux arrestations de Jésus. Il est donc possible que Jésus ait organisé ce repas avant sa première arrestation. Enfin, quatrième indice, le texte est rédigé dans le but d'affirmer la transformation du corps du Christ par l'Esprit. Cette image est calquée sur le rite religieux de passage à une nourriture céleste que pratiquaient les Esséniens.

Grâce à ces indices certes mineures, on peut envisager que les Évangélistes ont condensé deux évènements non consécutifs dans une hagiographie plus symbolique qu'authentique dans un but théologique. Cette seconde hypothèse est d'autant plus plausible que la Bible est truffée de raccourcis de ce type. Ainsi, pour ne prendre qu'un exemple en relation avec la Pâque, dans l'épisode de Josué à Gilgal évoqué à propos de l'entrée au pays de Canaan, le "lendemain" de la Pâque les Israélites mangèrent du produit du pays, sous-entendant généralement une galette de pain. Mais à part la cueillette de fruits ou de tubercules, c'est difficilement concevable sachant que les Israélites mangeaient à cette occasion du pain sans levain et n'avaient donc pas encore récolté la nouvelle moisson (même si la Bible des Septante évoque par erreur du "blé" consommé avant la Pâque).

Pour appuyer cette théorie, on retrouve la même construction dans le "Notre Père" de Matthieu emprunté à la source "Q" : "Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour" (Matthieu 6:11), le texte grec original insistant sur l'aspect quotidien, qualificatif que Jérôme a retenu dans sa version de Luc (vv.11:3). Même chose à l'époque où Jean le Baptiste puis Jésus annonçaient la venue "prochaine" du royaume de Dieu pour en consommer le produit, évènement toujours reporté à plus tard pour finir par ne pas arriver et qui suscita la moquerie des juifs envers les chrétiens (cf. la vie éternelle). On arrive ainsi à la conclusion que la juxtaposition de la Cène et de la Pâque peut représenter symboliquement le lien entre deux évènements en réalité séparés par une longue période de temps mais dont l'intervalle n'a aucune importance. Dans ce cas, il est vain de se plonger dans des calculs savants pour trouver une date de la Cène compatible avec le texte biblique ! Par conséquent seule la fête de Pâque serait une donnée authentique, probablement celle de l'année 33 tandis que la Cène serait antérieure de plusieurs jours voire d'au moins une semaine.

Si Josèphe dit vrai mais ce n'est pas certain, on en déduit que Jésus envisageait effectivement d'être arrêté juste après la Cène qui se déroula peu avant la Pâque mais ayant été libéré, il fit en sorte d'être arrêté une seconde fois, la veille de Pâque. Mais ce n'est qu'une hypothèse.

Ceci dit, sans moyen de questionner les auteurs sur le sujet, il est aujourd'hui impossible de résoudre ce problème de calendrier sans invoquer une variable cachée. On reviendra sur le sujet à propos de la condamnation à mort de Jésus.

La Préparation de Pessa'h

Puisque nous évoquons la préparation de la fête de Pessa'h, précisons que cette notion, tout comme le sabbat remonte aux Commandements instaurés dans le livre de l'Exode où il est précisé : "Le sixième jour, ils ramassèrent une quantité double de nourriture, deux omers pour chacun. Tous les principaux de l'assemblée vinrent le rapporter à Moïse. Et Moïse leur dit : C'est ce que l'Éternel a ordonné. Demain est le jour du repos, le sabbat consacré à l'Éternel; faites cuire ce que vous avez à faire cuire, faites bouillir ce que vous avez à faire bouillir, et mettez en réserve jusqu'au matin tout ce qui restera. Ils le laissèrent jusqu'au matin, comme Moïse l'avait ordonné ; et cela ne devint point infect, et il ne s'y mit point de vers. Moïse dit : Mangez-le aujourd'hui, car c'est le jour du sabbat ; aujourd'hui vous n'en trouverez point dans la campagne. Pendant six jours vous en ramasserez ; mais le septième jour, qui est le sabbat, il n'y en aura point" (Exode 16:22-30).

