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La Bible face à la critique historique

L'apôtre Simon le Zélote dit le Cananéen peint par un anonyme influencé par Caravage (et non peint par Caravage) vers 1600-1650 exposé chez Hoogsteder & Hoogsteder à la Haie, aux Pays-Bas.

Des révoltes juives à la destruction du second Temple

Rappelons brièvement quelles furent les personnages qui gouvernèrent la Palestine au début du Ier siècle de notre ère et les révoltes que certains ont dû gérer.

La période Hérodienne

Hérode le Grand régna en tant que roi de Judée de 37 à 4 avant notre ère. Selon la tradition dont l'annonce faite par les rois Mages, ce serait sous son ordre que furent tués tous les bébés juifs jusqu'à 2 ans. Mais comme nous l'expliquerons à propos de la naissance de Jésus, le "Massacre des Innocents" n'est pas attesté et fait probablement partie des légendes.

Après sa mort, c'est son premier fils Hérode Archéloas, Ethnarque de Judée, de Samarie et d'Idumée (ancien Edom) qui régna entre 4 avant notre ère et 6 de notre ère. En parallèle, son second fils Hérode Antipas fut Tétrarque de Galilée et de Pétrée de 4 avant notre ère à 39 de notre ère. Ensuite, Hérode Philippe II, fils d'Hérode le Grand et de Cléopâtre de Jérusalem fut Tétrarque de Batanée, de Gaulanitide (le Golan), de Trachonitide (Argob) et d'Auranitide (Hauran) de 4 avant notre ère à 34 de notre ère.

Grâce et disgrâce de Ponce Pilate

En l'an 36 soit 10 ans après son arrivée en Judée, Ponce Pilate réprima une révolte de Samaritains armés sur le mont Garizim comme le précise Flavius Jospèhe ("Antiquités Judaïques", Livre XVIII, IV, 3 et VI, 10) mais qui évite de mentionner le nom de l'intigateur car il s'agissait d'un rassemblement messianique dans le cadre de l'Apocalypse et de la venue proche de la Fin des Temps annoncée par Jésus. C'est à cette occasion que les soldats romains firent prisonniers plusieurs chefs et personnalités juives en vue que Pilate fit crucifier. Juste retour des choses diront les Juifs et les Chrétiens, suite à des plaintes du conseil des Samaritains au sujet de cet incident, Ponce Pilate fut destitué par Lucius Vitellius, légat de Syrie (qui fut aussi chef d'armée, consul et sénateur romain) et renvoyé à Rome pour s'expliquer au cours d'un procès exceptionnel devant l'empereur Tibère (qui régna de 14 à 37).

Selon Eusèbe de Césarée, Ponce Pilate fut disgracié et exilé à Vienne où il se serait suicidé la troisième année du règne de Caligula (37-41) soit en 40 mais d'autres sources indiquent qu'il mourut en Italie en 38. Selon la tradition éthiopienne, Pilate aurait été condamné au martyre et exécuté à Rome. En fait, officiellement on perd la trace de Ponce Pilate lors de son procès à Rome.

Procurateurs et émeutes se suivent et se ressemblent

Ensuite, en 36 Vitellius nomma Marcellus préfet de Judée mais son mandat fut bref et il ne publia aucun décret. A la fin de la Pâque 37, Vitellius en profita également pour destituer le grand prêtre Caïphe et nomma Jonathan ben Hanan pour le remplacer. Ensuite, l'empereur Caligula (qui régna de 37 à 41) nomma Marullus, hipparque de Judée, pour remplacer Pilate jusqu'en l'an 41.

Enfin, Agrippa Ier dit Hérode Agrippa, fils d'Hérode Antipas et petit-fils d'Hérode le Grand fut élu roi et régna sur la Batanée et la Trachonitide à partir de 37 de notre ère puis, après l'assassinat de Caligula et grâce à sa collaboration avec les princes impériaux romains, il acquit en 41 les provinces d'Archélaos, d'Idumée, de Judée et de Samarie, soit un territoire aussi vaste qu'à l'époque du roi Hérode le Grand. Les Juifs lui furent reconnaissant d'avoir travaillé au bénéfice du "peuple élu" au détriment des Syriens et des Grecs, avec l'espoir qu'un jour leur pays serait libéré et souverain. Mais Hérode Agrippa mourut en 41 à Césarée, probablement empoisonné par ses opposants Syriens ou Grecs. Hérode Agrippa fut le dernier roi juif.

