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La Bible face à la critique historique

Vue aérienne de quelques grottes de Qumrân dont la grotte N°4. Document Duby Tal/Albatross.

La découverte de nouveaux manuscrits (II)

Les Rouleaux de la mer Morte

Selon la petite histoire, en 1947 un bédouin israélien prénommé Ta'amireh cherchait un insecte tout en gardant son troupeau de moutons et de chèvres quand il découvrit par hasard une grotte parmi les nombreuses crevasses de la région de Qumrân, un endroit désertique et rocailleux situé entre les collines de Judée et la mer Morte. Situé au plus bas à 1200 mètres sous le niveau de la mer, comme à proximité de la mer Morte, l'endroit est très chaud (la température peut dépasser 40°C à l'ombre) et très sec (le taux d'humidité peut tomber à 30 %) et ne suscitait jusqu'ici aucun intérêt.

Intrigué par cette grotte, il jeta une pierre dans l'ouverture sombre et entendit un bruit de pots cassés. Il descendit dans la grotte et découvrit des jarres contenant d'anciens manuscrits. Selon une autre version, quand il pénétra dans la grotte, il trouva deux bédouins, Juma et Muhammed al-Dib qui prétendirent avoir découvert les premiers manuscrits de la mer Morte.

Ne sachant pas trop de quoi il s'agissait, les bédouins furent mis en contact avec un antiquaire de Bethléem nommé Kando qui les évalua. Intrigué par ce qu'il vit, il demanda aux bédouins de revenir avec d'autres documents du même genre. Finalement, les bédouins sont revenus avec sept rouleaux. Kando en acheta quatre qu'il revendit à Mgr Samuel, responsable du monastère orthodoxe syrien de Saint-Marc à Jérusalem. Les trois autres rouleaux furent vendus à un deuxième marchand d'antiquité nommé Salahi. Bref, comme d'habitude, les découvertes archéologiques ont d'abord échappé à l'expertise des scientifiques en violation avec les lois.

Peu après, l'archéologue israélien Eliezer Sukenik (1889-1953) de l'Université Hébraïque de Jérusalem entendit parler de la découverte des manuscrits par un antiquaire arménien, et malgré les tensions politiques régnant alors entre Juifs et Palestiniens, il rencontra Kanto puis se rendit à Bethléem pour analyser les autres manuscrits. C'est en déballant l'un des rouleaux qu'il prit alors conscience de ce qu'il avait entre les mains : des textes écrits en hébreu biblique ressemblant à la langue des Psaumes mais qu'il ne connaissait pas.

A gauche, la grotte N°4 de Qumrân (T4) découverte en 1952 par des bédoins chasseurs de trésors. Elle contenait des milliers de fragments de centaines de manuscrits qui représentaient 75 % de tout le matériel découvert à Qumrân, y compris des parties de livres bibliques, des textes apocryphes, des travaux sur la Loi juive, des prières, des textes sectaires, tefillin et mezuzot mais pas toujours en très bon état et difficiles à déchiffer et à traduire. A droite, la grotte N°11 (11Q) découverte par une bédouine en 1956. A ce jour, c'est dans cette grotte que furent découverts les quelques trente derniers manuscrits, y compris des rouleaux presque complets du Lévitique écrits en paléo-hébreu. Documents Alexander Schick.

En 1948, les trois premiers manuscrits conservés au monastère de Saint-Marc furent analysés et photographiés par John C. Trever alors directeur de l'École américaine de recherche orientale de Jérusalem. Il s'agissait d'un manuscrit complet du livre d'Isaïe, d'un manuscrit de la Règle de la Communauté et d'un commentaire du livre d'Habacuc. Sukenik acquit les manuscrits dont il publia une sélection de textes.