A gauche, la page 14 de la Haggadah de Kaufmann utilisée lors de la cérémonie du Seder durant Pessa'h, la Pâque juive dont voici le texte intégral. Ce manuscrit rabbinique enluminé date du XIVe siècle. A droite, la Bible de Jérusalem ouverte sur une page de l'Évangile selon Jean au chapitre de la Pâque. Document T.Lombry.

Ces instructions divines pour le jour de la Préparation sont données à titre d'exemple du travail séculaire que les juifs ne peuvent pas exécuter le jour du sabbat sous peine d'être lapidé (Nombres 15:32-36), même si ce supplice ne se pratique plus aujourd'hui. Les préparatifs communs de la cuisine (rassembler les aliments, les préparer, les cuire, les bouillir, etc.) doivent obligatoirement être exécutés le sixième jour de la Préparation. En revanche, le rôtissage même peut être réalisé lors du sacrifice et des festivités du sabbat. Par la suite, les Pharisiens ont insisté sur ce commandement et l'ont même détourné au point que Matthieu rappelle qu'il n'est pas permis d'arracher des épis le jour de sabbat (Matthieu 12:2) alors qu'il n'y avait aucune faute religieuse à les arracher à la main, même un jour de sabbat, en cas de nécessité. Nous verrons à propos de son discours politique, qu'à plusieurs reprises Jésus viola sciemment certains commandements parfois justement pour dénoncer l'attiude du clergé qui profanait la Loi sans être inquiété. Parfois Jésus a violé les règles pour signifier qu'il était la Loi, une attitude que ne lui pardonnera pas la haute autorité religieuse. On y reviendra.

Enfin, peu de chrétiens savent qu'il y a un lien direct entre la Préparation, le sabbat et le Messie. Selon la tradition chrétienne, le règne du Christ et des Saints dure 1000 ans, durée nécessaire pour que les forces du Mal ne séduisent plus les nations. Ainsi on lit dans l'Apocalypse ou livre des Révélations de Jean : "[les âmes] revinrent à la vie, et ils régnèrent avec le Christ pendant mille ans. Les autres morts ne revinrent point à la vie jusqu'à ce que les mille ans fussent accomplis. C'est la première résurrection. Heureux et saints ceux qui ont part à la première résurrection ! La seconde mort n'a point de pouvoir sur eux ; mais ils seront sacrificateurs de Dieu et du Christ, et ils régneront avec lui pendant mille ans" (Apocalypse 20:4-6).

Cette période de 1000 ans correspond au "jour du repos en Jésus-Christ" : "Mais il est une chose, bien-aimés, que vous ne devez pas ignorer, c'est que, devant le Seigneur, un jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un jour." (2 Pierre 3:8).

Au sens prophétique, pour les juifs, l'après-midi du sixième jour de la Préparation du Sabbat correspond à la fin de la période finale des 6000 ans de la Préparation de l'Avènement du Messie. Ensuite commence le nouveau millénaire de "repos du sabbat de Dieu en Jésus-Christ". Aujourd'hui, le judaïsme a séparé les deux notions (Messie et Sabbat) mais elles restent unies dans la Loi de Moïse.

Le repas pascal

La deuxième erreur concerne la Cène proprement dite. Les Évangiles synoptiques suggèrent que la Cène correspond au repas pascal. Marc et Matthieu évoquent ce que l'Église appellera l'Eucharistie (Marc 14:22-25; Matthieu 26:26-27) ou "l'Action de grâce" qui à l'origine est un acte de communion entre Jésus et les disciples. Toutefois, l'époque de la Cène a mal été interprétée par l'Église.

Page de l'Évangile selon Matthieu (vv.26:19-52, la Cène) C'est une copie en grec du IIIe ou IVe siècle. Manuscrit (réf. 1570r) de l'Université du Michigan.