Ensuite, le pouvoir local fut le plus souvent attribué à des procurateurs romains corrompus, ce qui révolta les Juifs et donna lieu à des actes que nous qualifierons aujourd'hui de terrorisme comme il y en avait déjà à l'époque de Jésus.

Plutôt que de confier la fonction royale au fils inexpérimenté Hérode Agrippa II (c27-c100) alors âgé d'à peine 15 ans, Rome choisit d'abord de placer à la tête des provinces juives le procurateur Cuspius Fadus jusqu'en 46. Celui-ci réprima notamment la révolte de Theudas, un prophète messianique évoqué dans les "Actes des Apôtres" et les "Antiquités Judaïques" de Flavius Josèphe.

L'empereur Claude nomma ensuite Tiberius Julius Alexander gouverneur de Judée qui assura cette fonction jusqu'en 48. Il fit notamment exécuter les frères Jacques et Simon, fils de Judas le Galiléen, considéré comme les chefs des Zélotes.

Son successeur fut le procurateur Ventidius Cumanus entre 48 et 52. Parmi les faits marquants, il réprima une émeute à Jérusalem en 48 ou 49 suite à un fait d'exhibitionnisme d'un Romain pendant une fête religieuse et d'un autre soldat romain qui brûla des rouleaux de la Torah. Le coupable fut exécuté pour éviter toute révolte juive.

La maquette de Jérusalem et du second Temple appelé le Temple d'Hérode vue en direction du nord tel qu'il était vers 66 de notre ère, juste avant la Grande Révolte contre les Romains qui conduisit à sa destruction. Le Temple fut construit sur le mont Moriah et selon la tradition, sur le Rocher de la fondation qui se trouve aujourd'hui sous le dôme du Rocher (la mosquée). La maquette du temple fut réalisée par le Musée d'Israël en pierre calcaire identique à celle qui servait dans l'Antiquité. La maquette est à l'échelle 1:50 et s'étend sur quelque 400 mètres carrés. Elle est présentée sur le campus du Musée d'Israël. De ce second Temple tout monumental et majestueux qu'il fut, il ne reste qu'une partie des murs occidentaux, sud et orientaux dont le célèbre "mur des Lamentations" (voir plus bas). Certains associations juives voudraient aujourd'hui reconstuire un troisième Temple sur l'esplanade (la Menorah en or est déjà fabriquée) mais étant donné les relans prophétiques qui lui sont associés, le projet n'a toujours pas été accepté.

Mais la situation s'aggrava en 51 quand des pèlerins de Galilée furent assassinés dans un village de Samarie. Cumanus n'ayant pris aucune mesure, des Zélotes massacrèrent plusieurs villages samaritains. Cette fois ils furent arrêtés et exécutés sur ordre de Cumanus. Mais l’affaire arriva jusqu'à Ummidius Quadratus, gouverneur de Syrie, qui exila Cumanus en 52.

Ensuite, c'est le Grec Antonius Félix qui fut nommé procurateur par son protecteur l'empereur Claude entre 52 et 60. Très peu diplomate et injuste, sa politique entraîna le développement du parti Zélote. Félix emprisonna leur chef Eléazar et ordonna que le grand prêtre sacrificateur du Sanhédrin Jonhatan, fils d'Anne, soit exécuté par des sicaires (des dissidents juifs opposés à Rome) que Flavius Joseph qualifie de "brigands".

C'est à cette époque qu'apparaissent de nouveaux plusieurs prophètes, toujours persuadés que la Fin des Temps est imminente qui susciteront immédiatement une répression violente des Romains, conflit qui fut suivi de tensions sociales entre les Juifs et les grands-prêtres toujours avides d'argent au détriment des prêtres subalternes.

Une nouvelle émeute survint à Césarée en 54 où les Juifs se révoltèrent contre le statut de la ville et pour plus d'égalités sociales. Ce conflit opposant Juifs et Syriens fut arbitré par l'empereur Néron qui finalement décréta la souveraineté des Syriens et fit de la ville une cité grecque dans laquelle les Juifs n'avaient plus aucun droit, ce qui accentua leur colère contre les Romains.

En 60, Antonius Félix fut rappelé à Rome par Néron et remplacé par Porcius Festus jusqu'à sa mort en 62. Il eut le temps de faire arrêter l'apôtre Paul de Tarse qui était alors le leader chrétien qui après de multiples remises en liberté et réarrestations fut finalement condamné à mort et décapité à Rome en 64. On y reviendra.

