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Le génie génétique Hello Dolly ou les manipulations génétiques (II) Monstres, chimères, clones, bébés-éprouvettes, enfants-médicaments et autre produits résultats de la fécondation in vitro font les gros titres des médias depuis quelques années. Faut-il en avoir peur, crier au scandale ou au contraire y voir un signe d'évolution positive, de progrès ?
Nous avons vu que les cellules souches sont très importantes pour la lutte contre les maladies génétiques qui peuvent frapper l'embryon ou la personne adulte. Aujourd'hui la technique de fécondation in vitro permet à des parents porteurs d'une tare héréditaire de ne plus la transmettre à leur enfant. Grâce à l'analyse génomique, les médecins peuvent sélectionner les gamètes ou les cellules souches dont l'ADN ne présente pas certaines maladies héréditaires et permettre le développement d'un embryon sain. De la même manière, imaginons un enfant ou un adulte affectué d'une maladie handicapante ou orpheline. Si ses parents peuvent et désirent encore avoir un enfant, en réalisant une fécondation in vitro et en sélectionnant uniquement les cellules souches saines non affectées par cette maladie, l'enfant qui naîtra pourra aider son frère ou sa soeur en lui prodigeant des cellules souches compatibles qui lui permettront de vaincre sa maladie. Cet "enfant-médicament" reste un enfant à part entière, heureux de vivre, mais en plus il peut aider sa famille sur le plan génétique. Il n'y a aucun mal à procéder de la sorte, si ce n'est qu'on corrige les défauts de la nature. Mais avant d'en arriver là, à titre expérimental les biogénéticiens ont bien dû réaliser des manipulations génétiques et cela représente encore l'essentiel de la recherche appliquée dans ce domaine. On retrouve ces organismes génétiquement modifiés (OGM) dans la plupart des espèces étudiées en laboratoire. Tout a commencé dans les années 1970 par les manipulations génétiques dans les domaines agricole et horticole (pommier, blé, maïs, rose, pêche-abricot, tomate-cerise, clémentine, vache, etc). Puis on s'attaqua aux animaux transgéniques et c'est ici que certaines opérations ont choqué le public et les comités d'éthiques.
On commença timidement avec la levure capable de synthétiser de l'insuline et des insectes capables de produire de la soie. En 1984, les biogénéticiens ont ensuite créé une mouche des fruits ayant d'abord une puis deux pattes à la place des antennes (activation du gêne hox). On passa ensuite aux mammifères. Tout le monde se rappelle la naissance de la première brebis clonée, Dolly, le 5 juillet 1996. Un an plus tard elle donna naissance à une petite Bonnie puis à trois autres agneaux, prouvant que le clonage était non seulement viable mais pouvait assurer la perennité d'une espèce. Depuis la méthode de clonage a été appliquée avec succès à beaucoup d'autres animaux (cheval, mulet, singe, lapin, chat, chien, etc), au point que des sociétés américaines s'engagent à cloner votre animal de compagnie favori le jour de sa mort. Certains chercheurs envisagent même de ramener à la vie des espèces animales disparues conservées dans du formol (Tigre de Tasmanie, etc) ou de créer de nouvelles espèces de moustiques. Tout le monde a déjà vu ces mouches mutantes aux yeux rouges, ces poissons aux yeux exorbités ou aux nageoires démesurées. En 2001, ils créèrent un cochon et un singe macaque (ANDi) marqués d'un gène fluorescent (gêne de la méduse) ainsi qu'un poulet à quatre cuisses (à ne pas confondre avec les greffes d'organes comme cette fameuse souris qui porta temporairement une oreille humaine sur le dos en 1995). Le premier sentiment que l'on éprouve en voyant ces "pauvres créatures" c'est un choc émotionnel bien compréhensible : ce sont des monstres ! En effet, ces chimères on ne peut plus vivantes sont un outrage à la vie et beaucoup de gens n'apprécient pas que l'on joue ainsi avec les lois de la nature pour créer des monstres. Nous sommes bien d'accord. Mais il faut rappeler que la nature ne nous a pas attendu pour créer des créatures mutantes et autres espèces hybrides. Dame Nature aussi use et abuse des OGM ! Sans ce petit coup de pouce, l'Homo sapiens sapiens que nous sommes ne serait pas là. Bien sûr nous n'avons pas (encore) d'antenne sur la tête ou un oeil dans le dos, quoique cela serait tout de même pratique. Grâce à l'horticulture et l'agriculture, le génie génétique fait aujourd'hui partie de notre culture. On ne l'a seulement pas encore appliqué à l'homme pour des raisons éthiques.
