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La Bible face à la critique historique

"Saint Paul écrivant ses Epîtres" attribué à Valentin de Boulogne vers 1618-1620. Huile sur toile de 99.4x133.0 cm exposée au Musée des Beaux Arts de Houston (MFAH).

Les guerres de religion (II)

L'antisémitisme occidental

Les Juifs ont fait l'objet de persécutions dès l'époque romaine et cette attitude persiste encore aujourd'hui dans l'esprit de certains chrétiens et musulmans racistes. Une personne ne connaissant pas l'Histoire du peuple juif peut légitimement se demander pourquoi les Juifs ont-ils été persécutés au cours des siècles ?

Aussi étonnant que cela soit mais pas tout à fait inattendu pour un historien ou un sociologue, la réponse se trouve dans un verset du Nouveau Testament. En effet, comme nous le verrons à propos de la condamnation à mort de Jésus, alors que Pilate n'avait aucun motif pour condamner Jésus, il "se lava les mains" comme l'écrit Matthieu et s'en remit à l'avis populaire : ""Cela vous regarde". Et tout le peuple répondit : "Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants !"" (Matthieu 27:25), après quoi Pilate relâcha Barabbas.

De l'avis des biblistes, c'est sur base de ce verset remontant à deux mille ans que les Juifs furent qualifiés de "tueurs du Christ" par les Chrétiens, un antisémitisme qui trouva son paroxysme au Moyen-Âge (cf. les Croisades) et qui persiste encore localement de nos jours. Autrement dit, l'Église fut la première assemblée religieuse au monde à condamner une autre religion pour déicide !

Selon Matthieu, les Juifs se sont engagés dans la voie de la "culpabilité perpétuelle" pour avoir assassiné le Christ, le Fils de Dieu selon l'Église, une sentence qui devrait les maudire de génération en génération jusqu'à la fin des temps. Ce sentiment a contribué à un nombre incalculable d'actions antisémites du chef des Chrétiens, jusqu'au génocide de l'Holocauste perpétré par les Nazis aux ordres d'Hitler (voir plus bas).

Paul s'est appuyé sur cette "culpabilité" collective des Juifs pour annoncer la colère imminente de Dieu : "Car vous, frères, vous êtes devenus les imitateurs des Églises de Dieu qui sont en Jésus-Christ dans la Judée, parce que vous aussi, vous avez souffert de la part de vos propres compatriotes les mêmes maux qu'elles ont soufferts de la part des Juifs. Ce sont ces Juifs qui ont fait mourir le Seigneur Jésus et les prophètes, qui nous ont persécutés, qui ne plaisent point à Dieu, et qui sont ennemis de tous les hommes, nous empêchant de parler aux païens pour qu'ils soient sauvés, en sorte qu'ils ne cessent de mettre le comble à leurs péchés. Mais la colère a fini par les atteindre" (1 Thessaloniciens 2:14-16).

Par ces mots plutôt directs et violents, Paul accuse les Juifs d''avoir assassiné Jésus et leur oppose toute l'humanité, prédisant que le châtiment de Dieu s'abattra sur les Juifs, ce que Matthieu approuva quelques décennies plus tard et que les Chrétiens ont pris à la lettre pour excuse et commettre les pires atrocités envers les Juifs.

Toutefois, certains biblistes dénoncent cette interprétation amère et rancunière de Paul et ne veulent pas croire qu'il a personnellemenr écrit ce passage de l'Épître aux Thessaloniciens. En effet, on sait que Paul n'a pas écrit les treize Épîtres qu'on lui attribue car comme il l'avoue lui-même : "Voyez quels gros caractères ma main trace à votre intention" (Galates 6:11), sous-entendant qu'il écrivait mal et ne soignait pas sa calligraphie. Il dictait donc ses lettres à un scribe qui transcrivait ses paroles sur des tablettes ou des manuscrits. On connaît le nom d'au moins deux d'entre eux, Tertius pour l'Épître aux Romains et Sosthène cité dans l'Épître aux Corinthiens. De plus, rappelons qu'à l'époque, bien que l'enseignement de la lecture était déjà répandu depuis plusieurs siècles, peu de personnes savaient lire et écrire. Comme c'était encore le cas au Moyen-Âge, ce savoir était réservé aux érudits, notamment aux scribes, aux prêtres, aux enseignants et aux autorités.

Nous possédons justement une preuve dans la deuxième Épître aux Thessaloniciens où l'auteur ajouta une note en bas de page précisant : "Ce salut est de ma main, à moi Paul. C’est le signe qui distingue toutes mes lettres. Voici mon écriture" (2 Thessaloniciens 3:17). Mais en réalité, ceci est un contre-exemple car ce n'est pas Paul qui la rédigea car cette lettre est posthume et fut vraisemblablement rédigée par l'un de ses disciples pour lui donner plus de crédibilité.

A gauche, la première page de l'Épître de Paul aux Thessaloniciens (folio 18 recto) du manuscrit Minuscule 699 (GA 699) datant du XIe siècle. Document British Museum. Au centre, commentaires des Épîtres de Paul datant du XIIe siècle. Document BnF. A droite, la Bible de Jérusalem ouverte sur une page de l'Épître de Paul aux Galates. Document T.Lombry.

La première Épître aux Thessaloniciens fut probablement écrite vers l'an 51 de notre ère. C'est dix ans après les menaces de l'empereur Caligula contre les Juifs et qui manqua de détruire leur Temple s'il n'avait pas été assassiné en 41 par les soldats de sa garde personnelle. C'est également deux ans après l'expulsion des Juifs de Rome en 49 par l'empereur Claudius. Enfin, cela correspond à la décennie durant laquelle l'historien juif romanisé Flavius Josèphe témoigne dans ses chroniques des troubles entre les Juifs et les Romains qui conduiront à la première révolte des Juifs en 66. On peut très bien imaginer que Paul tira les leçons de ces menaces et rébellions.