Puis Lucceius Albinus fut procurateur de Judée entre 62 et 64. Il ne chercha qu'à s'enrichir en libérant des prisonniers contre rançon, ce qui hâtisa encore un peu plus l'hostilité des Juifs. Une fois de plus, les Zélotes recoururent aux prises d'otages, notamment celle de l'ancien grand prêtre Ananos (Hanan en hébreu) pour libérer les prisonniers. C'est pendant sa gouvernance que le grand prêtre Ananos arrêta Jacques le Juste et le condamna à mort par lapidation ainsi que d'autres disciples. On y reviendra aussi à propos de la querelle paulienne.

Suite aux prises d'otages incessantes des sicaires, la libération de tous les prisonniers et des bagarres entre Juifs pour le poste de grand prête, Rome rappela Albinus qui fut remplacé par le procurateur Gessius Florus qui dut gérer un pays révolté et une capitale de Judée en proie à des pillages récurrents entre 64 et 66.

Résultat inévitable de ces révoltes incessantes, Rome réagit tellement violemment que l'Histoire en conserva des traces lourdes de sens jusqu'à aujourd'hui.

La destruction du second Temple

En 66 de notre ère, lors d'un sacrifice rituel pour le compte des Romains, une somme de 17 talents appartenant au trésor du Temple fut détournée au profit du procureur Gessius Florus. Cette somme représente 232560 euros, l'équivalent de 15 à 23 lingots d'or de 1 kg selon son cours actuel ou encore 3060 aurei, 306000 sesterces de bronze ou 76500 deniers d'argent (cf. les monnaies romaines). Ce détournement pour le moins conséquent décida Eléazar, le chef de la police du Temple et fils du grand prêtre Anasias à ne plus accepter le sacrifice quotidien pour l'Empereur.

L'historien français Ernest Renan, déjà cité à propos de sa critique de la Bible, compara cette révolte à la révolution française de 1871. Sous la conduite des Zélotes, des groupuscules de juifs pourchassèrent et mirent en fuite la XIIe légion romaine du gouverneur Cestius Gallus de Syrie puis s'emparèrent de Jérusalem et contrôlèrent finalement les deux provinces romaines ou trétrachies de Judée et de Galilée. Rappelons qu'à partir de 66, la nouvelle ville romaine de Sepphoris (Zippori) située 6 km de Nazareth était la capitale de la Galilée.

A gauche, le buste du général Flavius Vespasien qui vécut entre 9-79 de notre ère. A droite, gros-plan sur la fresque sculptée le long du passage du pilier sud de l'Arc de Titus érigé à Rome. Ce monument historique commémore la victoire des Romains lors de la Guerre des Juifs (66-74 de notre ère), un symbole douloureux à la fois pour les Juifs et les Chrétiens. Notons que cette importante fresque, l'une des plus anciennes de cette époque, retrouva ses couleurs originales en 2017 grâce au travail conjoint de plusieurs chercheurs et scientifiques comme le montre cette vidéo sur YouTube.

Face à cette révolte, en 67 Rome envoya sur place le général Flavius Vespasien qui reprit le contrôle des deux tétrarchies en 68. La mort de Néron[1] en 68 conduisit Vespasien à quitter la Palestine pour gérer temporairement le pouvoir à partir d'Alexandrie, en Egypte. Les légions romaines étant au repos, les Juifs en profitèrent pour se réorganiser. Devenu empereur et résidant à Rome, Vespasien délégua le commandement des légions de Judée à son fils Titus.

Après un conflit de 4 ans, accompagné d'une armée constituée de quatre légions et de troupes auxiliaires totalisant plus de 50000 soldats et secondé par Tibère Alexandre, Titus fit le siège de Jérusalem juste avant la Pâque de l'an 70 et s'empara de la ville dans le courant de l'année suivante. Le Temple ainsi que l'Arche d'alliance furent de nouveau détruits. On a bien recherché la trace de l'Arche d'alliance, mais tout laisse à penser que le métal fut fondu et réutilisé.

