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La Bible face à la critique historique

Le complexe de la basilique de l'Annonciation dont les fondations abritent le "Puits de Marie".

Visite des lieux saints de Nazareth (III)

Bien que Jean soit le seul  à prétendre que l'Annonciation et toute l'enfance de Jésus se déroulèrent en Judée, tous les autres textes bien que plus tardifs et visiblement conformes à la tradition chrétienne considèrent que c'est à Nazareth et non à Bethléem que se déroula ce miracle et où vécut l'enfant Jésus et sa famille. De ce fait, comme expliqué dans l'introduction, Nazareth reste un lieu très symbolique pour les Chrétiens qu'ils chérissent probablement autant que leur propre village natal. Pourtant, si on consulte la littérature et les annales, à part les écrits apostoliques, aucun historien ne fait référence à Nazareth comme lieu saint. Comment expliquer ce paradoxe ?

Les historiens antiques du I et IIe siècle comme Flavius Josèphe et Tacite ne mentionnent pas Nazareth. Non pas que le village n'existait pas mais il n'a probablement joué aucun rôle dans la Guerre des Juifs. Il existe bien sûr des légendes chrétiennes remontant au IIe et IIIe siècle qui évoquent des pèlerins visitant le village ou des personnes qui prétendent être les descendants de Marie mais rien qui puisse être authentifié. Seul l'évêque et Père de l'Église Eusèbe de Césarée au IVe siècle cite le village de Galilée mais simplement pour le décrire comme un pauvre petit village.

Selon les pères franciscains, le premier texte non biblique évoquant Nazareth date de la fin du Ier siècle de notre ère et fait référence à une communauté judéo-chrétienne croyant en "Yeshua' ha-Nozrî (Jésus de Nazareth), le "nozrim" (nasaréen) qui en compagnie des "minim" (les hérétiques) faisaient partie de la douzième oraison de la bénédiction juive "Chemoné Esré" (ou "Amida" qui fait partie des prières du matin). Ce commentaire figure sur une note insérée durant le soi-disant concile de Jamnia qui se serait tenu en 90 de notre ère mais dont l'existence est purement hypothétique. Mais les preuves archéologiques sont différentes.

Des références à Jésus ont été découvertes sur quelques revêtements muraux et des mosaïques dont celle du diacre Conon dans la basilique de l'Annonciation à Nazareth (voir plus bas) qui sont antérieure au IVe siècle sur laquelle figure une supplice : "Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aidez votre servante Valeria ... et faites passer la douleur ... Amen".

L'inscription "XE MAPIA" (Réjouis-toi Marie) gravée à la base du socle d'une colonne datant entre le I-IIIe siècle de notre ère. Passez la souris sur l'image de droite pour faire ressortir le texte dont voici un agrandissement de l'inscription brute et surlignée. Cette pièce est exposée au Musée Archéologique de Nazareth attenant à la basilique de l'Annonciation.

Comme on le voit ci-dessus, les archéologues découvrirent également à Nazareth le socle d'une colonne datée entre le I-IIIe siècle sur laquelle est gravé en majuscule grec l'inscription : "XE MAPIA" (Xe Maria) c'est-à-dire "Réjouis-toi Marie" (χαίρω alias "khairo" signifiant littéralement "se réjouir"). Cette expression fait référence au Protévangile de Jacques (IIe siècle), qui évoque l'Annonciation à Marie : "Or, elle prit sa cruche et sortit pour puiser de l’eau. Alors une voix retentit : "Réjouis-toi, pleine de grâce. Le Seigneur est avec toi. Tu es bénie parmi les femmes" " (Pr.Jacques, 11:1). Le socle est aujourd'hui exposé au Musée Archéologique attenant à la basilique de l'Annonciation et au couvent des Franciscains. Ces deux preuves archéologiques attestent que Nazareth était donc un lieu vénéré entre le IIe et le IVe siècle.

Voyons à présent s'il existe à Nazareth des édifices remontant à l'époque de Jésus voire même plus anciens.

Le Puits de Marie

Comme de coutume dans la Bible (Exode 2:15a-20, Nouveau Testament) et d'autres livres traditonnels, à une époque où les lieux de rencontres n'étaient pas nombreux, la rencontre autour d'un puits est un passage obligé. Le puits est souvent prélude à un mariage et dans le cas de Marie, il fut le lieu de l'Annonciation. Cela veut également dire qu'il ne s'agit pas nécessairement d'un épisode authentique mais plutôt d'une vision traditionnelle. De toute façon, les personnages n'ont jamais publié leur biographie et tout ce qu'on en sait provient de sources indirectes et tardives.