Puis en 1949, les archéologues identifièrent la grotte N°1 et commencèrent leurs travaux d'excavations dans la région, des fouilles qui redoublèrent d'intensité entre 1951 et 1956. Au total, les archéologues fouillèrent 257 grottes et cavités à Qumrân et découvrirent dans 11 grottes des jarres contenant des manuscrits, les fameux "Rouleaux de la mer Morte". Ces documents sont datés entre environ 250 avant notre ère et environ 150 de notre ère. Une vingtaine d'autres grottes contenaient des objets contemporains.

Certains rouleaux étaient enveloppés de tissu et enfermés dans des jarres en terre cuite et sont restés en bon état, leur identification n'ayant posé aucun problème. En revanche, dans d'autres cavités on ne retrouva que des fragments de parchemins ou de manuscrits qu'il a d'abord fallut classer, répertorier et photographier avant de pouvoir les reconstituer et ensuite les traduire et publier les résultats. On connait la suite de cette fabuleuse aventure.

Au total, grâce aux 15000 fragments de rouleaux ou rouleaux complets récupérés à Qumrân, on a reconstitué 870 manuscrits. Parmi ces rouleaux, il y a les apocryphes de l'Ancien Testament (un apocryphe de la Genèse, plusieurs copies du Pentateuque dont une trentaine d'exemplaires du Deutéronome, le livre d'Isaïe, le livre de Daniel, le livre des Jubilés, le livre des Géants, le livre d’Enoch, une quarantaine d'exemplaires de psautiers, etc.), et des écrits propres à la communauté de Qumrân comme le Rouleau des Hymnes, cinq exemplaires de la Règle de la Communauté et même un rouleau très long provenant de la grotte N°11 décrivant le Temple de Jérusalem dans lequel l'auteur réécrit le Deutéronome et détaille les règlements relatifs à Jérusalem et au Temple dont on ne comprend toujours pas la destination car il n'a pas d'utilité dans le cadre religieux.

A consulter : The Digital Dead Sea Scrolls

Version numérique de quelques rouleaux de la mer Morte

(le Livre d'Isaïe, La Règle de la Communauté, le Commentaire d'Habacuc, ...)

A gauche, le grand rouleau du Livre d'Isaïe (manuscrit A ou 1QIsa) découvert dans les grottes de Qumrân en 1947 datant d'environ 100 avant notre ère. Il est pratiquement mille ans plus ancien que les plus vieux manuscrits bibliques (comme le Codex d'Alep) et les écrits massorétiques et est également celui qui est le mieux conservé. Document du Musée d'Israël. A droite, un autre exemple de rouleau. Des exemplaires sont exposés au Musée de Jordanie et des copies au Musée d'Israël à Jérusalem qui a également numérisé les manuscrits et les mis à disposition des internautes.

Dans la décennie qui suivit ces découvertes, vu le temps relativement long qui s'écoula sans la moindre publication, on prétendit que la publication des manuscrits fut retardée en raison de la censure du Vatican qui y aurait vu un risque inavoué et tabou pour l'Église. Ceci est totalement faux et non fondé. Le meilleur exemple est l'ouvrage "La Bible arrachée aux sables" de Werner Keller publié en 1962 (puis réédité en 1999 et 2005) consacré à l'histoire antique d'Israël. Alors que les Rouleaux de la mer Morte sont connus depuis 1947, il n'aborde le sujet que dans une dizaine de pages en appendice (d'un ouvrage de 428 pages) où il rappelle qu'il fallut une bonne dizaine d'années pour rassembler l'essentiel des manuscrits de Qumrân et qu'il fallut parfois 4 ans pour dérouler et traduire un seul rouleau constitué d'une feuille de cuivre. A la fin des années 1950, on venait donc juste de terminer leur traduction et de publier les premiers articles et livres de vulgarisation sur le sujet. Ainsi, le livre "Les Écrits esséniens découverts près de la mer Morte" fut publié en 1959 (et réédité en 1996) par le bibliste André Dupont-Sommer. Ce livre de 466 pages comprend une traduction complète du "Rouleau des Hymnes", de la "Règle de la Communauté", du Document ou "Écrit de Damas", du "Commentaire d'Habacuc" et de divers apocryphes et pseudépigraphes parmi d'autres fragments et commentaires bibliques.