Dans son livre "La Guerre des Juifs" (Livre VII, 6, 203) Flavius Josèphe qui combattit Rome durant cette révolte avant de capituler et devenir citoyen romain et ami de Vespasien, précise que lors du siège de Jérusalem, les Juifs fuyèrent la capitale mais furent capturés et condamnés à mort par les Romains qui procédèrent jusqu'à 500 crucifixions par jour, un supplice que Josèphe considère comme "la plus impitoyable des morts". Il raconte qu'il y avait tellement de croix sur les collines de Jérusalem que finalement tous les arbres furent abattus. Les Romains laissèrent derrière eux des dizaines de milliers de morts, en majorité civils. Selon Josèphe, "le nombre de morts surpassait celui des meurtriers". Les Romains récupèrent tellement d'or dans Jérusalem que son cours s'effondra dans tout l'Empire, ils firent tellement d'esclaves que son cours s'effondra également. On raconte que les principaux monuments érigés à cette époque à Rome furent construits par des Juifs.

A voir : Webcam en direct sur la place du Mur des Lamentations

Plan de l'esplanade du mont du Temple à l'époque de Jésus

Les Portes de Jérusalem - Carte de Jérusalem (2000)

Vues générales des murs hérodiens du second Temple de Jérusalem et des remparts de la ville. Ci-dessus à gauche, le Mur occidental photographié en 2011 que les hébreux surnomment le "Kotel Maaravi" mieux connu sous le nom de "Mur des Lamentations". Il s'agit du mur de soutènement de l'esplanade du second Temple bâtie au Ier siècle avant notre ère faisant partie de ce qu'on appelle le Temple d'Hérode. On reconnaît au fond à gauche le dôme doré de la mosquée Al-Sakhrah ou Dôme du Rocher. Au centre, l'angle entre le rempart occidental et le rempart sud. A droite, le rempart sud avec le dôme gris de la mosquée Al-Aqsa. Ci-dessous à gauche, le mur de soutènement et le pavement défoncé par les chutes de pierres lors de la destruction du second Temple. Au centre, le rempart oriental avec sa Porte Dorée. Selon la tradition, Jésus serait entré dans Jérusalem par cette porte dont voici une vue générale prise de biais (photo de Exruefrontenac). La porte fut murée en 1521 puis des tombes ont été placées par les arabes devant la porte afin que le Messie lors sa prochaine venue le jour du Jugement Dernier ne puisse pas accéder au parvis. La vallée du Cédron s'étend au bas de cette muraille. A droite, à l'origine l'entrée sud du Temple conduisait à la Cour des Gentils via les trois Portes de Houldah dont les arches furent par la suite obstrués avec des briques. Houldah rend hommage à la prophètesse du même nom (la Torah mentionne sept prophétesses) mentionnée dans le livre des Rois (2 Rois 22:14-20) qui vécut à l'époque de Josias (VIIe siècle avant notre ère). Documents T.Lombry, Alina Andrusaitis, 123RF, HolyLandPhotos, Nikodem Nijaki et GettyImages.

Comme on le voit ci-dessus, de cette époque, il ne reste aujourd'hui qu'une partie du mur ouest de soutènement du second Temple, le fameux "Mur des Lamentations" ("Kotel Maaravi" en hébreu) ou Mur occidental par référence au livre des Lamentations de Jérémie.

Précisons qu'il ne pas confondre ces murs avec les remparts ou la muraille qui encercle la vieille ville dont voici le plan en l'an 2000 qui fut construite au XVIe siècle par le sultan ottoman Soliman le Magnifique. En partant de l'Est, la muraille comprend notamment le rempart oriental devant lequel se trouve des tombes arabes, la Porte des Lions, la Porte d'Étienne, la Porte Dorée et les "Portes de Houldah" ou Triple Porte romaine, le rempart sud comprenant la Porte de Sion, le rempart occidental comprenant la porte de Jaffa et la cidatelle de David et le rempart nord qui comprend la Porte de Damas et la Porte d'Hérode.

Aux yeux des Juifs, la révolte dramatique de l'an 70 et le sacrilège du Temple étaient la preuve de l'accomplissement des prophéties de Daniel qui avait annoncé la destruction du Temple et un dénouement catastrophique à la fin des Temps. "L'abominable désolation" (Matthieu 24:15 et Daniel 9:27) annoncée par le prophète était le signe que le dénouement final approchait.