Comme la tombe de Jésus ou la Vrai Croix (cf. le Golgotha), l'histoire du "Puits de Marie" (ou la "Fontaine de la Vierge") remonte au début du IVe siècle et au pélerinage de l'impératrice Hélène (c.247-c.330), mère de l'empereur Constantin Ier. Déjà âgée de 80 ans et convaincue de trouver des reliques authentiques dans tous les lieux saints fréquentés par Jésus, elle visita notamment Nazareth mais n'y trouva rien à l'exception d'un source.

Etant donné que les auteurs des Évangiles ne situent par précisément le puits de la Visitation et de toute évidence séduite par les fables racontées par les villageois, Hélène décida de dénommer cette source le "Puits de Marie" et fit construire une modeste basilique sur le site même. Rapidement, Hélène eut le soutient des villageois évidemment très satisfaits que ce puits devienne le symbole de la Visitation de l'ange. Et c'est ainsi que la première basilique (que certains appellent église) fut bâtie à Nazareth.

Pour l'Église catholique, le seul et authentique "Puits de Marie" est donc celui vénéré dans les fondations de la basilique de l'Annonciation dont deux photos sont présentées ci-dessous. Cette source est active au moins depuis le IIe siècle de notre ère si on accorde crédit au Protévangile de Jacques mais on ne peut pas l'attester scientifiquement. Ceci dit, dans les faits, il existe un autre Puits de Marie.

A gauche et au centre, le Puits de Marie situé dans les fondations de la basilique de l'Annonciation à Nazareth où selon la tradition catholique Marie reçut la visite de l'ange Gabriel lors de l'Annonciation. A droite, le baptistère au sous-sol de l'église Saint-Joseph située juste à côté de la basilique. Il faisait partie du culte byzantin de l'église construite au-dessus de la grotte de Saint-Joseph datant de l'époque romaine et dont l'eau provenait du Puits de Marie. Un baptistère similaire mais sans mosaïque se trouve sous la structure octogonale de la basilique de l'Annonciation, ce qui témoigne à l'époque d'une certaine rivalité entre judéo-chrétiens. Documents Mapio, Francesco Dazzi et Leigh Schmidt.

Pour ne pas déroger aux conséquences du schisme des Églises chrétiennes, l'Église orthodoxe a considéré que l'Annonciation n'avait pas eu lieu à l'endroit indiqué par Hélène et accepté par Rome mais à un autre endroit situé à 500 mètres de là, à l'emplacement du "Puits de Marie" cité dans les apocryphes de l'Évangile du Pseudo-Matthieu (ou Évangile de la Nativité de Marie) et le Protévangile de Jacques précité.

L'Église orthodoxe Saint-Gabriel présentée ci-dessous à gauche fut donc érigée au-dessus de cette source en 1767, sur les ruines d'une modeste église byzantine citée par l'hégoumène (abbé) russe Daniel au XIIe siècle qui décrit la source comme suit : "Nous sortîmes ensuite de la ville pour nous diriger vers la partie est, nous trouvâmes un puits très profond méritant notre attention, contenant de l’eau fraîche, et qui peut se descendre grâce à des marches d’escaliers ; une église ronde dédiée à l’Archange Gabriel recouvre ce puits".

A gauche, l'église orthodoxe Saint-Gabriel érigée au-dessus de l'une des sources de Nazareth qui aurait alimenté le puits où l'ange Gabriel serait apparu à Marie lors de l'Annonciation. A droite, tout près de cette église orthodoxe se trouve le "Puits de Marie" (photographié en 2009) dont les trois bouches sont aujourd'hui fermées au profit des deux lieux de cultes. L'endroit n'attire plus personne. Document Nicola et Pina Israele.

Puis en 1911, on découvrit une autre résurgence 150 mètre au nord, sur le flanc du mont Gebel es-Sik d'où un canal de 17 mètres de longueur amenait l'eau au jour. On en déduit qu'à l'époque, Marie puisait l'eau un peu plus au nord, là où se trouvait "une source si limpide et si pure qu'elle ne pouvait même pas y voir refléter sa propre image, faite pour la seule joie du Père" comme l'a écrit Georges Bernanos (1888-1948) dans son livre "Journal d'un curé de campagne" (1936/2015, p1193).