Enfin, vers l'an 80 ou 100, la communauté johannique prit également le parti de Paul et de Matthieu quand elle exprime l'incompréhension de Jésus face à l'incrédulité des Juifs de Jérusalem qui mirent son autorité en question et auxquels il répondit : "Pourquoi ne comprenez-vous pas mon langage ? Parce que vous ne pouvez écouter ma parole. Vous avez pour père le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement, et il ne se tient pas dans la vérité, parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il profère le mensonge, il parle de son propre fonds; car il est menteur et le père du mensonge. Et moi, parce que je dis la vérité, vous ne me croyez pas" (Jean 8:43-45).

Ceci marque probablement l'un des moments culminant de la vie de Jésus où il fustige sévèrement ses opposants, qualifiant ses frères juifs incrédules d'assassins, d'enfants du diable et de menteurs. On retrouve ces expressions dans les textes de Matthieu (vv.27:25) et de Paul (1 Thessaloniciens 2:15-16). Elles furent par la suite utilisées par les chrétiens antisémites pour soutenir leurs persécutions et leurs génocides jusqu'au XXe siècle, sans oublier la rhétorique antisémite des musulmans et la propagande nazie antisémite qui conduisit à l'Holocauste, tous voyant dans les juifs la manifestation du Mal, l'image juive de Satan sur laquelle nous reviendrons.

L'Holocauste

On ne peut pas décrire l'antisémitisme sans ignorer le plus effroyable des génocides, celui de l'extermination des Juifs d'Europe par les Nazis du IIIe Reich d'Adolf Hitler au cours de la Seconde guerre mondiale (1939-1945). En résumé, cela commença en 1938 par l'expropriation des biens des Juifs et la revente des entreprises qu'ils possédaient (l'aryanisation) puis leur regroupant dans des ghettos (des quartiers ou des villes fermées) pour s'achever par leur emprisonnement et leur assassinat dans les camps d'euthanasie, de concentration et d'extermination nazis installés en Allemagne et en Autriche. Ce que les Européens appellent la Shoah (la catastrophe) conduisit en près de 7 ans à l'extermination d'environ six millions de Juifs par les Nazis soit 40 % des Juifs d'Europe !

Aujourd'hui, pour des raisons bassement racistes, quelques négationnistes et certains politiciens des partis d'extrême droite (mais de moins en moins nombreux devant les peines criminelles qu'ils encourent) essayent toujours de nous convaincre que ce génocide n'a jamais existé. Ils font notamment valoir que nous n'avons pas de preuves formelles puisque tous les témoins et les victimes ont disparu.

A voir : Bande-annonce du "Procès du siècle" (Denial)

Le Mémorial de l'Holocauste à Berlin photographié en 2015. Document Shutterstock.

Ce déni de l'Histoire atteignit son paroxysme lorsque l'historienne et auteur Deborah E. Lipstads fut poursuivie en justice ainsi que son éditeur "Penguin Books" en 2000 par l'auteur britannique et négationniste notoire David Irving pour avoir publié le livre "Denying the Holocaust" (1993) dans lequel elle désignait David Irving comme un négateur de la Shoah. Le problème est que selon la loi anglaise, c'est l'accusé et donc Lipstads qui doit prouver que son accusateur a tord au risque de perdre le procès. Heureusement, le verdict se solda en 2000 au bénéfice de l'auteur et de l'éditeur tandis que David Irving fut condamné à trois ans de prison ferme pour diffamation et ses ouvrages négationnistes, antisémites et racistes niant l'existence des chambres à gaz dans les camps d'extermination du IIIe Reich. La morale est sauve et la mémoire collective est préservée.

Notons que l'historienne raconta son procès dans son livre "History on Trial" (2006) qui fit l'objet du film "Denial" (2016), traduit par "Le procès du Siècle" (2017). Ce film documentaire a été présenté à des fins éducatives dans certaines écoles. La bande-annonce est présentée ci-dessus.

Le djihad des Musulmans

On retrouve une doctrine similaire avec l'idée sous-jacente des guerres de religion dans l'Islam dès l'Hégire de Mahomet en 622 de notre ère qui prêcha à travers le Coran l'antisémitisme et traita les infidèles (dont les Chrétiens) de "mécréants" plus indignes qu'un animal domestique et engagea les Musulmans dans le djihad (la guerre sainte) pour les éliminer à coup de cimeterre et plus récemment de Kalachnikov "au nom d'Allah akbar" (Allah est le plus grand) ! Comme Assur, Mars ou Yahvé, Allah est évidemment un dieu guerrier et menaçant. Ceci dit, paradoxalement Mahomet restait un sage qui avait une haute estime des Juifs qu'il surnommait "les gens du Livre" de même que des Chrétiens et publia un document stipulant que les Juifs et les Chrétiens seraient protégés de toutes insultes ou vexations et auront les mêmes droits que les Musulmans.

Pendant son pontificat, le pape conservateur Benoît XVI, Mgr Ratzinger, avait déclaré publiquement que le terrorisme était dans la nature des Musulmans du fait de leur engagement dans le djihad, une déclaration officielle qui hâtisa les violences dans les pays musulmans contre les Chrétiens, forçant le pape à s'excuser et à adopter une position plus tolérance. Il fallut néanmoins attendre le pontificat de François (depuis 2016) pour réouvrir les portes du dialogue avec les Musulmans et toutes les autres communautés qu'avait fermées son prédécesseur.