Selon l'évêque Eusèbe de Césarée, suite à cette révolte Vespasien ordonna que l'on pourchasse et tue tous les descendants de la Maison de David pour s'assurer qu'aucun risque d'insurrection ne persiste, ce qui conduisit à une nouvelle persécution des Juifs. Selon Hégésippe, les "dirigeants dans l'Église", à savoir les successeurs de Jésus qu'il appelle les "fils" ou Zoker (abréviation de Zacharie et Jacques) furent poursuivis dont Jude, le fils même de Jésus selon les textes apocryphes qui fut probablement assassiné et Simon qui mourut crucifié.

C'est après ce génocide que les apôtres nazaréens porte-parole de Jésus ont quitté la Judée pour se réfugier au-delà du Jourdain, comme ils l'avaient déjà fait du temps où Jésus se sentait menacé et se réfugia avec les apôtres dans une "cachette" du Wadi Kherith. C'est également après ce drame que les Esséniens ont quitté Qumrân et cachèrent ce qui deviendront les fameux manuscrits de la Mer Morte dans les grottes de la région.

A gauche, le siège et la destruction de Jérusalem en 70 de notre ère. Peinture à l'huile de David Roberts réalisée en 1850. Au centre, les vestiges impressionnants de Massada culminant à 300 m de hauteur. On distingue la mer Morte à gauche de l'image et on devine à droite la rampe d'accès construite par les romains qu'on distingue mieux sur cette autre photo de Massada. A droite, Hérodium, une bute tronquée de 758 m d'altitude située à 8 km au sud de Jérusalem qui correspondrait à l'endroit où fut érigé le palais-forteresse du roi Hérode le Grand et où on aurait retrouvé son tombeau en 2007. Documents Academic, Michael Melford et Smithsonian Institute.

Pour l'exemple et s'assurer que la paix régnerait dorénavant en Palestine, Titus envoya ensuite une légion et six cohortes représentant plusieurs milliers d'hommes détruire la cité de Massada située près de la mer Morte, au sud du désert de Judée.

Comme on le voit ci-dessus à droite, la cité-forteresse de Massada était érigée au sommet d'une colline culminant à 300 m de hauteur. Elle abritait les Sicaires, que Flavius Josèphe qualifia de fanatiques violents, en fait des extrémistes juifs membres des Zélotes opposés à l'Empire romain, dont 960 résistants armés et des réfugiés ainsi que des Esséniens qui avaient fuit les combats.

Entre début 72 et le printemps 73, les légionnaires romains prirent le temps de monter sur la face ouest de la colline une rampe de 100 m de haut faite de remblais toujours visible aujourd'hui pour assiéger la forteresse. Ensuite, environ 8000 soldats romains et un millier de rebelles assiégèrent Massada pendant 7 mois jusqu'à ce que les légionnaires finissent par pénétrer dans la forteresse à coup de bélier. Les défenseurs dirigés par les Zélotes Jean de Gischala et Éléazar ben Simon avaient incendié les bâtiments mais les réserves de nourritures étaient intactes. Selon Flavius Josèphe, les Sicaires refusant de se rendre ou de vivre en esclavage se seraient tous suicidés mais rien ne prouve que ce soit vrai. En tous cas, les Romains massacrèrent toute la population, y compris les femmes et les enfants. Ce fut l'un des premiers génocides de l'Histoire. On reviendra sur les guerres de religion.

Diaspora juive au Ier siècle de notre ère. Document T.Lombry.

La révolte de Bar Kokhba

En 132-135, sous le règne de l'empereur Hadrien, Shimon bar Kokhba (Simon le fils de l’Étoile) incita les Juifs à se révolter une seconde fois comme les Romains. L'insurrection fut encore plus violente qu'en 70. Les soldats romains détruisirent 985 villages en Judée et 580000 Juifs trouvèrent la mort au combat. Cette fois Jérusalem fut rasée. Les Juifs furent déportés et bannis de Jérusalem ainsi que de toute la Chôra (la "polis" ou agglomération au sens large s'étendant de la Samarie au nord jusqu'à Hébron au sud) sous peine de mort. Rome bâtit la ville de Aelia Capitolina sur l'ancien site de Jérusalem et installa des sanctuaires et des idoles dans toute la ville. La nouvelle ville comprenait alors essentiellement des soldats vétérans romains, des Grecs et des Syriens. Après l'an 135, le haut clergé juif déplaça les lieux de culte et les écoles rabbiniques en Galilée. On évoque également une troisième rébellion mais elle n'est pas attestée.

