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La Bible face à la critique historique

Examen à la loupe d'un manuscrit découvert à Qumrân. Document Alex Levac.

Datation des livres de l'Ancien Testament

Dater la rédaction ou d'édition finale des livres de l'Ancien Testament (la Bible hébraïque, le Tanakh) n'est pas un travail aisé. A quelques rares exceptions liées à des faits historiques attestés, les datations sont au mieux précises au siècle près. En effet, qu'on utilise ou non les sources documentaires comme repères (listant des noms de personnes, de lieux voire des dates), il est impossible d'obtenir une grande précision. Dans la plupart des cas, il serait même présomptueux de prétendre réduire l'incertitude à quelques années près pour chacun des livres.

Historiquement, si les livres de la Bible hébraïque ne sont pas datés, l'auteur ou le rédacteur est parfois nommé mais la plupart du temps le texte est anonyme. En revanche, dans le Talmud de Babylone compilé par la Diaspora juive de Babylonie vers le VIe siècle de notre ère, en particulier dans le Traité de la Mischna "Baba Bathra" (14b-15a, cf. la traduction française), la tradition juive a repris la liste des auteurs des différents livres. Bien sûr, ayant été compilée il y a plusieurs siècles et sans apporter la moindre preuve, elle n'est pas fiable. Ainsi on y lit par exemple que "Moïse a rédigé son livre". Or les biblistes ont démontré que non seulement Moïse n'a vraisemblablement jamais existé mais que la Torah dont il s'agit fut rédigée par plusieurs auteurs bien après l'époque présumée de Moïse, à une époque où la langue hébraïque écrite était déjà institutionnalisée et ne ressemblait plus au paléo-hébreu des patriarches.

Pour dater ces livres, il faut donc appliquer une autre méthode en se basant notamment sur la critique des sources en espérant pouvoir recouper les informations avec des faits historiques.

Datation du Pentateuque

Comme nous l'avons expliqué, en lisant le Pentateuque, on constate que contrairement au Deutéronome où le biographe de Moïse prône une stricte observance de la Loi et une séparation entre les enfants d'Israël et les autres peuples, dans l'Exode a priori rédigé antérieurement, le biographe d'Abraham est beaucoup plus conciliant et insiste sur la cohabitation pacifique entre tous les peuples du Levant. Il y a donc un anachronisme évident entre les récits des Patriarches et de l'Exode; ils ne se succèdent pas et sont même concurrents sur le plan théologique. Il est probable que les scribes de l'époque tardive ont noté ces incohérences et ont voulu harmoniser les deux traditions. Mais comment tout cela s'est-il organisé ? C'est l'une des questions à laquelle ont tenté de répondre les spécialistes.

En résumé, on estime que les ébauches de la Torah auraient été transcrites par écrit à Jérusalem à partir de la fin du Xe siècle avant notre ère avec une période d'écriture intense entre le VIIIe et le VIe siècle avant notre ère. Ces textes sont rédigés en hébreu classique, dans le style du manuscrit national hébraïque. En parallèle, certains écrits furent rédigés en hébreu calligraphique, le Khetab Aschouri qui utilise un alphabet commun aux langues hébraïque et araméenne.

Un "écrit sacerdotal" comme l'a nommé Friedman aurait été ébauché sous le règne du roi Ezéchias, entre 716 et 687 avant notre ère, par un ou plusieurs prêtres responsables du Temple de Jérusalem, la source "P". et écrit à la fois législatif et religieux insiste sur la centralisation de la tradition religieuse autour d'un lieu de culte unique : le Tabernacle (pour rappel l'écrit a été postdaté par son auteur qui écrivit ce texte à l'époque où le Temple de Jérusalem existait déjà et abritait l'Arche d'alliance dans laquelle était déposées les Tables de la Loi). Divisé en trois chapitres, cet écrit sacerdotal légitimise le rôle des sacerdotaux et des réformes d'Ezéchias.

Sur base d'une parenté linguistique, on a longtemps cru que cet écrit sacerdotal avait servit de base à la rédaction du chapitre 17 de la Genèse, des chapitres 25-31 et 35-40 de l'Exode, des chapitres 8-9 du Lévitique et du Deutéronome où on retouve fortement l'empreinte de ce Code sacerdotal alors que les autres passages sont moins stricts, de caractères yahviste ou deutéronomiste. Mais déjà en 1899, Julius Wellhausen rejeta cette hypothèse puis Martin Noth en 1948 car ces différents textes contiennent un mélange de récits culturels probablement écrits par un prêtre mais également des récits narratifs typiques du style du rédacteur du Deutéronome qui est un laïque et donc non contraint par des règles religieuses. Toutefois, l'idée n'a pas été totalement abandonnée.