Naturellement, aucune des deux Églises n'a souhaité déplacer son lieu de culte à l'endroit de cette nouvelle source.

Des bains publics romains

Heureux hasard de l'histoire, dans les années 1990 le couple Elias et Martina Shama qui tenait un magasin de souvenirs Cactus juste en face du Puits de Marie situé près de l'église orthodoxe, fut victime d'un dégât des eaux et découvrit que la fuite d'eau provenait vraisemblablement de la source alimentant le puits. En effectuant des travaux pour assécher les murs, ils découvrirent des passages souterrains suite à quoi ils eurent la bonne idée d'avertir les autorités qui firent appel à des archéologues. Des excavations furent entreprises au sous-sol de leur magasin ainsi qu'au Puits de Marie et tout autour en 1997 et 1998 sous l'égide de l'Autorité Israélienne des Antiquités (IAA) dont les résultats finaux furent publiés en 2012 par Ariel Berman dans les rapports de l'IAA édités par Yardenna Alexandre (cf. IAA Reports, 49, 2012).

A gauche, illustration intitulée 'Well at Nazareth" dessinée par William H. Bartlett et gravée sur une plaque d'acier par C.Cousen en 1847 et colorée à la main. Le dessin mesure 19.5x13.0 cm. Bartlett fit notamment des voyages au Moyen-Orient dans les années 1840. Des estampes originales sont en vente sur le site Voyage en papier. Au centre, le "Puits de Marie" (la "Fontaine de la Vierge") à Nazareth photographié entre 1934-1939 (réf.00447). A droite, Nazareth et le mont Tabor situé à 8 km à l'est photographiés vers 1900-1920 (ref.mat05532). Photos prises par G.Eric et Edith Matson de Matson Photo Service et conservées à la Bibliothèque du Congrès à Washington DC.

En 2004-2005, des analyses radar (GPR à 225 et 450 MHz) du sous-sol conduites par des chercheurs américains ont montré que le réseau d'eau s'étendait jusqu'aux bains publics qui furent datés de l'époque byzantine par l'archéologue Richard Freund de l'Université de Hartford et membre de l'équipe.

Selon ces chercheurs, la datation au carbone-14 indiqua que ce bâtiment fut quelquefois utilisé entre l'an 1300-1400. La datation des structures et des fours chauffant l'eau des bains a également montré qu'ils dataient de l'époque des Croisés. On découvrit également que l'édifice semble avoir été construit sur un ancien bain public datant de l'époque romaine et les artefacts découverts sur le site montrent qu'il était fréquenté il y a 2000 ans. Mais ceci ne prouve pas que la source d'eau existait déjà à l'époque de Jésus. Cela prouve simplement que de l'eau alimentait le bain public romain, eau qui pouvait très bien provenir du wadi tout proche.

Dans les années 1950, le réseau aquifère de Nazareth fut connecté au réseau national de Mekerot mais il s'avéra bientôt que l'eau non traitée n'était plus potable. Les habitants apprirent beaucoup plus tard que l'eau était polluée par des infiltrations d'eaux usées.

Les fondations des bains publics datant de l'époque des Croisés découvertes sous le magasin de souvenirs situé en face du Puits de Marie et non loin de l'église orthodoxe. Sous ses ruines se trouvent celles d'un ancien bain public romain utilisé il a 2000 ans. Doc Harry M. Jol et al., 2005.

Le Puits de Marie fut rénové en 1967 puis en 2000 où il fut définitivement fermé au profit des sources situées en amont dans les lieux de culte catholique et orthodoxe.

Le dernier nettoyage du puits ayant été effectué dans la seconde moitié du XVe siècle, les archéologues s'attendaient à découvrir quantité d'objets intéressants. En effet, comme tous les puits ayant un rôle symbolique, de nombreux objets furent jetés dans ce puits, notamment des pièces de monnaie, des poteries, des céramiques et des objets en verre. Parmi ces objets, il y avait des céramiques datant de l'époque mamelouk (des Égyptiens contrôlèrent la Palestine à partir de 1250 avant d'être intégrée à l'Empire Ottoman en 1516) et des périodes plus récentes. On découvrit également 165 pièces de monnaie d'époques plus récentes et surtout 2 pièces de l'époque hellénistique, 10 pièces Hasmonéennes d'Alexandre Jannaeus (104-76 avant notre ère), 2 pièces d'Hérode le Grand (27 à 4 avant notre ère), 1 pièce d'Archelaus (-4 à +6 de notre ère) et 1 pièce d'Antonius Felix (datée de 54 de notre ère).

