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L'origine et l'avenir de l'Homme La grande marche de l'évolution (I)
D'où venons-nous ? Quels sont nos ancêtres ? Où ont-ils vécu ? Comment se sont-ils développés ? Où nous conduit l'évolution ? Il y a encore deux ou trois générations, il était impossible voire sacrilège de répondre à ce genre de questions. Heureusement de nos jours la question religieuse est exclue du débat scientifique, sans quoi toute recherche sur nos origines serait vaine et de pure philosophie. Non, quoiqu'en disent les Créationnistes, rien ne prouve que Dieu a créé Adam et Eve à partir d'un peu d'argile et d'une côte et qu'ils ont fondé l'Humanité ! La Bible n'est pas une oeuvre scientifique mais un livre sacré. On y croit plus qu'on ne le critique, c'est une doctrine pas une théorie. Même si certains récits et paraboles peuvent avoir une base historique, rédigés longtemps avant les premiers discours scientifiques (XVIIeme siècle), on ne peut s'y référer de manière certaine pour établir une théorie scientifique sur l'origine et l'avenir de l'Homme. Nous ne nous étendrons donc pas sur son interprétation qui est du ressort de la théologie et des exégètes, ces spécialistes de la religion qui utilisent la méthode scientifique pour essayer de critiquer le sens de la Bible. On en touchera quelques mots lorsque nous aborderons la question de Dieu dans le dossier consacré à la philosophie des sciences. Il en est de même de toute les théories extravagantes et mystiques tenant compte d'un "moteur interne" pour expliquer l'évolution des espèces. Loin de respecter la démarche scientifique, je pense que vous serez d'accord avec moi pour écarter ces théories sine die du cadre de notre débat. Je leur réserve toutefois l'encart suivant, beaucoup d'égards pour de la pseudo-science, mais un cadre bien délimité par des gardes-fous, car... il y a un os dans leur argumentation !
L'évolution Darwinienne D'un strict point de vue scientifique, on peut se demander comment faut-il appréhender notre évolution alors que nous ne savons pas encore quelle est notre place parmi l’ensemble des niches écologiques ? Comme un petit enfant curieux, nous avons jeté un coin dans l’étang chaud de Darwin en espérant que l’amplitude des vagues allait révéler les soubassements de l’édifice qui régit la sélection naturelle. Malheureusement, nous n’en avons vu que des échantillons, bien insuffisants pour décrire notre phylum et tenter de comprendre son évolution. Mais la question de savoir quelle est notre place dans l’humus de la Création est toutefois suffisamment pertinente et nos moyens suffisamment nombreux et performants pour que nous poursuivions plus avant notre espoir de comprendre l’évolution humaine. Grâce à la génétique moléculaire, les paléoanthropologues ont pu dresser le canevas d’une arborescence temporaire qui permet de relier tous les fossiles d’hominidés découverts à ce jour. Dans les années à venir la compréhension du génome humain permettra certainement de répondre aux questions précises que nous avons évoquées. Darwin avait eut l’idée révolutionnaire de considérer que tous les êtres humains partageaient un ancêtre commun avec les grands singes suite à l’observation de leurs comportements et des indices anatomiques qu’il avait relevé chez quantités d’espèces. Aujourd’hui les outils modernes de datation fondés sur les mesures des variations des séquences d’ADN des mitochondries, la radioactivité du carbone et l’analyse morphologique comparée confirment cette orientation. Grâce aux travaux des généticiens, des zoologistes et des biologistes, on constate que dans l'ensemble du règne vivant, les mutations ont toujours existé dès le moment où la souche était isolée. Ce facteur a certainement influencé notre évolution primordiale. Darwin avait prédit que l’évolution de l’homme trouvait son origine en Afrique. Depuis, une impressionnante collection de fossiles ont été découverts qui, analysés par études comparées et génomiques ont confirmé qu’il existait une parenté entre l’homme moderne (Hominidés) et les grands singes anthropoïdes (Pan).