Selon Luc, "Jésus envoya Pierre et Jean, en disant: Allez nous préparer la Pâque, afin que nous la mangions" (Luc 22-8) et le repète au verset 22:15. Dans la nuit, après l'arrestation de Jésus, les quatre Évangélistes prennent la peine de préciser qu'on conduisit Jésus chez Caïphe. Mais les auteurs Synoptiques et Jean n'en donnent pas la même version. Selon Jean, "Ils conduisirent Jésus de chez Caïphe au prétoire: c'était le matin. Ils n'entrèrent point eux-mêmes dans le prétoire, afin de ne pas se souiller, et de pouvoir manger la Pâque" (Jean 18:28). Nous sommes donc bien un sabbat précédent Pessa'h. Mais visiblement Jean confond la salle du Sanhédrin et celle de Ponce Pilate car le prétoire est la cour ou la salle où Pilate jugea Jésus. Ceci dit, on en déduit que lors de la Cène Jésus ne célébrait donc pas la Pâque mais prenait simplement un repas avec ses proches avant de célébrer la Pâque.

Une fois de plus, il existe une preuve plus concrète dans les textes grecs originaux qui utilisent le mot grec artos  (áρτος signifiant goût, saveur) qui n'est pas la miche de pain ordinaire comme certains le pensent et qu'on appelle Psomi (ψωμί) mais le pain préparé à l'occasion d'une fête religieuse (en Grèce, il contient généralement des épices et du miel). Ce n'est pas non plus la matsa, la galette non fermentée ou pain azyme du grec ázumos (αζυμος) que les juifs consomment lors du Seder pascal (le soir précédant le jour de Pâque), c'est-à-dire un pain fabriqué sans levain et avec des herbes amères en souvenir de la hâte de leurs ancêtres à quitter l'Égypte (Exode 12:8). Notons que la Loi juive leur impose d'en consommer pendant une semaine. De l'avis général, s'ils supportent ce pain azyme quelques jours, cela devient un vrai calvaire le septième jour. Notons que l'hostie chrétienne est également élaborée avec du pain azyme.

Enfin, dans ses Épîtres aux Corinthiens, Paul mentionne que Jésus rendit grâce et rompit le pain non pas lors du dîner de Pâque ni même la veille mais "la nuit où il fut livré" (1 Corinthiens 11:23). Si cela s'était déroulé la veille de Pâque, on imagine que Paul n'aurait pas manqué de le mentionner. Ce commentaire de Paul pourrait donc être un indice appuyant l'hypothèse évoquée plus haut que le récit de la Cène juste avant Pâque est un condensé hagiographique.

On en conclut que Jésus n'a donc pas célébré le "dîner de Pâque" (ou le souper de Pâque) avec les apôtres, mais qu'il avait l'intention de fêter Pâque puisqu'il envoya ses disciples vérifier les préparatifs à Jérusalem (Marc 14:2). Marc précise également que les ennemis de Jésus voulaient aussi reporter son arrestation après la Pâque qui était d'abord une fête de famille : "les grands prêtres et les scribes cherchaient comment arrêter Jésus par ruse pour le tuer. Car ils disaient : 'Pas en pleine fête, de peur qu'il n'y ait du tumulte parmi le peuple' " (Marc 14:2).

Ensuite, il y a la question des lumières le jour de repos notamment. A l'origine, la Loi exigeait de ne "point allumer de feux, dans aucune des demeures, le jour de sabbat" (Exode 35:3). Cette loi fut modifiée après la première Pâque célébrée en Égypte, le Deutéronome précisant : "tu ne pourras point sacrifier la Pâque dans l'un quelconque des lieux que l'Éternel, ton Dieu, te donne pour demeure mais c'est dans le lieu que choisira l'Éternel, ton Dieu, pour y faire résider son nom, que tu sacrifieras la Pâque, le soir, au coucher du soleil, à l'époque de ta sortie d'Égypte" (Deutéronome 16:3 et 16:5-6). Mais par la suite (historiquement vers le IV-IIIe siècle avant notre ère), le prophète Ézéchiel précisa à propos des offrandes et jours de fêtes : "Tout le peuple du pays devra prélever cette offrande pour le prince d'Israël. Le prince sera chargé des holocaustes, des offrandes et des libations, aux fêtes, aux nouvelles lunes, aux sabbats, à toutes les solennités de la maison d'Israël" (Ézéchiel 45:16-17). Par conséquent, tous les juifs devaient participer à la fête de Pâque et aux sabbats. Et pour se faire, le soir tombé, l'allumage des feux n'était pas seulement nécessaire mais obligatoire et cela n'entrait certainement pas en contradiction avec la Loi juive.