On peut s'étonner de trouver des pièces de monnaie de différentes époques mais il faut savoir que les pièces frappées du temps d'Hérode le Grand restaient en circulation tant que ses successeurs ne frappaient pas leur propre monnaie. Etant donné que le puit fut nettoyé au XVe siècle, on suppose qu'avant cette date, il contenait beaucoup plus de pièces datant du Ier siècle, mais ce n'est qu'une supposition.

Malgré la présence de quelques tessons de poterie et de pièces de monnaies de l'époque romaine, selon le rapport d'Alexandre il est difficile de prouver que le puits était déjà utilisé à l'époque de Jésus. Une chose est certaine, ces travaux ont permis de découvrir tout un réseau aquifère souterrain suggérant que le Puits de Marie représentait la principale source d'approvisionnement en eau potable certainement depuis l'époque byzantine, c'est-à-dire dès le IIIe siècle.

En résumé, au-delà des clivages confessionnels, le "Puits de Marie" de la basilique de l'Annonciation est alimentée par la même nappe aquifère que celui de l'église orthodoxe Saint-Gabriel.

Fouilles archéologiques dans les lieux de culte

Les fouilles archéologiques conduites notamment par le père Bellarmino Bagatti entre 1954 et 1971 ont permis de découvrir à Nazareth une petite maison d'une pièce appelée la "Maison de Marie". Elle fut construite juste au-dessus ou devant la "grotte de l'Annonciation" également appelée le "martyrium du diacre Cronon" ou plus simplement la "grotte de Conon" qui servit de cave ou de cellier troglodyte. Elle rappelle la "Maison de Pierre" de Capharnaüm datant du Ier siècle et où vécut Jésus qui fut découverte en 1968 par des archéologues sous les fondations du martyrium d'une ancienne église byzantine octogonale et à 30 m au sud de la synagogue.

A voir : Les ruines sous la basilique de l'Annonciation, ASSBC

Ci-dessus à gauche, le niveau inférieur de la basilique de l'Annonciation, juste devant l'entrée de la Chapelle de Ange qui permet d'accéder à la "grotte de Cronon" (le Martyrium). A droite, la mosaïque de Conon sur le sol de la grotte de l'Annonciation. Ci-dessous à gauche, la "grotte de Cronon" qui servit de cave ou de cellier troglodyte. A droite, les rameaux peints sur les parois de la "grotte de Croon". Documents du Sanctuaire de Nazareth.

La grotte de l'Annonciation de Nazareth fut très tôt considérée comme un sanctuaire car selon la tradition chrétienne catholique, c'est le lieu de l'Annonciation de l'ange Gabriel à Marie. Aujourd'hui, pour arriver dans la grotte de l'Annonciation, il faut descendre sept marches et traverser la Chapelle de l'Ange vers un second escalier qui permet de remonter. Ces deux escaliers furent construits à l'époque des Croisés. On y reviendra.

Comme on le voit ci-dessus, la grotte de l'Annonciation comprend des peintures, des prières et des graffiti relatifs au culte des martyrs tracés par les pèlerins. On retrouve ce thème dans certaines lieux de receuillement des Templiers. Sur les murs de la grotte sont peints des rameaux (le signe du Messie, cf. les prophéties) dont certains sont fleuris. Les mêmes thèmes ont été peints dans les catacombes de Rome où les premiers chrétiens témoignaient de leur foi en la résurrection du Christ et des martyrs. Devant l'entrée se trouve une mosaïque portant l'inscription en grec : "Don de Conon, diacre de Jérusalem". Mais elle date de l'époque byzantine et n'a donc pas été offerte par le saint martyr (martyrisé en 249 en Pamphylie, en Asie Mineure) mais sans doute par un homonyme fidèle au diacre.

