|
|
Les conséquences de cette hypothèse sont en effet fascinantes : connaissant les conditions extrêmes de l'espace où l'apesanteur, l'absence d'oxygène, le vide, le froid intense, les rayonnements ionisants, les turbulences ou la chaleur extrême règnent en maître, paradoxalement l'univers peut alors regorger de vie. Peut-être pas au milieu de l'espace vide et glacial, mais on pourrait éventuellement en découvrir sous le permafrost de Mars, dans les crevasses glaciaires d'Europe ou près des cryovolcans de Titan. Reste à bien cerner les limites de la vie et de quelles manières elle s'adapte aux environnements jugés hostiles, trop chaud, trop froid, trop acide, ou supportant de très fortes pressions, des rayonnements ionisants, bref comment elle survit dans des lieux à l'image des affres de la damnation... Voyons cela en détail.
Nous savons que l'univers ne contient en moyenne que trois atomes au mètre cube. Dans une atmosphère gazeuse ou dans l'eau, nous avons plus de 1024 atomes au mètre cube. Dans ce milieu dense, les atomes ont beaucoup plus d'occasions de se combiner en molécules que dans l'espace. La terre ferme humide est plus propice encore. Dès que les premiers organismes se sont constitués ils ont conquis tous les milieux propices à leur évolution. Mais peuvent-ils réellement survivre dans des milieux extrêmes ? En observant les millions de formes de vie qui évoluent sur Terre - on dénombre entre 5 et 30 millions d'espèces - a priori leur existence n'est due qu'au hasard, associée à la loi du plus fort, c’est la sélection naturelle. Si la vie n'est pas possible autour des étoiles bleues qui diffusent trop de rayonnements ultraviolets destructeurs, autour des étoiles binaires et variables où les formes de vie seraient à la merci des marées gravitationnelles et des écarts de température, la vie semble particulièrement bien adaptée sur les planètes en orbite autour des étoiles de la Séquence principale qui comprend les spectres des classes A jusque M, des jeunes étoiles géantes blanches jusqu'aux naines rouges très âgées. Car même si l'atmosphère est chargée de gaz sulfureux ou engendre des pressions titanesques, une forme de vie rudimentaire peut parfaitement s'y adapter. Cette symbiose sera d'autant plus parfaite que l'évolution aura modifié ces organismes.[1]
C'est une véritable leçon de symbiose naturelle que nous offre la biosphère. C’est aussi une bonne leçon d'écologie. Le biologiste américain Edward O. Wilson[3], connu en autre pour ses recherches sur les fourmis, estime qu’il existe aujourd’hui 1.4 millions d’espèces vivantes, mais nous en connaissons si peu que leur nombre peut être 10 ou 100 fois supérieur. Il existe 751000 espèces d’insectes, 281000 espèces d’animaux et 248000 espèces de plantes, sans parler des centaines de milliers de virus, bactéries, champignons et autres protozoaires ! Mais ça c'est le décompte actuel. Selon les scientifiques, en raison de l'impact de l'homme sur l'environnement, si nous ne changeons pas nos habitudes, dans 50 ans, nous aurons exterminé un million d'espèces, y compris de nombreux mammifères supérieurs (baleines, ours, tigres, singes, etc) ! Bien sûr, au cours de l’évolution, des milliers d’espèces ont périodiquement disparu. Les causes peuvent être nombreuses : concentration de gaz toxique, chute de météorite, dose létale de rayonnement ionisant, éruption volcanique et autres tremblements de terre. Si nous prenons conscience de ces risques, nous découvrons que depuis 3 milliards d’années, traversant avec plus ou moins de succès ces cataclysmes, la vie su faire preuve de ténacité. Toutefois, les dinosaures ont disparu et la Terre a déjà connu cinq extinctions majeures. Mais celle à laquelle nous assistons aujourd'hui est la plus rapide et la plus grave que connut la Terre depuis qu'elle porte la vie. Si nous ne prenons aucune mesure pour enrayer ce processus, nous pourrions assister à la 6eme extinction... celle de l'homme ! Prenons en bien conscience. Nous reviendrons sur cette véritable hécatombe lorsque nous parlerons des problèmes écologiques, de la perte de biodiversité et de développement durable. Mais revenons à l'essentiel, la vie. La variabilité de son adaptation est stupéfiante et s’illustre chaque jour sous nos yeux lors de la multiplication des animaux vivants en colonies, l’éclosion des plantes à fleurs ou la naissance des vertébrés. Dans ce chatoiement de couleurs et de formes, l’appel désespéré des bébés nous signale que paradoxalement la vie reste un phénomène rare que nous devons protéger. Si l’apparition de la vie reste un mystère, cette passionnante aventure nous dévoile des phénomènes insoupçonnés, signes d’une évolution miraculeusement adaptée. Cette faculté d'adaptation des espèces à des relents de science-fiction mais puisqu’elle lie tous les êtres vivants sur Terre, elle est aussi très ancienne, très riche et très variée. Elle nous conduit à reposer les critères de survie d’une éventuelle forme de vie extraterrestre. Nous savons que tout a débuté sur Terre il y a moins de quatre milliards d’années, au fond des mers, près des volcans ou dans la tiédeur des lagons réchauffés par la chaleur du Soleil. Selon les dernières études la vie serait apparue rapidement. Des molécules simples se sont agencées dans un ordre précis et s’organisèrent pour survivre. En s'enchaînant et se complexifiant, elles devinrent autonomes et capables de se reproduire. La première forme de vie était née. Ce processus physico-chimique a-t-il une chance de se reproduire ailleurs dans l’univers ? Les astrobiologistes n’ont pas encore de réponse précise à nous donner. Depuis que les astronomes étudient la constitution des comètes, des météorites ainsi que les molécules présentent dans l'espace, on se demande de plus en plus si la vie ne serait pas apparue dans l'espace et apportée sur Terre par l'un de ces vecteurs. Aujourd'hui la question reste ouverte car nulle part dans la banlieue de la Terre nous n'avons trouvé d'organisme vivant, ou les preuves que nous possédons nous laissent perplexe (principalement celles provenant de Mars). Tous les biologistes en revanche sont d’accord pour reconnaître qu’aux frontières de la vie, du sommet de l'atmosphère aux fonds abyssaux, la vie peut se développer. Loin de ressembler à une chimère, la vie qui peuple ces milieux extrêmes nous force à revenir à l’essentiel. |