En raison de cette mauvaise interprétation des faits et cette erreur de calendrier, certains chrétiens ont prétendu qu'en préparant la Pâque un jour de sabbat, Jésus avait commis un "péché", rapprochant son comportement des soi-disant fautes et autres sacrilèges dénoncés par les Pharisiens. En fait, si on ne connaît pas la Torah et si on ne se réfère pas aux autres textes sur la Préparation de la Pâque dont l'Exode et le Deutéronome précités, on pourrait effectivement mal interpréter la Loi juive et penser que Jésus et ses disciples ont non seulement préparé la Pâque le sabbat mais sont restés dans leur maison commune jusqu'au soir où ils auraient consommé de la viande froide dans l'obscurité, ce qui est totalement faux. En réalité, nous savons à présent que Jésus a respecté les traditions juives.

A partir de ces différents faits, on en déduit que le texte des Évangiles a été modifié par un copiste chrétien à l'époque de la Grande Église pour instituer la "messe pascal". Désolé pour l'Église, mais corriger le texte d'un auteur sans le signaler revient à tromper les fidèles et ce n'est pas très élégant.

L'Eucharistie

La troisième erreur concerne le symbole même de l'Eucharistie soi-disant célébrée par Jésus et les apôtres à l'occasion de la Cène. Pour rappel, les Évangélistes synoptiques ainsi que Paul (1 Corinthiens 11:24-26) évoquent le "repas du Seigneur" que Jésus leur demanda de célébrer en sa mémoire, sous-entenant que la fin était proche : "Jésus prit du pain, le bénit, le rompit et le donna à ses disciples en disant : "Prenez, mangez, ceci est mon corps." Puis, prenant une coupe, il rendit grâces et la leur donna en disant : "Buvez-en tous; car ceci est mon sang, le sang de l'alliance, qui va être répandue pour une multitude en rémission des péchés" " (Matthieu 26:26-29, Marc 14:22-25, Luc 22:14-20). Notons que dans la version primitive de Luc, il ne mentionne que le fractionnement du pain (comme en Luc 24:35 et en Actes 2:42, 20:7 et 27:35). Jean écrit également que Jésus est le "pain vivant qui est descendu du ciel" et que celui qui en mange "vivra éternellement" (Jean 6:51).

"La Cène" de Léonard de Vinci (dont il existe plusieurs variantes dont celle-ci). Cette fresque murale de 4.6 x 8.8 m

 réalisée entre 1494 et 1498 est exposée dans le réfectoire du couvent de l'Église Santa Maria delle Grazie à Milan en Italie.

L'épisode du vin symbolisant le sang du Christ est tout à fait anachronique quand on connaît les préceptes de la Loi juive. En effet, la Torah interdit de consommer "la chair avec son âme, c'est-à-dire le sang", et ce depuis l'époque de Noé (Genèse 9:4). Si la Loi juive tolère que le sang coule lors du sacrifice des animaux ou pendant les règles de la femme, le Lévitique précise que cela reste des "souillures", le fait de les toucher rendant le juif "impur jusqu'à la nuit". Alors imaginer qu'un juif puisse consommer du sang, même symboliquement, c'est tout à fait inconcevable !