Ce délai très long pendant lequel très peu d'informations filtrent peut donner l'impression qu'une censure agit dans l'ombre mais en réalité deux règles s'appliquent généralement à ce type de découvertes archéologiques. D'abord la conscience professionnelle des chercheurs et leurs précautions d'usage liées à la recherche de la vérité historique expliquent ce délai. Ensuite, toute découverte impose une période d'embargo (de secret) qui peut durer quelques années. Enfin, parfois comme ce fut le cas pour les manuscrits de la mer Morte, il y eut des litiges avec leur détenteur institutionnel original.

A consulter : La revue de Qumrân

Les 5 premiers folios (sur un total de 11) de la "Règle de la Communauté" des Esséniens. Ce manuscrit 1QS

fut découvert dans la grotte N°1 de Qumrân en 1947. Il fut rédigé entre 100-75 avant notre ère.

Finalement les Rouleaux de la mer Morte furent publiés en intégralité aux États-Unis à partir de 1991 et mis à disposition des scientifiques. Les 870 manuscrits représentent une collection de 40 volumes dont on réalisa une traduction en français (cf. "La Bibliothèque de Qumrân" en neuf volumes publiée entre 2007 et 2014, voir aussi la page des références) qui fut ensuite vulgarisée par différents auteurs.

Le Musée d'Israël et Google sont également à l'origine de la numérisation de quelques textes. Aujourd'hui, les manuscrits ont été partagés entre différentes institutions dont le Sanctuaire du Livre (The Shrine of the Book Complex) qui est dans une aile du Musée d'Israël (Musée archéologique Rockfeller), le Musée de Jordanie, l'Université Hébraïque de Jérusalem et trois instituts américains, l'Université Azusa Pacific, l'Institut Oriental de l'Université de Chicago et le Séminaire Théologique Baptiste du Sud-Ouest. D'autres musées nationaux ont également achetés quelques rouleaux dont le Musée d'Ontario. Quelques fragments sont également exposés dans les bibliothèques des grandes universités.

Selon les spécialistes, les textes découverts à Qumrân diffèrent sensiblement des plus anciennes copies ou versions hébraïques dont on disposait jusque là, que sont les textes massorétiques (nom provenant de "maser" signifiant "remettre" ou "transmettre") rédigés entre les IXe-Xe siècle de notre ère.

Trois parmi les plus anciens fragments des Évangiles. A gauche, un fragment du papyrus P69 dans la nomenclature de Gregory-Aland.  Découvert à Oxyrhynque, il s'agit d'un petit extrait de l'Évangile selon Luc (Luc 22:41, 45-48, 58-61) datant de c.250. Il est exposé dans les salles de papyrologie de la Bibliothèque Sackler de l'Université d'Oxford en Angleterre. Au centre, un fragment de l'Évangile selon Jean découvert à Jabal Abu Mana en Égypte et datant de c.200. Il fut présenté aux enchères à Sotheby's à Londres en 2015. Les autres fragments (Papyrus Bodmer II P66) sont conservés à la Bibliothèque de la Fondation Martin Bodmer (Bibliotheca Bodmeriana) à Coligny, en Suisse. Document Plunkett/Reuters/Corbis. A droite, le recto du papyrus de Rylands P52 découvert en Égypte. Il s'agit d'un extrait de l'Évangile selon Jean (Jean 18:31-33, 37-38) datant de c.100-150 (ou c.125-175). Il est exposé à la Bibliothèque John Rylands de l'Université de Manchester en Angleterre. En 2012, les chercheurs ont découvert sur une momie égyptienne un manuscrit recyclé servant de masque et encore plus ancien de l'Évangile selon Marc, datant de c.90. Toutefois, l'archéologue Paul Barford a critiqué sur son blog la manière dont le masque mortuière fut traité et détruit pour récupérer le manuscrit. Actuellement, il y a toujours un embargo sur la publication des photos.