Darwin croyait qu'entre le chimpanzé et nous il y avait un chaînon manquant, mais nous savons aujourd'hui qu'il n'y a rien. Le singe est le contemporain de l'homme, ce qui signifie qu'il n'y a pas de "chaînon manquant" entre lui et nous. Chaque espèce occupe aujourd'hui une branche distincte qui, comme deux lignes parallèles, ne se rejoindront jamais dans le futur. En fait le paléontologue a bien observé que son arbre généalogique était incomplet mais ce chaînon manquant ne se situe pas au niveau des rameaux homme/singe qui ont divergé mais dans notre ascendance commune[1]. Lémuriens et tarsiers : 60 millions d'années Depuis environ 4 milliards d'années, dame Nature nous a fait bénéficier de l'évolution génétique de milliards d'espèces. D’une souche isolée de l’embranchement des reptiles sont issus des insectes arboricoles, les ancêtres de nos musaraignes. Ils sont à l’origine des primates dont les différentes espèces se diversifièrent pour donner les singes, les anthropoïdes et les hominidiens. Nous appartenons à l’ordre des primates, à la classe des mammifères qui existaient déjà avant l’extinction des dinosaures il y a 65 millions d’années. Il s'agissait encore de petites créatures modestes, vivant sous terre ou dans les arbres mais promues à un bel avenir. A quel animal remonte l'ordre des primates auquel nous appartenons ? Quels sont nos ancêtres ? Nous allons décrire dans les quelques pages suivantes les différentes espèces animales qui ont donné naissance au genre humain. Nos ancêtres immédiats sont les lémuriens qu’on retrouve aujourd’hui sur l’île de Madagascar, les loris de la péninsule indienne et le tarsier adapté à la vie arboricole. Ils se caractérisent tous trois par un faciès court, par une vision frontale et des pattes préhensiles, alors que jusqu’à présent la vision était latérale et les doigts unis. Aegyptopithèque : 35 millions d'années Le plus vieux descendant de l'homme est un petit singe appelé Aegyptopithèque dont le crâne et une représentation figurent à droite. Tout velu, arboricole, il avait un long museau, évoluait à quatre pattes et se retenant aux branches grâce à une longue queue préhensile. Cet animal pesait environ 4 kg et ressembait à un lémurien. Son cerveau avait 27 cm3 et pour la première fois un animal placentaire présentait une dentition composée de 32 dents comme on peut le voir sur la photographie de droite. Il vivait en Egypte à l’ère du Miocène inférieur, il y a 33 à 35 millions d'années d'ici. A cette époque la Terre avait une toute autre physionomie qu'aujourd'hui. Le monde actuel émergeait à peine des eaux, l'ancien continent n'était qu'une silhouette et le continent africain était encore une île entourée par la Thethys. Vivant sous un climat équatorial, son habitat était constitué de forêts luxuriantes dans lesquelles vivait une faune très diversifiée. Proconsul africanus : 20 millions d'années A l'époque du Miocène inférieur (23-18 millions d'années d'ici), les Dryopithèques étaient présents en Afrique. Parmi cette espèce, la plus ancienne est le Proconsul africanus. Elle fut baptisée Proconsul par référence à un célèbre chimpanzé du Zoo de Londres qui s'appelait Consul et qui roulait à vélo et fumait la pipe comme on peut le voir sur cette affiche. Le Proconsul fut décrit pour la première fois en 1933. Il s'agit en fait de l'ancêtre des chimpanzés. Morphologiquement c'est un singe sans queue, arboricole et quadrupède. On l'a représenté comme un singe plus ou moins musclé mais généralement svelte comme en témoigne cette illustration et ce document original de C.Tudge réalisé en 2000. Nous devons en parler parce qu'il s'agit de l'espèce d'hominoïde la plus représentée dans les enregistrements fossiles et du fait qu'elle apparut à une époque où l'Afrique de l'Est connut un changement climatique qui aura des répercussions sur l'expansion des espèces à travers le monde. La taille des Proconsuls est très variable, oscillant entre celle du petit singe (5 kg) à la femelle gorille (70 kg). Leur taille moyenne est d'environ 90 cm. Ils habitaient une grande variété de niches arborées, allant des clairières à la forêt dense pluvieuse et on pense que certains groupes étaient terrestres.