La petite "Maison de Marie" construite en moellons devait accueillir la première communauté chrétienne de Nazareth mais s'avéra rapidement trop petite. Aussi, au fil du temps, comme l'a notamment découvert le père Bagatti, au-dessus d'elle toute une série d'églises furent bâties puis détruites.

Les fouilles dont on trouvera un compte-rendu sur le site de la Custodie des missionnaires franciscains en Terre Sainte ont montré que cela commença par une première église-synagogue qui fut érigée au IIe siècle.  Ensuite, sur ses ruines, une église byzantine fut construite au Ve siècle. Puis les chrétiens construisirent une petite église romaine au-dessus de la précédente. Il n'en reste que les fondations de quelques murs et des fragments de sols en mosaïques, dont les motifs représentent des croix. Cette église fut vraisemblablement construite avant 427 car c'est à cette date que l'empereur romain Théodose II (401-450) interdit de mettre des croix sur le sol des églises. Cet édifice présente une architecture typiquement byzantine avec un petit bâtiment à trois nefs précédé d’un grand atrium (cour ouverte), d'une sacristie à droite et des chambres pour les prêtres. Cette église fut totalement détruite lors des invasions arabes au XIIe siècle. Une nouvelle église fut édifiée par les Croisés au XIIe siècle, négligeant le plan byzantin et recentrant le bâtiment sur l'ancienne habitation de l’époque romaine.  Lors des fouilles réalisées à la fin du XIXe siècle, on découvrit une cuve avec un sol en mosaïque ressemblant à un baptistère comportant une seule vasque aménagée dans une sorte de petite crypte cubique à laquelle on accède par quelques marches creusées dans le calcaire (voir photo plus haut).

Vues panoramiques des niveaux supérieur (au-dessus) et inférieur (en dessous) de la basilique de l'Annonciation. Le niveau inférieur abrite la Chapelle de l'Ange (à gauche) et la grotte de l'Annonciation. Documents Nazareth360 et Mordagan/Ministère israélien du Tourisme.

Ensuite, on n'entendit pratiquement plus parlé de Nazareth. En effet, suite aux guerres entre les juifs et les perses puis les arabes, le village fut totalement rasé en 1263 par le sultan mamelouk Baybars. Les archéologues ont toutefois révélé le plan entier de l'église et mis à jour de très beaux chapiteaux, comparables à ceux de la basilique de Vézelay en France, témoignant qu'à cette époque Nazareth était bel et bien un lieu saint.

Alors que Nazareth fut rasé, Sepphoris bien que déserté et n'abritant plus qu'environ 2400 personnes, fut épargné et colonisé par les arabes (palestiniens). Mais aujourd'hui il ne reste que quelques ruines et des mosaïques romaines préservées dans le Parc National de Zippori.

Nazareth resta en ruine jusqu'au XVIIe siècle, lorsque la Custodie franciscaine de Terre Sainte s'établit à Nazareth en 1620 et reçut l'autorisation de construire un monastère et une église à proximité de la grotte de l'Annonciation.

L'église Grecque Catholique de Nazareth également appelée l'église de la Synagogue.

Signalons également qu'à 100 mètres au nord du couvent des Soeurs de Nazareth et à 100 m à l'ouest de l'église Saint-Joseph attenante à la basilique de l'Annonciation, juste avant la mosquée Blanche, se trouve l'église Grecque Catholique ou église de la Synagogue. L'édifice aurait été bâti sur les ruines de la synagogue où se rendait la famille de Jésus et où il étudia les textes sacrés. C'est aussi dans cette synagogue que Jésus lut le livre d'Isaïe et créa un scandale en annonçant qu'il était le Messie au point que les villageois manquèrent de le lincher suite à ses propos jugés sacrilèges.

L'édifice actuel date de l'époque des Croisés et comme on le voit à gauche, il comprend une seule pièce rectangulaire faite de moellons et comprenant une voûte en berceau légèrement appointie.

La synagogue fut transformée en église au XVIIIe siècle par les chrétiens de confession grecque. En 1741, elle fut la propriété dess Franciscains qui la restaurèrent avant de la céder à l'Église copte orthodoxe en 1771. C'est le bâtiment que l'on peut visiter aujourd'hui.