En fait, il semble que les trois Évangélistes et Paul ont puisé leur texte à la même source. En effet, il existe un manuscrit essénien décrivant un "banquet messianique". Les Esséniens disent que les deux messies bénissent le pain et le vin afin de célébrer le royaume de Dieu. Mais ils ne font aucune allusion au sang.

Sachant que Paul a rédigé son récit vers l'an 50 soit au moins dix ans avant le premier Évangéliste (Marc, dans les années 60) et que l'idée du sang ne vient pas de Jésus en raison de sa culture juive, Paul a forcément puisé à une autre source. Mais laquelle ? Nous avons des sources païennes comme les Romains, les Grecs et les Égyptiens connus pour pratiquer des rites sacrificiels associés au sang. Les incantations aux dieux égyptiens Osiris-Isis comportaient notamment une coupe de vin représentant le sang qu'Osiris avait donné à son épouse Isis en guise de philtre d'amour. D'autres manuscrits égyptiens évoquent la consommation de chair comme symbole d'Osiris. Il existe aussi des manuscrits évoquant la consommation de chair et de sang lors de libations gréco-romaines.

Puisque Paul a toujours vécu à Tarse, en Asie Mineure, qu'il était romain et n'a jamais vu ni discuté avec Jésus, on peut supposer qu'il a fait une belle compilation de ce qu'il savait ou ouï-dire des rites sacrificiels de son temps, ceux d'Égypte, gréco-romains, le "banquet messianique" et le repas sacré juif qu'il a projeté sur une vision théologique symbolique comme il imaginait que devait être le dernier repas de Jésus. Une bonne dizaine d'années plus tard, vers les années 60, alors que le souvenir de Jésus commençait à s'estomper et que seul restait le symbole de sa foi, Marc n'hésita pas à incorporer l'Eucharistie dans son Évangile qui sera ensuite repris mot à mot par Matthieu et Luc, tous défendant les vues pauliennes.

En revanche, Jean n'évoque pas l'institution du rite de l'Eucharistie et de la communion par Jésus. Ayant rédigé son texte le plus tard, cette absence est révélatrice. Si Jean n'a pas été influencé par Paul, qu'elle autre source pourrait associer un rite mêlant le pain et le vin à ses contreparties de chair et de sang  ?

La fresque murale "La dernière Cène" peinte par Tattéo Gaddi (1290-1366) exposée dans le réfectoire de la basilique Santa Croce à Florence. La fresque complète qui s'étend jusqu'au plafond (cf. cette photo) mesure 11.2x11.7 m. Notez la gloire qui entoure la tête de Marie-Madeleine à une époque où l'Église considérait encore son personnage comme une prostituée (du VIe au XXe.s.).

Comme nous l'avons évoqué à propos de la source "Q" et du canon, le "Didachè" (le manuel de la catéchèse daté du IIe siècle) comprend un passage sur l'Eucharistie qui mérite d'être cité en totalité pour éviter les interprétations : "Pour ce qui est de l'Eucharistie, rendez grâce ainsi. D'abord sur la coupe : nous te rendons grâce, notre Père, pour la sainte vigne de David ton enfant, que tu nous as fait connaître par Jésus ton enfant. - A toi la gloire pour les siècles. Puis sur pain rompu : Nous te rendons grâce, notre Père, pour la vie et la connaissance que tu nous as fait connaître par Jésus ton enfant. - A toi la gloire pour les siècles". Ce partage du pain et du vin sans aucune référence symbolique au sang et à la chair est similaire au rite décrit dans le "banquet messianique" exécuté par les deux messies. De plus, avec l'invocation du roi David, c'est bien la preuve qu'il s'agit d'une libation conforme à la tradition juive.

Autre remarque, le manuel préconise de d'abord bénir le vin, puis le pain, comme dans la tradition juive. En revanche si nous relisons la Bible (Matthieu 26:26-29, Marc 14:22-25, Luc 22:14-20 et Paul dans 1 Corinthiens 11:24-26), Paul comme Marc bénissent d'abord le pain, puis le vin. A la différence que Luc commence par le soi-disant repas pascal au cours duquel Jésus prend une coupe de vin qu'il partage avec ses apôtres (Luc 22:17) puis il bénit le pain et ensuite le vin qu'il partage de nouveau avec ses apôtres (Luc 22:19-20) !