A gauche, les versions grecque et hébraïque du Deutéronome. A droite, les versions latine et française. Documents de la bibliothèque du diocèse de Maurienne.

Aujourd'hui, on estime que le récit sacerdotal fut rédigé par plusieurs auteurs et seule la partie narrative aurait pu servir de base à la rédaction des livres du Pentateuque. Comme nous l'avons évoqué, récemment le bibliste suissse Albert de Pury a proposé l'existence d'une source ou document "Pg" qu'il retrouve dans les chapitres 1-10 et 11-50 de la Genèse puis dans les chapitres 1-40 de l'Exode. Si Römer et de Puny suggèrent que la source "P" n'a jamais existé comme document indépendant, ce rédacteur aurait compilé et systématisé des écrits traditionnels plus anciens (que Cross dénommait la source "JE") qui auraient ensuite fait l'objet de plusieurs révisions.

A ce sujet, ces textes écrits d'abord sur des papyri puis sur des parchemins faits de peau de chèvre ou de vache s'abîmaient au fil des lectures et devaient être recopiés au bout de quelques décennies. Ce travail de copie était confié à des scribes et des théologiens qui n'hésitaient pas à l'occasion à modifier le texte à une époque où cela était encore permis car bientôt cette pratique sacrilège fut interdite (Deutéronome 4:2, 13:1). Ainsi, on constate que le texte des rouleaux du Deutéronome fut modifié à plusieurs reprises entre le VIIe et le Ve siècle sans que nous puissions identifier les auteurs. Une seule chose est certaine, à l'exception de quelques passages tardifs, le Deutéronome ne contient aucune intervention sacerdotale contrairement au Lévitique et d'autres livres.

Ensuite, c'est vraisemblablement le scribe Esdras qui vécut au milieu du Ve siècle avant notre ère soit durant la période postexilique qui, en concertation avec l'autorité juive, réunit très habilement les différents récits sacrés dans un but autant politique que théologique. Entretemps, comme nous l'avons évoqué, les Lévites s'occupèrent de la rédaction quasi totale du Lévitique que compléta vraisemblablement Esdras (source "R"). Friedman ainsi que les archéologues Finkelstein et Silberman soutiennent également l'hypothèse selon laquelle Esdras ajouta la touche finale au Proto-Pentateuque même si certains chapitres semblent avoir été ajoutés entre 400 et 350 avant notre ère.

En résumé, aujourd'hui l'idée la plus répandue est celle que le Pentateuque est le résultat de plusieurs siècles d'évolution culturelle du monothéisme judéen et représente un compromis adopté à l'époque perse. C'est donc de cette époque que date la Torah, le texte fondateur décrivant la théologie juive avec un dieu universel, un code moral et de justice à l'origine de la "nationalisation" et de l'institutionnalisation du judaïsme. Autrement dit, on ne peut pas parler de judaïsme avant cette époque.

Notons que le Pentateuque fut également utilisé par la communauté des Samaritains dès le Ve siècle avant notre ère dont le sanctuaire se situait sur le mont Garizim, au nord d'Israël (précisons que les Samaritains forment une communauté séparée des Judéens. Ils ne reconnaissent que la Torah et n'ont pas de rabbins pour juger les affaire religieuses).

Datation des livres des Prophètes

En dehors du Pentateuque, certains livres prophétiques furent rédigés par des prophètes identifiés bien que parfois il s'agit d'un pseudonyme utilisé par plusieurs auteurs (cf. Daniel, Isaïe, Samuel, etc.). Ces livres furent rédigés entre le VIe et le IIIe siècle.

Le livre d'Isaïe ne fut pas rédigé au VIIIe siècle avant notre ère comme le prétend la tradition. Le livre principal fut probablement écrit entre 537 et 510 avant notre ère par un seul auteur mais la seconde partie (Isaïe 40-55) semble plus tardive tandis que la troisième partie (Isaïe 56-66) ressemble à un assemblage artificiel de divers "morceaux choisis". Ces chapitres furent visiblement rédigés par plusieurs auteurs après le retour d'Exil, soit au IVe voire même au IIIe siècle avant notre ère.