Mais aujourd'hui, on constate que ce principe de tolérance et de dialogue est rejeté par les Musulmans intégristes qui deviennent tous les jours plus nombreux au Moyen-Orient et en Asie et pour lesquels la moindre allusion négative au Coran, à Mahomet ou à leur culture est considérée comme un blasphème, même l'art de la dérision et du comique (cf. l'article sur la tolérance et la liberté d'expression à propos du terrorisme) ! A croire ces quelques musulmans extrémistes et fanatiques, selon le calendrier de l'Hégire, nous serions encore au Moyen-Âge (l'an 2000 correspond à 1420). Mais ce n'est même pas qu'ils le croient, ils le sont dans leur tête et dans leurs moeurs d'un autre âge !

De nos jours, comme on le voit sur la carte présentée ci-dessus à gauche, bien que les Chrétiens d'Orient représentent encore entre 10 et 12 millions de personnes (représentées par les Coptes égyptiens, des confessions chrétiennes libanaises, syriaques et irakiennes) et entretenaient voici encore quelques décennies des relations de bon voisinage avec leurs voisins musulmans, sous la pression des partis nationalistes et des attaques terroristes, en un siècle le nombre de Chrétiens en Égypte et au Moyen-Orient a été divisé par trois ou par cinq selon les pays et ne cesse de diminuer, les émigrants préférant rejoindre des pays plus tolérants et chrétiens et notamment l'Europe avec tous les problèmes de cohabitation que cela suscite (cf. la crise des migrants).

Face à la mentalité intolérante de plus en plus de jeunes musulmans et devant autant de violence et d'intolérance, tous les défenseurs des principes démocratiques doivent s'unir et manifester pour leur exprimer fermement notre désapprobation quitte à durcir nos lois au risque un jour de perdre nos libertés. Sinon, ne venez pas vous plaindre plus tard qu'il y a des mosquées pro-intégristes et des attentats antisémites ou anti-occidentaux dans votre ville (ce qui s'est déjà produit). Vouloir protéger sa nation contre ses ennemis et en particulier des extrémistes musulmans n'est pas un acte xénophobe mais patriotique ! La différence est dans la définition des règles d'intervention et des limites entre protection des individus et abus de pouvoir.

Le conflit israélo-arabe et l'intifada entre Israéliens et Palestiniens

Depuis que l'indépendance de l'État d'Israël fut proclamée par l'ONU le 14 mai 1948, Israël s'est lancée dans une véritable guerre armée à la fois politique et économique contre les pays arabes, un triste exemple emblématique d'une guerre moderne déclenchée pour des raisons historiques qui touchent également à la religion qu'il vaut la peine de décrire en détails pour comprendre la situation actuelle en Israël. 

Dès que les Israéliens se sont libérés du jouc britannique, ils n'ont eu de cesse de revendiquer la propriété de l'enceinte du Mont du Temple aujourd'hui intégrée dans les limites de Jérusalem-Est, les territoires situés dans la Bande de Gaza sur la côté Méditerranéenne et en Cisjordanie, c'est-à-dire sur la rive droite du Jourdain, des terres attribuées aux Palestiniens arabes sans négociation préalable avec les Israéliens mais en accord avec l'ONU et donc avec l'aval de la communauté internationale.

Evolution des limites territoriales d'Israël.

Etant donné que les Israéliens ne veulent pas reconnaître ce plan de partage de l'ONU auquel ils n'ont pas participé, on dénomma ces territoires contrôlés voire partiellement recolonisés par Israël, les "Territoires Occupés", une expression que n'a jamais acceptée le gouvernement israélien, jugeant que sa politique était légitime.

Cette situation politique tendue est à l'origine du conflit israélo-arabe. Il débuta dès le 15 mai 1948, le jour officiel de la fin du mandat britannique en Palestine, par l'attaque des armées arabes (une coalition d'Égyptiens, Transjordaniens, Syriens, Irakiens, Libanais, et Palestiniens) en Palestine. Les Israéliens récupérèrent plusieurs villes mais perdirent le quartier juif de Jérusalem. 1600 Israéliens et environ 1400 Arabes furent tués durant ces combats. Après une courte trêve le 29 mai 1948 exigée par le Conseil de sécurité de l'ONU et des propositions de nouveau plans de partage de la Palestine refusés par Israël, les combats reprirent le 8 juillet 1948. Une semaine plus tard, l'ONU condamna l'agression arabe et ordonna un cessez-le-feu immédiat sous peine de sanctions comme l'autorise le Chapitre VII de la Charte des Nations Unies.

Après un temps mort, les combats reprirent en octobre 1948 et en mars 1949 à l’occasion desquels Israël s'empara de différents territoires appartenant aux Palestiniens. Suite à ces combats, comme on le voit ci-dessous à gauche, Jérusalem fut partagée entre Israël et la Jordanie par la "Ligne verte", une démarcation frontalière fixée par les accords d'armistice conclus entre les deux parties. On reviendra sur cette "Ligne verte".

Au total, ces hostilités entraînèrent l'expatriation de près de 750000 Palestiniens qui devinrent des réfugiés politiques, l'une des plus graves crises humanitaires de l'époque.

Le 11 mai 1949, Israël devint membre de l’ONU. A cette occasion, l'Assemblée générale entérira les résolutions 181 (II) et 194 (III) concernant le statut international proposé pour Jérusalem, le problème des réfugiés arabes et la délimitation des frontières. Mais en pratique, il s'avéra que les Israéliens n'avaient aucune intention de céder la moindre parcelle de terre aux Palestiniens et ne rêvaient que de retrouver leurs frontières d'antan, un objectif que leurs ambassadeurs affirment toujours aujourd'hui devant la presse.