Entre-temps, en 1730 le Sultan ottoman accorda aux Franciscains la permission de construire une nouvelle église qui survécut jusqu'en 1954, où on décida de la démolir pour construire la basilique de l'Annonciation. Profitant de cette opportunité pour fouiller le site, c'est à cette occasion que le père Bagatti et les archéologues découvrirent les ruines d'anciennes structures. Peu avant, comme Sepphoris, Nazareth fut reconquis par l'armée israélienne en 1949 et recolonisé par ses habitants de toutes confessions.

Nazareth aujourd'hui

Navré de le dire, mais le Nazareth biblique n'existe pratiquement plus en dehors des pierres calcaires creusées servant de pressoirs à raisins, des carrières et des ruines cachées sous les édifices religieux modernes construits sur les lieux saints.

Même si le coeur de la vieille ville abrite encore quelques vieilles bâtisses avec des frontons sculptés dans la pierre et de magnifiques rues pavées ou des arches d'époque, ces constructions n'ont pas 400 ans voire à peine 200 ans et certaines accusent le passage des années. Finalement, c'est encore le vieux marché et quelques bâtiments transformés en hôtels comme le Fauzi Azar Inn qui sont les mieux conservés.

Parmi les autres anciens bâtiments restaurés de Nazareth, il y a le vieux marché toujours très fréquenté construit au XVIIe siècle. Il y a également l'ancienne résidence "el Saraya" (le palais en turc) de style Ottoman du gouverneur de Galilée Daher El-Omar construite en 1730 et rénovée en 1857. Au XIXe sècle, on construisit la Mosquée Blanche puis un centre éducatif et culturel ainsi que le Musée Archéologique de Nazareth. 

Enfin, à la fin du XIXe siècle les Templiers allemands construisirent un moulin (el Babour) et des silots à grains pour aider les fermiers de Nazareth. Aujourd'hui, cet ancien moulin situé dans la vieille ville a été transformé en magasin où l'on vend des graines, des épices y compris des mélanges pour les préparations culinaires traditionnelles israéliennes, jordaniennes ou syrienne (à base d'agneau, Mansaf, Kebbeh, etc.), de l'huile, du thé, des fruits séchés et d'excellents pains de céréales au miel ou épicés. Ces produits et ces préparations n'ont pas changé depuis 2000 ans.

Nazareth est devenue une ville moderne et tout ce que nous voyons aujourd'hui remonte approximativement au milieu du XXe siècle. La ville s'organise autour de la nouvelle basilique de l'Annonciation construite entre 1960 et 1964 (et inaugurée en 1969 par le pape Paul VI) sur l'emplacement de l'église franciscaine bâtie en 1730, elle-même érigée sur les ruines de l'église des Croisés détruite en 1263 qui, rappelons-le, repose elle-même sur les fondations des anciennes églises.

Images de Nazareth : Dyxum - Flickr - Bibliothèque du Congrès

A gauche, Nazareth photographié entre 1934-1945 (réf.09027). A droite, Nazareth vue depuis le côté est photographié en octobre 1945 (réf.12634). Ces photos furent prises par G.Eric et Edith Matson de Matson Photo Service.

Aujourd'hui, Nazareth compte plus de 225000 habitants en comptant sa métropole qui s'étend sur plus de 20 km2 et a transformé toutes les collines avoisinantes en lotissements. 

Sur les plans démocraphique et culturel, Nazareth se compose de trois populations de confession différente réparties dans deux secteurs aujourd"hui considérés comme deux villes distinctes : Nazareth administrée par l'arabe musulman Ali Salaam (2015) et Nazareth Illit administrée par l'israélite juif Shimon Gapso. La vieille ville appellée la ville basse représente environ 75000 habitants (2015) avec sa banlieue comprenant environ 70 % de musulmans et 30 % de chrétiens. Pour Ali Salaam, Nazareth est "la plus grande ville arabe d'Israël". Le coeur de la vieille ville occupe environ 1 km2 mais les faubourgs s'étendent sur 2-3 km à l'ouest et au nord. La ville haute appelée Nazareth Illit ("Illit" signifiant "haute") fut bâtie en 1956 pour recevoir les nouveaux immigrants juifs. Elle s'étend à l'est et au nord-est de la vieille ville et de la voie rapide Derech ha-Tsiyonut. Elle couvre environ 4 km2 et est en extension. La majorité des institutions ont été déplacées dans cette partie de la ville, visiblement plus belle, plus commerçante et plus riche qui est habitée par environ 40000 juifs (2015).