De même, le livre de Daniel et ses fameuses "visions" messianiques fut rédigé à différentes époques et dans trois langues au style très différent. Les six premiers chapitres prétendûment rédigés pendant la captivité à Babylone sous Nabuchodonosor II (605-562 avant notre ère) furent en réalité écrits au IIe siècle avant notre ère (mais Daniel n'est pas cité dans le Siracide qui liste les hommes illustres de l'histoire juive). Mais les deux premiers chapitres sont écrits en hébreu tandis que la suite (Daniel 2:5 à 7:28) est écrite en araméen. Ensuite, les chapitres 7 à 12 fut rédigés à l'époque séleucide, sous le règne d'Antiochus IV (175-164 avant notre ère) car l'auteur évoque la profanation du Temple en l'an 167 avant notre ère. De nouveau, les chapitres 8 à 12 sont écrits en hébreu. Enfin, les derniers chapitres 13 et 14 furent écrits en grec au Ie siècle avant notre ère et vraisemblablement après la mort de l'auteur des chapitres 7 à 12 car il ignore les circonstances de la mort du roi Antiochus IV. Ces deux chapitres tardifs n'ont pas été intégrés dans la Bible hébraïque et font partie des livres dits deutérocanoniques (du deuxième canon de la Grande Église). Cet ajout tardif explique aussi son insertion tardive dans la Septante. On y reviendra.

Concernant les deux livres de Samuel relatant sa vie ainsi que celle des rois Saül et David, le texte est tellement difficile à lire et le style hétérogène que selon les experts, les récits furent forcément rédigés par plusieurs auteurs. Selon Martin Noth, il s'agirait de compilation de textes disparates agencés sans logique narrative. Ainsi, la conclusion de (1 Samuel 4:6) par exemple se trouve dans (2 Samuel 6). Ce texte aurait été rédigé entre le X-VIe siècle. D'autres passages évoquant la monarchie furent écrits après la déportation à Babylone par un rédacteur inconnu. De manière générale, les spécialistes ont très difficile de dater ces livres dont certaines récits peuvent être très anciens. Mais il ne fait aucun doute qu'ils comprennent des créations tardives de la période perse.

En fait, comme beaucoup d'autres textes, la plupart des livres prophétiques ont connu une évolution rédactionnelle complexe et n'ont pas été entièrement écrits par les prophètes "historiques" mais furent souvent complétés par des rédacteurs beaucoup plus tardifs, jusqu'à l'époque hellénistique (entre 280 et 180 avant notre ère) où ils reçurent leur forme actuelle. Il en est de même des autres Écrits comme les Psaumes et le Siracide.

Datation des livres Historiques

Ce que les juifs appellent les autres Écrits, c'est-à-dire les livres Historiques furent rédigés entre le VIe et le IIe siècle selon les livres et comme les livres prophétiques, plusieurs furent amendés au fil du temps en fonction des évènements.

La Bible de Jérusalem ouverte sur le deuxième livre des Rois. Document T.Lombry.

Les deux livres des Rois qui couvrent toute la période du règne de Josias ainsi que les déportations à Babylone (VIIe-VIe siècle avant notre ère) furent rédigés par deux voire trois auteurs. De plus, comme les autres livres sacrés, ils présentent plus d'un point commun avec le Deutéronome, notamment la forte empreinte de l'autorité sacerdotale qui accuse et juge les enfants d'Israël. Comme l'Exode, compte tenu que les auteurs ont incorporé des évènements contemporains de leur époque attestés par l'archéologie, on estime qu'ils furent rédigés entre 650-550 avant notre ère. C'est également la période durant laquelle vécut le prophète Jérémie. Certains faits nouveaux comme les trois vagues de déportation à Babylone furent toutefois intégrés ultérieurement.

Concernant les Psaumes, si la plupart des "prières de David" (Psaumes 51 à 72) furent composées pendant l'exil à Babylone (VIe siècle), l'introduction et la conclusion (Psaumes 2 et 89) furent ajoutés à l'époque de Zorobabel (le petit-fils du roi Yoyakîn), après le retour d'Exil, pendant la période perse, pendant ou après la construction du second Temple. D'autres passages furent ajoutés par les Lévites Asaph (Psaumes 50:73-83) et Coré (Psaumes 42 à 49) et probablement par un troisième religieux qui évoque Elohim.

Le livre de l'Ecclésiaste de nature autobiographique fut écrit entre 200-250 avant notre ère tandis que le Siracide (ou l'Ecclésiastique) rédigé par Jésus Ben Sira fut écrit vers 180 avant notre ère et fut vraisemblablement le dernier livre à intégrer la Bible hébraïque. Nous verrons à propos de la transmission de la Bible que ces derniers livres furent également traduits en grec tardivement et "canonisés" tardivement par les Pères de l'Église.