Leur face est légèrement projetée en avant. Leur dentition est typique de celle des singes anthropoïdes de l'Ancien Monde (tracé 2-1-2-3) mais ils présentent déjà des caractères préhumains (prémolaires en 5 Y). L'émail est relativement peu épais, suggérant qu'ils avaient un régime frugivore. Leur cerveau d'une capacité d'environ 150 cm3 est aussi volumineux ou plus volumineux que ceux des singes modernes. Le Proconsul vivait à une époque où la Terre subit de grands changements. En effet, il y a 17 à 14 millions d'années, la plaque afro-arabe remonta vers le nord et ferma définitivement le passage maritime entre la Méditerranée et l'Océan Indien. Avec le recul de la mer Tethys primitive et l'assèchement des terres, le climat et principalement le régime des vents s'en trouva modifié. La côte Est africaine est devenue plus chaude et s'est asséchée tandis que la forêt s'est éclaircie. Grâce à cette bande de terre reliant désormais l'Afrique à l'Asie, de nombreuses espèces ont conquis le Moyen-Orient et l'Asie, notamment plusieurs espèces primitives d'Orangs-Outans quadrupèdes : Sivapithecus (Pakistan), Ramapithecus (Inde), Ouranopithecus (Grèce), Oreopithecus (Italie). C'est à cette époque que le Proconsul migra en Europe et en Asie jusqu'en Chine. En 1996, les paléontologues ont découvert le Morotopithecus bishopi en Ouganda. Il fut retrouvé dans des sédiments datés d'environ 20 millions d'années. Jugé un temps comme représentant le plus vieil ancêtre de l'homme et des grands singes, les scientifiques estiment aujourd'hui qu'il est trop grand et présentent des caractères trop spécialisés pour représenter le chaînon manquant. Le Miocène moyen et supérieur (de 14 à 5 millions d'années d'ici) vit le développement de plusieurs autres espèces d'hominoïdes plus ou moins apparentées au Proconsul dont le Dryopithecus qui vivait en Europe. A l'image du Proconsul, c'est un singe arboricole dépourvu de queue, proche de la lignée des orangs-outans (en fait on ignore actuellement où le placer exactement sur la branche des grands singes). Bifurcation entre les ancêtres des homonidés et les singes Les paléontologues se sont toujours demandés à quand remontait la séparation génétique entre les ancêtres des hominidés et les grands singes arboricoles (orang-outang, gorilles, chimpanzés et bonobos de la famille des panidés). Elle devrait se situer vers 8 ou 10 millions d'années mais jusqu'à présent la marge d'erreur restait importante, faute d'avoir suffisament d'individus complets à examiner. Jusqu'à présent, nous n'avions que quelques fossiles remontant au Miocène moyen (~12 millions d'années d'ici) de plusieurs espèces à l'origine des Australopithèques dont le Kenyapithecus. A la même époque, on retrouve l'Otavipithecus qui paraît assez proche de la lignée Homo. Puis, vers 9.5 ou 10 millions d'années, la datation reste imprécise, nous retrouvons le Samburupithecus kiptalami dont on ne possède qu'une maxillaire gauche portant l'alvéole de la canine, les deux prémolaires et les trois molaires. Elle fut découverte en 1996 au Kenya, dans les montagnes de Samburu Hills. Le fossile se rapproche du gorille actuel mais en diffère par la plupart de ses caractères dentaires et maxillaires.
Mais l'espèce est trop peu représentée pour qu'on puisse donner un avis définitif sur ses origines. En fait, on ignore s’il s’agit déjà d’un véritable hominidé ou s’il se trouve au carrefour des deux familles. On peut seulement dire que cette espèce complète le chaînon manquant entre le présupposé point de divergence des panidés, des hominidés. Toutefois, en 2007, une équipe internationale de chercheurs a fait une découverte qui permet de préciser un peu plus l'époque de cette bifurcation du genre Pan, des hominidés. En effet, le magazine Nature du 22 août 2007 rapporte qu'une équipe de paléontologues éthiopiens et japonais dirigée par Gen Suwa, du Musée de l'Université de Tokyo, a découvert en Ethiopie, dans le désert de la dépression des Afar, à environ 170 km à l'est d'Addis Ababa, une maxillaire et quelques dents d'une nouvelle espèce qui serait à la base du clade gorille, le Chororapithecus abyssinicus. Cette espèce vivait à la fin du Miocène, il a 10 ou 11 millions d'années, et recule de 2 millions d'années la bifurcation des grands singes. Grâce à cette découverte majeure, on obtient les chiffres de 20 millions d'années pour la bifurcation de l'orang-outang, 10.5 millions d'années pour le gorille et 9 millions d'années pour le chimpanzé. Quant au Samburupithecus kiptalami, il sera suivi par le Praeanthropus africanus qu'on appelle également l'Australopithecus anamensis. Nous nous attarderons sur les Australopithèques page suivante. Le berceau de l'humanité Il y eut ensuite une période de transition qui se situerait entre 10 et 4.5 millions d'années[2]. De toute évidence, l'origine de l'homme est unique et quasi certainement tropicale. Bien que des fossiles d'hominidés existent en Asie, ceux-ci ne remontent qu'à 2 millions d'années alors qu'on retrouve en Afrique tropicale des fossiles préhumains isolés remontant de 3 à 8 millions d'années. Il est généralement admis que le berceau de l'humanité se situe dans l'Est-africain, à l'Est du Rift, le long de la "corne" qui va du Kenya à l'Ethiopie. Mais nous verrons page suivante que la découverte de Toumaï plus au Nord, au Tchad, rend cette théorie caduque; l'East Side Story d'Yves Coppens doit être abandonnée. Malheureusement, ni les chercheurs du CNRS ni ceux des universités américaines, notamment d'Harvard, n'ont de meilleure théorie à proposer pour l'instant. L'enquête sur nos origines continue. Ceci dit, les traces préhumaines les plus anciennes remontent actuellement à 7 millions d'années. Prochain chapitre Toumaï
: un préhumain de 7 millions d'années
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