Malgré la proclamation et les différentes résolutions de l'ONU sur lesquelles nous reviendrons, il fallut des dizaines d'années pour que certaines pays arabes reconnaissent l'État d'Israël (dont l'Egypte en 1982, l'Autorité palestinienne en 1993, la Jordanie en 1994 et la Mauritanie en 1999). En revanche, la Syrie et l'Iran refusent de reconnaître l'État d'Israël ainsi que certains partis arabes comme le Hamas et le Hezbollah, tous deux armés, qui se sont engagés dans une guérilla voire du terrorisme contre la politique de colonisation et la ségrégation dont ils faisaient et font toujours l'objet de la part du gouvernement israélien.

Rappelons que la colonisation dans le sens général où elle impose un peuplement forcé au détriment des populations autochtones avec toutes les violences et parfois les crimes qui en découlent est un acte criminel qui viole les Droits de l'homme et la liberté des individus qui est aujourd'hui condamné par la plupart des nations, sauf bien entendu par Israël et quelques autres gouvernements forts qui revendiquent presque cette politique comme une action légitime et salutaire !

A gauche, le plan de partage de Jérusalem (Ouest-Est) en avril 1949 suite au combats entre l'armée israélienne et les palestiniens appuyés par les armées arabes. Au centre, la situation depuis les années 1980 où les Israéliens tentent à n'importe quel prix de coloniser ou d'isoler les Palestiniens résidants à Jérusalem-Est, une situation aux relents politico-religieux explosive en partie à l'origine de l'enlisement du conflit israélo-arabe. A droite, contrôle d'identité d'un résident à l'entrée de Jérusalem-Est. Ceci est la manière la plus "douce", sans fouille au corps, immobilisation ou en braquant l'arme vers le suspect, des pratiques devenues banales de la part de la police israélienne dans une région où le terrorisme se conjuge au présent. Documents L'Histoire et Nir Alon/Zuma/REA.

Comme elle en avait légitimement le droit, en 1950 la Jordanie imposa sa juridiction sur la rive occidentale du Jourdain (l'actuelle Cisjordanie) et sur ce qui deviendra Jérusalem-Est, en attendant une résolution du problème soit au niveau local soit dans le cadre de l'ONU. En vain.

Entre 1950 et le milieu des années 1960, la politique israélienne redevient à peu près stable et se refocalisa sur sa politique intérieure. Elle fut néanmoins marquée par la rupture des relations diplomatiques avec la Russie (1953) suite à un attentat à la bombe contre la légation soviétique à Tel-Aviv et le massacre de 47 civils arabes par la police des frontières israélienne en 1956.

Puis en mai 1967, l'ONU accorda à l'Égypte l'accès au Sinaï et au golfe d'Aqaba qui profita de cette liberté pour fermer l'accès du détroit de Tiran (situé entre le Sinaï et l'Arabe Saoudite) aux transporteurs maritimes israéliens. En parallèle, l'Égypte s'allia à la Syrie, la Jordanie et l'Irak pendant que les Syriens bombardèrent les villes de Haute-Galilée. Suite à des rumeurs arabes promettant de "jeter les Juifs à la mer" et l'inquiétude de la Diaspora juive, Israël lança une attaque contre l'Égypte le 5 juin 1967, déclenchant la Guerre des Six Jours.

Face à des combats qui enflammèrent tout le Sinaï puis le plateau du Golan, l'URSS alors dirigée par Léonid Brejnev menaça les États-Unis de Lyndon B. Johnson d'intervenir si les protagonistes ne cessaient pas immédiatement les combats, une intimidation ferme qui mit effectivement fin à la Guerre des Six Jours. Elle fut suivie par la résolution 242 du Conseil de sécurité de l'ONU exigeant "une paix juste et durable au Proche-Orient".

Ensuite, il y eut la guerre du Kippour en 1973 opposant de nouveau Israël à l'Egypte et la Syrie, suivie par la résolution 338 du Conseil de sécurité de l'ONU, une guerre qui provoqua le "choc pétrolier" de 1973 où l'OPEP augmenta de 70 % le prix du pétrole brut et réduisit en même temps ses exportations de 5 % par mois, provoquant une crise énergétique en Europe avec notamment des restrictions de carburant et les fameux "dimanche sans voiture" où l'expression "pedibus cum jambis" (à pied) redevint à la mode.

Le status quo régna jusqu'en 1978 lorsque l'armée israélienne envahit le Liban du Sud au cours de l'Opération Litani afin de mettre un terme aux attentats perpétrés en Israël par les factions plastiniennes armées de l'OLP (Organisation de Libération de la Palestine). 

Puis le 30 juillet 1980, la Knesset, le parlement israélien, adopta la Loi fondamentale par laquelle il réaffirma que Jérusalemn a le statut de capitale "unifiée".

Un second épisode de guerre appelé l'Opération Paix en Galilée eut lieu en 1982 pour les mêmes raisons historiques. Cette fois l'OLP quitta la Cisjordanie et s'installa à Tunis. C'est pendant ce conflit que la Jordanie se rapprocha de l'Égypte, ennemi historique d'Israël.

La poignée de main historique résultant de la signature des Accords d'Oslo en 1993 entre les présidents Yizhak Rabin pour Israël (gauche) et Yasser Arafat pour l'Autorité palestienne (droite) grâce à la médiation du président américain démocrate Bill Clinton. Documents Gary Hershorn/Reuters.

Malgré les résolutions de l'ONU, entre 1987 en 1993 Israël hâtisa de nouveau le feu au Moyen-Orient en occupant Jérusalem-Est, ce qui déclencha la première intifada ou "guerre des pierres" entre Palestiniens et Israéliens.