Autrement dit, au début du siècle dernier et jusqu'à la fin des années 1970, on enseignait encore aux étudiants universitaires que la Bible hébraïque résultait de la transcription par écrit d'une vision théologique "pure" du monothéiste héritée de l'époque archaïque, les enfants d'Israël se frayant leur voie à travers les aléas des alliances géopolitiques, soutenus par les visions prophétiques et messianiques. Cette théorie a aujourd'hui sombré dans les catacombes de l'Histoire au profit d'un développement progressif du monothéisme qui fut officialisé à travers la Torah au Ve siècle avant notre ère mais qui ne fut achevé sur le plan rédactionnel que plusieurs siècles après la naissance du judaïsme.

En résumé

Comme nous l'avons expliqué, les découvertes archéologiques furent d'une aide très précieuse pour comprendre la réalité des faits cachés derrière les récits du Pentateuque et plus généralement de l'Ancien Testament. Les textes que l'on peut recouper avec des faits historiques couvrent plus d'un millier d'années ce qui montre bien qu'ils furent écrits par plusieurs auteurs mais qui n'ont pas nécessairement vécu chacun à l'époque prétendue des faits mais généralement bien plus tard, ce qui leur permit de présenter une vision plus symbolique, compatible avec le but théologique recherché par l'autorité.

Deux rabbins et des fidèles priant devant le Mur des Lamentations à Jérusalem. Notons que le port du voile n'est pas obligatoire dans le judaïsme, il est juste un signe de modestie et d'humilité traditionnel. Certains juifs ne le portent que dans les synagogues en signe de respect et même souvent réduit à la kippa (la calotte).

On constate qu'entre la lecture classique de l'Ancien Testament et sa critique historique, il existe un fossé intellectuel qui surprend certainement le lecteur novice baigné dans sa culture judéo-chrétienne depuis son enfance et qui découvre pour la première fois ces contradictions, ces anachronismes et ces constructions mensongères à des fins théologiques. L'interprétation est tellement différente voire opposée à la lecture du texte au premier degré qu'on peut se demander comment peut-on encore accorder foi à ce texte à présent que nous connaissons la vérité historique... En fait c'est bien une question du ressort de la foi plus que de la science. Ceci dit, en lisant l'Ancien Tesatement, un esprit critique et d'autant plus intellectuellement armé de connaissances en histoire orientale ou en archéologie biblique ne peut pas s'empêcher de lire entre les lignes et de soulever certaines objections.

Les résultats des analyses scientifiques ont montré que les textes bibliques résultent d'un savant mélange de mythes, de légendes, de contes traditionnels, de poésies, d'emprunts, de comptes-rendus et de faits historiques mais toujours détournés à des fins théologiques, faisant de l'Ancien Testament une merveilleuse épopée sacrée destinée aux Juifs.

L'anachronisme entre les récits de la Bible hébraïque et l'Histoire est particulièrement évident quand on compare les récits du Deutéronome, du livre des Juges, des Rois ou des Chroniques aux faits historiques et notamment à l'histoire géopolitique du pays de Canaan à l'Âge du fer entre environ 1150 et 620 avant notre ère, époque de la monarchie israélite durant laquelle furent élaborés les premiers livres. En effet, grâce au travail méthodique et minutieux des archéologues que l'on peut saluer, on a découvert qu'il existait un fossé à la fois socioéconomique, politique et théologique entre l'opulescence, le style de vie et les croyances des habitants d'Israël vivant dans le royaume du Nord sous influence assyrienne et la pauvreté tant économique que culturelle des habitants de Juda vivant dans le royaume du Sud. Ce n'est qu'après la disparition du royaume d'Israël et le retour de l'exil à Babylone durant l'époque perse que le royaume de Juda s'est transformé en un pays prospère dominé par la tradition judaïque à l'origine du développement de l'identité juive et de l'histoire d'Israël.

Sans consulter les pièces archéologiques, les annales historiques et l'iconographie, en nous fiant uniquement sur la Bible, nous aurions eu du mal à comprendre comment le frère cadet de la nation a pu s'émanciper et devenir un acteur dominant du Moyen-Orient. Certes, la religion a resserré les liens culturels ancestraux mais sans les bouleversements géopolitiques souvent dramatiques pour la population juive, ni le monothéisme ni Israël n'auraient le visage d'aujourd'hui.