Pourquoi deux fois le vin vous demanderez-vous ? Effectivement, c'est un indice révélateur car en principe, à moins que nous n'assistions à une beuverie, il ne devait y avoir qu'une seule fois la mention du vin, celle liée au rite de l'Eucharistie copié des versets de Paul. Il semblerait donc que la première mention du vin soit la trace laissée par inadvertance par Luc ou le dernier correcteur de la libation du rite juif.

Autrement dit, nous avons la preuve qu'entre la fin du ministère de Jésus et jusqu'au IIe siècle, soit pendant un siècle sinon davantage, le rite de l'Eucharistie ne faisait aucune allusion au corps et au sang du Christ, une symbolique qui fut ajoutée spontanément par Paul vers l'an 50 et qu'ensuite Marc, Matthieu et Luc ont simplement recopié et que l'Église a conservé. Mais telle que décrite, cette Eucharistie ne repose sur aucun rite instauré par Jésus, que du contraire car comme les Esséniens, il n'aurait certainement jamais accepté que l'on consomme même symboliquement son corps et boive son sang !

En réalité, Jésus ne s'est nullement sacrifié lors la Cène. Ce n'est qu'à partir du concile de Trente (1542-1563) déjà évoqué à propos de la Vulgate et des icones que l'Église décréta que Jésus s'est offert dans l'institution de l'Eucharistie. Encore une invention de l'Église qui ne repose sur aucun fondement.

Comme quoi quelques lignes d'un verset peuvent révéler beaucoup de choses sur la petite histoire du christianisme. Après deux millénaires, l'Église ne peut cacher ce qu'elle a voulu gommer.

Mais finalement, que pensent les chrétiens de l'Eucharistie ? Si la plupart des chrétiens reconnaissent que le Christ est présent dans le rite de l'Eucharistie, quelques uns ne croient pas qu'il y ait un réel changement dans la nature des éléments. Pour les catholiques, les orthodoxes et les Églises d'Orient, la "substance" du pain et du vin se transforme réellement dans le corps et le sang du Christ bien que les apparences subsistent (ils auraient du mal à le nier tant par la nature que par le goût). Si l'Église catholique appelle ce miracle la "transsubstantiation", c'est-à-dire la transformation naturelle d'une substance en une autre, elle n'explique pas comment ce phénomène se produit, une notion qui est purement dogmatique. Les protestants (luthériens et réformés) croient également que le Christ, y compris le corps et le sang de Jésus sont présents dans l'Eucharistie (l'union sacramentale). En revanche, les Anglicans croient plutôt que le Christ est présent mais uniquement sous une forme céleste et spirituelle. Quant aux agnostiques et aux athées, leur interprétation rationnelle est certainement plus proche de la réalité où chacun peut constater qu'il n'y a aucun changement d'état, ni de goût ni d'aspect, de l'hostie ou du vin, ce qu'à l'époque de Luther des membres du clergé avaient déjà noté sans oser le dire à haute voix : le "pain reste le pain".

Etant donné que Jésus était vivant lorsqu'il instaura la communion et était de confession juive, on déduit du texte que Jésus parla au figuré et nullement au sens propre. Ce qu'il demanda à ses disciples c'est comme le disent les protestants, qu'ils pratiquent ce rite comme un devoir de mémoire mais Jésus n'a jamais dit qu'il fallait y voir la chair de son corps et son sang versé !

Précisons également que ce n'est pas parce que Jésus institua ces rites que les apôtres sont d'un jour à l'autre devenus "chrétiens" comme nous l'entendons. Comme nous le verrons à propos de la querelle paulienne, après la disparition de leur Maître mort en martyre, les apôtres ont continué à vivre comme les juifs, observant la Torah et adorant Dieu dans le Temple de Jérusalem ou dans leurs synagogues locales, tout en se souvenant et honorant Jésus comme le Messie. Ce n'est que bien longtemps après la publication des Évangiles et l'organisation de la Grande Église que le crédo et la doctrine se sont structurés et finirent par former le corpus théologico-législatif que nous connaissons. On y reviendra.