Ce conflit fut résolu par les Accords d'Oslo de 1993 grâce à la médiation du président Bill Clinton entre les présidents Yizhak Rabin (Israël) et Yasser Arafat (ancien leader de l'OLP et représentant l'Autorité palestinienne). La déclaration instaura un mode de négociations pour régler le conflit et offrir aux Palestiniens une autonomie territoriale temporaire de cinq ans devant débaucher sur un accord de paix.

L'intifada n'a pas débouché sur un conflit armé mais sur une "résistance passive" des Palestiniens qui refusèrent de payer les taxes et l'impôt imposés par Israël, ils boycotèrent les produits israéliens et organisèrent des grèves générales. En réaction, l'armée israélienne procéda à des centaines d'arrestations et à des expulsions. On rapporta également des cas de torture et les reporters assistèrent à des violations des Droits de l'homme des soldats israéliens envers les Palestiniens qui indignèrent le monde. Au total, la première intifada provoqua le décès de 2230 Palestiniens ou colons et de 205 Israéliens.

Le président Yitzhak Rabin fut assassiné en 1995 par un extrémiste israélien. Ensuite les positions des principaux protagonistes se sont durcies entre 1996 et 1999 à propos du statut de Jérusalem, des réfugiés palestiniens et de la lutte contre le terrorisme. Cela se solda par une recrudescence des attentats palestiniens orchestrés par le Hamas et le Djihad islamique.

Entre-temps, en 1998 Yasser Arafat proclama l'État palestinien tout en reconnaissant l'État d'Israël et en renonçant au terrorisme.

Ensuite, entre 2000 et 2005 on assista à une deuxième intifada. Elle s'explique par le fait que les Accords d'Oslo furent dénoncés par de nombreux détracteurs tandis que les négociations de paix de Camp David en 2000 entre les présidents israélien Menahem Begin et égyptien Anouar el-Sadate et dirigées par le président américain Jimmy Carter échouèrent en raison de l'opposition des protagonistes sur les mêmes sujets, à savoir le tracé des frontières, le statut d'Israël et celui de Jérusalem-Est toujours revendiqué par les Palestiniens alors que l'État d'Israël venait de proclamer Jérusalem, Ouest et Est, comme sa capitale "éternelle et indivisible".

Le Dôme du Rocher ou mosquée Al-Sakhrah derrière les fils barbelés séparant Jérusalem Ouest et Est. Doc Rub|kon.

C'est à cette occasion qu'en septembre 2000, Ariel Sharon, alors membre de l'opposition israélienne et premier ministre entre 2001 et 2006, ne trouva rien de moins diplomatique que de se rendre sur l'Esplanade des Mosquées à Jérusalem, où il revendiqua la souveraineté de ce haut lieu religieux pour les Palestiniens, ce qui déclencha la seconde intifada Al-Aqsa, par référence à la mosquée érigée au milieu de l'Esplanade (nom qui est mal choisi car elle symbolise la mosquée au dôme doré alors que celle-ci est la mosquée Al-Sakhrah tandis que la véritable mosquée Al-Aqsa est celle au dôme gris située cent mètres plus au sud comme l'indique ce plan).

Contrairement à la première intifida, la seconde se militarisa rapidement et conduisit à des centaines d'attentats-suicides principalement contre des civils israéliens. L'armée israélienne riposta par des frappes aériennes dans les Territoires Occupés.

Comme la première, cette seconde intifada bénéficia d'un fort soutien de la population palestinienne. Le conflit qui dura jusqu'en 2005 se solda par le décès de plus de 3000 Palestiniens et de 1000 Israéliens.

Notons qu'en 2004, la Cour Internationale de Justice déclara que la "Ligne verte" de démarcation représente la séparition légitime entre Israël et la Palestine. En revanche, dans son communiqué de presse du 9 juillet 2004 (2004/28), elle déclara que "l'édification du mur qu'Israël, puissance occupante, est en train de construire dans le territoire palestinien occupé, y compris à l'intérieur et sur le pourtour de Jérusalem-Est, et le régime qui lui est associé, sont contraires au droit international". Toutefois, l'avis de la CIJ est consultatif et nous savons d'expérience ce que pense Israël de l'opinion international et des lois.

Bien que la solution diplomatique soit défendue depuis 1993, le conflit s'enlisa dans des émeutes violentes qui conduisirent en 2006 le Hamas au pouvoir dans la Bande de Gaza mais pas en Cisjordanie où l'Autorité palestinienne resta au pouvoir.

Proche du parti des Frères musulmans considéré comme un groupe terroriste, en 2005 le Hamas renonça aux attentats-suicides mais renforça la lutte armée avec des tirs de roquettes et de missiles sur les villes israéliennes. Aussi, depuis 2007 Israël a établi un blocus contre la Bande de Gaza qui est aujourd'hui dans une situation économique et sociale exangue qui est en violation avec les Droits de l'homme car c'est toute la population qui est prise en otage par Israël. En réaction, l'année suivante Khaled Mechall, le chef du Hamas en exil appela sur la chaîne Al-Jazerra à une nouvelle intifida.

Elle commença en 2015 avec ce qu'on appela "l'intifida des couteaux" où on assista à des centaines d'attaques isolées à l'arme blanche et à des attentats à la voiture piégée qui entraîna des ripostes de l'armée israélienne. Toutefois, l'Autorité palestinienne a condamné ces attentats.

Aujourd'hui, la région est de nouveau sous tension suite à la proclamation unilatérale le 6 décembre 2017 par le président Donald Trump que Jérusalem était la capitale d'Israël et sa décision de transférer l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. Cette décision mit les membres de l'ONU et les Palestiniens devant le fait accompli en violation avec toutes les résolutions de l'ONU (les résolutions 242 de 1967, 338 de 1973, 1322 de 2000 et 1397 de 2002).