D'un autre côté personne n'aime que son enfant soit handicapé ou porte une maladie incurable. C'est bien en partie pour éviter tous ces problèmes que les femmes avortent. Dans de telles circonstances, presque plus personne ne conteste la nécessité de l'acte médical. Pour éviter justement toute la peine et tous les soucis associés à un avortement ou au décès d'un être cher suite à une maladie, aujourd'hui nous pouvons remédier dès la conception à certaines maladies parfois lourdes et handicapantes. La solution consiste à étudier le génome et de quelle manière fonctionnent les cellules souches. Pour cela il faut réaliser des expériences sur l'animal et ensuite sur l'embryon humain, l'informatique ne pouvant pas simuler ce genre d'évolution, et sans doute pas avant longtemps. Bien sûr on ne peut pas faire n'importe quoi. Toute personne un tant soi peu respectueuse de la morale et de la vie conviendra qu'il y a une limite à ne pas franchir entre la recherche d'un enfant sain et l'eugénisme qui consiste à établir une sélection biologique sur des critères arbitraires (la nationalité, la religion, la couleur des yeux, de la peau, etc). Les génocides perpétrés au cours des guerres nous en ont donné de tristes démonstrations. Mais il ne faut pas remonter à des événements aussi tragiques pour trouver des situations similaires. En effet, dans la plupart de nos démocraties laïques la femme garde le droit de pratiquer ou non l'avortement. Si on y réfléchit bien, c'est un acte qui lui confère le pouvoir de juger si son futur enfant à droit ou non à la vie, raison pour laquelle certains gouvernements s'y opposent. Mais il s'en pratique des millions chaque année en toute légalité (environ 25% des grossesses chez les femmes de 30 à 39 ans et deux fois plus chez les plus jeunes ou les plus agées). C'est dans ce contexte que les comités d'éthiques et nos dirigeants doivent agir en définissant les limites de ce que nous pouvons et ne pouvons pas faire en matière de génie génétique, une question très complexe et qui n'a de toute évidence pas de réponse simple et définitive. Ainsi, contrairement à la France qui interdit encore tout acte génétique à partir du 14eme jour, la tendance européenne et mondiale va vers une manipulation génétique jusqu'aux premiers mois de la grossesse. Pour la plupart des biologistes en effet, le fait qu'il y ait 2, 14 ou 10000 cellules, ne change rien à la question : cet organisme contenant quelques cellules est certes un organisme vivant et même un homme en devenir, mais ce n'est certainement pas encore un foetus. Prenons enfin l'exemple des enfants très prématurés. Faut-il procéder à un avortement ou leur donner naissance ? En février 2007, au Baptist Children's Hospital de Miami, les Américains ont donné naissance à un foetus âgé d'à peine 21 semaines, il pesait 280 grammes et mesurait 24 cm, il était à peine plus grand qu'un stylo... Plus d'un médecin européen ont été choqués par cette pratique. C'était en effet l'enfant le plus prématuré au monde. Les Américains visaient-ils un record ou une prouesse thérapeutique ? Cette petite fille nommée Amillia Taylor n'était pas encore formée, sa peau était rouge et translucide, la plupart de ses organes étaient immatures et incapables de fonctionner correctement. Contrairement aux Etats-Unis, en Europe si un tel enfant naît prématurément, le corps médical s'en occupe bien sûr, mais ne cherche pas à le sauver coûte que coûte. Si cet enfant survit c'est par ses propres moyens, ce qui signifie que son organisme est en mesure de suppléer aux carences de sa prématurité. Mais les médecins américains ont-ils réfléchi un seul instant aux conséquences et aux séquelles de cette naissance forcée ? On peut en douter. Et ce n'est surement pas le corps médical qui devra supporter toute sa vie le handicap éventuel de cet enfant et la souffrance éventuelle des parents... L'opération en valait-elle la peine ? Ce genre d'intervention soulève une question éthique très épineuse et difficile à résoudre en raison de la diversité des intérêts mais qui sort malheureusement du cadre de cet article. Une chose est sûre, le curriculum vitae d'un médecin ne peut pas se transformer en un palmarès de records au détriment de la santé. Pour plus d'information Les OGM en question (sur ce site) Fécondation humaine in vitro, Groupe Hospitalier COCHIN Questions fréquemment posées à propos du génome humain (CNRS) Comité International de Bioéthique (UNESCO) Les OGM en question, par Gilles-Eric Séralini Anatomie et physiologie humaines, E.Marieb/G.Laurendeau, Pearson Education, 1992/2005 Atlas de poche de biotechnologie et de génie génétique, Rolf-D Schmid, Christian Freier, Flammarion, 2005 Cellules souches pluripotentes, B.Dodet et M.Vicari, John Libbey Eurotext, 2001 Comment fabriquer un dinosaure. La science de Jurassic Park, R.DeSalle et D.Lindley, Seuil-Points Sciences, 1999 Génie génétique, Daniel Loncle, Doin, 1998 La thérapie génique, Odile Cohen-Haguenauer, Collectif, Tec & Doc Lavoisier, 2003 Les aliments génétiquement modifiés, Nigel Hawkes et al, Piccolia, 2004 Les OGM : La Transgénèse chez les plantes, Yves Tourte, Dunod, 2001 Les scientifiques sont-ils fous ?, Philippe Andrieu, Autrement-Jeunesse, 2004 Principes de génie génétique, S Primrose et al, De Boeck, 2004 Transgenèse animale et clonage, Louis-Marie Houdebine, Dunod, 2001
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