Les analyses de ces manuscrits ont montré qu'il s'agit surtout de textes se référant à l'Ancien Testament, enrichis d'interprétations. Mais ils montrent surtout que les textes modernes y compris des Évangiles sont des versions plus mystiques et poétiques que nature, positives et pleines d'espérance, bref biaisées et édulcorées de textes apostoliques et gnostiques qui furent adaptés pour refléter au mieux le dogme chrétien.

Ceci dit, il ne faut pas confondre les manuscrits de la mer Morte rédigés par la communauté de Qumrân et s'appuyant sur les révélations du "Maître de Justice" avec les manuscrits des Évangélistes et des premiers chrétiens reposant sur la Bonne Nouvelle de la résurrection de Jésus.

Nous reviendrons sur la communauté de Qumrân, en particulier sur le "Rouleau des Hymnes" et le messie Menahem quand nous évoquerons le message messianique de Jésus et lorsque nous discuterons du livre de Daniel et des Jubilés car les paroles de Jésus sont tellement proches des textes de ces différents manuscrits et des prophéties qu'on ne peut pas s'empêcher de remettre les certitudes et vérités dogmatiques de l'Église en question.

Le Codex Vaticanus

A l'inverse des autres codices précités, ce codex était connu depuis l'époque de la Grande Église mais il était conservé dans la Bibliothèque apostolique vaticane au moins depuis le XVe siècle. Ce codex dont une page est présentée à gauche date du IVe siècle. Il est écrit en grec ancien alexandrin (courant chez les égyptiens, hébreux et syriens) caractéristique des livres bibliques et en onciale typique de cette époque.

Manuscrit du Codex Vaticanus du IVe.s.

Cette version comprend également des abréviations ou "Nomina Sacra" que les copistes utilisèrent pour les noms sacrés, par exemple les nominatifs ΙΣ pour Jésus, ΧΣ pour Christ, ΘΣ pour Dieu, ΙΗΛ pour Israël ou encore ΔΑΔ pour David. Une description détaillée de ce codex est disponible en anglais sur le site World eBook Library.

Le codex comprend 759 folios écrits sur trois colonnes. Il s'agit d'une copie presque intégrale de l'Ancien Testament et du Nouveau Testament. Il manque les livres des Maccabées, un verset de la Genèse (Gen 1-46) ajouté au XVe siècle, des versets des Psaumes et de quelques Épîtres notamment ainsi que la finale longue de Marc (Marc 16:9-20) et les versets de Jean sur la femme adultère (Jean 7:53 à 8:11).

Cette version fut réalisée après la révision de la Septante par Hésychius d'Alexandrie, un évêque d'Égypte vers l'an 300 de notre ère (elle fut donc copiée juste après le Codex Sinaiticus). Selon le catalogue datant de 1475 de la Bibliothèque vaticane, ce codex servit de modèle pour la révision de la Septante éditée à Rome en 1586.

Selon les spécialistes, il s'agit soit de l'une des 50 Bibles commandées par l'empereur Constantin Ier à Eusèbe de Césarée en l'an 331 soit celles commandées par son fils l'empereur Constant Ier à Athanase vers l'an 340.

Une copie de la traduction de Saint Jérôme fut réalisée au XIIIe siècle portant le nom de "Neues Testament Codex Vaticanus Latinus 39". Cette version latine richement enlminée fut imprimée en facsimilé en 1984 par Belser Verlag à Stuttgart dont voici une photo de l'ensemble et du texte.