A gauche, la basilique de l'Annonciation avec sa façace caractéristique en éventail. La grotte de l'Annonciation se trouve sous la basilique. On aperçoit également l'aile gauche du couvent franciscain (toit orange) attenant qui abrite le musée archéologique. L'église Saint-Joseph se situe hors-champs sur la gauche. A droite, une des rares belles ruelles de la vieille ville. Ci-dessous à gauche, le vieux marché de Nazareth. A droite, le très actif Centre International Marie de Nazareth (ocre et beige clair), un centre culturel et un lieu de prière situé rue Al-Bishara, juste à l'ouest de la basilique de l'Annonciation. Documents Nazareth360, Claire Bastier et Ministère israélien du Tourisme.

Si l'urbanisme et le trafic routier ont défiguré tout le paysage urbain de Nazareth, il existe encore ci et là des espaces verts, notamment des vergers, des oliviers et des chemins de terre dans la région des anciennes sources situées au sud de la ville et près du mont du Précipice (le fameux escarpement, cf. Luc 4:28-30) situé 2 km au sud-sud-ouest mais où fut érigé un hôtel de luxe. Heureusement, la campagne n'est jamais très loin et reste verdoyante et on peut imaginer qu'elle ressemble à celle des temps bibliques, les champs en moins. Ainsi, comme on le voit ci-dessous, toute la vallée de Jezreel située au sud de Nazareth (autour des villes de Afoula et Iksal, cf. Google Maps) qui s'étend jusqu'au-delà du mont Tabor (575 m) situé à 8 km à l'est de Nazareth a résisté à l'emprise du béton. La plupart des autres lieux accessibles ont soit été urbanisés soit transformés en zone agricole et en cultures intensives, un secteur où les Israéliens sont passés maître.

A gauche, une vue panoramique de la vallée de Jezreel vue depuis le mont du Précipice faisant partie des falaises du mont Kedumim en direction du sud-est. On distingue les villages d'Iksal à gauche suivi de celui de Daburiyya juste devant le mont Tabor (575 m) à l'arrière-plan sur lequel furent érigées l'église de la Transfiguration et le monastère grec orthodoxe Saint Elias. Le lac de Galilée se trouve sur la gauche du mont Tabor, à 25 km de ce dernier. La ville basse de Nazareth est hors champ, juste sur la gauche. Sur la droite de l'image on distingue le mont Moreh (515 m). A droite, Nazareth vue depuis le mont Tabor. Documents Ray Vander Laan et Vladan Scekic (2015).

Politiquement, Nazareth est une ville arabe juive. Mais dès 1956, le maire de Nazareth Illit s'est juré de judaïser sa ville et en accord avec la Knesset (l'assemblée législative, l'équivalent du Parlement), il expropria des terrains abandonnés par les Arabes et revenant à la vieille ville pour bâtir les nouveaux quartiers de Nazareth Illit. Aujourd'hui, la ville haute occupe quatre fois la superficie de Nazareth et Shimon Gapso lui a réservé un budget et des services dignes d'une métropole quatre fois plus peuplée au détriment de Nazareth. Bien que le maire de Nazareth soit modéré et souhaite une bonne coexistence entre Arabes et Juifs (il y a beaucoup moins de problèmes avec les Chrétiens), ces inégalités et cette cohabitation entraînent des conflits politiques avec la Ligue arabe dirigée par le député Ayman Oudah et des relations houleuses entre Arabes et Juifs.

Panorama de Nazareth et de la basilique de l'Annonciation à plus de 50 ans d'intervalle (à gauche, une carte imprimée dans les années 1970 - type CPM - reproduisant une photo datant d'avant la période d'immigration qui débuta vers 1956 à comparer aux deux photos de droite prises dans les années 1990-2000). Documents anonyme et AP.

Cette excursion clôture notre visite de Nazareth. Revenons à notre critique historique.

A présent que la famille de Jésus est installée à Nazareth et que Joseph y travaille comme charpentier, nous décrirons dans le prochain chapitre ce que les archéologues et les biblistes ont appris sur un sujet méconnu voire inavoué, à savoir les frères et soeur de Jésus et quel est le point de vue de l'Église sur ce sujet longtemps resté tabou.

A lire : Les frères et soeurs de Jésus

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