Les Juifs ne s'en remettront jamais. En souvenir de cette tragédie, la tradition juive (Choul‘han ‘aroukh Ora‘h ‘hayyim §560 et Kitsour Choul‘han ‘aroukh §126) commémore la destruction du Temple au cours d'un jeûne qui se déroule le 9 avril. Les Juifs l'évoquent également dans des prières, dans les constructions, au cours des fiançailles, des mariages et des banquets. Comme nous le verrons dans le prochain article, les Juifs perdirent définitivement la possession de leur pays tel qu'il était du temps du roi David et resta longtemps un territoire islamique.

Nous verrons dans le prochain article comment la Palestine se releva péniblement après la destruction de ses villes jusqu'à la fondation de l'État d'Israël.

A lire : De la Palestine à l'État d'Israël

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[1] Le personnage de l'empereur Néron a souvent été critiqué et même considéré comme un tyran, une image sulfureuse entretenue notamment par le cinéma (cf. le film "Quo vadis" de Mervyn LeRoy en 1951 avec Peter Ustinov dans le rôle de Néron). Cela doit être corrigé car cette image d'homme fou et sanguinaire qui lui colle encore à la peau est totalement fausse et Néron mérite d'être réhabilité.

La réhabilitation de Néron fut établie pour la première fois en 1890 par Polydore Hochart dans son livre "De l’authenticité des Annales et des Histoires de Tacite". Malheureusement, si ses critiques sont rédigées en français, les références sont publiées en latin ce qui n'a pas forcément été du goût des lecteurs les moins savants et a peut-être empêché sa diffusion auprès du grand public. Quoiqu'il en soit, il faudra attendre le XXIe siècle pour que les historiens revoient l'image qu'ils avaient de Néron et réécrivent correctement sa biographie.

Que s'est-il réellement passé à l'époque ? On sait aujourd'hui que des Romains opposés à l'empereur Néron et n'appréciant pas son style de vie ni ses manières ont fait courir la rumeur qu'il était fou et l'auteur de nombreuses atrocités. On accusa Néron du meutre de son épouse Octavie (Claudia Octavia) âgée de 22 ans en 62, de l'incendie de Rome en 64 au cours duquel il aurait chanté en voyant la ville en feu et qu'il aurait attribué aux Chrétiens qu'il aurait ensuite persécuté (en réalité Néron était à Antiope durant l'incendie et arriva donc trop tard ce qu'on lui reprocha) et enfin on l'accusa du soi-disant assassinat de l'apôtre Pierre crucifié tête en bas vers 64 (mais Pierre n'était pas à Rome à cette époque et nous n'avons aucune preuve qu'il ait jamais été à Rome). Excentrique et artiste dans l'âme, en 66 Néron participa même à des concours artistiques et sportifs en Grèce dont il remporta (évidemment) pratiquement tous les prix. De retour à Rome, son attitude déplut fortement à ses opposants. Face aux rumeurs d'assassinat et bien d'autres mensonges colportés par ses conseillers dont le chef de sa garde personnelle, Néron pris peur et s'enfuit de Rome en 68 puis il se suicida quelques mois plus tard en s'exclamant "quel grand artiste périt avec moi".

Ces évènements et ces ragots consignés par les historiens romains Tacite et Suétone et quelques auteurs chrétiens dont Tertullien et Eusèbe de Césarée conduisirent les Chrétiens à considérer pendant deux mille ans que Néron était un souverain tyrannique, sanguinaire et fou alors qu'aujourd'hui nous savons qu'il fut aussi bon que les meilleurs empereurs romains comme le rappelle l'historien latin Claude Aziza dans son livre "Néron : le mal-aimé de l'Histoire" (2006). Néron était avant tout un artiste et un comédien mais sans doute incompris car il était excentrique et provocateur au point d'exposer publiquement sa vie privée. Non conforme aux attentes de certains aristocrates romains, ils ont même tenté de l'assassiner. Aujourd'hui Rome et les historiens ont finalement restauré l'honneur de Néron et l'ont blanchi de tous ces prétendus actes sanguinaires mais on ignore toujours qui ou pourquoi Rome fut incendiée. On peut donc considérer que Néron fut une des premières victimes de la secte chrétienne, l'Église ne s'étant jamais excusée jusqu'au XXe siècle pour avoir colporté ces rumeurs pas plus que pour les actes barbares qu'elle commis à travers le monde directement ou indirectement au "nom de Dieu" jusque récemment.


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