Comme beaucoup de livres historiques, des versions facsimilé du Codex Vaticanus ont été proposées dès 1904 par l'éditeur Carlo Vercellonis de Milan (Bibliorum Scriptorum Graecorum Codex Vaticanus 1209). Une version facsimilé du Codex Vaticanus en version latine avec enluminures (Codex Vaticanus Latinus 4922) fut imprimée en 1999 dont voici une photo. Elle est également disponible en version électronique (Ebooks, Kindle, format PDF) qu'il ne faut pas confondre avec le "Codex Vaticanus 3738 A" numérisé qui est codex de textes mexicains remontant à l'époque des Conquistadors.

Autres codices et Évangiles apocryphes

Parmi les découvertes récentes, il y a l'Évangile du Pseudo-Matthieu ou "Évangile de la Nativité de Marie et de l'enfance du Sauveur", un apocryphe écrit vers 600-625 dont il existe cinq récensions ou critiques complétées par des ajouts tardifs (les compilations J, A, P, Q, R) rédigées entre le VI-XIe siècle.

Citons également l'Évangile de Judas découvert en 1978 dans le désert du Sinaï. Ecrit en dialecte copte (sahidique) il est daté entre 220 et 340 mais serait basé sur un texte en grec rédigé vers le milieu du IIe siècle. Comprenant 26 feuillets, il fait partie du "Codex Tchacos" comprenant également l’Epître de Pierre à Philippe et la Première Apocalypse de Jacques qu'on retrouve également dans les manuscrits de Nag Hammadi. L'histoire de cet Évangile apocryphe qui contredit les enseignements du Nouveau Testament fut racontée dans le livre "L'évangile de Judas" par Herbert Krosney en 2006. On reviendra sur ce texte à propos de l'arrestation de Jésus.

A gauche, un manuscrit du Codex de Léningrad, le Tanakh copié vers l'an 1010. Au centre, un extrait du Codex d'Alep datant d'environ 930. A droite, un extrait (4Q271Df) du "Document de Damas" rédigé entre le Xe siècle et le XI ou XIIe siècle de notre ère. Il s'agirait d'une récension (analyse critique) fondée sur les textes esséniens rédigés au I-IIe siècle de notre ère.

Nous possédons également le manuscrit massorétique le plus ancien et complet de la Bible hébraïque (le Tanakh) appelé le Codex de Léningrad, datant d'environ 1010 de notre ère dont une page est présentée ci-dessus à gauche. Il fut copié au Caire et vendu à la communauté juive karaïte de Damas en 1489. Il est conservé à la Bibliothèque nationale russe de Saint-Pétersbourg et fut récemment numérisé pour devenir le "Westminster Leningrad Codex" disponible en ligne. Une autre copie, le Codex d'Alep présenté ci-dessus au centre, date d'environ 930 de notre ère mais il est incomplet.

Enfin, il y a le "Document de Damas" évoqué plus haut dont un extrait est présenté ci-dessus à droite. Il fut découvert dans les grottes N°4, 5 et 6 de Qumrân. Il comprend des manuscrits écrits en hébreu sur du cuir ou des papyri. Il s'agit de récensions (analyse critique) d'un document datant du I-IIe siècle probablement écrit par les Esséniens comprenant des pages rédigées au Xe siècle (sections CDa, CDb) et d'autres au XIe ou XIIe siècle de notre ère (CDb). Le document doit son nom au fait que les membres de la secte des Esséniens furent chassés de Jérusalem et se réfugièrent au Pays de Damas. Ces manuscrits décrivent les lois juives, les persécutions des membres de la secte de Qumrân et comprend notamment le livre d'Osée et des références à "celui qui enseigne la Justice", c'est-à-dire le Maître de Justice. On y reviendra à propos de Jésus et ses influences.

Les manuscrits néotestamentaires

Concernant le Nouveau Testament, jusqu'aux années 2000 nous ne disposions que de copies de copies de copies écrites plusieurs siècles après les documents originaux et il était difficile d'affirmer que nous lisions une copie fidèle des paroles originellement transcrites par les apôtres. Puis le 1er février 2012, le bibliste Daniel Wallace, directeur du Centre pour l'Étude des Manuscrits Néotestamentaires (CSNTM) au Dallas Theological Seminary annonça la découverte de plusieurs manuscrits très anciens. Avec son équipe, il avait découvert 7 papyri datant probablement du IIe siècle (100-200) et un datant des années 70 à 90.