De toute évidence les différents auteurs de l'Ancien Testament étaient des fervents défenseurs de la théologie monothéiste, des membres de l'élite cléricale judéenne, théologiens et rabbins ainsi que des gouverneurss et historiens parfois de culture babylonienne ou assyrienne (Genèse) qui ont fait une synthèse très habile de différents faits et légendes. Dans quel but ?

S'il paraît aujourd'hui évident que la Bible hébraïque ne reflète pas la vision théologique et pure imaginée par les premiers prêtes juifs de l'Israël archaïque (les nombreux ajouts tardifs en sont la preuve), elle en a gardé l'orientation et l'objectif. Les défenseurs de la foi juive ne souhaitaient pas rédiger un compte-rendu historiquement exact mais plutôt une épopée sacrée destinée à servir leur cause dans le but d'unifier les tribus du royaume de David et de fixer à la population des normes de conduite différentes de celles des peuples environnants, des règles centrées autour d'une religion, celle du respect de la parole de Dieu. Pour y parvenir, lorsque le cours de l'histoire était en leur défaveur (suite à des guerres et autres déportations dont fut victime le "peuple élu", les rédacteurs n'ont pas hésité à réinterpréter l'Histoire quitte à écarter, détourner ou enjoliver certains évènements qui leur déplurent pour aboutir à un récit cohérent qui rendait honneur aux seuls enfants d'Israël.

La Ménorah qui représente l'esprit divin placée en face de la Knesset, à Jérusalem.

Construit autour du Deutéronome, le Pentateuque représente l'histoire nationale du peuple d'Israël et de Juda centré autour du monothéisme judaïque enseigné dans le Temple de Jérusalem. Armé du livre de la Loi, le roi Josias pouvait affirmer à la fois son indépendance face à la puissance théocratique égyptienne et sa souveraineté sur l'ancien royaume d'Israël, celui de David et de Salomon. Mais sans doute aveuglé par sa doctrine, il sous-estima son adversaire païen et son rêve s'écroula sous les pas de l'armée assyrienne.

Ensuite, jusqu'au Ve siècle, l'histoire deutéronomique fut remaniée à la fois par des théologiens et de hauts fonctionnaires, les uns étant scribes les autres prophètes, historiens ou gouverneurs, pour y intégrer les nouveaux évènements qui avaient marqué le peuple juif. 

Comme nous l'avons évoqué, la Bible hébraïque fut complétée par les enseignements rabbiniques du Talmud, d'abord le Talmud de Jérusalem comprenant la Gémara ou commentaires de la Mishna version de l'an 200 de notre ère puis le Talmud de Babylone comprenant la Mishna ou section légale de la Torah rédigée vers 200 et la Gémara version de l'an 500 de notre ère. Lorsqu'ils furent achevés et "canonisés", ces livres sacrés servirent alors de socle fondateur, identitaire, nationaliste et spirituel au peuple juif au cours des différentes occupations qui suivirent.

On en conclut que l'identité juive n'est fondamentalement pas liée au pays mais à la Loi divine transmise par Moïse. Aujourd'hui encore, la Torah soude toujours les Juifs autour d'une culture multimillénaire théocratique, y compris à travers la Diaspora (qui atteint 2.5 % de la population des Etats-Unis où elle est la plus importante après Israël). C'est un très bel exemple que certains juifs qualifient de "miracle" de conviction religieuse séculaire parvenue à s'imposer malgré les aléas et qu'on retrouve également dans d'autres religions, notamment dans le bouddhisme.

Mais malgré cette identité juive bien marquée, on constate aujourd'hui à travers les revendications territoriales des Israéliens que leur idéologie ne correspond plus du tout à ce concept séculaire mais qu'il s'agit de plus en plus d'une guerre de religion et ethnique. Bref, le gouvernement israélien a repris la stratégie qui prévalait du temps de Moïse tel que décrite dans le Deutéronome, avec un Dieu des armées cette fois bien terrestre près à pourfendre tout qui n'est pas juif vivant en pays de Canaan !

Ceci termine l'analyse critique de l'Ancien Testament et la description de l'histoire du peuple juif ainsi que l'origine du monothéisme judéo-chrétien. Mais pour les Chrétiens l'histoire continue.

Avant de réaliser la même analyse avec le Nouveau Testament, nous allons aborder le crédo, c'est-à-dire la profession de foi, un passage "obligé" si nous voulons comprendre certains aspects dogmatiques de l'Église et la raison pour laquelle elle choisit d'écarter certains textes bibliques ou gnostiques "subversifs" au profit d'une vision plus fidèle à sa doctrine.

A lire : Le crédo ou l'interprétation de la doctrine

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