Aussitôt après cette annonce qui ne flatta que l'égo de Donald Trump et des Israéliens, le Hamas s'est violemment opposé à cette décision, encourageant les "Arabes et les Musulmans à déstabiliser les intérêts américains dans la région". Le rejet palestinien fut également massif dans le monde arabe et dans les capitales arabes alliées aux Etats-Unis. Dans les jours qui suivirent on observa une recrudescence des violences à Jérusalem-Est, à Gaza et à Amman en Jordanie, un état d'intifada qui força l'ONU à réunir d'urgence le Conseil de sécurité le 8 décembre 2017 pour discuter de la suite des évènements. Bref, l'isolement des États-Unis sur la scène internationale s'est accentué et la diplomatie des États-Unis déjà chancelante a perdu toute crédibilité.

Tout le symbolisme de la guerre israélo-arabe figure sur cette vue aérienne du Mont du Temple vu depuis le rempart oriental. Jusqu'en 70 de notre ère, il abritait le Temple d'Hérode dédié au culte de Yahvé qui fut détruit par les Romains et marqua le début de la Diaspora du peuple juif. Passé entre les mains des Arabes musulmans depuis le VIIe siècle, ils y ont érigé le Dôme du Rocher ou mosquée Al-Sakhrah reconnaissable à son dôme doré et ont également obstrué la Porte Dorée (ainsi que les Portes de Houldah) sur le rempart oriental pour empêcher le Messie de revenir lors du Jugement Dernier comme le prédisent les auteurs bibliques. Si on ajoute le fait que l'enceinte délimitée par les murs de la vieille ville fait partie de Jérusalem-Est, que la Bande de Gaza et la Cisjordanie sont également aux mains des Palestiniens, voilà des raisons à la fois historiques et théologiques suffisantes selon les Israéliens pour tenter de reconquérir par la force leurs territoires ancestraux perdus. Si on peut comprendre leur ressentiment, malheureusement, le droit international se fonde sur la loi et des accords politiques et non sur des rancoeurs, des sentiments nostalgiques ou des principes religieux, n'en déplaisent aux Israéliens. Document Tripadvisor.

Sans la médiation rapide d'une autorité neutre et une décision ferme du Conseil de sécurité de l'ONU suivie d'actions concrètes, la plupart des observateurs estiment que la situation pourrait s'enflammer et conduire à une nouvelle intifada, cette fois-ci aussi violente que celle des années 2000. Rappelons qu'en 2014 les Palestiniens de Gaza détenaient des missiles Grad d'une portée de 20 km, des M-75 de construction locale d'une portée de 100 km et d'environ 10000 roquettes et obus. Sachant que de son côté l'armée israélienne n'hésite pas à bombarder et raser des positions palestiniennes, à harceler les étudiants palestiniens, à torturer les prisonniers ou assassiner des soldats palestiniens blessés comme l'ont constatés des reporters tout en continuant sa politique de colonisation et à construire son mur le long de Jérusalem-Est, sans parler du blocus de Gaza, ce ne sont pas franchement des conditions propices à un accord de paix. Israéliens et Palestiniens n'ont visiblement pas fini d'hâtiser le feu de la révolte. Mais que les uns et les autres ne prétendent pas agir ainsi au nom de leur Dieu sous prétexte que la terre leur appartient depuis 2000 ans ! Affaire à suivre.

Tolérance et intolérance des Bouddhistes

Le grand public a l'habitude de croire que le bouddhisme est une philosophie ou une religieuse tolérante qui ne ferait pas de mal à une mouche au sens propre. En effet, sa doctrine qui se décline en différentes traditions (Theravãda, Mahayana, Vajrayana, Chan, etc) véhicule un idéal de non-violence, de respect de la vie et de compassion envers autrui qui ne s'expriment pas avec autant d'insistance dans les autres religions. L'une des raisons vient du fait que dans les pays démocratiques, comme nous l'avons expliqué la religion est séparée de l'État. Elle joue donc un rôle secondaire. En revanche, c'est tout différent dans les pays théocratiques et les régimes non démocratiques où les assassinats pour raison ethnique ou religieuse sont presque banals. Prenons quelques exemples.

La philosophie pacifiste du bouddhisme est par exemple respectée à la lettre dans le bouddhisme tibétain représenté par le Dalaï Lama qui n'a cessé de prôner la non-violence depuis qu'il est au pouvoir. Malheureusement, son point de vue n'est pas partagé par tous les Bouddhistes.

Ainsi dans plusieurs pays d'Asie où se cotoyent des populations bouddhistes et musulmanes comme en Birmanie, au Sri Lanka, en Chine, en Corée, en Inde, etc., des groupes extrémistes bouddhistes veulent littéralement exterminer les minorités (ou les réduisaient en esclavage par le passé) avec parfois l'appui implicite du gouvenement puisque la doctrine de non-violence de l'État lui impose de ne pas intervenir par la force. Toutefois, les forces de l'ordre sont bien obligées d'intervenir pour maintenir l'ordre partout où éclatent des violences.

La revue TIME du 1 juillet 2013 a dénoncé sans équivoque les violences et les massacres en Birmanie ainsi que les prêches islamophobes du moine Wirathu, un extrémiste raciste qui a déjà été incarcéré et interdit de sermon pour ses propos haineux.

Le cas le plus connu et le plus ancien est le bouddhisme chinois (de tradition Chan dérivée du Mahayana) enseigné au monastère Shaolin où les moines sont autant des religieux que des guerriers aguerris aux arts martiaux. Si de nos jours leurs pratiques font plus partie du folklore que de l'art de vivre, il faut rappeler qu'ils se sont battus au XVIe siècle contre les Coréens et au XVIIe siècle contre les Mongols jusqu'à fédérer leur pays une seule entité.