Le manuscrit datant des années 70-90 est relatif à l'Évangile selon Marc. C'est d'autant plus remarquable qu'il s'agit du premier Évangile couché par écrit dont l'original fut probablement écrit peu avant l'an 70. Avec ce manuscrit nous sommes donc à l'époque des toutes premières copies. Le document est toujours sous embargo et nous n'avons aucune photo de ce papyrus.

Au total, nous disposons à ce jour de 43 manuscrits datant du IIIe siècle (entre l'an 200-250 dont P45), de 18 manuscrits datant du IIer siècle (vers l'an 150 dont P52, P75, P90, P98, P104) et d'un seul datant du Ier siècle. Plus intéressant, près de la moitié (43 %) des versets du Nouveau Testament sont contenus dans les 18 manuscrits du IIe siècle.

Avant la découverte de ces manuscrits plus d'un "spécialiste" avec en tête de file Bart Ehrman, historien bibliste et évangéliste émérite de l'Université de Caroline du Nord qui de chrétien est devenu agnostique (il ne comprend pas pourquoi Dieu tolère la souffrance humaine), prétendaient qu'étant donné les modifications faites au cours du temps, nous ne pouvions pas être certain de lire les textes écrits originellement par les auteurs apostoliques, ce qui est exact. Mais cela ne sous-entend pas qu'ils sont tous truffés de corrections ou faux.

En revanche, la découverte de Wallace et ses collègues est très importante car ce manuscrit du Ier siècle et les quelques autres rédigés entre l'an 100-200, confirment que les textes que nous lisons aujourd'hui sont très proches des versions les plus anciennes, ce qui est très réconfortant pour tous les chercheurs biblistes et les lecteurs du Nouveau Testament. Comme nous le verrons à propos de la constitution du canon du Nouveau Testament, la découverte de ces manuscrits et la critique textuelle ont également permis de découvrir les ajouts tardifs (comme la finale de Marc) qui n'ont pas été écrits par les apôtres mais par des chrétiens un peu trop zélés. On peut même suivre cette évolution jusqu'au VIIe siècle (~650) à travers les manuscrits P73, P74 et P79 conservés à la Bibliothèque Bodmer à Genève (CH).

A consulter : Table of NT Greek Manuscripts (IIe-IXe)

A Table of Greek Manuscripts (IIe-XVIIIe)

Liste des manuscrits du Nouveau Testament

A gauche et au centre, un extrait du manuscrit P45 relatif à l'Évangile selon Marc rédigé vers l'an 250. A gauche, le folio 6 (Marc 8:10-26). Au centre, le folio 7 (Marc 9:18-31). Le codex est exposé à la Bibliothèque Chester Beatty de Dublin en Irlande. Les pages sont également disponibles en version numérisée sur le site du CSNTM. A droite, le fragment du manuscrit P52 de 9x6 cm de l'Évangile selon Jean rédigé vers 100-150 découvert en 1934. A gauche le recto (Jean 18:31-33), à droite le verso (Jean 18:37-38). Ce document est exposé à la bibliothèque publique John Rylands Library de Manchester (GB).

Parmi les autres papyri remontant au IIe siècle, nous disposons du manuscrit P52 découvert en 1934 et présenté ci-dessus à droite qui est un fragment de 9 x 6 cm de l'Évangile selon Jean (versets 18:31-33 et 18:37:38) rédigé aux alentours de 100-150. Il est exposé à la bibliothèque publique John Rylands Library de Manchester (GB).

Citons également le manuscrit P90 découvert parmi les manuscrits d'Oxyrhynque (voir page précédente) exposé au Musée Ashmoléen d'Oxford (GB) relatif à l'Évangile selon Jean (vv.18-19) rédigé vers 150.