De Pessa'h à Pâques

A présent que les évènements entourant la Préparation de la Pâque et les erreurs de l'Église sont expliqués, voyons cette fameuse tradition : que représente Pessa'h, la Pâque juive ?

En résumé, car les bibliothèques et Internet regorgent de documentations sur le sujet, en hébreu, "Pessa'h" signifie le "passage", passer "par-dessus". Selon la tradition, après le fameux passage de la mer Rouge et des Dix Commandements reçus au mont Sinaï, Moïse ordonna au peuple hébreu de se souvenir qu'ils sont "sortis d'Égypte, de la maison de servitude" (Exode 13:3). Pour commémorer ce jour, il proclama qu' "il y aura une fête en l'honneur de l'Éternel. On mangera des pains sans levain pendant les septs jours. [...] Tu observeras cette ordonnance au temps fixé d'année en année." (Exode 13:6 et 13:10).

 

Le pain azyme (matzoth) consommé par les juifs durant le rite du Séder

au soir du 14 Nissan et durant la semaine pascale.

La fête de Pessa'h et la semaine qui suit ne représentent pas seulement le souvenir de la libération du peuple juif mais également une ascèse que doivent respecter les juifs pratiquants et une semaine durant laquelle ils doivent manifester leur bonté envers ceux qui sont dans le besoin.

La Loi juive a également combiné dans la fête de Pessa'h, le repas spécial de Seder célébré le premiers soir de la fête (et les deux premiers soirs en dehors d'Israël). Le Seder se caractérise par une succession de bénédictions, de repas, de récits et de chants.

La fête de Pessa'h n'a donc aucun rapport avec Jésus; c'est juste l'une des trois plus grandes fêtes juives. Toutefois étant donné que selon la tradition chrétienne, Jésus est ressuscité pendant la fête juive, "le troisième jour", le lundi suivant Pessa'h (le "lundi de Pâques" chrétien), la fête a été récupérée par les Églises chrétiennes qui célèbrent la Semaine sainte à partir du dimanche de Pâques. Le nom est au pluriel mais éthymologiquement son origine est identique et provient du mot latin "Pascha" lui-même dérivé du grec "Páskha" emprunté au mot hébreu "Pessa'h". Le pluriel fut adopté pour signifier que cette fête inclut les différentes dates religieuses dont Pessa'h, la dernière Cène et la résurrection du Christ.

En résumé, les deux religions célèbrent le "passage" : les juifs célèbrent la sortie d'Égypte et les chrétiens la résurrection de Jésus, le passage de la mort à la vie. On y reviendra.

Notons que c'est lors du repas du Séder et ce depuis plusieurs milliers d'années que les juifs expriment leur espoir de rejoindre la terre de leurs ancêtres en déclarant : "L'an prochain à Jérusalem". Avant la création de l'État d'Israël en 1948, c'était toujours un voeux pieux. On y reviendra.

Pour plus d'informations, consultez les articles spécialisés publiés sur les sites d'obédience juive Chabad, Aish, Juifs pour Jésus et Terre d'Israël ou chrétienne comme La Croix, Top Chrétien, Le Huffington Post, Universalis ou L'Église de Dieu restaurée.

D'une scène à l'autre, il reste un épisode dramatique concomitant à la Cène qui pose question, celui de l'arrestation de Jésus qui fait l'objet du prochain article.

A lire : L'arrestation de Jésus

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[1] Lire Bargil Pixner, "An Essene Quarter on Mount Sion" in "Studia Hierosolymitana", Volume I, Studi archeologici, Franciscan Printing Press, 1976, pp.245-284 dont voici un résumé en anglais


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