De la même manière, au cours de la Seconde guerre mondiale des moines-guerriers japonais bouddhistes ont approuvé la militarisation du Japon.

La Mongolie s'est également fait remarquée par sa violence, en particulier pendant la Révolution Mongole de 1921. Des lamas tibétains munis de gourdins ont battu à mort des braconniers qu'ils ont traînés sur le sol attachés à des chaînes puis les ont emprisonnés dans des cellules sembables à des cercueils.

Ensuite, il y eut le cas du Tibet où en 1947, l'armée tibétaine bombarda le monastère de Séra suite aux conspirations et tentative d'assassinat contre Taktra Rinpoché perpétrées sur l'ordre de Gyaltsap Rinpoché, le 5e Réting Rinpoché, responsable du monastère de Réting, situé au nord de Lhassa. Gyaltsap Rinpoché fut emprisonné et assassiné tandis que ses partisans furent poursuivis par le gouvernement.

Plus récemment, la Birmanie (Myanmar) a fait l'objet de nombreuses critiques suite aux violences ethniques et religieuses perpétrées par le groupe extrémiste bouddhiste Mouvement 969 et les prêches islamophobes du moine Wirathu de Mandalay surnommé "l'Hitler birman" qui sèment la terreur dans le pays en incendiant des commerces, des écoles et des mosquées et en assassinant des Musulmans. Selon l'ONG Human Right Watch, divers charniers ont été découverts (il existe des photos authentifiées) et depuis 2012, plus de 125000 personnes de la minorité Rohingya musulmane ont dû fuir le pays. Bien que la communauté internationale et le Dalaï Lama aient désapprouvé ces massacres et ce nettoyage ethnique, le gouvernement républicain Birman a toujours laissé faire. En réalité, selon Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix et cheffe du gouvernement Birman, se sont les médias occidentaux qui désinforment et propagent des rumeurs. C'est en partie vrai dans la mesure où les Rohingya attaquent également des postes militaires mais cela, la presse occidentale évite d'en parler. Ceci dit, les chiffres de l'ONU et des ONG ne mentent pas. Aujourd'hui la Birmanie est considérée par l'ONU comme le pays le plus violent du monde.

On pourrait également citer les violences survenues au Sri Lanka pendant la guerre civile (1983-2009) qui opposa les Bouddhistes pro gouvernementaux aux Tigres tamouls (Hindous) et les violences perpétrées depuis 1989 par des Bouddhistes extrémistes du Ladakh contre des commerces tenus par des Musulmans.

En résumé, derrière une façade sage et en harmonie avec l'univers, le bouddhisme cache une armée de moines et de militaires aussi intolérants et violents qu'un régime dictatorial.

Notons que Bernard Faure a publié un livre sur le sujet intitulé "Bouddhisme et violence" (2008) et le Dalaï Lama a publié ses réflexions et des leçons de médiation pour remédier à nos instincts belliqueux et cultiver la patience, la compassion et la sagesse dans un livre intitulé "Guérir la violence" (2000).

La démocratie face à l'intolérance religieuse

Tous ces tristes exemples des dérives de l'humanité démontrent qu'il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir d'une religion et surtout son degré élevé d'intolérance vis-à-vis des autres communautés. Dans tous les pays non démocratiques, la religion est incompatible avec les Droits de l'homme et avec la liberté d'expression, où tout écart par rapport aux préceptes divins est considéré comme un blasphème et son auteur sanctionné par la mort.

Nous avons évoqué à plusieurs reprises ce Dieu qui lève des armées et conduisit aux guerres de religion dont finalement tous les croyants furent victimes, que ce soit en Occident, au Moyen-Orient ou en Asie.

Pour beaucoup de personnes, du fait que ces incessantes guerres et persécutions sont restées dans la mémoire collective, parler de religion ou d'attirance philosophique pour certains mouvements est presque aussi tabou que d'avouer son adhésion à un parti politique d'extrême droite, un autre sujet sensible qui en d'autres temps signifiait la vie ou la mort pour celui qui ne portait pas la chemise brune ou ne levait pas le bras droit assez haut.

En ces temps modernes où la société occidentale est plus cosmopolite que jamais en raison des flux migratoires et des conflits mondiaux, les sociétés démocratiques doivent rester tolérantes et chacun doit accepter que l'autre puisse penser différemment de soi au risque de provoquer de dangereux clivages et d'aboutir au "clash des civilisations", la forme la plus violente d'intolérance qui se traduit généralement par une guerre de religion associée à un nettoyage ethnique synonyme de massacres et de génocides. Si nous pouvons contrôler le déclenchement d'une guerre régionale ou mondiale et donc l'éviter, en revanche nous avons peu d'emprise sur les cellules terroristes dormantes et les groupuscules fanatiques à moins de transformer le pays en État policier et en bridant les libertés en plaçant des caméras à tous les coins de rue et en rétablissant la peine de mort et le contrôle aux frontières. C'est la raison pour laquelle, la plus grande force d'une démocratie est aussi sa plus grande faiblesse : la liberté.

A gauche, Orient et Occident, deux visions différentes du monde où le dialogue a dégénéré en conflit comme l'a très bien expliqué l'ancien expert américain en sécurité sous l'administration Carter, Samuel Huntington dans son livre "Le choc des civilisations". Document Reddit via Buzzfeed. A droite, ce que certains Mollahs et groupes extrémistes voudraient imposer aux Musulmans en dépit de leurs traditions. Maquette originale imaginée par Muhammad Syed et adaptée par l'auteur.