L'un des documents les plus complets est le manuscrit P45 rédigé vers l'an 250 qui fut acheté par l'industriel et collectionneur Alfred Chester Beatty (1875-1968) d'origine irlandaise au début du XXe siècle qui posséda dans les années 1940 l'une des plus prestigieuses collection de manuscrits et d'objets d'arts anciens (grec, islamique, chinois, japonais), y compris des livres enluminés et des incunables.

Le  contenu du manuscrit P45 fut publié par le papyrologue Frederic G. Kenyon en 1933. Ce codex devait contenir environ 250 pages dont il ne reste que 30 pages fragmentaires. Il comprend des textes de Matthieu (vv.20-21 et 25-26), Marc (vv.4-9 et 11-12), Luc (vv. 6-7 et 9-14), Jean (vv.4-5 et 10-11) et des Actes des Apôtres (vv.4-17). Le manuscrit est exposé à la Bibliothèque Chester Beatty installée au château de Dublin en Irlande à l'exception d'un fragment (Matthieu 25:41 à 26:39) exposé à la Bibliothèque Nationale de Vienne (Österreichische Nationalbibliothek).

Résumons-nous

Nous disposons aujourd'hui de milliers de manuscrits bibliques sur des rouleaux ou des fragments en papyrus ou parchemin. Les textes de l'Ancien Testament furent d'abord rédigés en hébreu avec certains chapitres en araméen. Puis, suite à la déportation à Babylone, certains fidèles ont commencé à parler des langues étrangères. Après l'avènement du christianisme, des lecteurs ne parlant ni hébreu ni araméen ont souhaité lire les saintes Ecritures, ce qui incita les papes et souverains à demander leur traduction en grec, en égyptien, en araméen, en latin puis en langues vernaculaires afin que la Bible soit accessible à tous.

Malgré le travail assidu des archéologues, nous ne possédons aucun manuscrit biblique d'origine. Les textes les plus anciens de l'Ancien Testament sont ceux de la tradition massorétique, c'est-à-dire ceux à l'origine de la Bible hébraïque actuelle remontant au VIe siècle de notre ère. Ils sont rédigés en hébreu et sans voyelle et se transmettaient par la tradition orale. Ce n'est qu'entre l'an 500 et 1000 de notre ère que les érudits juifs inventèrent l'écriture des voyelles et ajoutèrent les accents et les notes. Ces textes massorétiques sont très bien conservés et certains rouleaux sont encore utilisés aujourd'hui.

Les manuscrits de la mer Morte découverts dans les grottes de Qumrân et dans le désert de Judée représentent 870 rouleaux, pour la plupart des fragments de manuscrits dont environ 200 manuscrits bibliques rédigés entre 250 avant notre ère et 150 de notre ère.

Concernant le Nouveau Testament, nous possédons des milliers de manuscrits et des dizaines de codices remontant au IIIe et IVe siècle, y compris des Bibles quasiment complètes comme le Codex Sinaiticus et le Codex Vaticanus remontant au IVe siècle. Nous possédons également des manuscrits de la Bible des Septante rédigée au IIIe siècle avant notre ère et terminée au cours du Ier siècle de notre ère ainsi que des manuscrits de la Vulgate de saint Jérome datant du IVe siècle. A ce jour, le plus ancien manuscrit néotestamentaire est le fragment de l'Évangile selon Marc daté entre 70-90, tous les autres manuscrits datant au mieux du IIe siècle (P52, P90) voire du IIIe siècle (P45, etc).

Autrement dit, on cherche toujours les manuscrits originaux des quatre Évangiles et des autres livres apostoliques. Avis aux amateurs.

Nous verrons dans le prochain article la doctrine et les écrits gnostiques, un courant religieux parallèle au courant juif dominant dont les manuscrits apportent certaines lumières sur le style de vie de certains disciples de Jésus et leur relation avec leur maître.

A lire : La doctrine et les textes gnostiques

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