Tant que l'étranger ou un parti politique ne dérange pas les autres et n'impose pas son diktat, il ne dérange personne et à chacun sa Vérité. Malheureusement, dans le monde musulman et dans certains pays où la Loi de Dieu est aussi importante que la loi des hommes, on observe une augmentation du nombre de mouvements intégristes qui par leur discours extrémiste, intolérant et vindicateur et des actions violentes voire criminelles se heurtent de plein front aux principes de tolérance, de liberté et de compromis revendiqués par les sociétés démocratiques.

Dans ces conditions, il est instinctivement normal que la population persécutée se rebelle et se protège et engage une guerre ouverte contre toutes les formes d'intolérance et de terrorisme. Est-ce que Dieu, Allah ou Yahvé l'avait prévu ainsi ? En fait, à l'inverse des chefs d'armées et des prédicateurs assassins sans foi ni loi, aucun Dieu ni aucun sage n'ont jamais prôné la violence pour résoudre les conflits. Cette réaction épidermique et barbare ne concerne pas plus Dieu, Allah, Yahvé ou les Sages car ces querelles de pouvoir et ces guerres de religion sont l'affaire des hommes et de leur interprétation du sens du pouvoir, des libertés et des textes sacrés. Ce n'est pas la justice de Dieu, d'Allah ou de Yahvé qu'ils appliquent mais la justice d'hommes intolérants et de chefs avides de pouvoir !

C'est donc sur les bancs d'école que les jeunes têtes blondes ou brunes doivent apprendre le sens de la tolérance et du vivre en communauté. Ce sont ensuite les autorités démocratiques qui doivent apprendre à se défendre et résister en front commun afin de refuser les diktats des extrémistes ou qu'une minorité dicte sa loi à la majorité.

Ainsi, dans nos pays, certains laïcs intolérants essayent d'imposer leurs idées aux institutions publiques (dans les communes, au tribunal, dans l'iconographie religieuse, etc.) alors que la constitution de nos pays n'a jamais interdit les signes extérieurs religieux et aucune communauté religieuse étrangère ne s'en est jamais plainte. En même temps, les églises de ces mêmes pays n'ont jamais été aussi désertes. Paradoxalement, alors que la France est l'un des rares États constitutionnellement laïcs, il n'y a jamais eu autant de fidèles dans les églises !

En conclusion, finalement dans une démocratie ce n'est pas tant l'État qui impose sa loi que le peuple qui l'accepte ou la refuse. En fait, l'État est souvent plus intolérant que le peuple pour des raisons bassement politiques ! Mais si l'Église semble agir en simple spectateur de ces luttes d'influences, dans certaines situations et pas seulement humanitaires, son rôle de modérateur reste essentiel car souvent couronné de succès.

Le rôle discret du Vatican

Le manque criant de dialogue entre certains gouvernements et les communautés religieuses ou ethniques est au coeur des guerres de religion et de nombreux conflits locaux y compris à propos de la crise des migrants et explique en grande partie le clash actuel entre l'Occident et les peuples qui ne partagent pas sa culture. Le pape François a parfaitement compris cette situation et le rôle diplomatique qu'il pouvait jouer pour tenter d'y remédier. A l'inverse de la plupart des chefs d'États y compris occidentaux, il est parti du principe qu'il vaut mieux abattre les murs et ouvrir les portes que de s'enfermer dans sa tour d'ivoire pour dialoguer et vivre en paix. Soulignons que c'est un principe que ne partagent ni le Parlement Européen ni l'Administration Trump pas plus que beaucoup d'autres gouvernements démocratiques, bien qu'ils aient tous applaudi le discours du pape François concernant le soutien des minorités et l'aide aux migrants. Comme quoi l'hypocrisie est présente jusqu'au sommet du pouvoir.

A gauche, statut de la diplomatie vaticane (relations diplomatiques et voyages officiels) début 2017. Notons qu'Israël et les pays limitrophes ne sont pas oubliés. A droite, une photo très symbolique. Les 27 dirigeants européens et le Pape François sous le "Jugement Dernier" de la Chapelle Sixtine le 24 mars 2017, veille des 60 ans des Traités de Rome (instituant la CEE et l'Euratom). Documents Vatican/SciencePo et AFP.

Malgré la désapprobation à mots couverts de certains gouvernements (par exemple français, italiens et américains) qui se sentent piégés ou mis sous pression par les actions démonstratives et très symboliques du Pape, grâce à ses représentants dispersés aux quatre coins du monde et son bureau de renseignement aussi bien informé que la CIA, le Vatican a renoué le dialogue avec toutes les parties en conflit et tente même de leur faire signer des accords de paix ou de coopération mais plus discrètement que les chefs d'États civils et souvent avec de meilleurs résultats car les diplomates du Vatican veulent avant tout rester au-dessus de la mêlée, gage d'indépendance et de respect des parties. C'est ainsi que les nations musulmanes ont renoué le dialogue avec Rome et l'Europe notamment, que le Chili et l'Argentine sont aujourd'hui reconciliés à propos du passage de Patagonie, que Cuba est de nouveau au centre de l'Histoire ou que les Églises d'Irak sonnent à nouveau pour la minorité chrétienne, des résultats auxquels ne sont jamais parvenus les gouvernements ni même l'ONU. Le lecteur trouvera plus de détails dans l'ouvrage "Dans les secrets de la diplomatie vaticane" (2016) de Constance Colonna-Cesari.

On en conclut que lorsque l'Église est dirigée par un homme ouvert et aux idées libérales, quoiqu'en pensent les croyants les plus conservateurs, cette politique offre toutes les garanties de pouvoir rassembler les hommes de bonne volonté, quelle que soit leur religion et d'obtenir la reconciliation des peuples et une paix durable.

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